·         Introduction

 

Le projet de reconstituer le vernaculaire parisien des années 30 a une valeur sociologique et scientifique. A partir des quelques enregistrements rares disponibles à la BNF (Bibliothèque nationale de France) de Paris, de films, de chanson des années 30 et de cris de marché enregistrés par d’authentiques bonimenteurs, cette étude dressera un tableau des traits saillants de ce que l’on appelait communément jusqu’à la fin des années 60 « le français populaire ». Après une analyse de nos trois différents corpus d’un point de vue phonologique, syntaxique morphologique et lexical, nous chercherons à mettre en lumière le type de vocabulaire utilisé dans chaque corpus à l’aide de tables de fréquence. Dans notre dernière section, nous chercherons à établir la vitalité du vernaculaire parisien dans le Paris du 21ème siècle, grâce à une enquête menée en 2004 sur les marchés de Paris.

 

 

·         Analyses du vernaculaire parisien

 

Il existe peu de documents sonores qui témoignent de la présence d’un vernaculaire parisien. Outre les films des années 30 et les chansons des années 20 à 40 d’Aristide Bruant, Fréhel, Maurice Chevalier et autres comiques troupiers de l’époque qui offrent une vision souvent caricaturale du parler des classes sociales populaires, la Bibliothèque Nationale de France (BNF) possède dans ses archives audiovisuelles quelques entrevues et des enregistrements de cris de la rue réalisés dans les studios de la Phonothèque Nationale pour les plus anciens en 1912. Il s’agit de documents souvent artificiels qui doivent être analysés avec précaution. Toutefois, s’ils ne sont pas toujours représentatifs de la réalité linguistique, ces enregistrements demeurent une source d’informations importante pour les linguistes étant donné la rareté des documents sonores existants.

 

Nous avons constitué pour cette analyse[1] trois corpus. Le premier (Corpus 1) regroupe deux dialogues de films des années 30 : Fric-frac (1939) avec Fernandel, Arletty et Michel Simon et Le Jour se lève (1939) avec Jules Berry, Jean Gabin et Arletty. Ces films ont été choisis du fait de la prédominance de traits linguistiques non-standard dans le parler des personnages prolétaires. Notre deuxième corpus (Corpus 2) est constitué de paroles d’une cinquantaine de chansons de Maurice Chevalier, l’un des représentants du parler populaire des années 20 et 30. Notre dernier corpus (Corpus 3) regroupe les enregistrements de cris de la rue et autres documents sonores de la BNF. Nous chercherons à établir une liste de fréquence pour chaque corpus, afin de mettre en lumière les éléments lexicaux qui sont propres au vernaculaire parisien et de les comparer à des listes de fréquence effectuées sur un corpus de français standard.

 

Les films des années 30, comme notre corpus de chansons et notre corpus de cris de Paris, nous offrent une vision stéréotypée du vernaculaire parisien. Les termes non-standard y abondent et contribuent à la mise en place d’effets comiques. Malgré le caractère artificiel du langage stylisé de ces documents « écrits pour être entendus »[2], ces enregistrements sont loin d’être fictifs. Ils nous donnent une représentation subjective des traits linguistiques non-standard que metteurs en scène, dialoguistes, auteurs, acteurs et chanteurs considéraient comme caractéristique du vernaculaire parisien. Lodge justifie ainsi la validité de ces données, aussi caricaturales soient-elles, pour toute analyse linguistique portant sur le vernaculaire de Paris :

 

Caricatures give only a sketcky and unsystematic view of linguistic structure and place excessive emphasis on shibboleths and social markers. Most of the variants involved are ‘strongly stratified and recognised sociolinguistic variables’ (that is, ‘stereotypes’ in Labov’s taxonomy. They occur here in concentrations not found in real life, and some may have been attested elsewhere […] We can suppose that if they were not, the comedy would fail (Lodge 2004 : 174)

 

La vision caricaturale qui ressort de ces enregistrements, si elle ne nous donne pas une présentation tout à fait fidèle de ce qu’a pu être la réalité, met en évidence les traits saillants du parler populaire et leur importance dans la conscience collective. On peut reprocher aux corpus choisis de forcer le trait quantitativement (Lodge parle de « concentration »). Les traces sonores plus authentiques du vernaculaire parisien étant inexistantes, la linguistique doit interroger les films, les chansons et les cris, afin d’en reconstituer les caractéristiques.

 

 

·         La topographie sociale de Paris

 

Lorsque l’on s’essaye à se représenter les bas-quartiers de Paris, on les associe immédiatement à plusieurs lieux qui ont entretenu au fil des siècles, par le biais du cinéma et de la littérature, l’image du Paris criminel. Au 15ème siècle, Paris est une ville énorme (peut-être 200.000 habitants) où règnent la prostitution, la mendicité et la criminalité.

 

L’ancienne « Cour des Miracles »[3] immortalisée par Victor Hugo, qui aujourd’hui « a perdu tout son cachet » (1923, 108), selon Dumoulin, avait son entrée au 100 de la Rue Réaumur. Le dernier repaire de la corporation des truands, des mendiants et des prostituées, constitué de bidonvilles insalubres et nauséabonds, fut purgé par Louis XIV. Une école municipale a maintenant été construite à cet emplacement. À quelques pas, au 32 de la rue Montorgueil existait, après 1760, un ancien cabaret, lieu de rencontre de la pègre de Paris (Ibid.). Non loin, la Place du Caire était aussi le lieu de prédilection des petits malfrats.

 

Au cimetière parisien des Saints-Innocents qui, en face des Halles, s’étendait sur la rue de St Denis, la Rue aux fers, de la Lingerie et de la Ferronnerie (rue où fut poignardé Henri IV au 17ème siècle), grouillait jusqu’à sa destruction en 1780 une société de gueux, de truands, et de filles de joie qui s’adonnaient à toutes sortes d’excès. Dans le cimetière, ouvert même la nuit, la canaille du vieux Paris côtoyait écrivains, vendeurs de livres et autres négociants.

 

Le nord de la capitale est depuis longtemps le lieu de Paris où sont rejetés les indésirables. On y trouve les faubourgs et la banlieue populaires. Dès le 18ème siècle, des artistes ouvrent des salles de spectacles Boulevard du Temple dans le 11ème arrondissement et les drames que l'on y joue sont parfois si sanglants qu'on l'appelle par dérision le « boulevard du crime ». « Le boulevard du crime » est d’ailleurs le lieu où se déroule l’action des Enfants du Paradis. Au 18ème siècle, Cartouche, est arrêté au Cabaret « Le Pistole », rue des Couronnes, situé entre Belleville et Ménilmontant où il s’était réfugié. Au début du 19ème siècle, Montmartre était une ville rurale avec ses vignes et ses moulins : « les faubourgs attenants à la ville, encore souvent enclose de murs présentent un parcellaire de type rural et un habitat à dominante villageoise, mais ils accueillent des habitants et des activités liés aux populations citadines » (Bourguignat et al, 2003 : 223).

 

La petite banlieue de Passy et Grenelle, au-delà du tracé des grands boulevards, s’ouvre à la petite bourgeoisie. En 1860, les communes de Belleville, Montmartre, Grenelle, les Batignolles sont absorbées par la Capitale et deviennent des arrondissements de Paris, repoussant les limites de la ville jusqu’à l’enceinte fortifiée de Thiers. Les « fortifs » est un endroit que le Bourgeois redoute, même si attiré par les tavernes, les cabarets et les guinguettes, il aime à s’y encanailler. Dans cette zone militaire non constructible, plus de 50,000 vagabonds, brigands et chiffonniers vivent dans des roulottes. À partir de 1860, les vignobles qui étaient cultivés sur la Butte disparaissent peu à peu au profit de nombreuses usines, et dès lors afflue pour remplir ces villes-dortoirs, de part et d’autres de la France, la main d’œuvre tout comme une partie du petit peuple parisien chassé de la ville par les grands travaux haussmaniens.

