L'aménagement de la langue

Par la Charte de la langue française, le Québec s'est doté d'un instrument qui permet d'assurer la survie, la promotion et la qualité de sa langue officielle, le français. La Charte de la langue française, quand il s'agit du « corpus » de la langue et non de son statut, s'applique à deux grands champs : les langues de spécialité d'une part, et la langue générale quand elle s'inscrit dans le cadre de la langue d'enseignement et dans celui de la langue institutionnelle pour ce qui est de la qualité de la langue d'autre part. La langue institutionnelle peut être définie succinctement comme la langue des communications de l'État, et de ses représentants, avec ses administrés. Cette définition s'applique, pour ce qui est de l'écrit, aux documents de toutes sortes, règlements, formulaires, déclarations, dépliants, lettres et autres, qui proviennent de l'un ou l'autre des services gouvernementaux et paragouvernementaux.

L'aménagement de la langue générale, comme celui de la langue technique, emprunte nécessairement la voie du changement linguistique et de l'uniformisation des pratiques langagières. Au Québec, l'aménagement linguistique s'effectue de façon soutenue, et force est de constater que l'évolution des pratiques langagières, ainsi que des usages linguistiques proprement dits, peut être orientée selon la perspective privilégiée par la collectivité. L'évolution du français au Québec est marquée par le contexte linguistique nord-américain dans lequel elle se réalise et par la valeur identitaire que la langue revêt dans le contexte sociopolitique de son utilisation. De véritables changements ont été réalisés : en langue technique, l'implantation d'une terminologie française dans des domaines tels que la désignation des fonctions, la comptabilité, l'affichage commercial, et en langue générale, la féminisation des titres et la disparition de certains anglicismes. L'aménagement proposé en matière d'orthographe, ou encore d'harmonisation graphique, peut s'inscrire dans cette même mouvance. En empruntant ces parcours aménagistes, les propositions des Rectifications de l'orthographe pourraient s'installer dans l'usage.

 

Quelques activités aménagistes de l'Office de la langue française du Québec

Passons en revue quelques activités entreprises et poursuivies par l'Office de la langue française du Québec afin de s'acquitter de son mandat en matière d'aménagement de la langue.

1. L'assistance linguistique

L'Office de la langue française offre depuis son installation, en 1961, un service d'assistance linguistique à la population. Plusieurs linguistes et terminologues sont à la disposition des usagers et des usagères qui, en situation de travail, ont besoin de soutien et de conseils quant à la correction de la langue. Les demandes portent sur la terminologie, le lexique, la grammaire, l'orthographe et de manière plus large, en allant vers le texte, sur les cooccurrents, la phraséologie et la typographie.

La graphie des mots fait l'objet d'étude et de consultation de façon fréquente et soutenue depuis plus de trente ans maintenant. Selon les méthodes de travail établies en recherche ponctuelle, il s'agira, pour l'orthographe, de la prise en compte de la graphie proposée par les dictionnaires. En cas de discordance entre les ouvrages de référence, le choix se fera, souvent après consultation des spécialistes du domaine, en fonction des grandes tendances qui se sont dégagées des études récentes. Ainsi proposera-t-on réunionite plutôt que réunionnite en tenant compte de la volonté d'éviter le redoublement de la consonne dans cette série. De même, on proposera la soudure pour les mots formés avec le préfixe anti-. Pour le pluriel des emprunts, on recommandera de le marquer avec le s, signe du pluriel français. On aura ainsi : des hotdogs, des sandwichs, des spaghettis, des whiskys. Le pluriel des mots composés aussi est traité de façon à uniformiser les marques du pluriel. Les attestations fournies par les sources écrites font foi de l'usage. Les attestations tardent parfois à venir appuyer un usage souhaité : c'est le cas pour désaisonaliser, et relationiste. Le conseiller ne peut devancer l'usage : il ne conseillera pas, dans l'état actuel du dossier, d'abandonner l'accent circonflexe sur les verbes en -aître, ni de déplacer le tréma sur ambiguë, ni d'adopter la graphie ognon pour oignon, ni de lier les éléments des nombres par un trait d'union puisque ces pratiques ne sont pas proposées par les ouvrages de référence.

