Noms correspondant à des groupes

À Oukoute, l'appellatif pour l'ensemble des villageois est connu des seuls initiés. À Oussouye, on mentionne la possibilité qu'il y ait (eu?) des appellatifs distincts pour les habitants de chacun des quartiers, mais la chose n'est pas vraiment claire. On m'a toutefois fourni le sifflement pour réunir les habitants du quartier de Djiwant, ainsi que celui des Oussouyois en général.

 

Messages non accesibles aux non initiés

À Oukoute, il existe des messages religieux, auxquels les individus ont accès au fur et à mesure des initiations successives, qui ne sont pas communiqués aux non-initiés. Le répertoire religieux des hommes n'est pas connu des femmes, et inversement, les femmes avec enfants ont des messages sifflés que les hommes et les femmes sans enfant ne sonnaissent pas. Le nombre de ces messages religieux s'élèverait à une centaine; ils sont appris durant les quelque trois mois de retraite au moment de l'initiation. À la question de savoir si les Oussouyois avaient aussi des messages religieux, certains informateurs ont répondu affirmativement, d'autres négativement. La disparité peut venir d'une différence dans leur état personnel de connaissances (on a affaire à des initiations successives, selon un
schéma concentrique) ou d'une divergence dans l'appréciation du caractère secret ou non de l'information demandée. Il est possible aussi que les messages spécialisés dans le domaine religieux s'inscrivent surtout dans la pratique du bukut et de l'ewa§, et moins dans celle du kahat, qui domine à Oussouye (sur la religion et la philosophie diola, voir Girard, 1969; Thomas, 1994).



