Cette étude est divisée en quatre grandes parties. Dans un premier temps, elle pose la problématique même du choix de la langue d’enseignement dans les systèmes éducatifs des pays plurilingues d’Afrique francophone, et précise l’objet ainsi que les limites de l’étude. Dans un deuxième temps, elle donne un bref aperçu de la situation sociolinguistique du Congo, et plus particulièrement de sa capitale, Kinshasa. Elle montre la hiérarchie des différentes langues en présence, leurs rapports réciproques ainsi que l’importance numérique de leurs locuteurs respectifs. Dans une troisième partie, l’étude présente l’enquête sociolinguistique réalisée à Kinshasa, ainsi que les principaux résultats de cette enquête. Cette enquête avait pour objectif de faire connaître les opinions des Congolais sur les choix linguistiques concernant la langue d’enseignement, ainsi que les motivations de ces choix (tendances générales et particulières). En conclusion, l’auteur propose quelques actions, préalables et stratégies indispensables à la réussite d’une opération de réforme linguistique visant une utilisation plus efficace des principales langues nationales congolaises dans le système scolaire du pays.

Cette enquête fait ressortir quelques tendances fortes. Il se dégage des choix linguistiques analysés et de leurs motivations, une hiérarchie qui place en tête le français, langue parlée par une minorité de Congolais (+/- 15% de la population), mais dont l’importance et l’étendue du champ fonctionnel sont indéniables.

Quant aux quatre langues nationales du Congo, leur statut est hiérarchiquement intermédiaire entre le français, langue officielle et langue de promotion sociale, d’une part, et les autres langues congolaises minoritaires, d’autre part. Parmi ces quatre langues nationales, deux se distinguent par le volume de leurs locuteurs, leur capacité d’extension et l’étendue de leurs zones d’influence : il s’agit du lingala et du kiswahili. Elles sont préférées, selon l’enquête, surtout pour des raisons pédagogiques au niveau primaire, et pour les raisons d’ancrage culturel. Les deux plus grandes langues congolaises (le lingala et le kiswahili) confirment ainsi leur image de langues à vocation nationale.

Les deux autres principales langues congolaises, le kikongo et surtout le ciluba, leur expansion reste fort limitée et leur qualité de « langues nationales » ne peut se justifier que dans un cadre restreint. Ces langues « n’ont rien de national dans cette appellation qui pousse à confondre langue nationale et langue officielle » (c’est-à-dire langue officiellement reconnue par l’État et utilisée pour certains usages publics, sans bénéficier pour cela du statut plein de langue officielle).

L’auteur conclut que, puisque l’image qu’ont les Congolais des langues de leur environnement constitue un facteur psychologique déterminant pour l’acceptation ou le rejet de telle ou telle langue pour tel ou tel usage, notamment pour l’usage scolaire, il est clair qu’aucune réforme linguistique ni aucun projet de changement ne peuvent connaître un aboutissement heureux s’ils ne prennent pas en compte les principales tendances ou opinions exprimées par les bénéficiaires de la réforme envisagée, c’est-à-dire les différents partenaires de l’école congolaise.