Le patrimoine culturel des Mexicains s'exprime en espagnol et en soixante langues d'origine précolombienne. Dans cet article, j'examine les contradictions sur lesquelles ont opéré les politiques linguistiques de l'État face à la diversité des langues du pays. En premier lieu, je signale les manifestations de la tendance à l'homogénéisation linguistique qui trouve soutien sur le postulat que l'État national se revigore à l'aide du monolinguisme. Cependant, cela n'empêche pas que ce même État national reconnaisse à tout moment dans son discours officiel qu'une partie de la population mexicaine possède comme langue maternelle l'une des langues d'origine précolombienne. À partir de l'indépendance de l'Espagne, à l'aube du XIXe siècle, je distingue trois politiques linguistiques qui reposent sur un même paradoxe : reconnaissance et en même temps mépris. D'abord, la reconnaissance de la contribution des langues autochtones à l'élaboration d'une histoire nationale propre coexiste avec une politique nationale qui postule l'infériorité de ses locuteurs. Au début de notre siècle, la reconnaissance du caractère métis ­ produit du mélange des autochtones avec les Espagnols ­ des Mexicains s'accompagne d'une politique qui veut intégrer à tout prix ces premiers à la société hispanophone. Finalement, en 1994, la reconnaissance constitutionnelle des droits culturels des autochtones est accompagnée d'une politique économique néolibérale qui accentue la pauvreté des peuples autochtones et, en conséquence, la marginalité de leur langues. Enfin, j'analyse l'importance précaire que l'on accorde à l'aspect linguistique dans la demande de droits des peuples autochtones du Mexique la plus récente ­ 1995 ­ et je propose une nouvelle conception des droits linguistiques en ce qui concerne l'éducation qu'offre l'État. Comme le signale Martel (1996), je prends le concept de diversité dans sa dimension d'ensemble en postulant l'interaction nécessaire des groupes linguistiques.