TABLEAU I
Messages sifflés d'Oussouye

1. Les messages marqués d'un astérisque sont ceux qui ont été utilisés dans l'épreuve d'identification.

2. Un F signale les messages utilisés essentiellement par les femmes.

Fonctions Textes 1 2
1 Viens / Venez. (1re forme) Obil / Jibil. *
2 Viens / Venez. (2e forme) Obil / Jibil. *
3 Allons-y / On s'en va. (1re forme) Ujaal *
4 Allons-y / On s'en va. (2e forme) Ujaal
5 Attends-moi / Arrête. Unaakoom óowo.
6 Séparons-nous. Huyisole enali esenge.
7 Je m'en vais. Ejow óowao
8 Je vous suis.
9 On rentre. Bóotobooto ówao.
10 Il y a un varan. Awua wawuauye hdmbolumbo wawaye kawu eñogoyi.
11 Allons chasser.
12 Quand on rabat les animaux vers les
chasseurs.
13 On va à la chasse aux balingaling. (1re forme) Woo balingaling jiitó.
14 On va à la chasse aux balingaling. (2e forme)
15 Allons voir ce qu'il y a dans nos nasses /
Quelqu'un rôde autour de nos nasses.
Anabika oowooho élunool oo oowu awu. *
16 Venez à la pêche, nous ouvrons les digues
dans les rizières.
Woo hunaabu hunaabu jakaten.
17 Il a pris un gros poisson. (1re forme) Lajok kacac, la jow akonconko. *
18 Il a pris un gros poisson. (2e forme) *
19 J'échange du poisson contre du riz Siwol oo emaano. *
20 J'échange du vin de palme contre du riz. Bunuk oowuuwuo emaano *
21 Il y a du vin.
22 Venez m'aider à construire ma maison, je vous
donnerai du tabac. [Même mélodie que
pour 29.]
Woo esumba eheeke kátiima. *
23 Ton tabac est mauvais / Ton vin est mauvais.
[Vient en réponse à 21 ou à 22.]
Uwo etegei. *
24 Un récolteur part en voyage / revient de
voyage
Wauwoo aiyasa, aiyasa o aiyasa, aiyasa o emanjuk etoofe yaye etoofe yaye etoofot.
25 Venez manger les noix de palme. Jaelema lháf. *
26 On a fait tomber un régime de fruits du rônier.
27 Venez manger, le riz est prêt. Wowowowé (bis) woo báfulabe woo jibil. *
28 Maman a dit de ne pas manger le riz. (Pour
écarter les oiseaux qui viennent manger le riz.)
Beeo beeo beeo bee. Aayo laane jitiñ emanayu bacin bon do, bacin bondo bee.
29 On va s'entraîner pour la lutte. Woo ekolomoj kátiima. *
30 Nous viendrons lutter dans ce village cet
après-midi.
*
31 On a gagné. Ooe, aloli jihekul ooe kata baaba.
32 Les vaches se dirigent vers un champ de riz.
Le dernier arrivé sera rossé.
Asóla ekingo. *
33 Est-il près de toi? / L'as-tu vu? / Y en a-t-il? *
34 Oui, il est ici / Je l'ai vu / Il y en a.
35 Non, il n'est pas ici / Je ne l'ai pas vu / Il n'y en
a pas.
*
36 Peux-tu le ramener?
37 Je ne peux pas le ramener.
38 Je l'ai trouvé.
39 Danger! Il (le propriétaire du champ, du
verger...) arrive
*
40 En voilà un qui n'a pas gardé les troupeaux. Asungute ahinto.
41 Au feu! (1re forme) Woo sambun wanhooe.
42 Au feu! (2e forme)
43 Au voleur! Wan kduh.
44 Quelqu'un est mort.
45 Une féticheuse est morte. ..kalahay... F
46 Voilà quelque chose de beau, d'étonnant /
Quelle catastrophe!
*
47 Insulte à l'adresse d'un homme. (1re forme) Sihonti oo ó Ehonti oo. *
48 Insulte à l'adresse d'un homme. (2e forme) Elhuñi woowo.
49 Insulte à l'adresse d'une femme.
50 La lune est cachée par un nuage. Ekambai ukaten hulheeñahu.
51 La nouvelle lune se montre. Woowo hulheeñ woo. *
52 La pluie arrive. Emit ayu ulaalul inje ejonno yokom.
53 Un idiot est né. Ejoone esognay uteb etaañ gegege loon hugen ho ! ho ho yolo.
54 Les garçons pelotent les filles (fête de Kule)
(1re forme).
Waawaauho samuun kakofen wáahoe hufulo lásuuma jakum usonkon lecondo wáawe waaoe waawa hjoloendo. Anaale asiibommuu leefeloo lijow kamammalen liigoyiyo waá awuaye lisaayo lesuum.
55 Les garçons pelotent les filles (fête de Kule)
(2e forme).
56 Pour chahuter les nouveaux mariés. Aowu haye ábua, ábua esongalak jinay jikas.
57 Il n'a été choisi par aucune fille. Jangeewo, jangeewo waáwuoye similoe.
58 Si on avait su, on ne serait pas venu (le travail
pour lequel on nous avait réquisitionnés est
déjà terminé).
Oowe jihaasen le jibil.
59 Quelqu'un est saoul.
60 Je t'ai surpris à chier. Jajoona joonaa oo jia simil bamban báaye Ayo owuoye.
61 Il a pété. Ooo alhoye howuaye lalhoye.
62 Il a fait dans sa culotte.
63 Celui qui n'a pas participé à la récolte ne peut
pas en profiter.
O hangun owoowo ome latuye owoowo.
64 On va le jeter dans l'eau Alhóye howaye álhoylo owoowo.
65 Celui-là, il a beaucoup de chiques. Losue hulibaging o ooe jakum asontom letaala.
66 Les initiés font un sacrifice; les non-initiés ne
peuvent pas sortir.
Woo kale jiilo jifulul. *
67 Le sacrifice est terminé; les non-initiés
peuvent sortir.
[Même mélodie que 66; la signification est
fixée par le moment de la journée où le sifflet
est émis.]
Woo kale jiilo jifulul.
68 Les femmes se réunissent (1re forme). Woo kale woowooe. F
69 Les femmes se réunissent (2e forme). F
70 Les jeunes filles se réunissent. F
71 Les femmes de la génération X se réunissent. F
72 Les femmes de la génération Y se réunissent. F
73 Les femmes de la génération Z se réunissent. F
74 Les femmes font une cérémonie qui leur est
réservée.
[Sauf pour le tempo, la mélodie de ce sifflet est
la même que pour le 66.]
Kanale bale.
75 Les femmes organisent une pêche nocturne. Hunaabo li huk hata kale bale.


Autre valeur

Ainsi, quand quelqu'un meurt en dehors du village, on rappelle son âme en modulant les notes de son prénom à la corne. Cet exemple illustre bien, par ailleurs, le rôle joué par les sifflets dans le domaine religieux.

