Introduction

Le Canada est actuellement perçu comme un État polarisé entre le Québec francophone et le reste du pays anglophone. Toutefois, la réalité ethnolinguistique s’avère être plus complexe car elle est le résultat d’un processus historique d’implantation de deux peuples fondateurs pour l’édification d’un État linguistiquement dualiste, processus qui a généré un grand nombre de variables, souvent conflictuelles. Ainsi, il existe de nombreuses communautés francophones minoritaires dans presque chacune des provinces du Canada 1, vestige muté de la nation canadienne-française missionnaire.

En tant que minorités, se pose pour ces communautés francophones et les individus qui la composent, une problématique identitaire et culturelle aux dimensions multiples car mettant en jeu les rapports qu’entretiennent ces communautés entre elles, avec la communauté anglophone majoritaire, avec la communauté francophone majoritaire de Québec et les communautés francophones pionnières ancestrales venues de France. Cependant, la question identitaire au Canada, comme dans le cas de bon nombre d’autres minorités, s’est cristallisée autour de l’outil linguistique, ADN de la culture : la langue. Elle est, selon certains auteurs, la caractéristique saillante ou valeur centrale par excellence pour définir l’identité culturelle francophone au Canada 2 et elle constitue le principal support sur lequel les politiques aient agi pour limiter et/ou favoriser la vitalité des groupes ethnolinguistiques.

En effet, depuis la Conquête, la langue a été au coeur de nombreux débats et l’anglais mais surtout le français ont été l’objet de restrictions dans les provinces où ils ne constituaient pas la langue majoritaire. Ces restrictions, émanant principalement de chaque gouvernement provincial adaptant à sa manière les différentes lois linguistiques édictées par le gouvernement fédéral, se sont étendues jusque dans le système éducatif, symbole par excellence de l’assimilation/socialisation car étant leur agent principal après l’État qui est derrière. Pour survivre, les communautés francophones ont dû alors faire preuve d’une capacité d’action défrayant les contraintes institutionnelles qui leur étaient imposées en gardant des capacités de socialisation. Ceci, en plus de conditions démographiques et sociales habituellement défavorables 3, a fortement influencé le comportement et le poids démographique des francophones hors Québec qui ont alors eu des difficultés à s’affirmer en tant qu’entité distincte et ont eu tendance à s’assimiler. D’assimilation linguistique, les francophones ont toujours été menacés d’assimilation culturelle.

Bien que de nouvelles lois aient été promulguées depuis les années 70 notamment dans le domaine de l’éducation (années 80) en faveur de la langue française, ceci en réparation aux torts historiques subis par les communautés francophones minoritaires et obtenues grâce aux revendications de ces groupes, les communautés francophones minoritaires continuent de péricliter en proportion. Cependant, la promotion de l’enseignement du/en français réhabilitée par ces lois a créé de nouvelles compétences linguistiques chez ses ressortissants 4, observables à travers les données des différents recensements de la population canadienne qui ont eu un impact sur la vitalité des communautés minoritaires francophones. Bernard (1997) 5 avance, à cet égard, que devant l’ampleur des changements démographiques des dernières décennies, les communautés Canadiennes Françaises se sont engagées obligatoirement dans la voie de la bilinguisation qui a entraîné nécessairement la naissance d’une culture bilingue, la dégradation de l’identité Canadienne Française traditionnelle et l’apparition d’un « je » biculturel.

Dans la problématique générale de l’assimilation linguistique et culturelle des communautés francophones minoritaires ou de leur vitalité, on commence à s’intéresser ces deux dernières décennies tout particulièrement à l’étude d’une structure sociale constituant l’une des caractéristiques importantes de l’évolution récente de ces communautés : la famille exogame francophone/anglophone. En effet, la minorisation et la dispersion des communautés francophones hors-Québec ainsi que leur « bilinguisation » naissante ont provoqué et à la fois permis l’émergence des mariages à l’extérieur du groupe. Apparue depuis les années 60, l’exogamie linguistique ne cesse de se développer depuis le recensement de 1971 d’autant plus que la concentration des francophones est faible. Cette nouvelle réalité sociale est considérée comme l’une des principales causes de l’assimilation linguistique des minorités francophones entraînant des transferts linguistiques et la non transmission de la langue française 6.

