Pour référence :
Bauvois,Cécile. 1998.
L’âge de la parole : la variable âge en sociolinguistique . DiversCité Langues. En ligne. Vol. III. Disponible à http://www.uquebec.ca/diverscite

 

Introduction

À l’heure où de nombreux États mettent en place des politiques de la langue visant à uniformiser les parlers, il paraît important de s’interroger sur le phénomène de variation linguistique. En effet, toute langue vivante est une langue qui varie, dans le temps, selon la région, et aussi en fonction des caractéristiques sociales (âge, sexe, catégorie sociale, réseau, ...) du locuteur, et de celles de son/ses interlocuteur(s) ainsi que de la situation de communication. Adapter sa façon de parler, c’est entrer dans le processus social qui est à la base de toute communication humaine. La variation est donc, dans la langue, la « zone floue » qui permet à toute personne d’exprimer son identité et d’écouter celle d’un autre. C’est dans cette zone de fluctuation que les politiques au pouvoir isolent, de façon plus ou moins stricte selon le type de régime en place, la variété linguistique qui fera office de norme*, de « beau parler ». Celle-ci repose donc bien sur un choix arbitraire, choix qui peut se modifier lors de tout changement politique, la variété décriée d’aujourd’hui devenant ainsi parfois la norme de demain.

Parmi les variations possibles dans la langue, la variable « âge » est celle qui fera ici l’objet d’une revue critique. Comme l’origine sociale et le sexe, l’âge joue un rôle important dans notre structuration sociale, et les différentes époques de la vie ont suscité beaucoup de travaux en sociolinguistique, particulièrement pour ce qui est de l’enfance et de l’adolescence. Peu d’auteurs ont néanmoins proposé une théorie générale abordant la manière dont les locuteurs modifient leur façon de parler au cours de leur vie. L’opinion habituelle est que « l’accent se perd », pour des raisons liées à la scolarisation, l’urbanisation, et à la diversification des contacts due aux moyens de transport modernes (N. Gueunier, E. Genouvrier et A. Khomsi, 1978).

Bien entendu, ces approches posent la question de la définition des catégories d’âge, de leur début, de leur fin et de leurs fluctuations. La division du continuum de la vie repose avant tout sur des conventions, celles-ci reflétant généralement dans nos sociétés occidentales une définition de l’individu en fonction de son intégration (ou non) au monde de l’école et du travail. Bien souvent aussi, la perspective de l’âge moyen est celle qui gouverne la plupart des recherches - et l’âge moyen est donc la seule période qui ne soit pas traitée de façon développementale, les jeunes adultes n’étant vus ni comme acquérant ni comme perdant des capacités langagières : en contraste frappant avec les études fines chez les enfants et les adolescents, il n’y a pas eu de recherche avec des adultes où on a tenté de substituer aux découpes en décennies des catégories reprenant des périodes de transition de la vie adulte (P. Eckert, 1997). Par ailleurs, la perspective générale de ces recherches reste une perspective occidentale : peu de données permettent, à l’heure actuelle, d’en comparer les résultats avec ceux d’autres cultures.

D’autre part, au fur et à mesure des recherches, des facteurs tels que le réseau social* ou la mobilité sociale*, ont été étudiés parallèlement à l’âge et ont permis de cerner plus adéquatement le poids des différentes sources de variation liant âge et parole. Ces différents états de la recherche se reflètent de toute évidence dans notre synthèse des études consacrées aux modifications linguistiques liées aux différentes étapes de la vie.

On synthétisera ces travaux souvent inspirés de W. Labov (1970a) en quelques grandes rubriques.

 

Âge et changement : synchronie et diachronie

Comment la langue change-t-elle dans le temps ? Quels sont les individus qui portent les changements linguistiques ? C’est à ces questions que l’on a tenté de répondre dans les premières recherches sociolinguistiques. En effet, les variations en fonction de l’âge ont tout d’abord été étudiées dans le domaine du changement linguistique* sur base d’une découpe de la vie, et plus particulièrement de l’âge adulte, en décennies. Les différences dans l’utilisation de variables linguistiques* entre les générations d’une même communauté linguistique y sont interprétées comme le signe d’un changement en cours, changement qui est généralement vérifié par la distribution en cloche de la variable en cause, avec les valeurs les plus élevées chez les jeunes locuteurs du groupe social qui promeut ce changement. Ceci indiquerait-il que les jeunes sont le plus souvent à l’initiative d’un changement linguistique ? Non : une innovation peut naître dans n’importe quel groupe, sans que l’âge, le sexe ou le statut soit prépondérant (W. Labov, 1972). L’élévation des valeurs chez les jeunes tient au rôle particulier que ceux-ci jouent dans la propagation du changement en cours, les adolescents étant les principaux vecteurs des changements linguistiques initiés par la classe moyenne inférieure et la classe ouvrière. L’autre type de variation (l’emprunt de formes de prestige) est le fait de jeunes adultes dont le but est de se conformer au marché linguistique dominant (G. G. Guy, 1990).

Le changement linguistique se propage régulièrement au travers des différents groupes sociaux, quoique plus lentement au début et en fin de diffusion, ce qui explique sa distribution semblable au /§/ phonétique. W. Labov (1972) fait ainsi état d’une distribution hypothétique pour le /r/ new-yorkais, qui atteindrait le maximum de son emploi à 20 ans pour la moyenne bourgeoisie, 40 pour la petite bourgeoisie et 60 pour la classe ouvrière. Le changement linguistique présente donc toujours la même distribution en cloche au fur et à mesure qu’il se diffuse, à ceci près qu’un changement d’en dessous se propagera tout d’abord dans les styles informels, alors qu’un changement d’au-dessus apparaîtra tout d’abord dans les styles formels. C’est lorsqu’il atteint un stade avancé et touche toutes les catégories sociales que le changement originaire des classes sociales moins favorisées subit une stigmatisation - celle-ci étant d’autant plus forte que l’on approche du sommet de la courbe. La pression normative amène alors la distribution à s’aplatir jusqu’à n’être plus qu’une ligne droite, et ce avant que l’innovation n’ait pu se propager dans tous les groupes sociaux.

La propagation d’un changement ne s’opère toutefois pas selon un rythme constant. Sa vitesse de diffusion dépend de la difficulté liée à l’acquisition de la variable concernée, difficulté mesurée au nombre de changements en chaîne entraînés par l’emploi de cette variable. Ainsi, les modifications de lexique, qui impliquent peu de changements en chaîne, apparaissent plus faciles que les changements syntaxiques, qui eux nécessitent une restructuration plus grande de la parole. Cette difficulté peut être telle que certains sous-groupes d’une communauté linguistique* considérée peuvent ralentir considérablement, voire arrêter, le processus en cours (P. Kerswill, 1997).

