Il est aujourd'hui reconnu que l'intégration des langues dominantes à une politique nationale de développement peut en faciliter la réalisation, alors que leur exclusion peut au contraire l'entraver. Et pourtant, nombreux sont les pays, dont la Mauritanie, qui, encore de nos jours, n'accordent pas l'importance qui lui revient au choix de la langue à utiliser dans les processus d'éducation pour le développement. Ces pays ne retiennent pas pour la transmission de la connaissance éducative la langue qui permet le mieux, mais aussi le plus, la communication. La situation linguistique de la Mauritanie est plutôt simple. Sont attestés dans ce pays les langues et les dialectes mauritaniens que sont l'arabe classique, l'arabe moderne, le hassaniya, qui est le dialecte arabe du pays, le berbère, l'azer, et enfin le pulaar, le soninké, le wolof et le bambara, qui sont des langues négro-africaines. Y sont aussi attestés des langues et des parlers français, le français académique, le français local et le français populaire. Le hassaniya est la langue dominante du pays. Il est la langue maternelle des Maures, celle de la communauté de Mauritanie la plus importante en nombre. La langue est aussi parlée, sinon comprise par bon nombre des membres des trois autres communautés du pays. Enfin, pour de multiples raisons, dont son rapport à l'arabe ­ langue de l'Islam et du Coran ­, l'importance du nombre de ses locuteurs, la mobilité des Maures, etc., la langue est en expansion. L'arabe, le pulaar, le soninké et le wolof sont reconnus dans la Constitution de la Mauritanie avec un statut de langue nationale, l'arabe étant également langue officielle, statut qui était aussi accordé au français jusqu'en 1991. Toutes ces langues sont prises en compte dans l'aménagement linguistique de la Mauritanie, essentiellement dans les domaines de l'enseignement et de l'utilisation des langues. Le hassaniya, qui est la langue maternelle des Maures ­ tout comme le pulaar, le soninké et le wolof sont les langues maternelles des Négro-Africains ­, n'est pris en compte ni dans la Constitution, ni dans l'aménagement linguistique. Ainsi, pour l'éducation, l'alphabétisation, l'enseignement et la formation effectués en milieu maure, c'est donc l'arabe qui est utilisé; une langue qui n'est pas la langue maternelle des intéressés, celle-ci subissant en quelque sorte une exclusion. Par la même occasion, est instituée une source de revendication politique de la communauté maure dans le sens d'une reconnaissance constitutionnelle de sa langue et d'une prise en compte de celle-ci dans l'aménagement linguistique.