Comment les diverses variétés de français qui se sont constituées dans la francophonie sont-elles hiérarchisées, laquelle ou lesquelles fonctionnent comme variétés de prestige, sont promues au rang de norme ? La réponse à la question dépend de l'angle sous lequel on la considère.

1) La position dominante, dans les institutions normatives (académies, offices ou services de la langue, dictionnaires, grammaires, école...), encore qu'elle s'exprime parfois avec des nuances, consiste à ne considérer comme faisant partie du " bon " français que les faits attestés au moins en France. On note cependant que les ouvrages de référence, depuis quelques années, s'ouvrent de plus en plus largement vers la francophonie, et accueillent un nombre croissant de particularismes extra-hexagonaux. L'école vit son rapport à la norme dans une certaine confusion, n'adoptant pas nécessairement, par exemple, les mêmes normes pour l'oral et pour l'écrit, ou prônant des usages que la plupart des maîtres ne respectent pas.

2) Dans leurs discours épilinguistiques, les francophones hors Hexagone valorisent l'usage français de France, conçu souvent au singulier, et ils stigmatisent corollairement les usages locaux, témoignant ainsi de leur insécurité linguistique. Toutefois, ils n'apprécient guère que les membres de leur communauté adoptent la norme française, analysant le fait comme un déni de leur identité.

3) Pour ce qui concerne leur communauté, l'usage que les francophones de la périphérie considèrent comme le meilleur correspond à celui que pratique leur bourgeoisie culturelle. Cet usage se superpose pour l'essentiel à la norme de France, en particulier pour les phénomènes morphosyntaxiques et l'essentiel du lexique, mais il s'en distingue par certains particularismes lexicaux et des traits phoniques propres, ceux qui donnent à percevoir des différences identifiées comme relevant de l'" accent ", et qui sont porteuses d'identités, sans doute prioritairement nationales.

La confrontation de ces différentes positions débouche sur un certain nombre de considérations à propos de la politique linguistique.