Il est nécessaire de rester prudent quant à l’interprétation des résultats obtenus dans les recherches consacrées aux changements linguistiques, d’une part parce que toutes les modifications de parole dans un groupe donné n’ont pas forcément valeur de changement en cours, ensuite parce qu’un changement en cours peut s’interrompre, et enfin parce que les variables linguistiques identifiées en synchronie comme faisant l’objet d’un changement ne donnent pas toujours sur le plan diachronique les résultats escomptés. Ainsi, E. Herman (1924) réanalyse les variables considérées dans une étude antérieure comme typiques d’un changement en cours et montre que si certaines ont suivi le chemin prévu, d’autres, qui pourtant présentaient la même distribution caractéristique, sont quant à elles restées stables et la différence d’utilisation de celles-ci par les locuteurs des différentes générations ne s’est pas modifiée.

Dans une étude plus récente, portant sur des francophones montréalais enregistrés à 13 ans d’intervalle, P. Thibault et M. Daveluy (1989) distinguent trois types de changement : a) les indicateurs d’un changement en cours b) les emplois qui se modifient au cours de la vie du locuteur et c) une mode associée à une génération spécifique. Le prestige latent de la variable linguistique concernée peut freiner considérablement le changement en cours. Ainsi, si les Borains enregistrés par N. Thiam (1995) présentent toutes les caractéristiques des membres d’une communauté en évolution vers une variété plus normée, les écarts entre les valeurs restent moins importantes que ce qu’on pouvait en attendre - ce que l’analyse des représentations des locuteurs permet d’attribuer à la valeur ethnique* de la variable en cause.

Les recherches concernant le changement linguistique ont tout d’abord entraîné une perception de l’âge comme étant un continuum, de façon relativement semblable à la distribution en classes sociales, et contrairement aux caractéristiques langagières des hommes et des femmes, qui elles, ont été analysées en termes d’opposition. Or, lorsqu’on observe les choix linguistiques opérés par les jeunes en contraste avec ceux des adultes, il apparaît que l’âge chronologique seul n’est pas un facteur d’interprétation suffisant, et que l’étape de la vie où se situe l’individu (l’âge social) doit être prise en considération. On conçoit ainsi un type de recherche qui oppose les catégories d’âge - et leurs caractéristiques sociales - comme cela a été fait pour les catégories sexuelles.

Parmi les travaux qui se sont centrés sur l’âge social en tant que facteur de variation, beaucoup se sont intéressés à l’enfance et à l’acquisition des normes sociolinguistiques, ou plus largement à l’acquisition de la compétence communicative*. L’adolescence fait quant à elle l’objet de nombreuses études depuis les années 20, études qui ont souvent porté sur le lexique particulier des bandes de jeunes. C’est plus récemment que les aînés sont devenus des sujets d’intérêt pour la linguistique - et dans ce cadre, la plupart des recherches portent soit sur la perte de compétences dues au vieillissement, soit sur les difficultés d’accommodation* entre jeunes et aînés, difficultés qui ont bien évidemment des conséquences importantes dans le domaine des soins gériatriques. Les personnes d’âge moyen seraient quant à elles marquées par le souci de se conformer à la norme liée à leur classe sociale et à leur statut professionnel et sont perçues comme des points de repère relativement stables pour les recherches comparatives sur les autres groupes.

À nouveau ici, la distribution des variables en fonction des catégories d’âge constitue une courbe en cloche dont le sommet est cette fois constitué par l’âge moyen, celui où la pression normative est la plus forte et par conséquent où les variantes normées sont les plus présentes (W. Wolfram, 1969 ; W. Labov, 1970a ; P. Trudgill, 1974 ; R. Maccaulay, 1977), contrairement à ce qui se passe à l’adolescence (P. Eckert, 1988 ; W. Labov, 1990) et probablement à la vieillesse (W. Labov, 1972 ; D. Ager, 1990 ; J. K. Chambers, 1995).

 

L’enfance

  1. L’acquisition des bases de la grammaire se fait en conformité avec la variété utilisée par l’entourage familial

Ce point ne fait l’objet d’aucune contestation, on ne voit d’ailleurs pas comment l’enfant pourrait intégrer une autre variété que celle de son entourage immédiat, quelle qu’elle soit. Les traits caractéristiques des usages sociaux ou régionaux sont acquis très rapidement, et leur valeur leur est donnée par les contacts que l’enfant noue avec les différents groupes sociaux de sa communauté linguistique : les variations diaphasiques* ne prenant de sens pour lui que grâce aux variations diastratiques* auquel il est confronté (F. Gadet, 1997). Cette étape est rendue plus difficile pour les enfants des milieux socio-culturels moins favorisés, la variation inhérente à laquelle ils sont exposés dans leur milieu familial étant plus large que celle des autres milieux (S. Ervin-Tripp, 1972).

Certains traits du vernaculaire* noir américain sont déjà présents dans le langage des enfants noirs de 18 mois (W. Wolfram, 1969). Une étude de W. Labov (1989) sur l’acquisition des variables propres au dialecte de Philadelphie situe entre 4 et 9 ans la période active pour l’acquisition des vernaculaires régionaux. C’est vers 10 ans que les enfants épousent totalement les caractéristiques langagières de leur ville et de leur sexe, la variation sexolectale étant la plus précocement acquise - vers 6 ans (S. Romaine, 1984). Inversement, il apparaît qu’au-delà du début de l’adolescence, les variables régionales ne peuvent plus être intégrées, comme le montrent les recherches sur des groupes d’enfants ayant émigré vers une communauté linguistique aux caractéristiques dialectales différentes (A. Payne, 1980 ; W. Labov, 1989 ; J. K. Chambers, 1992).

Les erreurs morphologiques du langage enfantin (tout au moins celles issues d’une application des règles habituelles à des unités qui y font exception) peuvent être interprétées comme étant à l’origine de changements linguistiques. Il en va ainsi de sontaient (pour étaient) en français de Montréal (R. Mougeon et E. Beniak, 1991). Cette interprétation paraît toutefois difficile à accepter dans la mesure où on voit mal comment les enfants pourraient constituer un modèle de prestige pour le groupe social qui sera le vecteur de ce changement.

       2. La sensibilité aux facteurs sociaux liés au langage est elle aussi très précoce

Les enfants sont d’autre part très tôt sensibles au degré de formalité de l’échange conversationnel : J. L. Fisher (1958) montre qu’en Nouvelle-Angleterre, les 3 à 10 ans réalisent plus fréquemment le suffixe -ing sous la forme -in au fur et à mesure que la situation d’interview devient plus détendue. A 4 ans, ils emploient un style télégraphique pour parler à des personnes qui ne manipulent pas aisément leur langue maternelle (E. Price, 1968). Dès 5 ans, ils attribuent une valeur sociale à des formes et à des affixes verbaux (S. N. Henrie, 1969), et augmentent les variantes standard dans leurs dialogues lorsqu’ils jouent au docteur ou au professeur, lorsqu’ils sont interviewés seuls plutôt qu’en groupe, lorsqu’ils parlent à une personne qui représente une autorité et lorsque l’interviewer n’utilise que la forme normée (S. Ervin-Tripp, 1972). Ils prennent aussi très rapidement en compte le statut de l’interlocuteur, utilisant des impératifs avec des enfants de leur âge dès 2 ans, et des questions pour des enfants plus âgés ou des adultes (S. Ervin-Tripp, 1977).