Toutefois, il ne faut pas sous-estimer l'effet du travail d'information concernant les propositions qui a été entrepris au lendemain de la publication des Rectifications et qui se poursuit quotidiennement. La sensibilisation se fait. On parle d'orthographe. On attend l'apparition des nouvelles graphies dans les ouvrages de référence.

2. Le téléphone linguistique

Le téléphone linguistique est un service téléphonique automatisé d'aide linguistique, un service gratuit offert sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il fonctionne par audiotex : c'est une technique télématique qui permet de consulter une base de données au moyen d'un poste téléphonique. Le contenu est un répertoire d'une centaines de difficultés linguistiques, celles qui sont les plus courantes. On y trouve de nombreuses questions d'écriture et de typographie : par exemple, les accents sur les majuscules, l'abréviation de Québec, la façon d'écrire une adresse, la date et l'heure, les unités de mesure, et même, la division des mots en fin de ligne. Plusieurs sujets portent sur des mots composés et partant sur l'emploi du trait d'union, la marque du pluriel et souvent, l'abréviation par surcroît. On y apprend que les termes année-personne, jour-personne et heure-personne prennent un trait d'union et que le pluriel est marqué par un s à chacun des éléments du mot. Les abréviations sont a-p., j-p. et h-p. puisque le point n'est pas requis lorsque la lettre est un symbole d'unité de mesure sauf dans le cas de . Les mots centre-ville, dîner-causerie, dîner-conférence, personne-ressource et procès-verbal prennent un trait d'union, tandis que compte rendu et compte-rendu sont utilisés et que pause café semble céder la place à pause-café, l'emploi du trait d'union distingue le substantif prêt-à-manger de la locution adjective prêt à manger, et enfin, la série des mots composés avec témoin, type, cible et clé est proposée sans trait d'union.

3. Le français au bureau

Depuis le début des années 70, un guide de rédaction, préparé par les linguistes de l'Office, sert d'instrument d'harmonisation des normes et pratiques langagières. Adopté par les conseillers et conseillères d'abord, le guide est proposé et implanté de façon systématique par le biais de séances de perfectionnement offertes à l'Administration et aux entreprises. Le français au bureau consacre un tiers de son contenu à l'uniformisation de la correspondance d'affaires : on y fixe les points de typographie et de normes d'écriture pertinents pour le travail de rédaction de lettres, de notes, de cartes professionnelles et l'adressage d'enveloppe. Le style administratif est abordé par les exemples et par quelques formules proposées. Dans une deuxième partie, on recense des anglicismes à éviter, des problèmes grammaticaux fréquents, et du vocabulaire utile pour nommer les objets d'utilisation quotidienne dans un bureau. Puis, l'étude de quelques problèmes de langue écrite tels que l'emploi de la majuscule et des signes de ponctuation usuels, la coupure des mots et la technique de l'abréviation, permet de définir la «  marche maison » retenue par l'Office de la langue française. Enfin, une bibliographie bien structurée et appropriée fait découvrir la panoplie documentaire indispensable à celui qui écrit tous les jours, soit dans l'Administration, soit dans l'entreprise.

4. Les travaux de terminologie

L'Office de la langue française a publié, depuis 1961, plus de deux cents ouvrages de terminologie. Il a relancé la terminologie en s'inspirant des travaux menés en Europe, au début du siècle, a travaillé en collaboration avec les grandes sociétés du Québec, productrices de terminologie spécialisée, a développé l'enseignement de la discipline dans les universités et a mis au point une méthode de travail en terminographie qui sert aujourd'hui de modèle tant aux autres terminologues du Québec qu'à ceux et celles de la francophonie. Pour des besoins précis d'intervention, l'Office a aussi produit des outils terminologiques de toutes sortes : des affiches, des brochures, des carnets, des dépliants, des fiches contextuelles et des mini-lexiques.