 

De nombreux artistes-peintres, écrivains, poètes et musiciens, de Berlioz à Picasso en passant par Mac Orlan, Francis Carco et Aristide Bruant, ont élu par la suite résidence sur la Butte, faisant de Montmartre le centre d'attraction de la vie artistique de Paris, de la gouaille et de la vie de Bohème. Au coin de la rue Saint Vincent et de la rue des Saules, se trouve toujours le célèbre cabaret Le Lapin Agile, qui fut successivement appelé « au rendez-vous des voleurs », « le cabaret des assassins » et « à ma campagne » et qui était autrefois le lieu de rencontre du Paris populaire, des écrivains, poètes et peintres montmartrois. Sur les hauteurs de Belleville, dans le 20ème arrondissement, Ménilmontant, quartier de Maurice Chevalier et du comédien Julien Carette, avec ses rues pavées et ses impasses, symbolise toujours le quartier populaire. Au début du 20ème siècle régnait encore rue St Vincent « quelque sorte de louche camaraderie entre les poètes et les mauvais garçons » (Carco 1927 : 85).

 

Que nous reste-t-il du Paris populaire des années 30-40 célébré par les films et les chansons de music-hall, outre quelques photos de Willy Ronis ? La plupart des théâtres et cabarets populaires, comme les Folies Belleville, ont disparu. Certains lieux, emblématiques du Paris populaire et des vestiges de ruralité, Le Chat noir, au pied de la butte Montmartre, le Moulin Rouge, placé près de la Butte et du Moulin de la Galette, le Lapin Agile (sur la pente nord de la Butte) existent toujours mais font plutôt figures de clichés, tout comme l’Hôtel du Nord sur le canal St Martin, immortalisé par le film de Carné. À l'origine, l’hôtel fut construit pour héberger ou ravitailler les travailleurs venus de péniches ou autres embarcations qui déchargeaient les marchandises tout le long du canal. Aujourd’hui, loin du cliché de « quartier populaire » ou marginal qu'il a été, Montmartre se veut avant-tout champêtre, « un village dans la ville » ou encore le « coeur vert de Paris » et le statut et la notoriété des artistes en ont fait une sorte de quartier bourgeois.

 

Les rues Montorgueil et St Sauveur, la rue du Caire dans le 2ème arrondissement ont gardé une configuration qui rappelle l’époque sinistre et lugubre des coupe-gorges, même si aujourd’hui elles abritent surtout des appartements très cotés. Certains Parisiens ont eu les moyens d’acheter mais seulement dans les quartiers plus abordables, qui ensuite, en raison de leur présence le sont devenus beaucoup moins. Le même phénomène se reproduit maintenant dans la proche banlieue (à Montreuil par exemple). Le quartier juif du Sentier, à quelques mètres de la rue du Caire et d’Aboukir, est devenu la rue du textile et de la création vestimentaire.

 

On peut imaginer encore aujourd’hui sans difficulté que ces ruelles étroites et mal éclairées, ces impasses sordides à l’abri des regards, aient pu abriter mendiants et voleurs de la « Cour des miracles ». La rue St Denis, à côté des Halles, est toujours le quartier du sexe et de la prostitution. Il en est de même pour Pigalle, lieu du monde nocturne et des cabarets. Dans le 18ème arrondissement, le quartier de Barbès dont les troquets pullulaient de petits malfrats dans le film Fric-frac (1939) a perdu récemment son aspect prolétaire, même si le 18ème d’une manière générale n’est toujours pas très coté. Avec le grand magasin Tati et ses nombreuses boutiques, Barbès est un quartier à la mode.

 

Il reste encore de nombreuses rues populaires (la rue de Belleville, la rue des Pyrénées). Les quartiers Est de Paris sont traditionnellement les plus populeux, abritant les classes laborieuses ou défavorisées dans des dortoirs voire parfois des squats. Cette image des quartiers dits « populaires » attire de plus en plus ces dernières années les « nouveaux » bourgeois, cadres ou ingénieurs ayant réussi récemment et qui se distinguent de l'ancienne bourgeoisie « traditionnelle » établie depuis le 19ème siècle dans le 16ème arrondissement de Paris, et par la suite dans les arrondissements de Paris (le 7e et le 8e).

 

Ceux-ci veulent se démarquer de l'ancienne bourgeoisie (ou bien ils en sont issus et veulent marquer leur différence) qui réside dans les beaux quartiers : pour ce faire, ils cherchent à vivre comme ce que l’on peut appeler des bohème-artiste-populo et s'installent dans les quartiers chics, coeur même de cet esprit « bohème-misère ». Ainsi, ce phénomène grandissant, la demande fait augmenter le prix de ces quartiers aux loyers traditionnellement accessibles. Il est à noter que peu d'industries subsistent de nos jours dans Paris: elles ont laissé la place aux bureaux et au secteur tertiaire, ce qui fait que les quartiers est de Paris en tant que dortoirs ont peu de raison d'exister. Tout se trouve maintenant à la périphérie, tout comme 150 ans auparavant Belleville était la périphérie du vieux Paris. De ce fait, même la mairie de Paris cherche à réhabiliter l'est parisien pour l'assainir et en faire un quartier « respectable » sonnant ainsi le glas du Paris populaire cristallisé par le cinéma français des années 30.

 

Le quartier de la Goutte d’or, bordé à l’Ouest par les Boulevards et fermé à l’est par le chemin de fer, s’est formé au cours de la révolution industrielle. Au 19ème siècle il devient le lieu d’habitation des ouvriers travaillant dans les industries voisines. Ce quartier, composé à 45% d’immigrés, est aujourd’hui l’un des derniers lieux insalubres et à mauvaise réputation de Paris. Les banlieues (par exemple Le Val Fourré, Mantes la Jolie et Sarcelles) regorgent de jeunes issus de familles d’ouvriers et d’immigrés. Le chômage y est particulièrement élevé et les revenus de ses habitants sont souvent modestes. Ces classes sociales défavorisées vivent la plupart du temps parqués dans les cités HLM et dans des quartiers sensibles de l’agglomération parisienne.

 

 

·         Les Corpus

 

1. Corpus 1 (Fric-frac et Le Jour se lève)

 

Le corpus de cinq films des années 30 que nous avions compilé dans les années 90 a été l’objet de plusieurs de nos études (Abecassis, 2005). Cette fois-ci, nous nous proposons d’analyser deux de ces films qui nous semblent les plus caractéristiques.

 

La pièce de théâtre Fric-frac de Bourdet fut présentée dans les années 30 au théâtre de la Michodière où elle connut un vif succès. Son adaptation au cinéma est irrésistible de par la truculence de ses dialogues confrontant deux classes sociales bien distinctes : une classe sociale prolétaire constituée de malfrats sans grande envergure (Loulou et Jo joués respectivement par Arletty et Michel Simon) et une petite bourgeoisie dont le personnage principal est Marcel (Fernandel), banquier d’une bijouterie parisienne.