Les enfants sont donc très jeunes utilisateurs des différentes valeurs sociales de la langue, mais leur maîtrise de la variation et de son analyse est évidemment différente de celle de l’adulte. Les enfants de 8 ans étudiés par D. Lafontaine (1986) fondent leur système de normes linguistiques en prenant en compte les critères de vérité et de politesse, considérant comme incorrectes les phrases fausses (Le cercle est carré) ou relatant un comportement impoli (Il a craché à la figure de son père). À 12 ans, la conception dominante est que « l’accent, c’est l’affaire des autres », l’évaluation de son propre accent est très peu réaliste et extrêmement positive, celle de la langue de prestige est négative (H. Giles, 1970), et ce alors que les accents moyennement accusés sont évalués plus positivement que les accents plus accusés (D. Newsdale et R. Rooney, 1996), sans que toutefois cette évaluation atteigne les extrêmes du jugement adulte (J. Paltridge et H. Giles, 1984). A 14 ans, les jeunes adolescents prennent conscience que le comportement linguistique obéit à une adéquation par rapport au contexte et acquièrent la capacité d’identifier des formes légitimes (D. Lafontaine, 1986). C’est à 17 ans que les auditeurs rejoignent l’appréciation de leurs aînés tout en continuant à manifester une loyauté importante vis-à-vis de leur propre accent (H. Giles, 1970).

Bien plus que la classe sociale d’origine, c’est la mobilité sociale de la famille qui joue un rôle important dans la conscience qu’a l’enfant de la valeur sociale de l’accent (A. Lefèbvre,1991). Dans les familles dont le statut social est stable, les enfants parlent sans faire attention à leur prononciation, ont tendance à se moquer du parler normé (« pointu ») et utilisent un système phonologique plus éloigné de la norme que celui de leur mère. Par contre, dans celles dont la mobilité sociale est ascendante et où l’insécurité linguistique* est marquée par des hypercorrections* , les enfants sont très sensibles aux questions d’accent et leur système phonologique est plus proche de la norme que celui de leur mère. Il semble par ailleurs que dans ces familles, le modèle linguistique le plus prégnant pour les enfants est celui du parent qui a le rôle dominant, quel que soit son sexe. Ceci correspond bien sûr à l’acceptation de la hiérarchie familiale, qui elle même correspond à une reconnaissance sociale de l’extérieur, mais peut, comme le remarque A. Lefèbvre, être contredit par des facteurs psychologiques qui poussent parfois certains enfants à adopter les caractéristiques de parole du membre dominé du couple.

Cette variabilité liée à la mobilité sociale ne semble possible qu’à un moment bien précis de l’enfance. Ainsi, les enfants de 8 à 12 ans enregistrés par P. Kerswill (1994) à Milton Keynes ont tous acquis la prononciation frontale /ou/. Par contre, les enfants de 4 ans présentent trois stratégies : l’accommodation, c’est-à-dire l’adoption de la norme des aînés ; l’accommodation vis-à-vis d’un seul parent ; un compromis entre les caractéristiques des deux parents.

  1. Les enfants privilégient ensuite l’usage de leurs pairs, lequel s’établit aux dépens de la langue des parents

Cette seconde étape débute vers 5 ans (W. Labov, 1970a) et se poursuit jusqu’à la fin de l’adolescence au moins. Un facteur d’influence essentiel dans l’acquisition de l’usage des pairs est l’école, que les enfants de nos sociétés occidentalisées fréquentent très tôt. Cette exposition précoce à un groupe de pairs amène en retour chez l’enfant une série d’ajustements, dont le langage n’est pas un des moindres. Les enfants adoptent l’usage de leur groupe, qui se définit plus en termes de groupe de pairs que de groupe familial, social ou ethnique. Ainsi, si la distribution de quatre variables phonologiques dans la production des deux échantillons d’âge étudiés par W. Wolfram (1969) est fortement corrélée avec l’origine sociale et ethnique des locuteurs, cette tendance est plus marquée chez les 10-12 ans que chez les 14-17 ans : les plus jeunes ont tendance à adopter la variété de langue parlée par leurs parents, dont les adolescents se distancient, notamment en utilisant davantage de variables non standards.

 

L’adolescence

  1. Les adolescents connaissent un « pic informel » avant d’adopter l’usage du groupe professionnel auquel ils s’identifient

On pense actuellement que les locuteurs de la classe moyenne tendent à adopter les formes normées plus tôt que ceux de la classe ouvrière, parce qu’ils vivent dans un environnement où l’influence de la norme est plus prégnante, et que dès la fin des études secondaires, il adoptent des registres de parole moins variés. L’entrée dans la vie active semble donc amener chez eux un plus grand conservatisme dans le langage (W. Downes, 1984; P. Eckert, 1984).

Certaines études permettent de s’intéresser au passage à l’âge adulte en ce qu’elles utilisent l’âge et l’occupation professionnelle comme variables indépendantes. C’est ainsi le cas dans l’étude de R. Macaulay (1977) portant sur le coup de glotte (/§ /) à Glasgow. La distribution de cette variable linguistique, largement stigmatisée, a été étudiée par l’auteur, pour trois groupes d’âge : 10 ans, 15 ans et des adultes, et pour trois types de professions (managers, secrétaires, et commerçants) définis par le métier des parents pour les plus jeunes, par le type d’études entreprises pour les adolescents et par l’emploi pour les adultes. La distinction entre les deux derniers types d’emploi est intéressante en ce que dans la même catégorie sociale, elle sépare des personnes dont l’emploi est lié au langage normé (les secrétaires) de celles pour lesquelles il l’est moins (les commerçants).

Les résultats de la recherche montrent que la variable est, pour les trois groupes d’âge, dépendante de l’occupation, les managers l’utilisant moins, et les commerçants, le plus fréquemment. En ce qui concerne l’âge, l’utilisation de la variable stigmatisée est plus fréquente chez les plus jeunes, quelle que soit leur classe. Viennent ensuite les adolescents, puis les adultes. Il faut relever que les enfants (10 ans) classifiés dans les professions de bureau utilisent la variable /§ / à la même fréquence que ceux qui sont de la catégorie « commerçants ». Vers 15 ans, apparaît une différence de l’ordre de 10%, pour atteindre 60% à l’âge adulte. On peut donc en inférer que c’est vers le milieu de l’adolescence que la pression du marché linguistique* atteint son but en modifiant le langage des futurs employés de bureau de telle manière que la variable stigmatisée devienne peu à peu caractéristique du seul langage ouvrier.