Les longs travaux de recherche terminologique systématique, thématique, furent l'occasion de discussions qui portèrent principalement sur la définition du terme, habituellement un substantif, et son univocité, la préoccupation centrale étant la dénomination des réalités. Les problèmes de graphie ont pu paraître secondaires aux yeux du terminologue mais pour peu qu'on le place devant une collecte d'attestations lui proposant des variantes graphiques, tout comme le lexicographe, il voudra consigner les formes attestées et hésitera à trancher en faveur de l'une ou de l'autre. 

Le Vocabulaire systématique de la terminologie définit la variante d'un terme comme chacune des formes existantes pour un terme. La variante peut être orthographique, morphologique ou syntaxique. La variante orthographique est définie à son tour comme chacune des graphies existantes pour un terme. Ex. : clef et clé ; pause-café et pause café ; moins-disant et moins disant. Une note rappelle que l'on ne doit pas confondre la variante orthographique avec la variante morphologique du type ophtalmologiste et ophtalmologue, ou encore, pomiculture et pomoculture où l'élément variable est de nature structurelle.

La mise en oeuvre des propositions des Rectifications qui s'adressent aux terminologues ne concerne en réalité, pour les travaux terminologiques de l'Office, qu'un corpus limité aux cas de création lexicale et de flottement des graphies des termes existants. L'information et la réflexion entourant la publication des Rectifications a permis d'établir des consensus sur l'intérêt qu'il y a à renforcer les tendances porteuses de simplification graphique éventuelle de l'ensemble du lexique.

5. Typographie et terminologie, guide de présentation des travaux terminologiques

La terminographie est une discipline très structurée et détaillée qui appelle, de par sa pratique, une uniformisation des usages graphiques. Aussi l'Office a-t-il mis au point un guide de présentation des travaux de terminologie, sur papier ou à l'écran, afin d'uniformiser les pratiques et de favoriser une réflexion sur l'emploi des signes de ponctuation et de l'orthographe en terminographie. À l'entrée variante orthographique de la page 50 du Guide, on peut lire :

Variante orthographique (v. o.)

1. La mention v. o. annonce la variante orthographique. Même si elle suit ou précède immédiatement le terme principal dans l'ordre alphabétique, il est nécessaire de l'insérer dans la nomenclature au moyen d'une entrée-renvoi [...] Certaines variantes orthographiques sont fort éloignées du terme principal (par exemple [...] églefin et aiglefin, [...]).

 

2. La variante orthographique d'un synonyme s'écrit au-dessous de ce dernier:

66.     scie à lame-ruban n. f. ;

scie à ruban n. f.

band-saw mill

V. o. bandsaw mill ;

band saw

V. o. bandsaw ;

band mill

V. o. bandmill

 

3. Dans l'entrée-renvoi, on écrit la variante, accompagnée de la mention v. o. de, elle-même suivie du terme principal :

111. break-through point

V. o. de breakthrough point

112. breaking

Syn. de break

113. breakthrough point

V. o. break-through point

point de fuite n. m.

4. Il ne faut pas confondre variante orthographique (clef et clé) et variante syntaxique (équipement de monteur et équipement pour monteur).

6. La Banque de terminologie du Québec

La Banque de terminologie du Québec (BTQ) est un dictionnaire automatisé de près d'un million de fiches. Elle reflète le travail terminologique mené à l'Office de la langue française, au Québec et ailleurs dans la francophonie. Depuis sa mise sur pied, en 1973, elle s'est efforcée de faire une belle place aux travaux québécois faits dans les universités et les entreprises. De plus, dès le départ, elle s'est donné pour objectif de réunir toute la terminologie française existante afin d'éviter la redondance et de s'assurer d'une harmonisation francophone.

