La fin de l’Union Soviétique en 1991 marque l’indépendance effective de la Lituanie. La politique linguistique aussi bien interne qu’externe est au centre de la reconstruction nationale. Ces bouleversements politiques profonds vont modifier le statut des groupes ethniques, communautés linguistiques ou religieuses; et leurs interrelations. Cet article présente tout d’abord la situation linguistique en Lituanie dans une perspective historique (bilan pour le XIX et XXème siècles) afin de mieux comprendre les enjeux de la politique linguistique présente, puis une étude préliminaire des répercussions de celle-ci chez les trois principales communautés ethnolinguistiques vivant en Lituanie, à savoir les Lituaniens, les Russes et les Polonais : Y a-t-il eu changement de langue véhiculaire, de langue de communication sociale entre les trois communautés? (L’hypothèse étant que le lituanien remplace le russe). Quels sont les attitudes et les représentations vis-à-vis des langues en présence en tant qu’éléments révélateurs des sentiments identitaires dans une situation pluriculturelle où la langue est une valeur centrale? Pour y répondre, une enquête s’appuyant sur un questionnaire sociologique a été menée auprès d’enfants lituaniens, russes et polonais de 11 à 13 ans dans leurs écoles nationales de Vilnius. Les résultats ont permis de dresser un tableau des sentiments identitaires des enfants et montré l’efficacité de la politique linguistique visant à implanter solidement le lituanien comme langue de communication et de mobilité sociale, mettant en relief les différences de réactions des enfants selon leur nationalité et leur lieu de scolarisation.