Une étude de D. Sankoff et al. (1989) a comparé le langage de Montréalais pour 10 variables grammaticales. Une fois l’échantillon subdivisé en groupes d’âge (15-22 ans et 36-54 ans), il ressort d’une analyse multivariée que la distribution des variables selon leur significativité sur le marché linguistique (variable haute, basse, pas de valeur) est fonction des métiers chez les adultes alors qu’elle est anarchique chez les plus jeunes, dont on a considéré le métier des parents. Ceci indiquerait que les plus jeunes n’ont pas encore résolu le problème de l’intégration à un réseau social (et linguistique), alors que les adultes font clairement partie d’un réseau donné, identifié par leur type d’emploi. Une question reste ici celle de la classification sociale des adolescents et des jeunes adultes. Leur classe sociale a été calculée en fonction du métier des parents, or, en ce qui concerne cette période de la vie, ce n’est pas tant le métier des parents qui compte que les amis avec qui le jeune partage ses loisirs, et bien souvent un projet socio-professionnel.

Un facteur de variation important est la mobilité sociale. J. Verkroost (1983) constate une variation des monophtongues, variables socialement stratifiées, chez des jeunes filles de 16 ans issues de la même école, du même quartier, et du même milieu social, et ce dans trois contextes différenciés par leur degré de formalité (lecture d’une liste de mots, interview formelle, conversation informelle). C’est la mobilité sociale des sujets, mesurée par l’écart entre le métier de la mère (parce qu’il s’agit de filles) et le métier que ces jeunes filles souhaitent exercer, qui rend le mieux compte de la distribution de la variable considérée.

Certaines variables paraissent indépendantes des facteurs sociaux autres que l’âge. Ainsi, les adolescents montréalais de 15 à 16 ans s’opposent à leurs parents en employant la variable lexicale ça fait que plus fréquemment qu’alors pour exprimer un lien de cause à effet. Au fur et à mesure de l’évolution vers l’âge adulte, cette progression s’amenuise, quelle que soit la trajectoire professionnelle de ces adolescents, pour ensuite se reproduire à la génération suivante, enregistrée 13 ans plus tard (P. Thibault et M. Daveluy, 1989).

Les variables peuvent subir un traitement différent : pour l’emploi de certaines variantes phonémiques, les sujets de 15 ans étudiés par R. Macaulay (1977) sont plus proches des adultes que ne le sont les enfants de 12 ans, alors que pour d’autres, on a un tableau opposé. De même, le recul des variables /• / et le /e T / dans le patois roubaisien est clairement attesté, ces deux phonèmes ayant disparu chez les moins de 30 ans. On note cependant que les jeunes utilisent et renforcent d’autres traits pour marquer leur identité de ch’timis (T. Pooley,1991). Le « pic informel » à l’adolescence constituerait un choix délibéré du locuteur pour les changements phonétiques dont il sait qu’ils sont originaires des classes sociales moins favorisées, les variables non identifiées comme telles connaissant quant à elles une distribution graduelle, des moins normées (à l’enfance) aux plus normées (à l’âge adulte) (J. Holmes, 1996).

  1. La « loi de la bande » : les adolescents adoptent l’usage phonologique du groupe social dont ils font partie et avec qui ils partagent un projet socio-professionnel

Il existe un lien entre le taux d’utilisation de certaines variantes populaires et le degré d’appartenance au groupe dans les bandes d’adolescents. Ainsi, la fréquence d’effacement de is en anglais américain, l’un des indices les plus sensibles quant à la relation du locuteur à la culture populaire, est avant tout caractéristique des chefs de groupe, puis des membres du noyau, et enfin des membres secondaires des groupes de jeunes du ghetto étudiés par W. Labov (1978).

C’est aussi dans le cadre de l’étude de la mobilité sociale que se situe la recherche réalisée par B. Laks (1983) pour expliquer les différences langagières observées entre des adolescents (14-15 ans) d’une cité parisienne. Ces adolescents sont au nombre de six et fréquentent tous un même centre de loisirs. Ils proviennent tous du même milieu social, aucun de leurs parents n’ayant de diplôme supérieur à celui des primaires. Ces six adolescents réalisent tous, plus souvent qu’un groupe témoin issu de la classe moyenne, le pronom elle sous la forme /e/, /al/ ou /a/ et le coordonnant neutre et sous la forme /epyi/, /epi/ ou /pi/, mais avec une importante variation dont on rend compte si on considère que ce groupe, homogène du point de vue social, est composé de deux sous-groupes du point de vue de la trajectoire sociale. Le premier, le sous-groupe dominant, est le plus proche des animateurs et des valeurs du centre. Ses membres connaissent une trajectoire sociale ascendante, font preuve d’aisance sociale et de confiance en soi. Le second sous-groupe est celui des dominés. Il est composé de jeunes dont la trajectoire sociale stagne, pour lesquels l’avenir est fermé et le monde social indéchiffrable. Les productions linguistiques des deux sous-groupes s’éloignent de la norme, mais cet écart est nettement plus accusé dans le sous-groupe des dominés.

P. Eckert (1988) aboutit à des conclusions similaires en travaillant sur les réseaux sociaux des adolescents qui fréquentent un établissement d’enseignement secondaire à Détroit. Ceux-ci constituent deux groupes : les Jocks, dont l’origine est principalement la classe moyenne et les Burnouts, surtout issus de la classe ouvrière. Les Jocks consacrent leur vie extra-scolaire à l’école, en s’impliquant dans les activités liées à celle-ci et gagnant leur autonomie dans l’intégration à des rôles institutionnels. Les Burnouts, par contre, travaillent souvent à temps partiel après l’école et dans ce cadre, fréquentent souvent des plus âgés. L’avenir des Jocks est généralement l’évolution vers l’université et d’autres réseaux sociaux. Celui des Burnouts, par contre, est d’accéder directement au monde du travail grâce au réseau qu’ils ont déjà constitué.

Les variantes phonologiques utilisées par les adolescents ne sont pas liées à la classe sociale de leurs parents, que celui-ci soit défini par le niveau socio-économique du père, de la mère, ou par une combinaison des deux. Par contre, elles sont clairement liées à l’affiliation au groupe. Les Burnouts utilisent les variantes les plus innovantes, alors que les Jocks utilisent les formes les plus conservatrices. C’est donc l’identité sociale de l’adolescent bien plus que son origine qui détermine son choix phonologique inconscient.