 

Le Jour se lève reste l’un des films d’anthologie des années 30. Écrit par le tandem Carné/Prévert, ce chef-d’œuvre du cinéma d’avant-guerre met également en contraste la petite bourgeoisie et la classe prolétaire. Valentin, symbole du dandy parisien, interprété par Jules Berry est un dresseur de chiens machiavélique et un séducteur de femmes. François (Jean Gabin), amoureux de son homonyme au féminin Françoise (Jacqueline Laurent) est le symbole de l’anti-héros. Le film, présenté sous forme de flash-back, débute par un drame. Pour mettre fin aux sarcasmes de Valentin qui cherche à reconquérir celle qui fut sa maîtresse, François le tue à bout portant d’un coup de révolver.

 

Le cinéma des années 30 donna lieu à de nombreuses comédies opposant le milieu prolétaire à la petite bourgeoisie. Par la suite, tout un imaginaire se développa autour du français populaire et de l’argot parlé par la mafia parisienne, sur lequel se fondent bon nombre de polars[4].

 

Les dialogues des films de Fric-frac et du Jour se lève, regroupés dans ce corpus, comprennent aussi bien les tirades des personnages de classe bourgeoise que celles de classe ouvrière et nous permet une étude du parler parisien à travers le cinéma des années 30.

 

Nous présentons ici de manière simplifiée les tours les plus caractéristiques du vernaculaire parisien. La plupart font maintenant partie intégrante du français familier de tout un chacun. Les traits marquants du vernaculaire dans les deux films analysés sont principalement phonologiques, syntaxiques et lexicaux :

 

1.      Traits phonologiques qui varient significativement entre les personnes de la classe inférieure et ceux de la classe supérieure :

Ø      Réduction de groupes consonantiques (e.g. « l’aut’ », « quéque chose »)

Ø      Élision des schwas (e.g. « j’te dis »)

Ø      Utilisation de ‘y’a’ pour « il y a » (« y’a un cave »)

Ø      Liaisons hypercorrectes (e.g. « donnes-y une chaise »)

Ø      Taux de réalisation moins important des liaisons variables (e.g « il y a pas un type »).

 

2.      Traits syntaxiques qui varient significativement entre les personnes de la classe inférieure et ceux de la classe supérieure :

Ø      Questions par intonation ou « est-ce que » (e.g. « C'est Loulou qui est avec toi? « , « qu'est-ce que c'est ? »)

Ø      Utilisation de la forme « ti » (e.g. « ça va ti ? »)

Ø      Élision du « ne » (e.g. « j’sais pas »)

Ø      Élision du pronom sujet (e.g. « connais pas »)

Ø      Non-réalisation de « il » dans « il faut » (e.g. « faut que tu me dises »)

Ø      Neutralisation des relatifs « qui » ® « que » (e.g. « Marie qu’a d’ça »)

Ø      Utilisation passe-partout du « que » (« relatives défectives ») (e.g « c’est l’employé qu’on t’a causé »)

Ø      Utilisation du « on » plutôt que « nous » (« Et l'autre c'est un cave qu'on a rencontré à Buffalo. »)

 

3.      Traits lexicaux qui varient significativement entre les personnes de la classe inférieure et ceux de la classe supérieure :

Ø      Nombreux lexèmes et idiomes non-standard (e.g. « le fric », « le pèze », « avoir les crocs »)

Ø      Utilisation d’argot (e.g. « c’est un as », « un ballot », « barboter », « ne pas les attacher avec des saucisses »)

 

 

2. Corpus 2 (Chansons de Maurice Chevalier[5]) :

 

 

Maurice Chevalier naquit en 1888 dans un quartier populaire de Paris, à Ménilmontant, et passa son enfance dans un milieu très modeste. Au début du siècle, dans les cafés-concerts, les bistrots ou les petites salles de Paris, les femmes surnommées chanteuses réalistes chantent leur vie malheureuse en proie à la pauvreté, à l’alcool et aux ruptures amoureuses (Fréhel, Damia, Berthe Sylva), alors que les comiques-troupiers (Fragson, Dranem, Ouvrard) excellent dans la chanson comique, jouant souvent sur les exercices d’élocution et les jeux de mots grivois. Doué de talents d’imitation et de dons pour la comédie, Maurice Chevalier fait très vite carrière et devient l’incarnation du titi parisien. Flanqué de son costume et de son canotier, Chevalier évoluera «ensuite d'un répertoire très populaire à des numéros plus dandy »[6].

 

Les traits marquants du vernaculaire dans les chansons de Maurice Chevalier que nous avons étudiées sont principalement phonologiques et lexicales :

 

1.      Traits phonologiques :

Ø      Parler faubourien exagéré : l’avant dernière syllabe de groupe est longue, intense et accentuée (e.g « ma pômme » dans Prosper)

Ø      Variation de [wa] en [we] (e.g. « c’est moi » dans Prosper)

Ø      Réduction de groupes consonantiques (e.g. « quéque chose »)

Ø      Elision des schwas (e.g. « j’te raconte »)

Ø      Utilisation de « y’a » pour « il y a » (e.g. « Y’a pas une môme dans tout Pantruche » (Ah ! Si vous connaissiez ma poule)

Ø      Élision du [l] de il (e.g. « I’ lui a dit »)

Ø      Élision du [r] devant schwa (e.g « autre » ® « aut’ » : « l’aut’ jour au chef de gare » dans Mimi)

Ø      Prononciation du [r] : dorso-uvulaire doux, pharyngalisé dans l’emphase (« carrément » dans la chanson Prosper) (Carton, 2003 : communication privée)

Ø      « Voilà » ® « vlà » (e.g. « V’là maintenant qui nous chipent not’ argot » dans Appelez ça comme vous voulez)

Ø      Prononciation francisée de mots anglais (e.g. « Liverpoole », « Novyork » dans Ah ! Si vous connaissiez ma poule)

 

2.      Traits lexicaux :

Ø      Nombreux lexèmes et idiomes non-standard (e.g. « un papeau », « un zozo »)

Ø      Fréquente utilisation d’onomatopées, de jurons, et d’exclamations (e.g. « ben », « youpla boum », « prout prout »)

Ø      Utilisation d’argot (e.g. « de la braise », « briffer »)

 

 

3. Corpus 3 (Entrevues et cris de Paris) :

 

Le cri n’est pas seulement un système de communication par lequel l’individu se fond dans le collectif, mais il témoigne d’une appartenance sociale. Le cri de marchand peut être spontané, mais il est le plus souvent codifié et régulé : « Les personnages doivent apprendre à contrôler un espace sonore, manipuler un espace vocal plus ou moins concurrentiel » (Lett et al, 2003 : 19). Il est soumis à des normes précises, car il permet d’appeler le public et de tisser un échange. En tant qu’espace sociolinguistique, il véhicule l’identité de celui qui l’émet et celle du groupe auquel il appartient.

 

Le genre des Cris de Paris aurait pour origine un fabliau du XIIIème siècle le Dit des crieries de Paris, récit énumératif des différents métiers ambulants. Le Livre des Mestiers du Prévot Estienne Boileau fait également mention de toute une pléthore de cris qu’utilisaient les marchands de la rue. Comme la plupart des grandes villes de France, Paris retentissait de cris bien caractéristiques. On y trouvait par exemple depuis le Moyen Age crieurs de vins, vinaigriers, moutardiers, marchands de tisane, marchands d’amadou et de briquet, marchands de carton, acheteurs de ferraille, de cuivre et de bouteilles cassées, marchandes de plaisir :

 

Le vieux Paris, d’un bout à l’autre de son enceinte n’était qu’une symphonie incessante, où se mariaient sur tous les tons les voix provocatrices des marchands ambulants (Fournel 2003 : 6)

 

Si les premiers cris attestés remontent à la poésie médiévale, ils deviennent ensuite « une création littéraire » dans la version de Truquet (Milliot, 1996 : 21) qui donna lieu, dans la Bibliothèque bleue ou de colportage, à de nombreuses versions à tonalité poissarde. Dans la première moitié du 19ème siècle, nombre de ces métiers de la rue ont disparu et le langage poissard des marchandes des Halles, popularisé par la littérature, s’est presque complètement éteint (Lodge, 2004 : 216). Il perdure encore sur les marchés et autres lieux publics à travers la vente à la criée jusqu’à la fin du siècle. De manière anecdotique, on apprend dans nos enregistrements que jusqu’à la fin du 19ème siècle, il y avait près de la Bastille une école de cris où les colporteurs apprenaient leurs métiers.