La BTQ témoigne du phénomène de la variation orthographique. En effet, le champ 145 de la fiche de terminologie est réservé à la variante orthographique de l'entrée principale anglaise et le champ 245 à la variante de l'entrée principale française. Le Guide d'utilisation de la fiche de terminologie indique également que chacune des sous-entrées (v. o.) est numérotée et accompagnée des éléments d'information linguistique, à savoir, pour l'entrée française, la cote de pondération, l'indicatif de grammaire, de langue et de pays, et pour les deux entrées principales, l'appel de renvoi à la source. Par exemple :

205    daìkon (source : Dictionnaire encyclopédique Quillet)

245  1- daikon (source : Grand dictionnaire encyclopédique Larousse)

2- dai-co (source : Grand Larousse encyclopédique)

3- daì-ko (source : Dictionnaire encyclopédique Quillet)

ou encore,

245 1- maccartisme |P5; n m; F; bcd| 2- mac-carthysme |P5; n m; F; c|

3- mac carthysme |P5; n m; F; c|

pour la fiche portant sur maccarthysme (205) McCarthyism (105).

Ajoutons qu'un champ NOTE (246) peut être ouvert et recevoir tous les commentaires de l'auteur concernant la variation graphique. Le principe qui guide l'auteur dans le choix de la forme à retenir pour l'entrée principale demeure, d'une part, le nombre d'attestations recueillies et, d'autre part, la fiabilité des sources.

7. La normalisation linguistique

La normalisation linguistique est un outil efficace proposé par la Charte de la langue française pour régler les problèmes de dénomination relevant de la langue officielle, celle de l'Administration principalement. La Commission de terminologie de l'Office de la langue française (CTOLF) reçoit les demandes d'officialisation et prépare des projets d'avis pour l'Office après étude et consultation. Les avis linguistiques et terminologiques sont rassemblés dans le Répertoire des avis linguistiques et terminologiques (RALT) après parution à la Gazette officielle. Les termes qui font l'objet d'une proposition, d'une recommandation ou encore d'une normalisation sont maintenant appelés des « officialismes » par les lexicographes lorsqu'ils pénètrent en langue générale.

La Commission s'est penchée à plusieurs reprises sur des termes dont la graphie, entre autres choses, faisait problème. Ce fut le cas des composés avec personne, des termes tels que aréna, baguel, fouton, tofou, Abénaquis et Abénaquise, des abréviations telles que QC, a-p., m.-p., j-p., BP, etc. L'accentuation des majuscules et celle des sigles ont fait l'objet d'une recommandation. La graphie des noms de peuples amérindiens de façon générale a demandé un aménagement. Puis, tout récemment l'introduction des formes Inuit, Inuite et Inuits, Inuites pour désigner l'autochtone d'origine asiatique et de langue esquimaude-aléoute dont l'habitat et la civilisation sont historiquement liés au milieu arctique. La forme Inuit était auparavant utilisée pour le nom pluriel à côté de Inuk pour le singulier. Signalons au passage les travaux menés pour baliser la créativité lexicale qui nous a livré de nombreuses dénominations de titres et de fonctions au féminin ainsi qu'un guide de rédaction.

Les avis de l'Office, de façon générale, avaient devancé certaines recommandations des Rectifications : ainsi, avant 1990, l'Office avait opté pour la soudure des composés sur éléments savants (pyrotraumatologie, écoagriculture) et pour la francisation des mots empruntés (tofou, baguel, bogue), guidé en cela par les principes avancés dans l'Énoncé d'une politique relative à l'emprunt de formes linguistiques étrangères de 1980 qui propose l'intégration orthographique et phonétique comme critère d'acceptation. La Commission a toujours été sensible à la question de l'orthographe. Elle avait été saisie déjà de la question de la portée des Tolérances grammaticales et des Modifications orthographiques contenues dans l'arrêté Haby de 1976. De plus, le regretté Joseph Hanse, déjà préoccupé au début des années 80 du problème de l'accord en nombre des mots composés, avait adressé une lettre à la Commission pour recueillir des commentaires sur la proposition de changement de la règle d'accord à ce sujet. De même, en 1987, à la suite des travaux du Conseil international de la langue française publiés sous le titre Pour une harmonisation orthographique des dictionnaires, la Commission préparait un avis interne, aux fins d'information. On trouva alors la proposition de traiter tous les composés verbe + nom, malgré le trait d'union, « comme s'ils étaient déjà écrits en un mot (ce qui est la solution de l'avenir déjà réalisée dans passeport, tournevis, etc.) ». Il s'agissait là d'une réforme orthographique avant la lettre. De même, à l'occasion d'une demande portant sur le verbe pelleter et qui ne donna pas lieu à un avis, la Commission dans ces remarques souhaita, au début des années 1980, que des travaux d'harmonisation graphique soient entrepris.

