L'aménagement linguistique, comme discipline sociolinguistique, a ceci de particulier qu'il comporte une grande part de pragmatisme, plus ou moins fondé sur des considérations théoriques empruntées à diverses disciplines : linguistique, sociologie, démographie, politique, économie même.

L'article aborde le sujet sous l'angle d'un cas concret, celui du Canada et de ses parties constituantes. Il y a, en effet, au Canada, treize politiques linguistiques. Les unes sont implicites, les autres explicites.

Nous ne traitons que les politiques explicites, qui illustrent parfaitement deux conceptions de l'aménagement linguistique. Le Québec l'a conçu d'une manière globale, sur la base d'une analyse de la dynamique sociolinguistique et d'un choix des vecteurs les plus efficaces pour modifier la situation en faveur de la langue française, d'une part, et en se préoccupant de la protection des langues minoritaires et de la protection du consommateur, d'autre part. Le gouvernement du Canada a plutôt choisi comme approche le bilinguisme institutionnel, en déclarant langues officielles le français et l'anglais, sans pousser plus loin le détail des dispositions, en laissant la situation évoluer librement du fait de cette affirmation de statut. Le Nouveau-Brunswick s'en est inspiré, de même que les Territoires du Nord-Ouest. Chacune de ces politiques est décrites dans ses grandes lignes, de même que l'état de la situation actuelle qui en découle.

Nous avons traité en hyperliens les éléments d'ordre théorique qui sont à la base de ces politiques et dont l'ensemble permettra aux lectrices et lecteurs de se faire une idée de la manière dont l'aménagement linguistique est conçu au Canada et au Québec. La distinction est ainsi faite entre politique linguistique, aménagement linguistique et législation linguistique, entre bilinguisme institutionnel et bilinguisme fonctionnel, entre politique implicite et politique explicite, et sont explicitées des procédures d'analyse de la situation sociolinguistique de départ par recours à des commissions d'enquête, etc. Le tout constitue un discours théorique et méthodologique sur l'aménagement linguistique, qui peut intéresser tous les collègues qui réfléchissent à ces questions, en même temps qu'il offre une clé de lecture des nombreux textes qui traitent des politiques linguistiques au Canada.