Compte tenu de cette problématique, cet article est une revue de la littérature sur l’exogamie et l’assimilation linguistique en milieu minoritaire francophone dans lequel on mettra l’accent sur le contexte de l’ouest canadien. Il a pour objectif de faire un tour de la problématique de l’exogamie qui est inexorablement liée, croyons-nous, à l’assimilation linguistique. Une meilleure compréhension de ces phénomènes aiderait des familles exogames ainsi que des chercheurs oeuvrant dans ce domaine à mieux saisir l’ampleur de la problématique de l’exogamie et l’assimilation linguistique en milieu minoritaire francophone. 

Problématique

Les couples exogames disposent depuis 1982 (article 23 de la Charte des droits et des libertés) le droit d’inscrire leurs enfants en école francophone, ce qui n’est pas négligeable lorsque l’on sait que ceux-ci représentent plus de la moitié des ayants droit à l’instruction en français en milieu minoritaire. Les parents exogames choisissent d’exercer ce droit dans la mesure où la langue française n’étant pas toujours transmise et il détermine à son tour la transmission du droit à l’instruction en français à la troisième génération. En accordant aux parents le droit à l’instruction en français, l’État favorise ainsi son maintien collectif, soit le maintien de la langue et de la culture canadienne française à long terme.

Bien que la promotion récente de l’enseignement en français ait permis notamment de développer le bilinguisme des anglophones, favorisant ainsi la transmission du français dans ce type de famille, il n’en reste pas moins que les choix de la langue de communication entre les conjoints, des enfants et de la langue de scolarisation doivent s’avérer de nature conflictuelle car elle ne se fait jamais sans risques de pertes considérables au niveau de la langue et de l’identité pour les parents et déterminent l’identité même de l’enfant.

Ainsi, comme l’affirment Landry et Allard, la famille exogame francophone/anglophone canadienne est en quelque sorte le microcosme de la société bilingue canadienne, elle ne pourrait faire abstraction du rapport de force et de la polarisation entre l’anglais et le français. Il est, en effet, difficile d’imaginer une situation qui représente mieux la dualité linguistique canadienne que la famille exogame anglaise-française. Celle-ci vit quotidiennement en son sein le contact entre les deux langues officielles du pays et la problématique des rapports intergroupes propre à la réalitécanadienne. 7

À la lumière de ce qui précède, il appert qu’aucune étude ne s’attache particulièrement à la population née des mariages exogames 8, la plupart préférant axer l’analyse sur l’organisation générale du couple en lien avec la continuité ou la discontinuité linguistique et les enjeux identitaires encourus, ceci au regard des possibilités ou des contraintes institutionnelles que leur offrent ou imposent leur milieu de vie. Or, selon Allaire 9 la formation d’un couple ne peut expliquer à elle seule la continuité ou la discontinuité linguistique et culturelle. D’autres facteurs doivent être pris en considération au sein de la famille, facteurs qui se rapportent aux décisions que prennent les enfants, notamment à partir de l’âge scolaire, en réponse à l’environnement dans lequel ils évoluent.

Ainsi, nous avons opté pour une analyse microsociale de la littérature portant sur l’assimilation, ceci à travers une structure sociale récemment apparue dans la société canadienne : la famille exogame francophone/anglophone. Plus particulièrement, c’est aux individus issus de ce type d’unions que nous nous intéresserons car, comme le précisent Heller et Levy (1994), les enfants issus de ces mariages vivent une réalité bilingue différente de celle de leurs parents puisqu’ils appartiennent eux-mêmes à au moins deux mondes : « Ils se situent à la frontière linguistique et, de ce fait même, ils contribuent à définir la réalité même du francophone et de l’anglophone du Canada 10 ». Ainsi, si l’exogamie est bien facteur d’assimilation, ceci devrait se retranscrire dans la trajectoire sociale de l’individu, sur la représentation qu’il se fait de son identité ethnique et sur sa pratique actuelle de la langue française. Même s’il existe de nombreuses études sur l’exogamie et l’assimilation linguistique aucune d’entre elles n’a tenté de faire une revue systématique de la littérature. Les questions de recherche de cet article théorique sont alors les suivantes :

Q1 : Quel est l’état actuel des connaissances sur la problématique générale de l’assimilation à celle de l’exogamie ?

Q2 : Quel est l’état actuel des connaissances sur l’effet des politiques gouvernementales en matière d’éducation sur les tendances démolinguistiques générales et dans la famille exogame ?

Q3 : Quel est l’état actuel des connaissances sur des transferts linguistiques ?

Q4 : Quel est l’état actuel des connaissances sur des concepts d’assimilation linguistique et de vitalité des communautés linguistiques, ainsi que ceux de bilinguisme soustractif et additif ?