 

L'administration publique

L'activité aménagiste de l'Office de la langue française emprunte de multiples parcours. Dans l'Administration, son prolongement essentiel à son efficacité s'appuie sur le souci de l'État de faire du français la langue de travail de tous et toutes et, en particulier, de l'Administration elle-même à titre d'exemple.

1. Le Réseau des langagiers et langagières de l'Administration

Par le Réseau que l'Office a mis en place à la suite de l'étude du Conseil de la langue française sur la qualité de la langue dans l'administration publique et qui réunit les fonctionnaires plus particulièrement responsables des activités langagières dans les ministères et organismes, l'Office informe et propose des pistes de réflexion susceptibles de favoriser l'implantation des termes qu'il préconise et des pratiques langagières qu'il recommande, et d'améliorer la qualité de la langue des communications écrites et orales de l'Administration. En matière d'orthographe, les langagiers et les langagières n'utilisent pas les nouvelles graphies et s'en remettent aux conseils des linguistes et terminologues de l'Office, privilégiant ainsi, lorsque l'occasion est propice, les tendances mises en belle lumière par les travaux entourant les Rectifications. Pourtant plusieurs seraient tentés par l'innovation, mais leur responsabilité publique les amène à respecter la politique officielle en la matière.

2. Les services linguistiques et leurs guides de rédaction

Certains ministères et organismes de l'Administration disposent de services dits linguistiques qui sont plus particulièrement intéressés par les politiques touchant les pratiques langagières. Ces unités administratives reprennent à leur compte les orientations générales proposées par les travaux de l'Office en les adaptant aux besoins particuliers du milieu de travail. Les normes d'écriture arrêtées font l'objet d'une publication qui sert de guide de rédaction. Par exemple, le guide linguistique du ministère du Revenu intitulé La rédaction des communications écrites du ministère, et le Tour d'adresse ou la correspondance sans mystère de la Société Hydro-Québec. S'ajoutent à ces ouvrages qui visent à harmoniser les pratiques langagières dans les milieux de travail, des guides de présentation et des guides de révision des différents documents administratifs types, guides produits par le ministère des Communications du Québec ainsi qu'un programme d'identification graphique gouvernementale à portée plus générale.

3. Les chroniques linguistiques

Plusieurs ministères et organismes de l'Administration ont un organe d'information qui prend la forme d'un bulletin de quelques pages publié à l'intention du personnel. Les comités de rédaction accueillent pour la plupart un chroniqueur ou une chroniqueuse qui, souvent grâce à un intérêt remarquable pour la qualité de la langue, parfois par la pression de la demande du milieu, aborde dans de courts textes les problèmes de langue à la mode du jour. L'Office encourage fortement cette activité en mettant à la disposition des rédacteurs et rédactrices une banque de chroniques riches et variées portant sur les questions de vocabulaire, de grammaire, d'orthographe et de difficultés de toutes sortes liées à la communication écrite ou orale. La réforme de l'orthographe a été à la une de ces revues à la suite de la publication des Rectifications.

