Depuis qu’à partir des années 70, de nouvelles organisations politiques indiennes ont surgi en Amazonie péruvienne, les leaders indiens, participant à des forums et à des négociations nationaux et internationaux, ont été amenés à adopter et à utiliser un nouveau type de discours politique dont les termes centraux, exprimant leurs revendications, subsument et impliquent des réalités et des valeurs ethniques et locales dont l’expression verbale apparaît dans les discours locaux en langues indiennes et en espagnol régional (2.). Il est supposé que le mouvement politique indien gagnera en union et en force grâce à une analyse politique partagée par les différents peuples et leurs acteurs et à travers l’élaboration de formes de discours politique capables de relier les revendications génériques nationales à celles qui sont plus spécifiques et locales, puisque liées aux aspirations et revendications nées des configurations socioculturelles locales et exprimées en des discours en langues indiennes et (ou) en espagnol régional. Dans un Programme expérimental de formation d’instituteurs indiens, coréalisé par le Ministère de l’Éducation et la confédération indienne amazonienne du Pérou (AIDESEP) et qui poursuit les objectifs politiques fixés par les leaders, une des tâches de la pédagogie mise en place consiste dans l’explicitation de ces notions revendicatives centrales telles que peuple, territoire et autonomie (3.2.2). Dans la troisième partie (3.), sont exposés les principaux éléments du discours critique que les dirigeants politiques ont développé sur l’Histoire et le " progrès " et qui les a conduits à fixer un nouvel objectif politique à l’éducation indienne (3.1); puis, sont examinées les implications pédagogiques que comporte la poursuite de cet objectif politique, qui consiste en la revalorisation et la récupération culturelle, c’est-à-dire en la revalorisation et la récupération des savoirs et savoir-faire indiens (3.2). Le Programme de formation travaille dans ce but en créant un discours pédagogique qui convertit les connaissances indiennes en contenus scolaires au moyen de leur explicitation et de leur articulation avec des concepts scientifiques d’expression occidentale (3.2.1). Ce procédé s’oppose à celui de substitution qui a prédominé jusqu’à ce jour dans l’école primaire officielle conventionnelle. Finalement, la reconstruction discursive des sociétés indiennes traditionnelles est présentée comme l’activité-cadre du Programme, à travers laquelle se réalisent (selon l’hypothèse adoptée et mise à l’épreuve) la revalorisation et la récupération de la culture et d’éléments culturels oubliés, respectivement refoulés; en même temps, elle crée le point de repère à partir duquel sont interprétés l’Histoire et les rapports politiques dans le présent et à partir duquel il est possible de concevoir une utopie sociale propre aux peuples indiens actuels, dont le projet éducatif interculturel serait l’un des instruments (3.2.2).