Pour référence :
Lüdi, Georges. 1998. De la Suisse quadrilingue à la Suisse plurilingue :
Bases démographiques, modèles de développement et problèmes de gestion
. DiversCité Langues. En ligne. Vol. III. Disponible à http://www.uquebec.ca/diverscite

 

Introduction

C'est un lieu commun de dire que la Suisse est plurilingue. Pourtant, quand on y regarde de plus près, la représentation la plus répandue du plurilinguisme suisse est très réductrice et se réfère, en fait, aux quatre langues dites nationales. D'ailleurs, la conscience que le quadrilinguisme historique constitue une composante essentielle du patrimoine culturel national imprègne tout le discours politique officiel. Cette conception du plurilinguisme suisse est fondée sur le principe de territorialité. Pratiquement, cela signifie que le pays est perçu comme une mosaïque formée de quatre espaces géographiques unilingues. De rares communes officiellement bilingues – comme la ville de Bienne – constituent les exceptions qui confirment la règle. La reformulation de l'article 116, « linguistique », de la Constitution fédérale votée en 1995 renforce et confirme cette vision.

Or, en Suisse comme dans d'autres pays de l'Europe occidentale, la mobilité croissante de la population depuis quelques décennies a conduit à une déstabilisation progressive de la situation des langues. Depuis les années 1960, la Suisse n’est, en effet, plus une aire d’émigration, mais attire massivement des immigrés. L’image traditionnelle d’un pays composé de régions culturellement et linguistiquement homogènes n’est plus valable; l’homogénéité de ces aires culturelles n’existe plus. Son rétablissement ne serait possible qu’au prix de mesures extrêmement contraignantes et reviendrait à dresser des barrières dangereuses entre Suisses et Étrangers, mais aussi entre Suisses de langues et cultures différentes. Dans ce sens, toutes les villes suisses sont plus ou moins plurilingues.

Cette nouvelle situation démographique, caractérisée par un plurilinguisme d'immigration qui se superpose au plurilinguisme historique, appelle de nouvelles pratiques de politiques linguistiques axées sur de nouveaux concepts. Traditionnellement, on visait à assimiler les migrants, c'est-à-dire à les amener à « fonctionner », linguistiquement et culturellement, comme des membres de la société d'accueil. Les langues et cultures d'origine étaient perçues comme des éléments disturbateurs et, en tout cas, sans intérêt pour la communauté d'accueil. L'enseignement était entièrement prodigué en langue d'accueil par une espèce de « submersion ». Très prudemment, on commence à modifier ces pratiques et à admettre que la solution d'intégrer les migrants au lieu de les assimiler, en les aidant à maintenir leur langue d'origine tout en acquérant la langue d'accueil, présente de nombreux avantages :

  • culturellement, un plurilinguisme et pluriculturalisme bien planifié constitue un enrichissement certain pour la société d'accueil;
  • économiquement, l'enseignement bilingue n'est pas vraiment plus cher que la « submersion » (Cummins 1994); par contre, le renforcement de la langue d’origine (LO) mène à des résultats scolaires bien meilleurs et augmente ainsi le degré de formation et la compétitivité internationale de la société d'accueil tout en limitant simultanément sensiblement les coûts sociaux du chômage et de la criminalité dus au manque d'instruction (Grin 1994);
  • politiquement, une telle solution serait bien plus équitable et représenterait un acte de solidarité vis-à-vis des « nouvelles minorités ».

Il s'agirait, en d'autres termes, de chercher un équilibre entre le maintien des pratiques linguistiques et culturelles liées à la région d'origine et la participation active à la culture d'accueil en langue d'accueil (LA) dans le cadre de réseaux communicatifs linguistiquement mixtes.

Cette politique se heurte bien sûr à de nombreuses résistances, non seulement, mais aussi et surtout, de la part de certains représentants des minorités linguistiques historiques. Pour eux, l'unilinguisme officiel des régions doit garantir la survie des langues minoritaires. Sauf pour la petite minorité rhétoromanche, les données démographiques peuvent effectivement être lues ainsi puisqu'elles confirment la dominance massive des langues nationales dans leurs territoires respectifs malgré l'afflux très important d'alloglottes. Dans ce sens, des territoires dans lesquels des langues migrantes seraient majoritaires – à la suite de migrations internes ou externes – constitueraient une menace pour l'équilibre linguistique entre les territoires historiques. Sans dire que l'unilinguisme au sein de la population migrante serait à interpréter comme un indice de ségrégation, voire de ghettoïsation, à plus forte raison si elle avait lieu à l'intérieur d' « îlots alloglottes ».