 

Chaque corps de métiers possédait son propre cri qui se passait entre camelots de génération en génération et ceux-ci ne pouvaient s’approprier celui d’un autre sous peine d’encourir des poursuites judiciaires. Ce sont ces cris de Paris que les locuteurs de ces enregistrements disponibles à la BNF nous restituent. Parmi ceux-ci, on peut entendre la marchande de mouron « pour les p’tits oiseaux », le marchand d’habits, de pommes de terre au boisseau, de raie « toute en vie », de merlan « à frire », de harengs « qui glacent ». Ces cris n’ont pas évolué depuis le 17ème siècle: ils apparaissent tels quels dans le portrait que nous en fait Fournel.

 

Autre vestige du langage poissard décrit par ce dernier et qui apparaît sur nos documents, le fontainier : un marchand, la fontaine sur le dos, « ceint d’un tablier blanc, avec deux gobelets attachés à la ceinture » (2003 : 23) chante « à la fraîche, à la fraîche qui veut boire ? Deux coups pour un liard ». Le tableau du Marché des Innocents à Paris que brosse Francis (1822) est une cacophonie de cris que nous retrouvons presque verbatim sur nos documents sonores :

 

« Habits, vieux, gallons! Marchands d’habits! Habits…Habits… »

« Achetez des allumettes, de l’amadou! Achetez-moi, j’vendrai à vous.

Achetez des allumettes et d’l’amadou… »

« Mouron pour les p’tits oiseaux »

 

Sous le règne de Louis-Philippe (1830-1848), certains marchands étaient devenus de véritables figures emblématiques. C’était le cas du Père Gilbert qui avait trouvé par la phrase « battez vos femmes, battez vos habits pour un sou » (Fournel, 2003 : 82) de quoi amuser le client, au point d’en devenir un personnage célèbre de Paris. Coiffée d’un bonnet de paille, la Belle Madeleine, comme elle aimait à se faire appeler, postée « contre la grille des Tuileries, aux abords du Palais Royal » (Fournel, 2003 : 82) attirait le chaland en chantant ces mots :

 

« C’est la bell’ Madeleine

C’est la bell’ Madeleine  

Qui vend des gâteaux

Des gâteaux tout chauds »

 

Le personnage de la Belle Madeleine a perduré et son cri qui figure également sur nos enregistrements s’est perpétué. Le spectacle de la rue s’est figé et ses figures stéréotypées ont modelé au fil du temps un imaginaire de la ville : « la permanence des Cris traduit la continuité d’un idéal urbain universaliste et fermé sur soi-même, elle correspond moins à l’expression d’une culture populaire qu’à la vivacité de la tradition parodique » (Milliot, 1996 : 9).

 

Au début des années 20, les rues offrent toujours journellement une multitude de cris comme ce témoignage l’indique : les artisans se comptaient par centaines, par milliers, mécanique, ferblanterie, corroyage de cuirs et peaux […] rétameurs, affûteurs de couteaux et de ciseaux, rempailleurs de chaises ou cardeurs de matelas, marchands d’oublies. Tous avaient leur cri qui rythmait leur progression dans la rue : « Peaux d’lapins, peaux d’lapin, carreaux cassés, carreaux cassés » (Ronis & Daeninckx, 2003 : 54).

 

La Bibliothèque Nationale de France possède dans ses collections deux enregistrements[7] réalisés en 1912 et 1913 pour les Archives de la Parole, ancêtres de la Phonothèque nationale, devenue Département de l'Audiovisuel de la Bibliothèque nationale de France. Ce sont les seuls exemples de parler parisien remontant à cette époque. Les seuls autres enregistrements éventuels de ces collections sont plus tardifs (entre 1938 et 1946) : ce sont des enregistrements de slogans de camelots[8], et non des conversations.

 

Tous ces enregistrements ont été réalisés au studio des Archives de la Parole (plus commode à l'époque), les premiers sous la direction du linguiste Ferdinand Brunot, fondateur en 1911 et premier directeur des Archives de la Parole, les deuxièmes sous la direction du folkloriste Roger Dévigne, troisième directeur (les Archives de la Parole et le Musée de la Parole sont devenus la Phonothèque Nationale en 1938). Ils sont interprétés par d'authentiques locuteurs populaires parisiens, et d'authentiques camelots-bonimenteurs (MM. Pierre Pactat et Clément Presles). Les traits marquants du vernaculaire dans ces enregistrements sont principalement phonologiques :

 

1.      Traits phonologiques

Ø       [o] ® [jo] (e.g. « boissieau »)

Ø      Réduction de groupes consonantiques (e.g. « Ah ben ça c’est déjà quéque chose ».)

Ø      Élision des schwas (e.g. « Ne j’tez pas d’argent par terre, je n’le ramasserai pas. »)

Ø      Utilisation de « y’a » pour « il y a » (e.g. « Y’a bisous, bisous les pommes de terre ».)

Ø      Élision du [l] de il (e.g. « Descendez vos chaises, i’ vous les remparan, paran/ Il vous les rempaillera « )

Ø      Élision du [r] devant schwa (e.g « Et tant d’aut’ qui étaient avec moi qui doivent l’avoir aussi »)

Ø      « Voilà » ® « vlà » (e.g « Vlà le repasseur d’couteaux, vlà le repasseur de ciseaux »)

Ø      Onomatopées et exclamations

 

 

·         Les listes de fréquence

 

Afin de mettre à jour les tendances lexicales de chaque corpus, de dégager leurs similarités et leurs différences, nous avons produit des listes de fréquence. Nous avons utilisé pour produire ces statistiques le programme Mike Scott’s Wordsmith Tools[9]. Le Tableau 1 présente par ordre décroissant les cent premiers termes les plus fréquents de chaque corpus respectif. Les formes contractées (e.g. « j’ », « qu’ », « l’ », « vlà ») sont considérées distinctes de leurs formes non-contractées (« je », « que », « le » et « voilà »). L’avant-dernière colonne représente les statistiques obtenues dans un corpus de français oral que nous dénommerons Corpus Orléans-Sarcelles.

 

Nous avons informatisé, pour constituer un corpus comparatif, les 25 transcriptions des enregistrements du corpus d’Orléans effectués dans les années 70 (Biggs and Dalwood, 1976). Parmi les locuteurs interrogés, on trouve des bouchers, des ingénieurs, des fonctionnaires et des enfants. Pour rendre ce corpus beaucoup plus significatif, nous y avons ajouté une entrevue réalisée par un étudiant de Françoise Gadet (Université de Paris X) à Sarcelles en 1992–3. Le corpus ainsi constitué contient un total de 13,399 mots. La dernière colonne de notre tableau indique les résultats réalisés par Baudot (1992) à partir cette fois d’un corpus de français écrit. Ce corpus fut compilé en 1967 par le Bureau des langues du gouvernement du Canada (Baudot 1992 : 9) et comprend 803 textes extraits de la littérature contemporaine.