4. Les commissions ministérielles de terminologie

En plus de la Commission de terminologie, l'Office institue, selon les besoins, des commissions ministérielles de terminologie qui entreprennent l'étude d'une terminologie spécifique correspondant à un besoin d'harmonisation du milieu. Au cours de ces travaux, les commissions sont amenées à se pencher sur des termes posant des problèmes de graphie. C'est ainsi que la terminologie de l'éducation a été traitée, de même que celle de la santé, de la sécurité et de la justice. Ainsi, le terme cégépien, cégépienne formé à partir du sigle CEGEP a été officialisé avec la définition suivante : « jeune ou adulte qui poursuit des études, à temps plein ou à temps partiel, dans un cégep ». Le substantif cégep étant lui-même défini comme un « établissement public d'enseignement collégial général et professionnel ». On peut lire, dans le Vocabulaire de l'éducation, à la suite de la définition, une note intéressante :

1. Le substantif cégep vient de l'acronyme tiré de collège d'enseignement général et professionnel. Il prend l'accent aigu sur le premier e, ainsi que la marque du pluriel lorsque le contexte l'exige (exemple : un cégep, des cégeps).

Le terme cégep prend la minuscule initiale dans une dénomination d'établissement

(ex.: je suis inscrit au cégep Lévis-Lauzon).

 5. La Commission de toponymie du Québec

Le travail d'officialisation en matière de toponymes, d'odonymes et d'anthroponymes

est mené par la Commission de toponymie du Québec (CTQ). Par le fait même, la Commission est maître d'oeuvre de l'écriture dans ce domaine. L'uniformisation de l'emploi des majuscules, l'écriture des points cardinaux, l'usage du trait d'union accompagnent la normalisation de la terminologie toponymique à laquelle participe la Commission de terminologie de l'Office. La Commission de toponymie publie un Guide toponymique du Québec qui présente les normes relatives au choix et à l'écriture des noms géographiques.

6. Le Bureau de normalisation du Québec

La normalisation technique, autre que linguistique, amène le Bureau a établir des règles d'écriture que l'Office reprend à son compte. De la même façon, le BNQ normalise quelques pratiques langagières touchant à la présentation des normes elles-mêmes, à l'adressage et même à la correspondance en collaboration avec l'Office.

 

L'enseignement et les manuels scolaires

1. L'enseignement de l'orthographe

Lors de la consultation générale sur l'enseignement du français menée au Québec en 1990, un document de travail intitulé Enseignement et apprentissage de l'orthographe d'usage au primaire et au secondaire, objectifs et contenus indiquait en bas de page qu'il n'était pas tenu compte, pour le moment, des rectifications relatives à une éventuelle réforme de l'orthographe et qui ferait ultérieurement l'objet d'une implantation spécifique. On sait maintenant que le document final ne tiendra pas compte des Rectifications. Toutefois, on se souvient que l'Association québécoise des professeurs de français (AQPF) a continué, au lendemain de la décision de surseoir à l'implantation des rectifications, à demander au gouvernement d'agir. Certaines universités ont largement diffusé le contenu des Rectifications : ainsi le Comité de la normalisation et de la qualité du français à l'Université Laval a consacré son 67e bulletin Terminologie de mars 1992 à la réforme de l'orthographe et conclut de la façon suivante : « [...] malgré leur caractère modeste et imparfait, les rectifications actuelles constituent un premier jalon dans l'amélioration de l'orthographe de notre langue. »

 À la suite de la publication des Rectifications, les professeurs de français se sont informés et se sont interrogés. Les enseignants et les enseignantes ont discuté en colloquede la pertinence des propositions. Depuis lors, il arrive que quelques parents, inquiets ou curieux de l'information reçue par leurs enfants, s'adressent à l'Office pour mieux comprendre le phénomène en cours.

 2. Les grammaires

Un nouveau manuel de grammaire pour l'enseignement collégial et universitaire vient de paraître, la Grammaire du français actuel de Michel Théoret et d'André Mareuil qui intègre sous forme de notes dans les chapitres les propositions de changements graphiques et qui propose, à l'annexe C, les principaux passages décrivant les Rectifications de l'orthographe de 1990. Une grammaire destinée aux élèves des classes du secondaire, parue en 1991, la Grammaire française par l'observation de J. Hénault et de R. Piccard, propose à l'appendice II Les rectifications de l'orthographe : analyses, règles et graphies particulières fixées ou modifiées. Rappelons enfin que le dictionnaire de verbes de Hubert Séguin publié en 1986, Tous les verbes conjugués, contenait déjà en note des modèles acheter, jeter et appeler, les directives de l'Académie française (1976) concernant les verbes en -eler et -eter. 