Or la politique linguistique, définie sommairement, ici, comme gestion explicite de répertoires plurilingues dans des situations de diversité linguistique, exige, au préalable, une analyse fine et précise de ces situations. Pour la Suisse, cette analyse a été faite récemment sur la base du recensement fédéral de la population de 1990 (voir Lüdi/Werlen/Franceschini et al. 1997). Dans ce qui suit, nous en présenterons quelques résultats saillants tout en nous interrogeant, implicitement ou explicitement, sur la marche à suivre pour mieux gérer le nouveau plurilinguisme suisse, à l'aube du troisième millénaire, face au double défi de la mondialisation de la communication et de la recrudescence du patriotisme local.

 

De la Suisse quadrilingue à la Suisse plurilingue

L'image de la Suisse quadrilingue, caractérisée par une relation harmonieuse entre les langues nationales, avec un plurilinguisme étendu de la population, appelle plusieurs corrections :

  • Si la constitution fédérale reconnaît l'existence de quatre langues nationales (allemand, français, italien et romanche), la relation entre elles n'est pas du tout équilibrée. L'allemand est largement majoritaire; minoritaires, le français et l'italien ne sont pourtant aucunement menacées; par contre, le rhétoromanche lutte pour sa survie. Les proportions des langues nationales se sont quelque peu modifiées au courant du XXe siècle (Tableau 1 : Proportion des langues nationales en Suisse en pour-cent de l'ensemble de la population de 1900 à 1990).

Tableau 1

Le pourcentage changeant de l'italien reflète les différentes vagues immigratoires en provenance de l'Italie. On notera le déclin continuel de l'allemand depuis la seconde guerre mondiale et la reprise du français après 1970.

  • La politique des langues repose sur le principe de la territorialité. Pratiquement, cela signifie que la Suisse est en fait une mosaïque de régions dont la plupart sont officiellement unilingues, offrant ainsi à la population la possibilité de vivre dans une seule langue, à l'exception de la région rhétoromanche (Carte 1 : Les régions linguistiques en Suisse).

À l'intérieur des régions linguistiques, la proportion des langues nationales est relativement stable (Graphique 1 : Les langues nationales comme langue principale dans leur région linguistique respective 1980-1990) : Source : Office Suisse de Statistique [OFS], recensements fédéraux.

  • La situation en Suisse alémanique est caractérisée par une diglossie médiale entre le suisse allemand ou « schwyzertütsch », ensemble de dialectes régionaux, et l'allemand (Graphique 2 : Dialecte et langue standard comme langues d'usage en famille, au travail et à l'école selon la région linguistique en 1990). La répartition des fonctions est assez stricte : tout le monde parle le schwyzertütsch dans pour ainsi dire toutes les situations de la vie quotidienne, même pour parler de physique nucléaire ou de philosophie existentialiste; l'allemand standard est utilisé à l'écrit et dans de rares situations formelles. Les dialectes franco-provençaux et français ont pratiquement disparu; dans les Grisons et au Tessin, les dialectes lombards présentent une vitalité intermédiaire entre la Suisse alémanique et la Suisse romande; on y rencontre une situation diglossique plus classique, les dialectes jouant le rôle de variété basse.

Source : Office Suisse de Statistique, recensement fédéral 1990 et Lüdi, Werlen, Franceschini et al. 1997.

  • #160;Les frontières linguistiques sont loin d'être hermétiques. Pour des raisons professionnelles ou privées, 3,1 % des germanophones, 53,3 % des italophones, 6,4 % des francophones et 51,3 % des locuteurs du rhétoromanche vivaient, en 1990, en dehors de la région linguistique respective (Graphique 3 : Distribution des locuteurs des langues nationales sur les régions linguistiques [en pourcentage de la population indiquant ces langues comme langue principale]en 1990).

  • Comme d'ailleurs dans les autres pays industrialisés, on ne compte plus les communautés immigrées, constituées de migrants externes, qui ont conservé des liens plus ou moins étroits avec leur langue d'origine.

Il en résulte de ces mouvements migratoires internes et externes une hétérogénéité des régions linguistiques, c'est-à-dire une présence importante d'alloglottes dans chacune d'elles, avec des différences importantes (Graphique 4 : Population déclarant une autre langue principale que la langue majoritaire de la région linguistique par région linguistique en 1990).

Source : Office Suisse de Statistique, recensement fédéral 1990 et Lüdi, Werlen, Franceschini et al. 1997.

En d'autres termes, la Suisse quadrilingue se convertit de plus en plus en Suisse plurilingue, et le plurilinguisme individuel dû à des mouvements migratoires, internes et externes, est de plus en plus répandu. C'est sur ce plurilinguisme dû à l'immigration que nous allons focaliseront maintenant notre attention.

 

Progression des alloglottes dans le temps et composition interne

En 1990, il y avait en Suisse 1 246 000 étrangers qui représentaient 18,1 % de l'ensemble de la population. Par ailleurs, 613 550 personnes ou 8,9 % de la population – dont 87,9 % d'étrangers – indiquaient une langue non nationale comme langue principale (Tableau 2 : Langues non nationales les plus importantes en 1990) .

Source : Office Suisse de Statistique, recensement fédéral 1990 et Lüdi, Werlen, Franceschini et al. 1997.

