DiversCité Langues à Mexico

Chaque année, le comité de rédaction de DiversCité Langues se réunit pour faire le bilan de l’année écoulée et pour planifier l’année qui vient. Au cours de ces journées de rencontres, le comité de rédaction tente aussi de consolider ses liens et d’enrichir sa perspective par des échanges avec les communautés scientifiques de diverses parties du monde.

Cette année, le comité de rédaction s’est réuni à Mexico, du 1 au 5 novembre 1998. Outre les rencontres institutionnelles et les délibérations du comité, un colloque a été organisé, en collaboration avec l’Escuela Nacional de Antropología e Historia.

Sous le thème de « Diversité, mondialisation, langues et pensées scientifiques/ Diversidad, munidalisación, lenguas y pensamiento cientifico », des chercheurs ont présenté leurs données, des collègues ont dialogué, bien au-delà des horaires prévus.

Parmi les présentations notons celles de :

Teresa Carbó. Centro de Investigaciones y Estudios Superiores en Antropología Social : « Leyes, indios y antropólogos en México a fines del milenio : es numerosa la diversidad…»

Denise Daoust, Université du Québec à Montréal : « Les opinions et les perceptions. Quel est leur rôle dans le choix des termes techniques dans une entreprise qui entreprend le virage de l’internationalisation des marchés? »

Rainer Enrique Hamel. Universidad Autónoma Metropolitana-Iztapalapa : « Globalización lingüistica y cientifica : estrategias y alternativas de globalízación »

Emmie Hoebens. Escuela Nacional de Anatropología e Historia : « El críollo de Belice : lengua o formas de hablar? »

Luis Fernando Lara. Colegio de México,« La ideología cientifica frente las lenguas »

Angéline Martel, Télé-université, Université du Québec :« Le miroir linguistique de la diversité scientifique / El espejo de las lenguas y la diversidad de las ciencias »

Marie-Louise Moreau. Université de Mons-Hainaut : « Pluralité des normes en francophonie »

Elsie Rockwell. Departamento de Investigaciones Educativas Centro de Investigación y Estudios Avanzados. IPN.« La otra diversidad : historias múltiples de la apropración de la escritura »

Au cours des prochains mois, vous aurez l’occasion de lire ces textes dans les pages de DiversCité Langues.

Non seulement ce colloque fut l’occasion de discussions intenses mais ce fut également le moment d’expérimenter la diversité linguistique en usage. Nous avions convenu de présenter et de discuter dans la langue de notre choix. En réalité, les intervenants ont surtout choisi de parler soit espagnol, soit français.

Cette pratique, comme nous en avons convenu au terme de nos délibérations, nous a permis de cultiver les tolérances :

tolérance d’une compréhension provisoirement partielle;

tolérance d’un débit plus lent;

tolérance pour la mise en place et l’utilisation de multiples ressources audiovisuelles (rétroprojection, texte imprimé, résumés, graphiques, etc);

tolérance de répétitions et de clarifications de sens;

En fait, notre parole s’est souciée d’une pédagogie du discours : attentive aux autres. Cette tolérance nous est nécessaire parce que la langue de l’autre est souvent notre troisième, parfois même notre quatrième, langue.

Avec cette expérience, nous constatons encore plus clairement que les présentations traditionnelles de recherche par la lecture d’un texte doivent s’accommoder d’une réalité multiple. La compréhension ne suit plus naturellement la présentation, et cela, non pour des raisons de contenu mais pour des raisons de langues.

De multiples questions demeurent pour chacun et chacune de nous dans le partage de notre science, selon notre expérience et le contexte de diffusion :

Pouvons-nous nous permettre de ne connaître que deux ou même trois langues?

Quel degré de compétences devons-nous viser? Compréhension orale? Compréhension écrite? Production orale? Production écrite?

Quels mécanismes de présentation de nos recherches devons-nous mettre en place pour en assurer la compréhension?

 

Article de Françoise Berdal-Masuy

Avec l’avènement de politiques linguistiques étatiques, les institutions publiques font l’objet de nombreuses recherches, particulièrement l’école.

Mais, un lieu traditionnel de transmission des langues demeure la famille. Pour ce mois de novembre, nous présentons donc un article qui décrit les processus de transmission des langues dans le cadre familial.

L’article de Françoise Berdal-Masuy rend compte d’une enquête auprès de deux cents Sénégalais francophones de Dakar. Il décrit leur perception des pratiques linguistiques de trois générations : celle qui les précède, la leur et celle qui les suit. Ces représentations ont été synthétisées sous forme d'un schéma mettant en évidence les différences perçues entre les comportements en fonction de l'appartenance ethnique et de la langue première des informateurs.

Les conclusions de Madame Berdal-Masuy sont porteuses de conseil pour la politique linguistique, par exemple, le souhait de parents francophones de prolonger les valeurs du milieu familial par l’enseignement du ou en français à l’école. Pourquoi?

Les données de Madame Berdal-Masuy confirment à nouveau les constats, faits un peu partout à travers le monde, qu’il existe une corrélation entre exogamie et rapports de pouvoir sociaux. En effet, les recherches tendent à démontrer que dans un couple exogame, la langue dominante dans l’environnement social tend à prendre également une large place comme langue de socialisation dans la famille. Madame Berdal-Masuy montre que c’est le cas pour les familles exogames wolof/autre langue, mais aussi pour les familles dont les parents proviennent de deux langues différentes non-wolof.

Ces constats répétés nous portent à réfléchir aux conditions de la diversité linguistique. En effet, lorsqu’il y a diversité linguistique dans la cellule familiale, comment cette diversité se prolonge-t-elle? Les données de Madame Berdal-Masuy sont instructives. La diversité linguistique serait prolongée par :

l’endogamie entre parents de langue non-dominante, dans le cas du Sénégal, de deux parents de la même langue non-wolof. Dans ces conditions, les parents transmettraient plus souvent leur langue maternelle, avec le wolof et le français.

la présence d’une langue « neutre », dans le cas du Sénégal, il s’agit du français. Cette langue viendrait s’ajouter aux langues nationales et non s’y substituer. Cela constitue une intéressante condition de diversité dans laquelle la langue de colonisation devient, au cours de l’histoire, une langue de partage.

Mais, le constat le plus important que nous pouvons tirer de ces réflexions serait celui que la diversité linguistique est protégée et favorisée par un équilibrage entre les forces de plusieurs langues. C’est d’ailleurs à cette entreprise que sont/devraient être vouées une bonne part des politiques linguistiques et des droits linguistiques.