Cette contribution essaye d’éclairer, à partir de deux termes opératoires (shu et shuket), la notion de parole chez les Bamum du Cameroun. En effet, dans leur univers langagier, les Bamum introduisent une distinction fondamentale entre shu, le « bavardage » et shuket la « parole, langue ». Leur analyse révèle ce qu’ils signifient dans les pensées et les sentiments de ceux qui les utilisent ou de ceux qui les écoutent dans l’aire culturelle bamum. Ainsi, shu est le discours déconnecté de tous les référents culturels bamum. En tant que « discours en folie », il est le langage détourné de sa fonction centrale d’instrument de communication.

Quant à shuket, il est l’aboutissement de la particularisation de shu. En effet, la particule- ket, ajoutée au radical shu, permet son passage d’un univers du savoir-dire à celui du dire effectif qui est le discours organisé et défini où le concept trouve la plénitude de sa réalisation nominale. En tant que tel, shuket est le code de référence à la culture bamum.

Chez les Bamum, le mécanisme de la parole se compose d’un ensemble structuré d’organes producteurs de la parole. Chacun de ces organes remplit une fonction spécifique dans la production de la parole. Sur le plan socio- politique, les frontières entre shu et shuket empêchent, d’une part, la cohésion sociale chez les Bamum, leur intégration au sein de la nation camerounaise ; et d’autre part, elles entravent le processus de démocratisation du royaume bamum. En réalité, elles ne permettent pas l’unification du discours politique dans le royaume bamum.