Et leur pourcentage a massivement augmenté depuis 1950 (Graphique 5 : Progression des « autres langues » 1950-1990).

Source : Office Suisse de Statistique, recensements fédéraux et Lüdi, Werlen, Franceschini et al. 1997.

Mais autant que le nombre, la provenance et la composition interne des alloglottes a changé. Si, en 1970, 90,6 % des migrants externes provenaient des pays formant actuellement l'Union européenne et l'AELE, ce pourcentage est tombé à 67,9 % en 1990. Ainsi, l'italien a « perdu » plus de cent mille locuteurs entre 1980 et 1990 à cause de retours au pays, de naturalisations, de changements de langue, etc. On remarquera aussi de légères avances pour le français (dues, sans doute, à un mouvement d'intégration linguistique). Mais il y a aussi et surtout eu une augmentation spectaculaire de la proportion d'autres langues comme le turc, les langues slaves du sud ou l'albanais (Graphique 6 : Langues non nationales comme langues principales en Suisse en pourcentage de la population indiquant une langue non nationale comme langue principale, 1970 et 1990).

Source : Office Suisse de Statistique, recensements fédéraux et Lüdi, Werlen, Franceschini et al. 1997.

À l'exception des anglophones, la plupart des étrangers appartenant aux groupes les plus nombreux ont un statut socioprofessionnel très bas. Par exemple, 57,6 % des hispanophones vivant en Suisse romande et 59,3 % de ceux vivant en Suisse alémanique, 66,3 % des turcophones en Suisse alémanique et même 73,5 % des lusophones en Suisse romande n'avaient point de formation professionnelle.

 

Existe-t-il le danger que se forment des « îlots alloglottes »?

Y a-t-il, comme dans d'autres pays à immigration massive, une tendance vers un regroupement des immigrés de même langue et culture? Le pourcentage de locuteurs de langues non nationales varie fortement d'une région linguistique à l'autre (Graphique 7 : Langues non nationales comme langues principales en Suisse selon les régions linguistiques 1990, en pourcentage de la population totale).

Source : Office Suisse de Statistique, recensement fédéral 1990 et Lüdi, Werlen, Franceschini et al. 1997.

Le pourcentage varie également d'un canton à l'autre avec, en tête, les cantons de Genève (18,7 %), Vaud (12,5 %), Bâle-Ville (12,1 %) et Zurich (9,9 %), tandis que le Tessin (5,4 %), Obwalde (5,3 %), le Jura (4,8 %), Nidwalde (4,6 %) et Uri (4,5 %) présentent les pourcentages les plus faibles. Il est particulièrement important dans les grandes villes.

Un regard sur la densité des hispanophones, lusophones, etc. au niveau macro du district montre ensuite que les différentes langues non territoriales se distribuent de façon très inégale sur l'ensemble du pays. Ainsi les lusophones et les hispanophones se concentrent-ils dans la région francophone, les turcophones et les slavophones dans la région germanophone. Qui plus est, des différences importantes existent d'un district à l'autre

Carte 2 : Densité des principales langues de l'immigration non nationales en Suisse en 1990: Turcs

Carte 3 : Densité des principales langues de l'immigration non nationales en Suisse en 1990: Portugais

Carte 4 : Densité des principales langues de l'immigration non nationales en Suisse en 1990: Espagnol

Carte 5 : Densité des principales langues de l'immigration non nationales en Suisse en 1990: langues slaves du sud

Source : Office Suisse de Statistique, recensement fédéral 1990 et Lüdi, Werlen, Franceschini et al. 1997.

Le turc fournit un bon exemple d'un tel « territoire linguistique », qui forme une espèce d'arc allant de Glaris au Lac de Constance, avec des territoires secondaires dans les cantons d'Argovie et de Soleure et Bâle comme « capitale » cachée (voir carte 2).

À un niveau micro, il n'y a pourtant pas d'« îlots alloglottes » dans le sens étroit du mot, où les locuteurs d'une langue non nationale se concentreraient et formeraient la majorité ou même une minorité substantielle, créant ainsi des réseaux denses et multiplexes favorisant le maintien de la langue et sa transmission aux générations futures. Les locuteurs des langues non nationales et les alloglottes en général (incluant les locuteurs des langues nationales autres que celle de la région respective) sont toujours doublement minoritaires : d'abord, ils sont dominés par les locuteurs de la langue de la région, deuxièmement, ils sont immergés dans des populations d'immigrés hétérogènes qui rendent la constitution de communautés linguistiques dans le sens étroit du terme très difficile. On peut illustrer ce phénomène avec la distribution des alloglottes dans les différents quartiers de la ville de Bâle. Voici d'abord trois observations de cadrage :

  • comme nous l'avons vu au niveau macro, les alloglottes représentent des pourcentages fort divers dans les différents quartiers, allant de 12,7 % dans le Bachletten à 39,9 % dans le Matthäus (moyenne : 26,1 %) (Carte 6 : Pourcentage de locuteurs de langues autres que l'allemand dans la ville de Bâle, par quartier, 1990) :

Source : Office Suisse de Statistique, recensement fédéral 1990 et Lüdi, Werlen, Franceschini et al. 1997.

