| planetarisationTexte basé sur l'exposé du même titre au colloque « Mythes
Fondateurs Nationaux et Citoyenneté » (IREP, Montréal, 7-8 Novembre 1996).
L'objectif de FERGUSON (1959) était d'examiner « one particular kind of
standardization where two varieties of a language exist side by side throughout the
community, with each having a definite role to play » et non les situations dans
lesquelles les variétés présentes étaient « two distinct (related or
unrelated) languages » . Mais il n'est pas toujours facile de considérer une
variété linguistique comme faisant partie d'une « langue » ou comme formant elle-même
un système linguistique propre et independant (par exemple, nous pensons au cas de la
variété « suisse-allemand »). Et, puisque la distribution fonctionnelle des
'diglossies' persiste dans le temps, il faudrait dorénavant rechercher les causes de
cette stabilité et les contraster aux mecanismes qui mènent a la substitution voire
extinction linguistique.
la vie quotidienne des individus Comme le dit Walter B. Simon, « in pre-industrial rural and predominantly
illiterate societies diverse language groups may exist side by side peacefully while the
members of small educated elites perform the functions of government in a shared lingua
franca.. Consequently, language was not an issue or a source of tensions in a
predominantly rural and mostly illiterate multilingual Europe ruled by an elite that
communicated in Latin and later in French » (cité par DION, 1981, p.20).
Lun des mécanismes de production du prestige est celui de la
« retrospective historicity » par lequel est attribué aux standards «
a glorious past which helps set them apart from less prestigious varieties current in the
community » (LODGE, 1993, p.8).
processus graduel et intergénérationnel de rapprochement Par exemple, « en Allemagne du Nord, la langue parlée sest rapprochée le plus
tôt et le plus près de la langue commune. Dans les pays de lAllemagne du Sud,
moins étendus et ethniquement plus homogènes [...] la langue parlée est restée plus
dialectale » (RAYNAUD, 1982, p.118). De même pour la France. Lodge remarque: « with the
spread of the belief in the identity of language and nationalhood in the nineteenth
century, the promotion of the linguistic uniformity according to Parisian norms became a
prime duty of citizenship » (1993, p.228).
Cest ce qui semble sêtre produit dans lévolution historique des
parlers de lAragon ou de León vers la forme standard orale du castillan du centre
de la péninsule ibérique. Et cest ce qui semble se produire dans le nord de
lItalie où les dialectes tendent à se rapprocher des modèles dusage
linguistique plus ou moins fondés sur le standard écrit. Ainsi, « fusionnent ou
séliminent des oppositions absentes du modèle écrit, des processus
morpho-phonologiques et des structures de mots sont homologués, on substitue de grands
ensembles lexicaux et on change des règles et des stratégies syntaxiques
lorsquelles sont trop éloignées de lécrit pris pour modèle » (TRUMPER
& MADDALON, 1988, p.222).
rapprochement des variétés familières traditionnelles vers la variété standard Cest au cours de ce processus dadaptation entre structures linguistiques
que les locuteurs peuvent tomber dans lhypercorrection, attribuant au modè le
standard des formes inexistantes ou des règles qui ne sont pas pertinentes dans certains
cas (PATEMAN, 1987, p.78).
représentations cognitives de la situation Il peut arriver que lon fasse croire aux locuteurs que leur variété est un
dialecte mal parlé dun certain standard, même si structurellement il appartient à
un autre groupe de parlers. Étant donné quen principe les individus prennent
connaissance de ce quils parlent ou ne parlent pas par les informations qui leur
arrivent socialement -dans leur communauté, lécole, la presse,
etc.-celles-ci peuvent leur faire croire quils sont perçus comme les
locuteurs dune modalité, évidemment peu prestigieuse, plus ou moins proche
dun standard exogène et les inciter à remplacer les vernaculaires par le standard
étranger dominant, en situation familière habituelle.
Cela dit, dans le cas français comme dans beaucoup dautres, le processus est lent et coûteux: « il faudra se rappeler que cest seulement au XXe siècle, après une longue évolution suivie dune profonde révolution politique, mais surtout après avoir digéré les fruits de la Révolution industrielle, que les parlers de la majorité des Français sont devenus plus ou moins uniformes, ou au moins intercompréhensibles » (MACKEY, 1994, p. 62).
Ninyoles souligne que, durant la deuxième moitié du XIXe siècle et la première moitié du XXe, la mobilité sociale et la substitution linguistique sont des phénomènes liés.« Le changement de langue », nous dit-il, « est le résultat inévitable des changements qui se produisent dans la position sociale des individus et des groupes. Toutefois, contrairement aux époques précédentes où ce changement avait lieu à lintérieur dun même niveau social, il sétend maintenant à divers niveaux: oligarchie des propriétaires terriens, classes moyennes et petite bourgeoisie », et nous ajouterons pour lépoque actuelle quil se généralise chez une grande partie de la population urbaine (1978, p.56).
« parler valencien, c'est marcher en sabots, parler castillan, c'est marcher avec des souliers » Les comparaisons évaluatives avec dautres groupes ou leurs membres individuellement peuvent jouer un rôle important dans lauto-image dune personne, surtout si celle-ci se considère comme marginalisée par les autres et (explicitement ou implicitement) « inférieure » à elles sur des points importants. Le phénomène est courant et peut être massif, par exemple, la croyance des Noirs en leur infériorité par rapport aux Blancs (TAJFEL, 1984, p.362 et 364). Selon Merton, « lindividu oriente son comportement en fonction de lapprobation ou du refus de groupes auxquels il nappartient pas. Les groupes de référence sont des groupes étrangers qui servent déchelle de valeurs pour laction individuelle et qui constituent le système de référence dans lequel lindividu évalue son comportement et celui des autres » (cité dans DAHRENDORF, 1975, p.49).
On adopte ici le point de vue de Lieberson qui affirme que les causes du bilinguisme et celles de la substitution linguistique peuvent être séparées et distinctes. On dira donc avec lui que « les pressions en faveur ou contre lacquisition dune deuxième langue sont au moins partiellement différentes des pressions qui poussent les parents à choisir lune ou lautre langue pour élever leurs enfants » (1981, p.130).
adopté par le pouvoir politique central et souverain Le rapport que lAbbé Grégoire, grand promoteur de la politique linguistique en France après la Révolution, adresse à la Convention sintitule « Rapport sur la nécessité et les moyens danéantir les patois et duniversaliser lusage de la langue française » (cf. BALIBAR et LAPORTE, 1976, pp.179 et 197, t VIANA, 1995, pp. 275-284).
Cela nempêche pas quil puisse se produire un conflit de type social, autour du standard, entre les partisans de la modalité éloignée existante et ceux qui prônent un nouveau standard plus proche des variétés familières actuelles. Cest un peu ce quon décèle pour le grec entre les modalités katharevousa et demotiké.
C'est pour cette raison que la Déclaration Universelle des Droits Linguistiques (Barcelone, juin 1996) propose la création d'un Conseil des Langues au sein des Nations Unies et d'une Commission mondiale des droits linguistiques non officielle et consultative, composée de représentants des ONG concernées (cf. CONFÉRENCE, 1996).
« Interlangue » au sens de « langue de communication intergroupes, internations » (note de la rédaction).
|