P. Eckert explique ces différences de la même manière que W. Labov en ce qui concerne l’évolution linguistique à Martha’s Vineyard : par l’allégeance à la région. Les Burnouts sont fréquemment en contact avec les gens de la ville et en adoptent les caractéristiques de langage. Les Jocks par contre fréquentent un cercle plus restreint et moins diversifié de personnes ; ils ont pour la plupart le projet de quitter la ville pour aller à l’université. Ils ont donc à la fois un contact moins fréquent avec les variables urbaines, et une motivation moindre à leur utilisation. Une autre explication proposée par l’auteur est que le rejet des adultes de la part des Burnouts les amène à adopter les variantes les plus innovantes, alors que les Jocks, cultivant les contacts positifs avec les adultes, utilisent des modèles plus conservateurs. Une troisième possibilité existe : le fait que les Burnouts, en contact plus fréquent dès l’enfance avec des groupes d’âge différents, choisissent d’adopter les caractéristiques adolescentes très tôt. Ceci pourrait amener une accélération du changement, lequel serait dès lors à un niveau beaucoup plus avancé que celui présenté par les Jocks. Enfin, une quatrième interprétation serait la volonté de ces deux groupes de se différencier l’un de l’autre. Cette dernière hypothèse ne laisse cependant que peu de place au changement qui apparaît dans la communauté et dont la distribution montre que, selon P. Eckert, les Jocks utilisent de plus en plus de variables urbaines.

Un résultat important de ces recherches est que bien que différents, les systèmes phonologiques des adolescents concernés restent similaires à ceux des adultes. En effet, les adolescents, qu’ils soient Jocks ou Burnouts, font une utilisation plus importante des variantes urbaines que leurs parents, mais n’en créent pas de nouvelles.

Cette conclusion est aussi celle de T. Habick (1991) à Farmer City, Illinois. La variante étudiée est présente une fois sur deux chez les parents et les grands-parents, alors qu’elle est quasiment toujours présente chez les adolescents. Elle s’actualise dans sa forme la plus avancée chez les Burnouts, les Rednecks (semblables aux Jocks) utilisant des variantes plus proches de celles des générations précédentes.

Il apparaît clairement dans ces recherches que l’entrée dans l’âge adulte est aussi la période où la variété normée se stabilise, tant sur le plan phonétique que lexical et grammatical, cette acquisition étant toutefois étroitement conditionnée par le statut professionnel du locuteur et à la nécessité, dans sa profession, de pratiquer le langage normé. Ceci explique les constatations de W. Labov (1970a) selon lesquelles la capacité à utiliser la variété de prestige de façon stable dans une conversation est acquise tardivement, et pas par tous les adolescents, certains ne produisant de manière constante que quelques-unes des variables caractéristiques de la langue normée.

  1. Les adolescents et le « parler jeune »

Le parler adolescent a été beaucoup étudié, et depuis de nombreuses années, pour les particularités de son lexique. Il est très vite apparu intéressant de cerner ce domaine dont le trait principal semble être l’évanescence. L’« argot adolescent » est en effet caractéristique d’une période de la vie, et à ce titre, on peut considérer qu’il constitue une variation linguistique propre à une catégorie d’âge donnée. Son avenir est donc de disparaître au fur et à mesure que l’individu s’approche de l’âge adulte. D’autre part, lorsqu’on étudie les groupes d’adolescents, on réalise qu’une grande partie de leur lexique se démode rapidement et est très vite remplacé par un autre. Et enfin, l’argot adolescent paraît à la fois très spécifique, limité à une école particulière, voire à un groupe d’adolescents particulier (groupe déterminé par un facteur géographique, ethnique, social, sexuel, ou encore un centre d’intérêt commun - ces différentes caractéristiques pouvant bien entendu se combiner) et très étendu, certains termes étant communs à bon nombre d’entre eux.

C’est H. L. Mencken (1919) qui le premier propose une définition des caractéristiques lexicales adolescentes comme étant une exubérance linguistique aussi bien qu’une forme de critique sociale. De nombreuses autres définitions ont suivi, qui dans tous les cas mettent l’accent sur la nécessité pour les adolescents d’induire leur appartenance à un groupe particulier dont ils veulent aussi exclure d’autres (les enfants et les adultes).

Les créations du « langage jeune » portent avant tout sur le champ sémantique mais elles le dépassent aussi : elles réorganisent la langue, en ajoutant un nouveau sens à un terme déjà existant (glauque, d’enfer), en changeant un usage syntaxique (ça craint, il est trop), ou en changeant la catégorie syntaxique d’un mot (être classe, délirer méchant), et la création de nouveaux termes s’opère en utilisant des dérivatifs (suffixe -os, préfixe hyper-), par abréviation (appart, resto), par anglicismes vrais (cool) ou adaptés (flipper), par la déformation de l’utilisation de pas (pas évident, pas triste) et par utilisation du verlan (H. Walter, 1988). Des emprunts sont aussi faits à l’arabe (M. Sourdot, 1997).

Les adolescents peuvent aussi être vecteurs d’un changement linguistique sur le plan lexical, comme en ce qui concerne le suffixe -os, qui a connu un pic statistique dans les années 80-95 suite à une mode hispanisante (H. Boyer, 1997).

Les facteurs de variation du lexique adolescent ont peu été étudiés en sociolinguistique. Quelques recherches ont cependant porté sur la variation sexuelle. Ainsi, les garçons emploient davantage l’argot principalement pour l’argent, les automobiles et les motos. Les filles, par contre, l’emploient plus pour les vêtements, la mode et les garçons (E. Nielsen et E. Rosenbaum, 1981). T. Labov (1992) obtient aussi des résultats significativement différents pour la variable sexolectale, mais cette distribution reste cependant sans explication : ainsi, pourquoi les filles emploient-elles plus de termes argotiques pour les drogues, et pourquoi les garçons utilisent-ils plus de mots composés du terme «-head »  ?

Fait surtout des adolescents, le « langage branché », tend maintenant à se répandre chez les aînés (les plus de 25 ans) et particulièrement parmi les professionnels du spectacle, de l’art, de la communication, de la publicité (H. Walter, 1988). On peut toutefois penser que cela a toujours été le cas pour les artistes, cette catégorie professionnelle étant généralement caractérisée par le refus des normes et donc, sur le plan linguistique entre autres, par le rejet des conventions liées au marché dominant. L’emploi du « langage branché » dans le domaine de la communication et de la publicité semble par contre le reflet d’un objectif plus mercantile : celui de conquérir les adolescents dont la force économique n’est plus à démontrer.

L’argot adolescent présente-t-il des caractéristiques stables au travers du temps ? L’analyse de deux corpus enregistrés à 7 ans d’intervalle dans des conditions identiques montre que les différences portent sur le nombre d’emprunts, de métaphores, de métonymies et de dérivations, moindre dans le second corpus, qui voit en revanche augmenter l’utilisation du verlan et de néologismes, ce qui irait dans le sens du remplacement du « parler jeune » par « le français des cités », reflet d’une certaine angoisse et de difficultés sociales (M. Sourdot, 1997).