  • dans la majorité des cas, l'allemand a été intégré dans le répertoire des langues parlées au sein de la famille, mais en moindre mesure dans les quartiers à haute densité d'alloglottes;

  • la courbe des alloglottes suit plus ou moins celle de la nationalité.

Dans ce contexte, nous nous demanderons si les locuteurs d'une langue particulière ont tendance à se regrouper dans un quartier et à former un début d'îlot alloglotte (Graphique 8 : Densité des alloglottes dans la ville de Bâle par langue et par quartier en 1990).

Source : Office Suisse de Statistique, recensement fédéral 1990 et Lüdi, Werlen, Franceschini et al. 1997.

  • Comme on s'y attendait, les germanophones, majoritaires, se distribuent de manière assez égale sur l'ensemble de la ville;

  • la distribution des anglophones et des francophones diffère très nettement de celle des autres alloglottes;

  • pour ces autres, la densité maximale se trouve toujours dans des quartiers à très haut pourcentage d'étrangers, avec une distribution assez similaire, même si l'on observe de légères différences :

  • la distribution des turcophones et plus inégale que celle des autres langues;

  • la densité maximale se trouve dans le Klybeck et à Kleinhüningen pour les italophones, dans le Klybeck et le St. Johann pour les hispanophones, dans le Matthäus, le Clara et le Gundeldingen pour les slavophones.

L'hypothèse selon laquelle des alloglottes de la même langue d'origine se regrouperaient pour former des îlots alloglottes ne s'est donc pas vérifiée; on ne trouve qu'une très faible tendance dans cette direction, plus marquée chez les turcophones que chez les autres langues. La structure de densité observée s'explique par le statut socio-économique, qui est le même pour différents groupes de migrants indépendamment de leur langue d'origine. De ce fait, des familles de langues différentes, mais avec une position similaire sur le marché du travail, cohabitent dans les même quartiers et les mêmes maisons. Une certaine marginalisation des travailleurs migrants ne mène par conséquent pas à la formation de « territoires unilingues » à l'intérieur de la ville d'accueil.

 

Aspects du comportement linguistique des alloglottes

En général, les projets de migration externe sont limités dans le temps. La plupart des migrants ne cherchent pas, dans un premier temps, à obtenir la nationalité suisse (d'ailleurs difficile à obtenir pour des raisons de démocratie directe). S’ils envoient leurs enfants à l'école suisse, c'est par commodité et (ou) par nécessité et moins comme moyen de les intégrer puisqu'ils sont nombreux à concevoir leur séjour et celui de leurs enfants comme provisoire (en fait, le pourcentage de retours au pays est élevé). Au désir de voir les enfants apprendre la langue d'accueil s'ajoute donc la volonté, non moins forte, de leur transmettre la langue et les valeurs culturelles de la région d'origine. En d'autres termes, les migrants font, pour leurs enfants, des projets d'éducation bilingue. Mais ceux-ci n'aboutissent pas toujours.

On peut penser que la perte de la langue d'origine passe par de nombreuses étapes, que l'on peut schématiser sommairement comme suit :

  • unilinguisme en langue d'origine (LO),

  • emploi ± sporadique de la langue d'accueil (LA) au travail, avec ou sans LO,

  • intégration de LO dans le répertoire familial,

  • LA devient langue principale, avec un maintien partiel de LO,

  • unilinguisme en LA.

Les résultats du recensement fédéral ne permettent pas d'analyser ces processus en détail pour tous les groupes alloglottes; mais on peut montrer que le contact quotidien avec la langue d'accueil produit des résultats différents pour différentes langues d'origine et, surtout, dans les différentes régions linguistiques (les alloglottes dans la région romanchophone ne sont pas suffisamment nombreux pour produire des résultats significatifs). Francesca Antonini et Rita Franceschini ont analysé ces données .(Franceschini/Antonini 1994; pour plus de détails, voir leurs chapitres dans Lüdi/Werlen/Franceschini et al. 1997). (Graphique 9 : L'intégration de la langue d'accueil dans le répertoire familial des alloglottes selon les langues d'origine et les régions d'accueil en 1990). Les rayons de l'étoile représentent les groupes alloglottes les plus importants, les positions sur ces rayons indiquent, pour chacune des régions linguistiques, le pourcentage d'intégration de la langue d'accueil dans le répertoire familial. Ainsi, chaque « étoile » représente une région linguistique.

Source : Office Suisse de Statistique, recensement fédéral 1990 et Lüdi, Werlen, Franceschini et al. 1997.