3. Les dictionnaires

Dans le Dictionnaire québécois d'aujourd'hui, le premier véritable « usuel » de la lexicographie québécoise, les variantes graphiques sont abondantes, que ce soit en entrée, dans le corps de l'article ou en remarque. Les auteurs, qui ont commencé ce travail en 1988, n'ont pas pris position à l'égard des Rectifications, et ils ont opté pour le maintien de plusieurs orthographesÊ: espé(e)ranto, autopatrouille avec une remarque indiquant la forme auto-patrouille, velum ou vélum, échalote ou échalotte. Cette multiplicité des graphies est remarquable dans le cas des québécismes, pour lesquels les auteurs n'ont pas proposé de modèle orthographique qui eût résulté à la fois d'une réflexion et de l'observation de l'usage. On trouve par exemple les graphies cipaille ou cipâte avec une remarque sur les variantes six-pâtes et sipaille. Tel est aussi le cas des formes pomiculture ou pomoculture, abatis ou abattis, vigneau ou vignot, paparmane ou paparmanne, et l'article écoumène qui comprend une remarque sur les formes ékoumène et oekoumène.

Le traitement de la graphie des emprunts varie. On trouve parfois en entrée l'emprunt avec mention de la forme francisée en remarque; c'est notamment le cas de l'emprunt bagel qui est accompagné d'une remarque indiquant la graphie baguel recommandée par l'Office. Dans d'autres cas, les auteurs ont choisi d'inscrire toutes les formes en entrée avec une remarque sur la forme francisée. Il en est ainsi des formes tofu ou tofou, signalées toutes deux en entrée, et accompagnées d'une remarque sur l'orthographe francisée tofou recommandée par l'Office. On note que dans ces deux cas, les auteurs ont retenu les formes non francisées bagel et tofu dans les exemples qui accompagnent les définitions. En ce qui concerne la graphie des noms de peuples amérindiens, les auteurs ont en règle générale adapté les mots empruntés à l'alphabet et à la graphie du français (exemples: abénaquis, mohawk, huron, micmac).

 

Les médias

On ne saurait ignorer les canaux de diffusion de l'information linguistique que sont les médias. De plus, au Québec, la Société Radio-Canada a été au centre des efforts de francisation de sa langue de travail, d'amélioration de la qualité de la langue de ses animateurs et animatrices qui servent de modèles dans la profession. La norme reconnue par plusieurs comme celle de la langue française parlée au Québec est celle de Radio-Canada. Ajoutons que l'Office offre à tous les quotidiens et hebdomadaires des chroniques linguistiques uniformisées et prêtes à imprimer et que les parutions sont continues et variées selon les régions et selon le lectorat.

 

La réforme de l'orthographe

Reprenons maintenant pour mémoire les grandes étapes de la réforme de l'orthographe de 1989 dans la perspective de la participation québécoise. D'abord, le Comité québécois des modifications orthographiques qui fut constitué au Québec en 1989 pour examiner les dossiers proposés à l'étude s'est déclaré, dans un rapport intitulé Pour une modernisation de l'orthographe du français, très favorable au principe d'une rectification des anomalies de l'orthographe du français dans la perspective d'une simplification et d'une modernisation du système orthographique. Le comité affirme que le milieu de l'enseignement et le milieu des langagiers du Québec seraient favorables à des modifications ayant pour objectif premier une augmentation de la cohérence. L'étude des stratégies d'implantation, entreprise à la suite de la publication des Rectifications, fait apparaître une certaine réserve suscitée par l'intégration des mots étrangers, réserve portant plus particulièrement sur les emprunts à l'anglais. Cette réserve vint s'ajouter à celle qui s'était exprimée dès le début des travaux et qui portait sur l'inclusion d'un dossier relevant de la grammaire dans la problématique de l'orthographe. 

