Cet article s’inspire des outils théoriques proposés par l’aménagement linguistique pour évaluer la politique linguistique tel qu’appliqué à l’école mauricienne. Après une présentation de la situation sociolinguistique de l’Île Maurice et la réglementation concernant la question des langues dans l’instruction publique mauricienne, l’essentiel de l’étude est consacrée à une analyse critique des pratiques langagières dans les classes des établissements scolaires mauriciens. Les observations réalisées montrent les difficultés auxquelles sont confrontés les enseignants dès lors qu’ils doivent choisir une langue d’enseignement adéquate pour transmettre leur message. Les difficultés de respecter la réglementation officielle entraîne une gestion informelle et peu systématique des langues, ce entraîne des problèmes de communication.

Selon l’auteur, les constatations ne doivent pas toutefois entraîner une remise en question de la politique linguistique de l’école mauricienne. C’est en tout cas ce qu’il peut proposer à la suite d’une étude des formules alternatives à l’option actuelle. Ce ne sont pas les options de la politique linguistique de l’école mauricienne qui sont la cause des faiblesses mais la manière dont elles sont traduites dans les faits. Les décisions de politique linguistique ne sont pas suivies des mesures nécessaires assurant leur mise en œuvre.

Si d'autres secteurs peuvent supporter de telles faiblesses, tel n'est pas le cas du système éducatif. Les langues, en particulier les langues d'enseignement, y ont un rôle primordial. Par ailleurs, la rigueur de l'organisation de cette institution (curriculum, programmes d'études établis, évaluation des compétences à la fin des études) et, surtout, l'attente de la communauté par rapport à cette institution exigent des décisions rationnelles suivies de mesures adéquates.

Pour le moment, ces limitations ne sont pas cernées parce que les militants linguistiques opèrent à partir d’observations idéologiquement marquées alors que l’État se contente de maintenir le statu quo pour des raisons politiques uniquement. L’étude confirme que si l'aménagement linguistique est un processus de résolution de conflits sociolinguistiques, l'école ne peut être conçue comme simple lieu de résolution de ces conflits : dans le secteur éducatif, il faut parvenir à concilier les paramètres psycho-pédagogiques, les ressources disponibles et les préoccupations politiques. Au-delà de l’analyse de la problématique à l’étude, cet article veut aussi montrer que le linguiste peut s’abriter contre des tentatives de prises de position idéologiquement motivées en ayant recours à un cadre conceptuel rigoureux pour mener ses observations. Ce faisant, il ne se déresponsabilise pas : au contraire, il est utile à la communauté en participant au débat en usant d’outils qui sont au-dessus de tout soupçon.