L'analyse de ces résultats révèle des différences très importantes entre les régions linguistiques :

  • C'est manifestement dans la région italophone que la langue locale (variété standard et (ou) dialecte) est en moyenne le plus souvent intégré dans le répertoire familial, davantage de manière spectaculaire par les hispanophones avec un taux de 77,4 % (par rapport à 47,2 % et 26,6 % dans les régions francophone et germanophone). Seuls les turcophones et les anglophones sont linguistiquement un peu mieux assimilés en Suisse romande, voire alémanique.
  • Pour ce qui est de l'intégration de la langue locale, la région francophone vient en deuxième position (sauf pour les turcophones).
  • En Suisse alémanique, la langue d'accueil est généralement moins intégrée que dans les autres régions, sauf pour les anglophones. Ceci est particulièrement évident pour les hispanophones et lusophones dont seulement 20 % environ intègrent l'allemand et (ou) le suisse allemand dans leur répertoire familial tandis que presque le double parlent français, voire italien/dialecte tessinois.
  • Ceci n'est pas dû en premier lieu à la parenté linguistique entre langues romanes (sauf peut-être à celle entre l'italien et l'espagnol) puisque les locuteurs des slaves du sud et du turc intègrent, eux aussi, mieux les langues romanes que l'allemand. Manifestement, les locuteurs de langues romanes et non romanes réagissent de manière similaire à l'environnement sociolinguistique différent dans les trois grandes régions linguistiques. Il est vrai que les anglophones présentent un comportement différent et parlent plus souvent allemand/suisse allemand en famille que l'italien ou le français.

Si on regroupe toutes les réponses (langue d'usage en famille et (ou) au travail et à l'école respectivement), l'intégration de la langue d'accueil dans le répertoire augmente massivement, mais l'impression générale reste la même : l'intégration est la plus forte dans la région italophone (sauf pour l'anglais), avec, cette fois, les lusophones en tête avec environ 90 % d'italien. Les slavophones atteignent les 80 % contrairement à 70 % dans les autres régions. Les turcophones atteignent un taux de 70 % dans toutes les régions. Les anglophones, qui ont moins besoin de la langue d'accueil au travail, atteignent des valeurs nettement moins hautes.

On ne peut que spéculer sur les raisons de cette différence. Parmi les facteurs qui jouent un rôle, on peut nommer :

  • la diglossie en Suisse alémanique (les alloglottes doivent, en réalité, apprendre deux nouvelles langues);

  • une plus grande tolérance – ou simplement une plus grande indifférence – des Alémaniques que des Latins vis-à-vis des alloglottes, voire une pression assimilatrice plus importante en Suisse francophone et italophone, comme semble le penser une artiste alémanique vivant au Tessin : « Les enfants parlent seulement italien. Dans le village tessinois où nous habitons, les Suisses alémaniques ne sont pas très bien vus. On les appelle « zucchini ». (...) Alors, les enfants ne veulent pas provoquer la marginalisation à travers la langue. » (TA Magazin, 17.9.94, 55);

  • une différence de prestige entre le français et l'allemand (et, surtout, le suisse allemand) sur le marché linguistique international;

  • une valorisation moindre de langues étrangères (avec l'exception de l'anglais) sur le marché linguistique local de chacune des régions linguistiques;

  • des facteurs démographiques qui mènent les alloglottes en Suisse germanophone, où ils sont moins nombreux et beaucoup plus minoritaires, à se cramponner à leur langue d'origine.

Pourtant, l'intégration de la langue d'accueil dans le répertoire individuel n'est pas nécessairement un indice d'un début de perte de langue. Selon Franceschini (dans Lüdi/Werlen/Franceschini 1997), les groupes les plus ouverts vis-à-vis de la langue locale (en particulier les hispanophones) ne sont précisément pas ceux qui sont moins loyaux par rapport à la langue d'origine. Elle observe une diminution de la perte de la langue d'origine allant des langues slaves du sud au turc, au portugais et à l'espagnol. Elle détecte les raisons de ce manque de loyauté dans des facteurs internes aux groupes respectifs, qui sont en partie très hétérogènes, plutôt que dans la pression de langue d'accueil pour conclure que le maintien de la langue d'origine n'est point du tout incompatible avec l'acquisition et l'emploi régulier de la langue d'accueil.

Plus généralement, le plurilinguisme issu de la migration commence à être revalorisé. Ainsi, le gouvernement fédéral suisse a-t-il par exemple récemment reconnu que « les mouvements de population (la version allemande parle plus explicitement des « familles migrantes bilingues ») contribuent à atténuer les préjugés à l’endroit de cultures différentes », qu’il faut « favoriser la mixité culturelle, en promouvant par exemple un enseignement qui exploite les richesses de ce double apport culturel et linguistique ». Et il en arriva à plaider en faveur du plurilinguisme : « Le plurilinguisme devrait être davantage encouragé, et ce non seulement dans l’optique de la liberté de la langue et de l’épanouissement personnel, mais également parce qu’il constitue un facteur essentiel de rapprochement entre les langues et les cultures » (Conseil fédéral 1991).