Les caractéristiques du parler adolescent ne peuvent s’exposer sans faire référence aux variables psycho-sociales inhérentes à cette partie de la vie. L’adolescence est en effet, par essence, une période de transition entre l’enfance et l’âge adulte. Cette transition, créée par nos sociétés industrialisées, est généralement difficile, et apparaît de plus en plus longue. Elle se caractérise par deux forces, l’une centrifuge : le désir de se différencier de ses parents (et du monde de l’enfance) ainsi que de fonder sa propre identité, et l’autre, centripète, qui pousse le jeune à s’identifier à un groupe, à en adopter les normes vestimentaires, capillaires, linguistiques et autres. L’entrée dans l’enseignement secondaire confronte le jeune adolescent à un éventail plus large de valeurs et de registres sociaux parmi lesquelles il va devoir faire un choix. Ceux-ci, contrairement à ceux qui influencent le langage de l’enfant, ne sont pas tant liées à un contexte familial ou scolaire qu’à des choix inhérents au projet de vie, et donc à l’identification à un groupe d’adolescents particulier. Les variations linguistiques à l’adolescence peuvent être en tous points comparées à celle de tout groupe dont l’identité fait l’objet d’une revendication particulière. La création d’un lexique et l’adoption de formes phonétiques marquées est propre à toute communauté qui souhaite se démarquer et l’adolescence ne constitue pas en ceci un groupe particulier si ce n’est que cette période est vécue par tous, pendant un moment plus ou moins long de la vie, dans nos sociétés occidentales.

 

L’âge adulte

  1. Les variations au sein de la période de l’âge adulte sont étroitement liées aux conditions socio-économiques dans lesquelles l’individu est placé.

Y a-t-il des variations possibles dans cette large tranche de vie qu’est l’âge moyen ? W. Labov (1972) conclut que oui dans son observation de la centralisation de /ay/ et de /aw/ à Martha’s Vineyard. Cette centralisation, tout d’abord observée chez les aînés, s’accroît régulièrement chez les hommes de 31 à 45 ans, qui manifestent ainsi leur opposition à l’invasion de leur île par des touristes riches venus du continent. W. Labov lie le rôle particulier de cette tranche d’âge dans le changement linguistique au fait qu’elle est aussi la plus sensible aux problèmes économiques engendrés par l’arrivée massive des estivants.

La stratification sociale du /r/ dans les grands magasins new-yorkais montre que les vendeurs adoptent à plus ou moins brève échéance la forme utilisée par leur clientèle. Pour le groupe dont le statut social est le plus élevé, il existe une corrélation inverse entre l’âge et l’emploi du (r-1). Pour le groupe de statut social moyen, il y a une corrélation directe avec l’âge, et pour la classe ouvrière, il n’y a pas de corrélation claire. Selon Labov, il n’y a pas de contradiction entre la réaction de la moyenne et de la haute bourgeoisie vis-à-vis de ce changement linguistique : il explique cette différence par le fait qu’il y a entre ces deux classes sociales décalage d’une génération dans l’adoption de la nouvelle norme. La courbe de distribution de la variable sensible doit passer à son sommet à vingt ans pour la moyenne bourgeoisie, et à 40 pour la petite bourgeoisie. De ses multiples observations, W. Labov conclut que :

« Les membres âgés de la moyenne et de la haute bourgeoisie ont tendance à conserver les anciennes formes de prestige fixées en eux depuis longtemps alors que les plus jeunes préfèrent adopter les formes modernes. Si nous considérons maintenant le groupe immédiatement inférieur, la petite bourgeoisie, nous y voyons une situation inverse quant à la sécurité linguistique et quant à l’accord entre les deux dimensions. Il est donc probable que les locuteurs de cette classe présentent des normes très fluctuantes dans les contextes formels, et que, même parvenus à la maturité, ils aient tendance à adopter les marques de prestige les plus récentes, employées par les jeunes membres de la classe supérieure. De ce point de vue, les plus âgés devraient même dépasser les plus jeunes, moins exposés à la réalité de la stratification sociale et à ses conséquences. Quant à la classe ouvrière, on peut s’attendre à ce qu’elle ait un comportement identique dans ses grandes lignes à celui de la petite bourgeoisie, mais moins prononcé. Enfin, on peut supposer que le sous-prolétariat, et lui seul, est en grande partie indifférent aux normes de prestige récentes. » (W. Labov, 1972, pp. 202-203).

Les groupes les plus jeunes dans la catégorie adulte sont généralement ceux qui portent l’innovation. Ainsi, l’étude de la répartition sociale de 12 variantes de prestige au Texas montre que le seul facteur constant d’influence est l’âge, les plus jeunes (18-29 ans) étant les plus innovateurs et les plus âgés (62-95 ans) l’étant le moins (C. Bernstein, 1993). Il convient toutefois d’être prudent dans la généralisation de cette observation et de tenir compte d’un effet éventuel du type de variable considéré (phonologique ou syntaxique par exemple) et des variables classe sociale et sexe. L’âge ne semble être l’unique facteur de variation que dans deux types de situation : celle de la stigmatisation d’un marqueur bien établi (P.Trudgill, 1983), et celle d’un changement brusque entre différentes générations de la même communauté linguistique. Il en va ainsi du choix des expressions introduisant un exemple dans le discours en français de Montréal : on observe une modification nette des termes employés avant et après 47 ans, sans toutefois qu’une explication puisse y être donnée (D. Vincent, 1992).

Dans les communautés non urbaines, où la stratification sociale opère peu et dont la structure favorise les comportements de solidarité, il apparaît clairement que ceux dont le réseau est dense et local (surtout des hommes) sont porteurs des variantes populaires, tandis que les locuteurs dont l’intégration sociale se réalise grâce à un réseau plus large (surtout des femmes) (18-25 ans par opposition aux 40-55 ans chez L. Milroy, 1980 ; 15-25 et 30-50 par opposition aux 65-90 chez P. Nichols, 1983) adoptent les variantes normées. A Détroit, les variantes populaires sont maintenues par les personnes de plus de 60 ans, alors qu’elles ont fortement diminué chez les plus jeunes (18-25 ans et 26-39 ans) qui n’ont pas connu la ségrégation du ghetto et pour qui le réseau de communication, plus lâche, permet des contacts fréquents hors communauté (J. Edwards, 1992). Dans la plupart des recherches de ce type, l’âge n’apparaît que comme étant au mieux un facteur secondaire en ce qu’il influence le type de réseau dont l’individu fait partie (K. Flikheid, 1984 ; L. Beaulieu, 1993). Dans certains cas, il n’explique en rien la variabilité, contrairement au lieu d’origine ou de résidence (L. Oladipo-Salami, 1981).

Quel est le rôle des générations intermédiaires en ce qui concerne la continuité du changement linguistique ? Les études de distribution en temps apparent réeffectuées à intervalle de plusieurs années montrent que les différences en temps réel se reflètent dans les cohortes successives au même âge, alors que les différences selon l’âge montrent la progression du changement linguistique. Ainsi, alors que le changement linguistique poursuit sa progression, les groupes d’âge centraux (entre 30 et 70 ans) augmentent leur utilisation de la nouvelle variable (H. Cedergren, 1984).

De multiples questions restent malgré tout en suspens : les caractéristiques langagières restent-elles mouvantes ? Si oui, jusqu’à quel point ? Jusqu’à quel âge cette modification est-elle possible ? L’est-elle également pour tous ? L’individu qui se trouve en fin de carrière utilise-t-il les mêmes variables que celui qui cherche à grimper dans la hiérarchie de l’entreprise ? Comment se passe l’entrée dans la vieillesse ? Et enfin, qu’est-ce que vieillir ?