Revue de la littérature

Nous avons dépouillé la littérature scientifique à la recherche de rapport d’études en relation avec nos questions de recherche. Nous avons d’abord consulté les banques informatisées telles qu’Eric, Current Contents, SocioFile et Psyc Info. Nous avons consulté les répertoires des bibliothèques de la Faculté Saint-Jean, ceux de l’Université de l’Alberta ainsi que des banques de recherches gouvernementales. Nous avons utilisé les descripteurs suivants : exogamie, assimilation, milieu minoritaire francophone. Nous avons retenu toutes les études (n=65) qui avaient un lien direct ou indirect avec ces thèmes. 

1. Définition opérationnelle de l’exogamie

Exogamie signifie littéralement « hors de la tribu ». Le premier à avoir utilisé ce terme fut J.F Mac Lennan (1896), initiateur des recherches sur la parenté en ethnologie qui s’intéressait tout particulièrement aux formes anciennes du mariage. Il opposa l’exogamie ou mariage à l’extérieur du groupe et l’endogamie, mariage à l’intérieur du groupe. C’est Morgan (1871) qui fournira l’illustration d’une étude sur les structures de parenté, plus précisément du mariage exogamique. Dans sa théorie évolutionniste, il montrera que ce dernier apparaît un jour, mettant fin à la promiscuité primitive et au mariage entre frères et sœurs, première forme de société organisée. Celle qui suit dans le temps interdira ce mariage incestueux par l’introduction de l’organisation clanique doublée d’un système de classes

Plus tard, Levi-Strauss (1967) fera de la règle exogamique le thème central de son œuvre « les structures élémentaires de la parenté » en tant que nécessité d’alliance avec un groupe de parenté étranger, nécessité qu’il illustre comme suit à travers la citation d’un mélanésien à Margaret Mead :

 « Comment épouser ta sœur ? (…) Ne veux-tu pas avoir de beaux-frères? Ne comprends tu pas que si tu épouses la sœur d’un autre homme et qu’un autre homme épouse ta sœur, tu auras au moins deux beaux-frères » (…) Sinon, « avec qui ira tu chasser? Avec qui feras-tu les plantations? » ( p.601).

 C’est en échangeant des femmes entre les clans et les lignages exogames que la communication sociale s’établit.

La règle exogamique, obligation de se marier à un étranger au groupe, est différente car plus vaste de celle de la prohibition de l’inceste, interdiction de se marier avec des consanguins. Car la règle exogamique ne prohibe pas seulement le mariage avec les proches (inceste), mais souvent aussi avec un nombre considérable d’individus avec lesquels il n’est possible d’établir aucune relation de consanguinité ou de collatéralité. Levi-Strauss (1967) précisera que l’exogamie, comme tous les autres phénomènes sociaux, est « élaboré(s) par l’esprit au niveau de la pensée inconsciente » (page 22). Les gens n’ont pas la conscience précise de l’importance de l’institution qu’ils créent et organisent, mais cette institution répond à des tendances de leur esprit, obéit à des inclinations psychiques inconscientes (raisonnement par opposition et complémentarité, reflétant d’ailleurs l’opposition et la complémentarité du couple.)

Le concept d’exogamie, en contexte canadien, s’inscrit dans la continuité de ce qui précède. Il réfère à un groupe particulier, d’abord le groupe religieux puis le groupe linguistique. Dans sa première acceptation, l’exogamie était impensable tandis que dans sa deuxième acceptation il est devenu légitime. Il répondait alors au besoin, dans un contexte de changement social, de créer la communication sociale alors que celle-ci signifiait auparavant perte de l’identité culturelle individuelle et par voie de conséquence implosion de la nation Canadienne Française.

Première partie : de la problématique générale de l’assimilation à celle de l’exogamie 11

La situation des francophones hors Québec et plus spécifiquement dans l’ouest canadien a toujours été jugée catastrophique. En effet, depuis le premier recensement en 1871, la proportion de francophones ne cesse de diminuer, ces derniers s’assimilant au groupe majoritaire, les anglophones. De la fin du XIX à la moitié du XXe siècle, des lois linguistiques qui seront jugées beaucoup plus tard comme inconstitutionnelles, ont eu pour effet d’instaurer pendant pratiquement plus d’un siècle l’anglais comme langue officielle exclusive, y compris dans les écoles. Par conséquent c’est à partir de ce moment que l’anglicisation – c’est-à-dire les transferts linguistiques à l’anglais- s’affirme comme déterminant supplémentaire de la démographie des francophones au Canada.