Il est vrai que les modalités de ce plurilinguisme peuvent être différentes. Et c'est ici que l'intégration de la langue d'accueil dans le répertoire familial peut être significative : si elle n'indique pas nécessairement une perte totale de la langue d'origine, elle peut toutefois marquer un pas vers un changement de la langue principale. Nos résultats semblent indiquer une différence importante entre les régions linguistiques, à savoir une plus grande résistance contre un changement de langue en Suisse alémanique qu'en Suisse romande ou dans la Suisse italienne.

Les analyses de l'italien en dehors de sa région linguistique réalisées par Francesca Antonini (Antonini dans Bianconi 1995 et dans Lüdi/Werlen, Franceschini et al. 1997) confirment cette hypothèse. On observe d'abord qu'un nombre significatif de personnes nommant une autre langue principale que l'italien (en général la langue régionale) indiquent cependant parler l'italien en famille. Or, un des indices du changement de langue consiste dans le choix de la langue d'accueil comme langue principale et de la langue d'origine comme langue familiale (les partenaires locaux des alloglottes peuvent pourtant présenter la même configuration). Un surplus d'italien en famille chez des non-italophones indique par conséquent une tendance vers le changement de langue, un surplus chez les italophones par contre une tendance vers le maintien de la langue d'origine. Or, selon les résultats de Antonini, près de la moitié des nominations de l'italien comme langue familiale dans le territoire francophone proviennent de non-italophones contre deux cinquièmes seulement dans les territoires germanophones et rhétoromanchophones.

Comparons maintenant le comportement linguistique des régions linguistiques en famille et au travail en nous concentrant sur la différence entre la langue principale et les langues en famille et au travail (Graphique 10 : La langue régionale comme langue principale et comme langue d'usage en famille et au travail en 1990).

Source : Office Suisse de Statistique, recensement fédéral 1990 et Lüdi, Werlen, Franceschini et al. 1997.

La langue régionale domine, bien sûr, dans toutes les régions, mais on observe :

  • que la pression de la langue locale est bien plus grande sur les alloglottes en région francophone et italophone qu'en région germanophone (différence entre la langue régionale comme langue principale et comme langue d'usage = nombre d'alloglottes se servant de la langue régionale);
  • la force extraordinaire de l'italien comme langue « publique » dans la région italophone;
  • la faiblesse générale du rhétoromanche et surtout le fait que c'est la seule langue moins employée au travail qu'en famille, situation caractéristique d'une situation de diglossie « classique ».

Le graphique 11 apporte une nuance supplémentaire puisqu'il montre que, surtout en Suisse romande, l'emploi du français en public est beaucoup plus exclusif (unilinguisme en langue régionale) que dans les autres régions. C'est par ailleurs la seule région linguistique où l'unilinguisme est plus répandu au travail qu'en famille, ce qui montre bien la relégation des autres langues dans le domaine familial. Par contraste, le graphique démontre la valeur singulièrement réduite du rhétoromanche sur le marché du travail dans la région romanchophone (Graphique 11 : Unilinguisme en langue régionale (standard et (ou) dialecte) en famille et en public (au travail/à l'école) selon les régions linguistiques).

Source : Office Suisse de Statistique, recensement fédéral 1990 et Lüdi, Werlen, Franceschini et al. 1997.

On remarquera par ailleurs que le dialecte est nettement plus répandu que l'allemand standard au travail chez les alloglottes en Suisse alémanique tandis que c'est l'italien qui domine très largement au Tessin (Graphique 12 : L'emploi de la langue régionale au travail par la population active alloglotte par région linguistique en 1990).

Source : Office Suisse de Statistique, recensement fédéral 1990 et Lüdi, Werlen, Franceschini et al. 1997.

 

Formes et diffusion du bilinguisme

Comme nous le disions dans l'introduction, la Suisse n'est plus quadrilingue, mais multilingue. Pourtant, à l'exception du territoire rhétoromanche, les langues nationales ne sont nullement menacées de minorisation dans leurs régions linguistiques respectives. Ce sont les individus qui exploitent, de manière diverse, des répertoires plurilingues.

Il est vrai que les formes de plurilinguisme sont hétérogènes. Nous distinguons, dans la typologie qui suit et que nous empruntons à Rita Franceschini (dans Lüdi/Werlen/Franceschini 1997), différentes combinaisons de langue régionale (LR) et de langues déterritorialisées (LD). Entre l'unilinguisme en langue locale (type 1) et l'unilinguisme dans une langue déterritorialisée (type 6) se répartissent les bilingues (Tableau 3 : Unilinguisme et plurilinguisme de la population Suisse en 1990 en fonction de différentes combinaisons de la langue principale et des langues d'usage (en famille et (ou) au travail, voire à l'école).

Tableau 3

Voici, de façon très sommaire, les résultats de l'analyse des types de bilinguisme.