 

Fonctions mineures

Le recours au langage sifflé permet aux chasseurs de communiquer entre eux sans effrayer les animaux. Le fait est noté dans la synthèse de Thomas (1995), à propos du Népal et d'autres systèmes africains.

Le langage sifflé des Manjak partage les mêmes fonctions, auxquelles s'en ajoutent deux autres : lors des funérailles, on siffle l'éloge funèbre; siffler une injure en constitue par ailleurs une version modérée.

 

Non partagé par les personnes extérieures

Il exclut en particulier les étrangers de la communication : « Même si quelqu'un a grandi ici, même s'il connaît le diola, il ne comprend pas ». J'ai pu effectivement constater que des Peul, nés à Oussouye et ayant une totale maîtrise du diola, n'avaient qu'une connaissance extrêmement limitée du répertoire des messages sifflés, soit qu'ils ne s'y soient pas intéressés (peut-être parce qu'il s'agit clairement d'une matière réservée), soit qu'ils aient été exclus des groupes où leur apprentissage aurait pu s'effectuer.

 

Nombreux messages significatifs

On m'assure que le code sifflé d'Oukoute pourrait compter plus d'une centaine de sifflets. Ils seraient particulièrement nombreux dans le domaine de la chasse, de la culture, et dans le domaine religieux réservé aux initiés.

 

Tableau II

Messages sifflés d'Oussouye et d'Oukoute

Les items marqués d'un O, enregistrés à Oussouye, ont été proposés à des personnes d'Oukoute à qui on demandait de les identifier, et inversement pour les items marqués d'un K.
Les signes placés à la droite de ces lettres correspondent aux significations suivantes :

= Le message est identifié, il existe dans le deuxième village, avec la même forme.

+ Le message n'est pas identifié, mais un équivalent existe dans le deuxième village, sous une forme différente.

- Le message n'est pas identifié, aucun équivalent ne figure dans le répertoire du deuxième village.

Trois autres cas encore, « Une panthère arrive », « Venez manger, le repas est prêt » et « C'est une catastrophe » sont moins clairs.)

  Fonction Texte 2
1 Viens / Venez. (1re forme) Obil / Jibil. O=/K+
2 Allons-y / On s'en va. (1re forme) Ujaal O-
3 On rentre. Bóotobooto ówao. K+
4 Allons voir ce qu'il y a dans nos nasses /
Quelqu'un rôde autour de nos nasses.
Anabika oowooho élunool oo oowu awu. O+/K+
5 Il a pris un gros poisson. (1re forme) Lajok kacac, la jow akonconko. O-
6 Il a pris un gros poisson. (2e forme)   O=
7 J'échange du poisson contre du riz. Siwol oo emaano. O=/K=
8 J'échange du vin de palme contre du riz. Bunuk oowuuwuo emaano. O-
9 Il y a du vin.   K+
10 Venez m'aider à construire ma maison, je vous donnerai du tabac. Woo esumba eheeke kátiima. O+/K=
11 Ton tabac est mauvais / Ton vin est mauvais. Uwo etegei. O-
12 Venez manger les noix de palme. Jaelema lháf. O=
13 On a fait tomber un régime de fruits du rônier.   K-
14 Venez manger, le riz est prêt. Wowowowé (bis) woo báfulabe woo jibil. O-
15 On va s'entraîner pour la lutte. Woo ekolomoj kátiima. O-
16 Nous viendrons lutter dans ce village cet
après-midi.
  O=/K=
17 Est-il près de toi? / L'as-tu vu? / Y en a-t-il?   K=
18 Oui, il est ici / Je l'ai vu / Il y en a.   K=
19 Non, il n'est pas ici / Je ne l'ai pas vu / Il n'y en a pas.   K+
20 Danger! Il (le propriétaire du champ, du
verger...) arrive.
  O=/K=
21 Au feu! (1re forme) Woo sambun wanhooe. O+/K+
22 Au voleur! Wan kúuh. K=
23 Voilà quelque chose de beau, d'étonnant /
Quelle catastrophe!
  O=/K+
24 Insulte à l'adresse d'un homme. (1re forme) Sihonti oo / Ehonti oo. O=/K=
25 La nouvelle lune se montre. Woowo hulheeñ woo. O=/K=
26 Il n'a été choisi par aucune fille. Jangeewo, jangeewo waáuoye s'miloe. K=
27 Quelqu'un est saoul.   K-
28 Il a pété. Ooo alhoye howuaye lalhoye. K=
29 Les initiés font un sacrifice; les non-initiés ne
peuvent pas sortir.
Woo kale jiilo j'fulul. K=