 

 

Tableau 1 

Fréquence dans les trois corpus étudiés

Nombre

Corpus 1

Fréquence

Corpus 2

Fréquence

Corpus 3

Fréquence

Orléans/ Sarcelles

Corpus Baudot

1

Vous

2.88

La

2.28

La

2.91

Est

De

2

Pas

2.54

De

2.21

Vous

2.38

A

Le (article)

3

Marcel

2.18

Le

2.15

D’

2.34

Et

Être

4

Loulou

1.80

Un

2.04

De

2.11

Pas

Un

5

Ça

1.69

Et

1.82

Le

1.94

De

À

6

Jo

1.67

Les

1.53

Est

1.89

On

Et

7

C’est

1.47

Est

1.40

Et

1.81

La

Les

8

Que

1.46

En

1.19

J’

1.57

Le

Il

9

Je

1.40

On

1.18

Les

1.57

Oui

Des

10

De

1.33

Vous

1.13

À

1.53

Euh

Que (conj.)

11

La

1.30

Tout

1.08

L’

1.43

Y

Ne

12

Est

1.21

Je

0.98

Un

1.30

Les

En

24

Ah

0.83

Dans

0.74

Ce

0.79

Ce

Ce

25

Mais

0.83

C’

0.73

Ai

0.77

dans

Tout

26

Les

0.82

Qui

0.68

Du

0.76

moi

Plus

27

On

0.77

Oh

0.68

Une

0.74

pour

Par

28

Oui

0.71

Du

0.67

N’

0.70

Non

Elle

29

Une

0.71

L’

0.66

Dans

0.68

Quoi

On

30

Non

0.65

Qu’

0.65

Avez

0.66

Tout

Que (pron.)

31

Alors

0.65

D’

0.62

Je

0.66

Tu

Sur

32

Tout

0.62

Elle

0.61

Il

0.62

Puis

Faire

33

En

0.62

Comme

0.60

Pour

0.59

Plus

Mais

34

Oh

0.60

Ma

0.60

Marchand

0.59

Bien

Nous

35

Qui

0.59

J’

0.59

Tout

0.57

Si

Le (pronoun)

36

Bien

0.57

Quand

0.58

Y

0.49

Ah

Pouvoir

37

C’

0.55

Au

0.56

Nous

0.47

Du

Avec

38

J’

0.53

Si

0.53

Bien

0.42

Heures

Ou

39

Des

0.53

Mon

0.53

Ben

0.40

Me

40

Pour

0.53

Mais

0.49

Douce

0.40

Quand

Vous

41

Y

0.51

Bien

0.48

On

0.40

Eh

Même

42

Avec

0.47

Ce

0.46

Au

0.38

Même

Comme

43

Eh

0.47

Sur

0.44

0.38

Nous

Lui

44

Si

0.45

Nous

0.41

Par

0.38

Ben

Leur

45

0.44

Y

0.41

Avec

0.36

Avec

Y

46

Ben

0.44

Son

0.40

Enfin

0.34

Il

Autre

47

Comme

0.42

Paris

0.38

Cris

0.32

Sont

Mon

48

Me

0.41

Plus

0.38

M’

0.32

Fait

Dire

49

Allez

0.40

Air

0.38

Ne

0.32

Comme

En

50

Qu’

0.38

Fait

0.37

Non

0.32

Deux

Bien

51

Dans

0.36

Bon

0.36

Voilà

0.32

Au

Deux

52

Françoise

0.36

Ne

0.35

Beaucoup

0.30

Elle

sans

53

Fait

0.36

Tous

0.34

Paris

0.30

Va

54

Plus

0.36

Me

0.33

Sont

0.28

Parce

Devoir

55

Ne

0.35

Se

0.33

Sous

0.28

Enfin

Grand

56

Va

0.34

M’

0.29

Deux

0.26

n’est

Notre

57

Monsieur

0.34

Faut

0.28

Monsieur

0.26

Bon

Celui

58

Au

0.32

Faire

0.28

Êtes

0.25

Hein

Aller

59

Clara

0.31

Pourquoi

0.28

Suis

0.25

Par

Homme

60

Du

0.31

Lui

0.27

Vieux

0.25

Mon

Aussi

61

L’

0.31

Titi

0.27

Eau

0.23

Faire

Si

62

Valentin

0.31

Beau

0.26

Elle

0.23

Ans

Quelque

63

D’

0.30

Rien

0.25

Même

0.23

j’ai

Voir

64

Hein

0.29

Sa

0.25

Mes

0.23

Ou

Savoir

65

Mon

0.28

Suis

0.25

Moi

0.23

Ils

Premier

66

Toi

0.28

0.24

Quand

0.23

Se

Très

67

Quoi

0.28

S’

0.23

Si

0.23

Vas

Falloir

68

0.26

Avec

0.23

Comme

0.21

Cours

Vouloir

69

Elle

0.26

Toujours

0.23

Habits

0.21

Dire

Encore

70

Faire

0.26

Mère

0.23

Jamais

0.21

Peu

Dont

71

Puis

0.25

Petit

0.22

Toujours

0.21

Qu’on

Petit

72

Quand

0.25

Ils

0.19

Avons

0.19

Ne

Peu

73

Veux

0.24

Joie

0.19

Cerises

0.19

Rires

Jour

74

Mercandieux

0.23

Leur

0.19

Rue

0.19

Leur

Monsieur

75

Suis

0.23

Marguerite

0.19

Sur

0.19

Voyez

Entre

76

Blin

0.23

Musique

0.19

Très

0.19

Peut

An

77

Rien

0.22

Sans

0.19

Alors

0.17

Avez

Nouveau

78

Avez

0.22

Sont

0.19

Assez

0.17

Faut

Prendre

79

Sais

0.22

Donc

0.18

Beaux

0.17

Orléans

Après

80

Dis

0.21

Amour

0.18

Bon

0.17

Travail

Temps

81

Lui

0.21

Maurice

0.18

Fait

0.17

Lui

Donner

82

Même

0.21

Était

0.18

Francs

0.17

Ont

Certain

83

Ils

0.21

Paroles

0.18

Leur

0.17

Tous

Non

84

T’

0.21

Ses

0.18

Mesdames

0.17

Aussi

Venir

85

Ai

0.20

T’

0.18

Peu

0.17

Beaucoup

Vie

86

Bon

0.20

Dit

0.17

Plus

0.17

Gros

Moins

87

Dit

0.20

Avait

0.16

Poires

0.17

Hmm

De

88

Être

0.19

Dites

0.16

Porcelaine

0.17

Sur

Moi

89

Ici

0.19

Même

0.16

Titi

0.17

Ville

Monde

90

Louis

0.18

N’

0.16

Tous

0.17

Voulez

91

Nous

0.18

Ou

0.16

Vlà

0.17

Enfants

Seul

92

Se

0.18

Ces

0.15

Vu

0.17

Oh

Trouver

93

M’

0.17

Dit

0.17

Chaises

0.15

Vingt

les (pronom)

94

Y’a

0.16

Avait

0.16

Cuites

0.15

Aux

Ainsi

95

Deux

0.15

Même

0.16

Entendu

0.15

Cinq

Fois

96

Dire

0.15

N’

0.16

Etaient

0.15

Elles

Quand

97

Pourquoi

0.15

Ou

0.16

Glacent

0.15

Questions

Enfant

98

P’tit

0.15

Ces

0.15

Me

0.15

Être

Toujours

99

Donc

0.14

Dimanche

0.15

Mon

0.15

Aux

Trois

100

N’

0.14

Nos

0.15

Sa

0.15

Cinq

Heure

 

 

Les résultats du Corpus 1 mettent en tête du tableau de fréquence la forme « vous » utilisée presque essentiellement par les personnages de classe supérieure, suivi des noms des personnages principaux du film Fric-frac (c’est Marcel le personnage de classe supérieure qui arrive en troisième position devant les personnages prolétaires). Les noms des protagonistes du Jour se lève arrivent au milieu de la liste. On peut noter la présence récurrente d’interjections et d’onomatopées (« ah », « oh », « ben », « hein »).