  • La population autochtone est foncièrement unilingue du type 1; les personnes bilingues sont typiquement des migrants – internes ou externes –, qui acquièrent des connaissances de la langue d'accueil pour survivre dans un environnement alloglotte.
  • Le plurilinguisme est plus marqué au travail qu'en famille, avec, pourtant, des différences nettes entre les régions linguistiques (Graphique 13 : Le plurilinguisme en famille et au travail en Suisse par région linguistique en 1990) :

Source : Office Suisse de Statistique, recensement fédéral 1990 et Lüdi, Werlen, Franceschini et al. 1997.

La région francophone est nettement plus plurilingue en famille que les régions germanophone et italophone, un peu moins au travail. Nous interprétons cela comme une trace d'un changement de langue principale par des alloglottes, voire comme preuve de la place dominante du français au travail.

La région italophone affiche une position moins forte de l'italien au travail.

La région germanophone représente, dans une certaine mesure, l'opposé de la région francophone avec un plurilinguisme moindre en famille (moins de bilinguisme des types 2 et 3 aussi bien que 4 et 5 en ce qui concerne la famille); par contre, la position de l'allemand dans la vie publique est beaucoup moins forte, d'autres langues sont plus présentes ce qui entraîne un plurilinguisme au travail nettement plus marqué.

La région romanchophone manifeste, comme on pouvait s'y attendre, un plurilinguisme très répandu, surtout dans la vie publique (particulièrement la nécessité de parler l'allemand à côté du rhétoromanche).

  • En général, les personnes jeunes, mieux formées et vivant dans les grands centres urbains sont plus bilingues ou plurilingues que les personnes plus âgées, moins bien formées et vivant dans les petits centres et les régions rurales. Bien entendu, l'influence de la formation ne s'exerce pas de façon uniforme sur tous les types de bilinguisme; le type le plus fortement influencé par la formation étant le type 2 (langue principale : LR, langues d'usage : LR et LD).
  • Si l'on compare les élèves/étudiants à la population active, on remarque que les taux de plurilinguisme baissent significativement, ce qui semble indiquer que les connaissances acquises à l'école ne sont pas toujours exploitables dans la vie professionnelle, soit que la formation ne soit pas suffisante, soit que les langues acquises ne soient pas utiles sur le marché du travail.

Ces données sur le plurilinguisme individuel ne seraient pourtant pas complètes sans un regard sur le plurilinguisme social, à savoir la présence, dans l'usage quotidien dans les villes et villages suisses, de plus ou moins de langues autres que la langue locale. Pour représenter ce plurilinguisme social au niveau de la commune, Rita Franceschini et Francesca Antonini ont imaginé un « index de plurilinguisme » et l'ont calculé pour chacune des communes du pays (voir la carte dans Lüdi/Werlen/Franceschini et al. 1997, p. 591).

L'analyse de ces données montre que sept régions présentant un taux élevé de plurilinguisme social encadrent une bande de régions rurales plus unilingues.

Ces sept régions sont :

1. Le bassin lémanique de Genève à Montreux et Villeneuve, comprenant les grandes villes à haute densité de migrants ainsi que les communes le long du lac avec une population de cadres.

2. La région zurichoise avec la ville de Zurich et les communes riches des deux côtés du lac ainsi que les communes industrielles du Zürcher Oberland, le Limmattal la région de Zoug.

3. La ville de Bâle et son agglomération jusque dans les régions de Delémont et de Balsthal/Gerlafingen/Soleure.

4. Le pied du Jura et la région de frontière linguistique fribourgeoise.

5. Le canton du Valais.

6. Les centres urbains du Tessin avec leurs environs marqués par des activités touristiques.

7. Les Grisons.

On ajoutera à ces sept régions les îlots isolés formées par les villes de Berne et de Saint-Gall.

Les taux de plurilinguisme les plus bas se trouvent d'une part dans l'Oberland bernois et dans la région du Emmental, d'autre part dans de nombreuses communes valaisannes et dans d'autres régions alpines ainsi que dans la Suisse orientale.

 

Perspectives

« Notre génération est le témoin de la libération définitive de la langue des contraintes spatiales et temporelles », disait Mackey il y a dix ans déjà (Mackey 1986, 11). Et le rapport final d'un grand projet de la Fondation Européenne pour la Science (ESF) sur les migrations concluait que, pour plusieurs générations, les sociétés européennes devaient accepter que « apart from citizens of states of the normal sort (...) there are whole communities maintaining links with two countries or living in a diaspora which is a more important focus for identity than nationality » (European Science Foundation 1988, 8).