 

L’âge mûr

La plupart des auteurs, qu’ils soient médecins, gérontologues, psychologues ou autre, semblent s’accorder sur le fait que la vieillesse commence vers 60 ans. Les frontières restent cependant très floues entre l’âge adulte et la vieillesse, tellement floues d’ailleurs qu’un vieillard reste un adulte - comme si cette qualité, une fois acquise, ne pouvait être remise en question. Y a-t-il arrêt de l’évolution linguistique avant la vieillesse ? Les personnes âgées modifient-elles encore leur parole ? Ces questions résument les interrogations des linguistes, dont peu se sont penchés sur le langage des aînés.

Pour certains (W. Labov, 1972, J. Chambers, 1995), les modifications langagières ne peuvent s’opérer que chez des individus encore jeunes. Au-delà d’un certain âge (non déterminé, mais qu’on imagine inférieur à celui de la retraite), le langage ne peut plus évoluer. S’agit-il bien d’une fatalité ? Ceci ne relèverait-t-il pas d’un choix de la part des aînés ? D’autres auteurs par contre (P. Eckert, 1984) argumentent que la retraite est une des étapes essentielles de la vie adulte. A l’instar de l’adolescence, elle entraîne généralement une modification du réseau social de l’individu, et une renégociation de l’identité. Ces traits communs avec l’adolescence se traduisent-ils sur le plan du langage ? Ou la vieillesse serait-elle surtout caractérisée par le retrait de la vie active et une certaine forme de repli sur soi, et en conséquence, un relâchement vis-à-vis de la norme et un retour au vernaculaire (W. Downes, 1984) ? Sommes-nous, sur le plan du langage, tous égaux face à la vieillesse ? Ou faut-il compter avec notre classe sociale, notre sexe, nos projets non professionnels cette fois, notre rôle au sein de notre famille ? S’il faut prendre en compte tous ces facteurs, quel est leur poids relatif ?

M. Newbrook (1987) a constaté que parmi les sujets de son échantillon, ce sont avant tout les femmes d’âge moyen et les plus âgées qui utilisent les formes normées. Il définit ceci comme un effet de l’âge, et non comme un changement en cours. L’auteur interprète cette différence entre les sexes par le fait que la plupart de les femmes de l’échantillon sont veuves et sans emploi (si toutefois elles en ont eu un). Ces deux facteurs constituent des atteintes au sentiment de sécurité, aussi bien sur le plan économique que social, et rend donc ces aînées plus sensibles à la pression du marché linguistique dominant - ce d’autant plus que leur réseau social est en général très lâche. Le rôle normatif des femmes apparaît également dans la distribution d’un changement phonétique vers une variable non prestigieuse en Nouvelle-Zélande. Celle-ci présente une distribution régulière, le maintien de la norme étant surtout le fait des femmes les plus âgées engagées dans la vie professionnelle (M. Macclagam et E.Gordon, 1996).

Des résultats différents émergent d’une comparaison de deux échantillons semblables d’hommes et de femmes (jeunes, d’âge moyen et vieux) en 1970 et 1990 pour une variable syntaxique (H. Paunonen, 1994) : les femmes qui étaient d’âge moyen en 1970 sont moins normatives en 1990, alors qu’elles sont plus âgées. Par contre, les hommes et les femmes qui étaient jeunes dans les années 70 sont devenus plus normatifs en arrivant à l’âge moyen. Ceci va donc dans le sens d’un relâchement de la norme à l’adolescence et chez les plus âgés, particulièrement les femmes.

P. Thibault (1997) propose une approche croisant âge et facteurs sociaux : les aînés des couches qui se situent au bas de l’échelle sociale auront sans doute tendance à augmenter leur utilisation des formes qui correspondent à des indicateurs de classe, une fois mis à la retraite. Au sommet de la hiérarchie sociale, l’occurrence des formes non standards ne peut tendre qu’à diminuer au-delà de l’adolescence ; le parler des aînés reflétera des normes standards, peut-être désuètes, et un vernaculaire qui n’a rien à voir avec les formes non standards du parler de leurs petits-enfants. Les couches intermédiaires de l’échelle sociale sont engagées dans un processus d’ascension sociale qui fait que certains des aînés tendront à aligner leur parler sur celui des couches auxquelles ils sont souhaité s’intégrer toute leur vie, alors que d’autres retrouveront leurs origines, si l’ascension sociale des couches qui les suivent a plus ou moins bien réussi.

Un autre axe de recherche concernant les aînés est celui de l’accommodation entre les différentes générations, axe qui est évidemment très important pour le travail en gérontologie. Dans tout échange conversationnel, l’accommodation peut en effet entraîner les locuteurs vers une convergence de parole, pour réduire l’écart entre eux, ou vers une divergence, pour augmenter cet écart, selon l’image que chacun a de l’autre.

Dans les échanges intergénérationnels, les perceptions vis-à-vis de la personne âgée vont généralement dans le sens d’a priori négatifs en ce qui concerne la communication, et la perception par les aînés de leur propre inadéquation sur le plan du langage contribue à augmenter leur difficulté dans l’échange verbal (M. L. Hummert, J. M. Wieman et J. F. Nussbaum,1994). Le langage modulé est un exemple d’accommodation de l’adulte vis-à-vis de la personne dont la compétence linguistique n’est pas encore ou n’est plus acquise. En ce qui concerne les aînés, le langage modulé* est vécu par certains comme condescendant et humiliant, et par d’autres comme affectueux et rassurant (L. Caporael et al., 1981, 1983, 1986). Son emploi est fonction du nombre de contacts que les plus jeunes ont avec les aînés, ceux pour qui ces rencontres sont plus rares ayant tendance à l’employer beaucoup plus souvent (J. Coupland et H. Giles, 1991).

Il y a peu d’information sur le phénomène inverse : l’accommodation des aînés vis-à-vis des jeunes. On pense généralement que le discours des aînés prend peu l’autre en considération, ce qui peut être interprété comme un manque de motivation pour le dialogue lié au fait que les aînés ne s’intéressent plus à la conquête du pouvoir (W. Labov,1970b). T. M. Jordan (1986) complète ce point de vue en comparant deux échantillons croisés de 75 hommes chacun, les premiers ayant entre 35 et 55 ans et les seconds entre 65 et 98 ans, pour des épreuves nécessitant tant de la production verbale (libre ou imposée) que le décodage du discours d’un locuteur. Les résultats sont les suivants : les aînés produisent moins de parole sociale et provoquent plus d’erreur de décodage chez les auditeurs de tous âges; ils ne prennent l’âge de l’auditeur en considération que pour le choix des mots, lesquels relèvent d’un vocabulaire plus courant lorsque l’interlocuteur est plus vieux. L’interaction est généralement plus efficace lorsqu’elle a lieu entre personnes du même âge, et l’âge n’a aucune importance pour ce qui est de la fréquence des mots et de la redondance des messages à l’épreuve de description, et pour ce qui est du nombre de références à soi. Alors que la première conclusion concernant le désengagement social des aînés va dans le sens de l’interprétation de W. Labov, la dernière, concernant la référence à soi, va dans le sens inverse. Peut-être les personnes âgées se désengagent-elles totalement de la sphère sociale, en ce incluant leur propre personne.

