Nous examinons ici les discours ayant surgi au cours des dix dernières années concernant l'impact potentiel de l'usage dans les écoles des nouvelles technologies informatiques et télécommunicationnelles. Nous avançons l'hypothèse que ces discours, issus de la droite comme de la gauche du continuum politique, ne répondent pas aux réalités changeantes du XXIe siècle. Le discours conservateur présente l'informatique comme un outil pour la transmission efficace d'informations et de compétences préprogrammées venant renforcer les structures du pouvoir sociétal. On vise donc une initiation fonctionnelle aux connaissances plutôt qu'une initiation à la réflexion. La prémisse étant que ce qui est enseigné déterminera ce qui pourra être pensé, l'ordinateur servirait comme outil pour endoctriner la génération montante et restreindre ses perspectives sociales, et comme appareil à « fabriquer le consentement ».

Pour sa part le discours de la gauche tend à faire de la technologie un « complot corporatif » de plus, à considérer l'Internet ou « autoroute de l'information » comme une « autoroute de la désinformation » et condamne en bloc toute infiltration de nouvelles technologies dans les salles de classe.

Nous réfutons l'un et l'autre de ces discours et maintenons que certains usages de la technologie sont essentiels à une contestation cohérente des structures inéquitables de nos écoles. Nous appuyons notre argument sur le travail de Célestin Freinet, pionnier français en matière de pédagogie, et signalons les contributions que les échanges interscolaires interculturels médiatisés par ordinateur peuvent apporter au développement d'une réflexion critique et de la compréhension interculturelle. Il faut cependant, pour contester efficacement les structures de pouvoir coercitives, que ces échanges entre « classes-frères » soient jumelés à une pédagogie de collaboration et d'investigation critique.