De quelque point de vue que l'on envisage le phénomène si merveilleusement complexe qu'est le langage, il appert que la normalisation est le contrepoids de la variation qui est présente partout et qui est garante du renouvellement, de l'adaptabilité, de la nécessaire et constante évolution du système de dicibilité qu'est la langue. La normalisation intrinsèque s'opère discrètement sur les systèmes psychosémiologiques qui sous-tendent le mécanisme de construction de la signification, puis du sens, et enfin de la communication verbale. C'est du côté de la matérialité du signe que notre observation se portera. La tentative de normalisation graphique que représente la longue histoire de la réforme de l'orthographe illustre avec force le réel besoin d'uniformisation des pratiques langagières.

Plusieurs parcours aménagistes contribuent dans nos sociétés modernes à l'uniformisation des pratiques langagières, un processus de normalisation extrinsèque nécessaire pour conserver au discours, soit à l'oral, soit à l'écrit, toute son efficacité. On examinera plus particulièrement les stratégies d'aménagement qui participent à la normalisation orthotypographique, c'est-à-dire celle qui touche à la fois à la graphie et à la typographie du mot, de la phrase et du texte.

La nature de la variation linguistique conditionne la forme et la vigueur de l'intervention normative équilibrante. La variation lexicale s'exerce, on le sait, selon le stade d'évolution de la langue, selon l'espace occupé dans l'aire géolinguistique de la langue, et enfin, selon l'organisation sociale et la situation de discours. La variation orthographique est tributaire de ces variations. D'autre part, le contact avec la langue anglaise ainsi que le poids relatif de la collectivité linguistique sont deux facteurs qui caractérisent la démarche aménagiste au Québec.