 

La liste du Corpus 2 est composée avant tout de mots outils (articles, prépositions, pronoms, etc.). Les substantifs et les adjectifs qui apparaissent dans cette liste représentent l’esprit des chansons de Chevalier autour de la thématique de Paris, de la musique, de l’amour et de la joie de vivre (« Paris », « air », « beau », « mère », « petit », « joie », « musique », « Maurice », paroles »).

 

L’utilisation du pronom « vous » est très fréquente dans la liste du Corpus 3. On s’adresse directement aux chalands par la forme de politesse, mais les dérivés de la première personne du singulier (« m’ », « mes », « moi », « me », « mon ») sont omniprésents. Les formes collectives « nous » et « on » sont également fort usitées. Ce sont des mots-outils qui ressortent ensuite de cette liste. Les lexèmes récurrents sont associés à la vente à la criée, et aux denrées (« marchand », « cris », « Paris », « poires », « monsieur », « habits », « cerises », « rue », « porcelaine », « chaises », etc.). Quelques adjectifs simples et flatteurs servent à décrire les aliments (« douce », « beaux », « bon »), mis en évidence par des adverbes emphatiques (« bien », « beaucoup », « très »). Cette liste développe aussi la thématique de l’argent (« sous », « francs »).

 

On trouve encore de nombreuses négations qui mettent l’accent sur les valeurs appréciables des marchandises (« jamais », « peu », « plus »). Les cris ne constituent pas un langage spécialisé. On vante les qualités du produit au moyen d’adjectifs récurrents et élémentaires. On retrouve toujours les mêmes caractéristiques dans ces cris. Ils ont souvent la forme de quatrains. Le ton y est grivois et burlesque et le lexique n’y est que relativement pauvre. Les rimes sont simples et les lexèmes répétés fonctionnent comme par procédés mnémotechniques. Les cris semblent inspirés des proverbes d’antan et sont la plupart du temps dispensateurs de conseils et de morale.

 


·         Rapport sur l’Enregistrement des « Cris de marché à Paris »

 

 

            Le tableau suivant présente le matériel utilisé lors des enregistrements de cris sur les marchés de Paris.

 

Tableau 2 

Équipement audio utilisé

Date

18/06/2004

Matériel analogique

Dictaphone Olympus-Pearlcorder S725 sur mini cassette Sony : MC60

Matériel numérique

(transféré sur à) Samsung Digimax 420 (4Mp)

Lieu

Voir ci-dessous

 

Nos recherches portant sur les cris des marchés actuels, dans le dessein de les comparer aux enregistrements anciens en notre possession, nous sommes partis de la supposition qu’ils ont été effectués aux Halles (dans le centre de Paris) ou dans les quartiers populaires (ou bien que les crieurs venaient des quartiers populaires de Paris, d’où leur gouaille ou leur langage).

 

Carte 1 : Marché de la place Monge (adapté du plan de Turgot de 1739, rééd. 1989, Blondel les Rougery, Rosny sous bois)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aujourd’hui les Halles ont été transférées à Rungis dont l’accès est réservé aux seuls professionnels. Nous nous sommes donc rabattus sur un marché localisé au centre de Paris, dans un premier temps. Il s’agit du marché de la Place Monge (5eme arrondissement, voir Carte 1).

 

Les résultats de cette étude se sont avérés biaisés pour deux raisons principales :

 

Ø      Nous y avons effectué nos enregistrements trop tôt le matin pour y obtenir des cris, à l’ouverture (lors de l’installation, peu de clients se trouvaient sur les lieux).

 

Ø      Les marchands avaient l’air français, mais pas particulièrement parisiens : Picards, Bretons ou Auvergnats.

 

Peu de cris ont été enregistrés, plutôt quelques sages conversations ou échanges de conseils (« rajoutez de l’eau froide »). Il était difficile de dire qu’il s’agissait de fragments typiquement parisiens. Nous nous sommes rendus au marché entre 8 h 00 et 9h15 (ouverture officielle du marché à 7 h 00). Après avoir demandé à une marchande, nous avons appris que le marché battait son plein plutôt entre 10 h 00 et 11 h 00. Il est à noter que de nombreux clients faisaient la queue à un stand de fruits et légumes (un seul) : il n’avait pas besoin de crier pour attirer le chaland et le marchand était d’origine asiatique.

 

Carte 2 : Marché St Quentin (Ibid)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous avons ensuite décidé d’établir une comparaison avec un marché couvert en supposant qu’on y trouvait davantage de poissonniers, réputés aussi pour leur gouailles (ne dit-on pas « vendre du poisson à la criée » sans parler d’une chaîne de restaurants « à la Criée », reprenant cette idée). C’est dans le 10ème arrondissement, au Marché Couvert de St Quentin (Carte 2) que nous avons mené notre étude suivante, à deux pas de la Gare du Nord et de la Gare de l’Est : aux portes des quartiers populaires (Barbès et le 18ème arrondissement, Belleville à proximité).

 

Les clients étaient cette fois-ci encore moins nombreux que sur la place Monge. De plus, les commerçants étaient toujours en train d’installer tranquillement leurs étals. La clientèle semble être différente de celle des marchés ouverts (ce sont plutôt des habitués qui savent ce qu’ils veulent et semblent rechercher un endroit plus calme pour y faire leurs emplettes. En outre, de nos jours, le fait que le lieu soit fermé par un toit peut réfréner les cris des gens, pour éviter un brouhaha insupportable et cacophonique qui pourrait repousser le client.

 

Carte 3 : Arrondissements populaires de Paris


 

Carte 4 : Marché de Belleville (adapté du Guide Michelin, Paris, Michelin 1989)

Les marchés populaires parisiens ont été le lieu où nous avons mené notre enquête suivante. Comme nous l’avons montré plus haut, les quartiers les plus populaires de Paris occupent traditionnellement (et historiquement), la partie orientale de Paris (voir Carte 3), mais surtout les quartiers de la Couronne dans le prolongement de Belleville, car les 4e et 5e arrondissements ne sont pas si populaires : on peut tracer une ligne grossière, matérialisée sur la carte 3 par un trait oblique, montrant bien que les quartiers populaires se trouvent à droite de la ligne. Remarquons que le 18ème arrondissement y est inclus – ce qui est toujours vrai aujourd’hui, à l’exception de Montmartre matérialisé ici par la basilique : mais avant de devenir un quartier chic, paisible et à la mode, Montmartre était

encore un « bidonville » au 19 ème siècle, bien pire que les quartiers ouvriers de Belleville (carte 4). Les taudis de la butte n’ont été rasés que dans la seconde moitié du 19ème siècle, comme nous l’avons déjà signalé.

 

Les beaux quartiers de Paris, résidences des classes sociales plus élevées, se trouvent à gauche de la ligne verticale. Au milieu, une zone ‘tampon’ où pouvaient (et peuvent toujours) se retrouver mélangés riches et pauvres (pour prendre deux extrêmes). Le point de rencontre est le centre historique de Paris ainsi que les quartiers au nord et au sud constitués de commerces et de « grand-magasins » : le 16 ème arrondissement étant purement un quartier résidentiel, dépourvu de grand commerces (aujourd’hui, par exemple, il n’y a pas de cinéma ni de discothèques « branchées » dans ce secteur), pour assurer aussi la tranquillité de ses riches habitants. Pour les achats, les derniers se déplacent vers le centre où travaillent les classes sociales ouvrières qui résident à l’Est. Sur la carte les arrondissements les plus « populaires » ont été entourés.