On se gardera toutefois d'interpréter ces indications comme absolues. Il est vraisemblable en effet que la manière dont les messages se rangent dans les catégories est fonction des informateurs, de leurs connaissances, de leur pratique régulière ou occasionnelle du code, de leur âge, etc. Ainsi, à propos des deux messages « On a fait tomber un régime de fruits du rônier » et « Quelqu'un est saoul », je donne l'information que, présentés en version
oukoutoise, ils n'ont pas été identifiés par les deux témoins d'Oussouye, qui n'en voyaient pas d'équivalent à Oussouye. Des témoins oussouyois plus jeunes allaient pourtant mentionner ces messages comme faisant partie de leur répertoire.

 

22 messages sifflés

Les mêmes que ceux de l'enquête sur les classes d'âge (voir Variation selon les classes d'âge)

 

Tableau III

Identifications correctes par deux catégories d'âge

VALEUR DES MESSAGES S/G CATÉGORIE DE G. CATÉGORIE DE S.
Viens (1re forme). S 71 % 75 %
Viens (2e forme). G 90 % 58 %
Il a pris un gros poisson (1re forme). S 9 % 75 %
Il a pris un gros poisson (2e forme). G 71 % 42 %
J'échange du poisson contre du riz. S 71 % 100 %

Note.- Les mentions de la deuxième colonne, intitulée S/G, signalent qui, de G ou de S, a enregistré le message.

Il s'agit de la même épreuve que celle qui est décrite dans le paragraphe suivant. Les catégories G et S (le choix de ces étiquettes étant dicté par un souci de lisibilité) réunissent les groupes 5, 6 et 7 d'une part, les groupes 3 et 4 d'autre part, dont les répertoires, en termes quantitatifs, sont similaires.


Les nombres de ce tableau doivent être appréciés en tenant compte d'une tendance générale qui ne s'y reflète pas : pour la plupart des autres sifflets enregistrés par les mêmes informateurs, les G. obtiennent des indices d'identification plus élevés que les S. C'est le contraire ici, pour trois messages enregistrés par S. Ce n'est pourtant pas que le message soit absent du répertoire des G; c'est qu'il y figure sous une autre forme.

La chose est évidente s'agissant de « Viens » : chacun des deux groupes a sa forme privilégiée, la première est préférée par les S., la deuxième par les G.

On a le même cas de figure pour « Il a pris un gros poisson ».

29 % des G. n'ont pas identifié « J'échange du poisson contre du riz », enregistré par S.
Mais quand, plus tard dans l'épreuve, je leur demandais s'ils ne connaissaient pas un sifflet qui permette de proposer un troc de poisson contre du riz, tous acquiesçaient sans hésiter, et me sifflaient une mélodie légèrement différente de celle que je leur avais présentée.

 

Ici

Tous les sujets sont des Oussouyois, de l'ethnie diola, qui ont passé l'essentiel ou la totalité de leur enfance au village. Ils sont diversement scolarisés (certains n'ont pas du tout fréquenté l'école, d'autres ont un diplôme universitaire).

Sur les 22 messages, 18 ont été soumis à la totalité des sujets; 4 autres ont été ajoutés à la liste initiale, alors que 3 des premiers témoins étaient devenus indisponibles. Le calcul des pourcentages tient compte bien sûr de cette modification de l'effectif total.

 

Réseau relationnel

Il m'a semblé ainsi qu'il valait mieux mettre un individu né en l'an X dans le groupe des personnes qu'il fréquente habituellement (qui, par exemple, font partie de la même génération pour ce qui touche aux pratiques traditionnelles), et qui sont nées en X+2 ou X+3, plutôt que dans le groupe des personnes nées en X-1 ou X-2, avec qui il n'a que des contacts épisodiques. Cette façon de procéder me semble d'autant plus appropriée que les déclarations relatives à l'année de naissance doivent être considérées avec une certaine circonspection.