Puis, la publication du texte Les modifications de l'orthographe du français, avis au ministre responsable de l'application de la Charte de la langue française présente la recommandation générale du Conseil de la langue française du Québec visant l'application des rectifications au Québec qui est assortie de la condition, tout à fait contraignante, qui suit :

« Le Conseil recommande que, avant de procéder à la mise en oeuvre des modifications actuelles au Québec, l'État s'assure qu'elles seront aussi appliquées formellement en France. »

Enfin, le 21 février 1991, l'Office de la langue française se prononce sur la modernisation de l'orthographe en publiant le communiqué suivant.

L'Office de la langue française vient de recommander au ministre chargé de l'application de la Charte de la langue française, M. Claude Ryan, de surseoir à l'utilisation des nouvelles règles orthographiques. L'Office est cependant favorable à l'ensemble des rectifications proposées par le Conseil supérieur de la langue de France. En effet, la simplification des règles orthographiques aura pour résultat de faciliter l'apprentissage du français écrit aux nouvelles générations et à tous ceux qui désirent s'intégrer à la communauté francophone. En outre, les règles d'application générale permettront d'éliminer un certain nombre d'hésitations et de diminuer la dépendance à l'égard des dictionnaires usuels. Cependant, les hésitations de certains de nos partenaires francophones nous obligent à attendre un consensus plus solide pour appliquer les stratégies d'implantation que nous avons élaborées. L'Office tient à participer à l'harmonisation et au développement du français en collaboration avec ses partenaires de la francophonie. En attendant ce consensus, l'Office de la langue française continue de réfléchir, non seulement sur la question de l'orthographe, mais aussi sur la façon de promouvoir une langue de qualité auprès de la population du Québec.

L'accueil fait aux propositions du Conseil supérieur de la langue fut enthousiaste, et les recommandations du Conseil de la langue du Québec ainsi que la position officielle de l'Office de la langue française en témoignent. Depuis la publication des Rectifications, les linguistes et les terminologues de l'Office s'efforcent de prendre en compte, lorsque l'usage est flottant ou encore lorsqu'il s'agit de néologie, les orientations avancées par les auteurs des travaux qui ont sous-tendu les efforts de simplification et de systématisation de l'orthographe du français. Ces orientations touchent principalement l'emploi plus limité du trait d'union, le recours à la soudure, le non-redoublement de la consonne et l'intégration graphique des emprunts. La position de l'Office de la langue française n'a pas changé.

Quelles sont les perspectives qui vont s'ouvrir à nous à la suite de nos échanges ? Celle de l'établissement d'une coopération à long terme, dans le cadre de la francophonie, qui permettra de structurer un lieu permanent consacré au lent travail d'un aménagement de la langue qui, au-delà du développement des langues de spécialité, voudra s'attaquer résolument aux problématiques de langue plus générales telles celles de la grammaire avec l'accord du participe passé, de la ponctuation avec l'harmonisation de l'emploi des signes, de la féminisation avec l'intégration des formes féminines dans le lexique, et enfin, celle de l'orthographe et du suivi des Rectifications.

 

Bibliographie

Boutin-Quesnel, R., et autres. Vocabulaire systématique de la terminologie, Québec, Les Publications du Québec, 1985, 38 p.

Cajolet-Laganière, H. Le français au bureau, Montréal, Les Publications du Québec, 1990, 265 p.

Commission de toponymie du Québec. Guide toponymique du Québec, Québec, Les Publications du Québec, 1990, 178 p.

Comité québécois des modifications orthographiques. Pour une modernisation de l'orthographe du français, Rapport au Conseil de la langue française, Québec, 1990, non publié, 19 p.

Conseil de la langue française. Les modifications de l'orthographe du français, Québec, Les Publications du Québec, 1991, 10 p.

Conseil international de la langue française. Pour l'harmonisation orthographique des dictionnaires, Paris, Publications du Conseil international de la langue française, 1988, 130 p.

Conseil supérieur de la langue française. Les rectifications de l'orthographe, Paris, Édition des documents administratifs, 1990, 19 p.

Gouvernement du Québec. La Charte de la langue française, Québec, Éditeur officiel du Québec, 1988, 41 p.

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