Le but poursuivi ici par les chercheurs est de déterminer au travers de sa traduction dans le langage quelle image chaque génération a de l’autre, et comment se construit cette image. Ce type de travail prête le flan à de nombreuses critiques : tout d’abord, l’accommodation est un phénomène bipolaire, concernant au moins deux locuteurs - or, très souvent, seule l’accommodation du jeune vis-à-vis de l’aîné est prise en considération. D’autre part, l’âge est généralement pris comme une valeur absolue, en tenant peu compte des autres facteurs qui peuvent influencer la parole, comme par exemple, la façon dont la vieillesse est vécue. Or, le discours d’une personne âgée varie sensiblement en fonction des différents rôles qu’elle adopte en parlant, et ces rôles peuvent soit être liés à l’âge (positivement ou négativement) soit indépendants de celui-ci. La vieillesse peut -ou non- faire partie de la définition de l’identité d’une personne selon le type de discours concerné, et ceci influence les caractéristiques de parole en en affectant significativement soit la vitesse, soit l’intonation (E. T. Rosenfeld, 1993). On peut toutefois se demander si ce n’est pas le sentiment associé au discours sur l’âge qui est ici le seul facteur influençant la parole, sans que l’âge lui-même n’y joue véritablement un rôle.

 

Conclusion et perspectives

La variation, inhérente à toute langue humaine, permet à l’individu d’exprimer son identité en fonction non seulement de ses valeurs sociales, mais de celles qui sous-tendent l’échange communicationnel.

Parmi ces valeurs, l’âge s’exprime différemment à chaque moment de la vie. Très tôt déjà, l’enfant utilise les variantes sociales de la langue, même si la conscience qu’il a de celles-ci reste floue. Parmi les facteurs qui influencent ses choix langagiers, on relève : le milieu social dont il est issu, la mobilité sociale des parents, et le langage de ses pairs. L’adolescence se caractérise quant à elle par un « pic informel », puis l’adoption de l’usage du groupe socio-professionnel auquel les jeunes s’identifient. Ici, c’est sa propre mobilité sociale, ses aspirations professionnelles et de façon concomitante, son choix de réseau qui entrent en ligne de compte. A l’âge adulte, les conditions socio-économiques ne se définissent plus en termes d’aspiration mais font partie de la réalité quotidienne ; qu’elles se reflètent dans l’emploi, le salaire ou le réseau social, ce sont elles principalement qui influencent la parole. Les résultats obtenus avec des sujets d’âge mûr ne permettent pas la généralisation, mais sans doute peut-on ici faire l’hypothèse que la passage à un marché linguistique non régi par les lois du travail se gère dans un rapport dialectique entre la fonction sociale que l’on a occupée et celle qui est reconnue dans l’« après travail ».

Il semble donc que l’individu, tout au long de sa vie, opère des choix langagiers en fonction de son image sociale, laquelle évolue au fil du temps et des étapes de développement auquel il est confronté. Une analyse longitudinale des effets de l’âge social pourrait donc mettre en lumière l’influence relative sur le langage des différents paramètres qui affectent la vie de chacun et permettre de saisir en retour comment notre parole nous situe sur le continuum du temps. Le temps ne serait ainsi qu’un positionnement particulier de certaines variables sociales (métier, réseau, mobilité, ...) en fonction de l’étape de la vie où se situe l’individu. Si tel est le cas, des individus d’âge différent vivant la même configuration de variables auraient les mêmes caractéristiques langagières, et la variable âge n’existerait pas en tant que telle.

Une politique linguistique cohérente devrait donc prendre en compte cette variation linguistique dans toute sa diversité, en la reconnaissant non seulement comme une partie intégrante de l’être communiquant, mais aussi en ayant conscience du fait qu’elle est par nature évolutive. La réguler revient à contraindre l’expression de l’identité sociale, essence même de la communication.

 

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Glossaire

 

Tiré de Moreau, Marie-Louise (Ed). 1997. Les concepts de la sociolinguistique, Sprimont : Mardaga

 

Accommodation : prise en compte de la variation interpersonnelle dans l’interaction, dans le but de s’adapter (ou non) à l’interlocuteur pour obtenir (ou non) une interaction gratifiante

 

Changement linguistique : apparition d’une nouvelle variable linguistique dans la langue, variable dont l’emploi a acquis une signification sociale et dont l’apparition provoque une restructuration des règles catégorielles

 

Communauté linguistique : communauté dont les locuteurs partagent un ensemble d’attitudes sociales envers les divers usages et se rejoignent sur la manière dont ceux-ci se hiérarchisent

 

Compétence communicative : capacité d’utiliser une langue de façon appropriée en fonction de la surnorme, donc des aspect contextuels liés à la situation communicationnelle

 

Ethnie : communauté dont les membres partagent la même origine géographique et culturelle

 

Hypercorrection : processus par lequel certains locuteurs lettrés, créent des formes linguistiques qu’ils considèrent plus correctes que celles de la variété normée

 

Insécurité linguistique : conscience de la distance entre la norme héritée et la norme dominant le marché linguistique, vécu par un groupe social dominé placé en position intermédiaire dans l’échelle sociale (la petite bourgeoisie)

 

Langage modulé : simplification du langage que l’on utilise lorsqu’on s’adresse à quelqu’un que l’on estime moins compétent (enfant, personne âgée, handicapé, étranger,..)

 

Marché linguistique : métaphore économique utilisée par P. Bourdieu pour définir les différentes situations socio-politiques d’échange entre locuteurs et récepteurs

 

Mobilité sociale : différence entre le statut social d’une personne et celui de ses deux parents, de son père, ou du parent de même sexe, généralement calculée sur base des longueurs de scolarité

 

Norme : variété linguistique prônée par les détenteurs du capital symbolique : la bourgeoisie, les médias, l’enseignement syn. langue standard

 

Réseau social : ensemble de personnes reliées entre elles par des liens sociaux, selon différentes réalités structurelles

 

Variable linguistique : unité phonologique, morphologique, syntaxique ou lexicale qui fait l’objet du changement linguistique ; elle se compose généralement deux variantes : la forme antérieure au changement, et celle qui lui est postérieure. Variante standard : variante normée

 

Variation diastratique : différences entre les usage pratiqués par les diverses classes sociales (les sociolectes)

 

Variation diaphasique : différenciation des usages selon les situations de discours (registres ou styles)

 

Vernaculaire : langue utilisée dans le cadre des échanges informels entre proches du même groupe