 

Entre le 11 ème et le 20 ème arrondissement, le Boulevard de Belleville court sur l’ancien tracé des murs dits des « Fermiers généraux «  (murs de fortification), au pied de la butte de Belleville, quartier traditionnellement ouvrier. Après la seconde guerre mondiale, la France a fait appel à de nombreux ouvriers du Maghreb pour reconstruire le pays. On les retrouve ainsi en nombre dans ces mêmes quartiers. Belleville est devenu depuis une bonne vingtaine d’années le second « chinatown » de Paris.

 

Ainsi, le marché de Belleville (sur le boulevard du même nom) est animé par des commerçants et criards arabes, turcs ou asiatiques, pour la plupart. Mais l’ambiance rappelle fortement celle d’un marché populaire traditionnel, même si la langue parisienne pratiquée n’est pas toujours du français. Seuls les poissonniers ou les fromagers sont d’origine française.

 

Carte 5 : Marché de

Ménilmontant (Ibid)

 

En descendant le Boulevard de Belleville, on arrive sur le quartier populaire de Ménilmontant (carte 5). Le marché est plus calme mais reste vivant (de façon certes plus modérée que le précédent). La proportion de Français nés à Paris semble plus importante: on pourrait donc supposer que certains sont Parisiens de naissance. Les cris pour attirer le chaland se veulent humoristiques et des rimes simples sont improvisées pour l’occasion « Et la fraise, et la fraise…, mesdemoiselles arrêtez-vous, il y a des fraises presque aussi belles que les demoiselles », « Voilà la fraise, voilà la framboise, oh la la… ».

 

Carte 6 : Marché d’Aligre (Ibid)

 

Dans le 12eme arrondissement on trouve le marché couvert et ouvert de la place d’Aligre (carte 6). La présence maghrébine y est importante mais ce matin-là, il fut moins vivant qu’à Belleville. Peut-être doit-on prendre en compte le fait que nous étions un vendredi, vers 11h30 et que nous étions au moment même de la prière (on peut entendre sur notre enregistrement les appels à la prière en fond sonore provenant d’une émission radiophonique dans un café).

 

 

 

 

 

 

Carte 7 : Représentation sociologique de Paris (Adapté du Guide Michelin, Paris, Michelin, 1989)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


·         Conclusion

Les vestiges du vernaculaire parisien que nous offrent les films, les chansons et les cris des années 30-40 sont caractérisés par la fréquence des expressions non-standard, d’idiomes, de mots d’argot et de jurons, auxquels s’ajoutent les mots outils, les interjections et les exclamations qui appartiennent au registre spontané. Du point de vue phonologique, les élisions sont très fréquentes. Afin de retrouver des traces du vernaculaire parisien, nous avons procédé à des enregistrements sur les marchés parisiens anciennement populaires.

Le Paris du 21ème siècle n’a que très peu de points communs avec celui de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle (carte 7). Les marchands ambulants et les petits métiers de la rue ont pour la plupart disparu. Les classes sociales ne sont plus aussi prononcées que dans les années 30 où se distinguaient clairement classe bourgeoise et classe prolétaire. Le mélange des cultures a créé un véritable melting-pot où l’on n’entend guère le vernaculaire parisien, si ce n’est dans la bouche de quelques personnes âgées (François-Geiger, 1991 : 6). Les marchands qui haranguent sont généralement originaires du Moyen-Orient et les Parisiens d’adoption n’utilisent plus guère le cri pour attirer le chaland sur les étals. Si le vernaculaire parisien ne s’entend plus guère sur les marchés, on le trouve encore de manière éclatée dans tous les arrondissements de Paris, notamment dans la bouche des machinistes de la RATP, de certains fonctionnaires de la Poste, des membres la CGT, tout comme dans les petits métiers : les cafetiers et les garçons de café, les plombiers, les chauffagistes, les menuisiers, les taxis, les maçons, les bouchers ont des intonations bien parisiennes. Il serait intéressant dans le futur d’analyser leur vernaculaire de manière plus systématique. Une étude comparative de films récents et notre corpus de films français des années 30 pourrait également montrer l’évolution du français de Paris et permettrait de vérifier les trais caractéristiques que nous avons soulignés. Pour mieux comprendre le paysage sociolinguistique de Paris, les changements linguistiques et sociaux, il faudrait poursuivre ces recherches des cris de marché à une plus grande échelle, étendre l’étude à Paris et à sa banlieue où le vernaculaire des jeunes est en pleine mutation.

 

 

·         Références

 

Abecassis, M. 2005. The Representation of the Parisian Vernacular in 1930s French Cinema. Bern : Peter Lang.

 

Baudot, J.1992. Fréquences d’utilisation des mots en français écrit contemporain. Les Presses Universitaires de Montréal, Montréal.

 

Berrouet, L. & Laurendon, G. 2001. Métiers oubliés de Paris. Paris : Parigramme.

 

Berthold, (sans prénom) 1652. Paris burlesque. La Veuve Loyson : Paris.

 

Biggs, P.P. & Dalwood, M. 1976. Les Orléanais ont la parole : Teaching Guide and Tapescript. London : Longman (Livre de l’élève et Livre du maître).

 

Bourguignat, N. & Pellistandi, P. 2003, Le 19ème siècle en Europe. Paris : Armand Colin.

 

Boutier, J. 2002. Les Plans de Paris des origines à la fin du XVIIIe siècle : études, carto-bibliographie, catalogue collectif. Paris : BNF.

 

Carco, F. 1927. De Montmartre au Quartier Latin. Paris : Albin Michel.

 

Chevalier, L. 1980. Montmartre du plaisir et du crime. Paris : R. Laffont.

 

Crespelle, J.-P. 1976. La vie quotidienne à Montmartre à la Grande Époque. Paris : Hachette.

 

Crespelle, J.-P      1964. Montmartre vivant. Paris : Hachette.

 

Dumoulin, M. 1923. Le Guide pratique à travers le vieux Paris. Paris : SEVPEN.

 

Eymery, A. 1831. Les Enfants de Paris. Paris : Nepveu, Eymery.

 

Fournel, V. 2003. Les Cris de Paris : Types et physionomies d’autrefois. Paris : Édition de Paris.

 

François-Geiger, D. 1991. Panorama des argots contemporains, Langue française, 90, 5–9.

 

Franklin, A. 1984. Les Rues et les cris de Paris au XIIIe siècle Paris. Paris. Les Éditions de Paris.

 

Francis, M. 1822. Les Cris de Paris : Tableau poissard en un acte mêlé de couplets. Paris : Chez Mme Huet librairie-Éditeur.

 

Henry, M. & Vidal, G. 1983. L’Aventure de Paris : des origines à nos jours. Paris : Dargaud.

 

Hillairet, J. 1997. Dictionnaire historique des rues de Paris. Paris : Les Éditions de Paris.

 

Lemenorel, A. (Éd.). 1997. La Rue, lieu de sociabilité. Paris : Université de Rouen.

 

Lett, D. & Offenstadt, N. 2003. Oyé! Haro! Noël! Pratiques du cri au Moyen Age. Paris : Publications de la Sorbonne.

 

Lodge, R.A. 2004. A Sociolinguistic History of Parisian French. Cambridge: Cambridge University Press.

 

Maguet, F. 1999. À corps et à cris : une phénoménologie des cris de marché. Ethnologie française, 29, 57-65.