Pour la Suisse, on peut conclure des données du Recensement fédéral 1990 que :

  • excepté le rhétoromanche, les langues nationales ne sont pas menacées dans leurs territoires; l'allemand ne représente aucune menace ni pour le français, ni pour l'italien, notamment parce que la migration interne a été remplacée par la migration externe;
  • des formes diverses de plurilinguisme sont apparues dans toutes les régions linguistiques, qui sont caractérisées par une hétérogénéité linguistique sans précédent sans pourtant que ne se soient formés des îlots alloglottes;
  • le taux d'alloglottes est plus grand dans les régions francophones et italophones que dans la région germanophone; à l'opposé, les alloglottes maintiennent mieux la langue d'origine et intègre moins la langue d'accueil dans leur répertoire;
  • à côté des minorités linguistiques traditionnelles sont apparues de « nouvelles minorités » déterritorialisées diffuses et non reconnues.

En théorie, la « liberté linguistique », c'est-à-dire le droit de chaque individu de parler la langue de son choix en public et de la transmettre aux générations futures, est garantie, si ce n'est qu'implicitement, par la Constitution fédérale. Ceci est aussi vrai pour les minorités non reconnues issues de l'immigration. Cependant, ce droit est plus ou moins restreint par plusieurs facteurs :

  • Il existe toujours, en Suisse, des stéréotypes profondément enracinés qui favorisent une « vision unilingue » d'un pays plurilingue; par conséquent, de nombreux politiciens se sentent appelés à défendre l'intégrité des régions linguistiques non seulement aux dépens des autres langues nationales, mais aussi et surtout aux dépens des langues déterritorialisées de la migration. Ceci transparaît surtout dans la politique scolaire, considérée comme l'instrument d'intégration par excellence.
  • De nombreux préjugés contre le bilinguisme continuent à circuler et empêchent les parents et les systèmes éducatifs de profiter au maximum des possibilités d'éducation bilingue existantes.
  • La valeur de la plupart des langues d'origine sur le « marché linguistique » suisse est relativement faible. Par conséquent, le maintien de la langue d'origine ne paraît pas constituer, ni pour les migrants eux-mêmes ni pour la société d'accueil, un capital symbolique important.
  • Les langues déterritorialisées de l'immigration sont de plus en plus nombreuses et leurs locuteurs sont très dispersés, ce qui rend des mesures de soutien difficiles.
  • Nombre de juristes affirment qu'un droit (restreint) au maintien d'une langue ne peut pas être revendiqué par des individus, mais uniquement par des communautés. Or, nous avons vu que les conditions démographiques et socioculturelles pour considérer un groupe de migrants comme « communauté » ne sont que rarement remplies. Ajoutons que les migrants internes ne sont aucunement privilégiés, à ce propos, par rapport aux migrants externes.

Malgré ces obstacles, nous préconiserions d'intégrer les migrants au lieu de les assimiler, en les aidant à maintenir leur langue d'origine tout en acquérant la langue d'accueil.

Le plurilinguisme individuel dans les langues nationales constituait, dans le passé, non seulement un facteur de cohésion entre les régions linguistiques, mais aussi un atout économique important. Le recul de la migration interne entraînant une baisse de bilinguisme « naturel », la Conférence Suisse des Directeurs Cantonaux de l'Instruction Publique (CDIP) veut corriger ce fait par un renforcement des efforts fournis par les systèmes éducatifs. À partir de 1975, on a introduit, dans presque tous les cantons, un enseignement obligatoire et précoce d'une seconde langue nationale. Actuellement, on discute beaucoup sur l'introduction de l'anglais obligatoire, mais aussi sur un enseignement des langues étrangères dit « par immersion » dans des écoles bilingues. C'est dans ce contexte que la question d'un enseignement bilingue incluant les langues d'origines des migrants autres que l'italien a surgi et que de premières réalisations ont vu le jour. On reconnaît, en effet, que le plurilinguisme individuel constitue un capital important aussi et surtout au delà des seules langues nationales.

Or, les données démographiques du recensement national montrent aussi qu'il existe de grandes différences entre la valeur des langues selon les langues, mais aussi et surtout selon les régions linguistiques et les secteurs professionnels. Une analyse de ces différences – complétée par une enquête sur les besoins articulés par les différents groupes intéressés – pourrait constituer une base pour un engagement plus efficace des moyens économiques et humains importants investis dans l'enseignement/apprentissage des langues vivantes.

Il est vrai qu'une politique linguistique cohérente fait encore défaut en Suisse. En raison du principe de la subsidiarité, la responsabilité principale pour la législation dans le domaine des langues est auprès des cantons. Une initiative de conférer plus de pouvoir au Gouvernement fédéral a récemment échoué et les quelques cantons qui légifèrent en la matière (p. ex. Fribourg et Berne) se préoccupent surtout des relations entre les langues nationales. Pour cette raison, les autorités locales, les parents et les employeurs vont continuer à porter la responsabilité principale pour trouver des solutions « bottom up » au défi que la migration représente pour la gestion de répertoire sociaux plurilingues – et la Suisse va continuer à représenter une espèce de laboratoire permettant aux chercheurs d'étudier comment « le marché » règle ces questions.


Bibliographie

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