 

Massin, (sans prénom). 1993. Les Cris de la ville, commerces ambulants et petits métiers de rue. Paris : Albin Michel.

 

Métayer, C. 2000. Au tomber des secrets : Les écrivains du Paris populaire Cimetière des Saints-Innocents, XVIe-XVIIIe siècle. Paris : Albin Michel.

 

Milliot, V. 1996. Paris en Bleu. Images de la ville dans la littérature de colportage (XVIe-XVIIIe siecles). Paris : Parigramme.

 

Milliot, V. 2003. Les ‘Cris de Paris’ ou le peuple travesti : Les Représentations de petits métiers parisiens (XVIe-XVIIIe siècles). Paris : Éditions de la Sorbonne.

 

Morizet, A. 1932. Du Vieux Paris au Paris moderne : Haussmann et ses prédécesseurs. Paris : Hachette

 

Ronis, W. & Daeninckx, D. 1999. Belleville Ménilmontant. Paris : Hoëbeke.

 

Texier, E-A.1852-3. Tableau de Paris, ouvrage illustré de quinze cents gravures. Paris : Paulin et Le Chevalier [Réimpression, Paris : Inter-livres, 1988].

 

Truquet, A. 1872. Les Cris de Paris. Paris : Bibliothèque gothique n°6.

 

 

 

·         Appendice 1 (Corpus 2 : Chansons de Maurice Chevalier)

 

Ce corpus regroupe quarante-et-une chansons de Maurice Chevalier, des enregistrements des années 20 à 40 dont nous présentons ici la liste :

 

Chanson 1 : Ah ! Si vous connaissiez ma poule 1938

Chanson 2 : App’lez ça comme vous voulez 1939

Chanson 3 : Arthur, fox à poils durs 1939

Chanson 4 : Ça fait d’excellent français 1939

Chanson 5 : Ça sent si bon la France 1941

Chanson 6 : Ça s'est passé un dimanche 1939

Chanson 7 : Dans la vie faut pas s’en faire 1922

Chanson 8 : Dites-moi ma mère 1941

Chanson 9 : Donnez-moi la main mamzelle 1935

Chanson 10 : Fleur de Paris 1944

Chanson 11 : Heure exquise ?

Chanson 12 : J’ai peur de coucher seul 1930

Chanson 13 : La chanson du maçon 1941

Chanson 14 : La choupeta ?

Chanson 15 : L’amour est passé près de chez vous 1937

Chanson 16 : La Polka des barbus 1942

Chanson 17 : Le chapeau de zozo 1936

Chanson 18 : Ma pomme 1936

Chanson 19 : Marche de Ménilmontant 1942

Chanson 20 : Ma régulière 1927

Chanson 21 : Marguerite ?

Chanson 22 : Mimi 1930

Chanson 23 : Mimile 1936

Chanson 24 : Mon cocktail d’amour 1932

Chanson 25 : Mon vieux Paris 1936

Chanson 26 : Notre espoir 1941

Chanson 27 : Oh Maurice 1920

Chanson 28 : On est comme on est 1938

Chanson 29 : Paris je t’aime d’amour 1932

Chanson 30 : Paris sera toujours Paris 1939

Chanson 31 : Pour les amants c’est tous les jours dimanche 1947

Chanson 32 : Prosper (Yop la boum) 1935

Chanson 33 : Quai de Bercy 1946

Chanson 34 : Quand on revient ?

Chanson 35 : Quand un vicomte 1935

Chanson 36 : Sur un air américain 1920

Chanson 37 : Une brune, une blonde ?

Chanson 38 : Un p’tit air 1938

Chanson 39 : Valentine 1928

Chanson 40 : Y’a d’la joie 1937

Chanson 41 : Y’a du bonheur pour tout le monde 1936

 

Appendice 2 (Corpus 3 : Les Cris de Paris)

 

Les documents des Archives de la Parole qui composent notre Corpus 3 sont répertoriés au Département de l’Audiovisuel de la BNF avec les intitulés suivants :

 

(Enregistrées sur disques à saphir)

Louis Ligabue, 37 ans, tapissier

Mathieu Gallerey 40 ans, sculpteur-décorateur : Théophile Avide, 65 ans, entrepreneur de plomberie

(Enregistrés sur disques 787 à gravure directe Pyral)

Pierre Pactat, 55 ans, démonstrateur professionnel

·         AP 1122 : Cris de Paris, présentation d’un dentifrice : Pierre Pactat : 11 janvier 1943: 1 disque (6’) : 78t, aig. : 25 cm

Pierre Pactat, 55 ans, démonstrateur professionnel

Pierre Pactat, 55 ans, démonstrateur professionnel. Le boniment est fait avec l’accent berrichon adapté à la racine rustique qu’il présente

Contient les cris du rempailleur de chaises, du marchand de moules et de bigorneaux, du réparateur de porcelaine, du rémouleur et du marchand de tonneaux

Clément Presles, 64 ans, artiste : contient les cris du marchand de cerises et de poires cuites

Pauline Mestries, 64 ans, profession non signalée : contient les cris du marchand de chiffons, de cresson, du raccommodeur de porcelaine, du soudeur, du repasseur, du rempailleur, du marchand de journaux, d’escargots, de balais, de pommes de terre

Contient les cris du marchand de poisson, d’huîtres, de mouron, de fromage, de haricots, de raisin et de cerises

Maurice de Gasté, 83 ans, homme de lettres. Un commentaire du locuteur précède les cris. Contient les cris du marchand d’eau, de cravates, d’habits, du cordonnier ambulant et du raccommodeur de porcelaine

Maurice de Gasté, 83 ans, homme de lettres. Un commentaire du locuteur précède les cris. Contient les cris du marchand de sardines, d’écrevisses, de glaces, de fromage à la crème, de mouron, de cresson, du fruitier ambulant et du vitrier

Clément Presles, 64 ans, artiste. Contient les cris du marchand de plantes, de poissons et de petits suisses



Notes

[1] Nous tenons à remercier Gilles Devincre de la BNF et Igor Bratusek sans qui cette étude n’aurait pu être menée à bien. retour

[2] Il y avait à Paris des écoles où les marchands ambulants apprenaient leurs cris (voir infra). retour

[3] En fait, il y avait sous Louis XIV plusieurs « Cours des miracles » où dans la crasse et la corruption se retrouvaient voleurs et tueurs qui le jour se faisaient passer pour des culs-de-jatte et paralytiques, et qui la nuit miraculeusement retrouvaient leur validité pour commettre leurs méfaits la nuit. retour

[4] Dans les films des années 50, les traits saillants du vernaculaire sont principalement lexicaux. Dans Du Rififi chez les hommes (1955), comme Les Tontons flingueurs (1963) les créations lexicales sont nombreuses (« Ton Antoine commence à me les briser menu » ; « Moi quand on m’en fait trop, j’correctionne plus, je dynamite, je dépense, je ventile »). Les dialogues truculents de Michel Audiard font recette auprès du public et entretiennent la mythologie du mauvais garçon, mais il s’agit d’un argot stylisé et fabriqué qui n’a qu’un lointain rapport avec la réalité linguistique. retour

[5] Voir Appendice 1. retour

[6] http://www.rfimusique.com/siteFr/biographie/biographie_9067.asp retour

[7] Cotes AP 201 et AP 127. retour

[8] ‘Cris de Paris’ de 1938 à 1946, cotes AP 1234, 1122-1125, 1147, 1149-1152, PC 156 , transférés sur CD sous la cote SDCR 3539 (durée totale ; 59'08"). Voir Appendice 2. retour

[9] http;//www.liv.ac.uk/~ms2928. retour