Si au cours de la première moitié du XXe siècle, la surfécondité des Canadiennes Françaises compensait encore, à l’échelle du Canada, l’immigration des non-francophones, et l’anglicisation, la période d’après guerre va voir la fécondité s’effondrer avec l’estompement des valeurs traditionnelles véhiculée pour un bon nombre par l’Eglise catholique 12 et la dislocation de l’identité canadienne française. Comparativement, l’immigration internationale et interprovinciale a toujours été en défaveur des communautés francophones servant les effectifs de la population anglophone.

Depuis les années 60, les données du recensement et les diverses analyses démographiques utilisent des catégories démolinguistiques 13, ceci en plus des variables classiques de la démographie (fécondité, mortalité, migration) pour cerner la situation des deux grands groupes du Canada, jugées plus stables et plus pertinentes que les anciennes catégories fondées sur l’origine ethnique, ceci notamment en raison de l’intensification des mariages interethniques. Ces mariages interethniques, appelés dès lors mariages exogames, qui sont apparus dans un contexte de changement social généralisé, constituent l’une des caractéristiques principales de l’évolution des communautés francophones minoritaires. Cette nouvelle réalité sociale est considérée par les analystes comme le cheval de Troie de l’assimilation.

1. Capital démographique et démolinguistique général : l’assimilation des communautés francophones minoritaires

Parmi la population immigrée ayant déclaré au recensement de 1996 être venue au Canada entre 1951 et 1996, les données révèlent que près de neuf fois plus de personnes de langue maternelle anglaise que de langue maternelle française se sont établies au Canada. De plus, 86% des immigrés vivaient à l’extérieur de Québec dans les provinces et territoires à majorité anglophone, c’est-à-dire où ils apprennent l’anglais et où bon nombre de leurs enfants ont l’anglais comme langue maternelle 14. Ainsi, en 1996, les immigrés représentaient 17,4% de l’ensemble de la population canadienne et 4% de la population au sein des communautés francophone hors Québec. En Alberta, la proportion d’immigrants dont le première langue officielle parlée est l’anglais (14,5%) est très élevée en comparaison avec la population immigrante d’expression française (6,2%).

En ce qui concerne la migration interprovinciale, nous retiendrons principalement les migrations entre Québec et les autres provinces. Depuis les années 60, la migration nette des francophones du Québec vers d’autres régions du pays a accru de quelque 42, 100 la population francophone hors-Québec. Cependant cette tendance semble se renverser depuis 1986, les francophones hors-Québec enregistrant plus de pertes en faveur de cette dernière province. Ainsi, un excédent de 5, 200 personnes a déménagé vers Québec entre 1986 et 1991 et un excédent de 1, 200 personnes a fait de même entre 1991 et 1996.

Précisons que la migration interprovinciale constitue toutefois un facteur plus important en Alberta et en Colombie-britannique. Ainsi, en ce qui concerne les personnes ayant déménagé entre les recensements de 1991 et 1996 en Alberta, le taux de migration interprovinciale est plus élevée chez les personnes dont la première langue officielle parlée est le français (52,4% contre 31,0% pour les personnes d’expression anglaise).

La fécondité des francophones a fortement baissé depuis les années 60 (de 4, 95 à 1,57). D’une part, il est devenu inférieur à celui des anglophones à partir des années 70, d’autre part, il s’avère être inférieur au « seuil de remplacement » dont les démographes ont arrêté la limite à 2,1, c’est-à-dire que le renouvellement des générations se trouve compromis. Sachant qu’historiquement, c’est un fort taux de fécondité qui avait contribué à la croissance de ceux-ci et donc endigué, d’une certaine manière, le phénomène d’assimilation jusqu’à l’après-guerre, cette caractéristique n’est pas dorénavant sans poser des questions quant à la viabilité à long terme des communautés francophones. En effet, Castonguay (1996) estime que le taux de reproduction naturelle des francophones à l’extérieur de Québec tourne autour de 75% 15

2. La transmission de la langue maternelle et les transferts linguistiques

La reproduction naturelle n’est pas tout, un autre facteur conditionne directement le remplacement des générations. L’évolution des groupes linguistiques est aussi fonction de la mesure selon laquelle les membres d’une génération transmettent leur langue à ceux de la génération suivante. Ainsi, au Canada moins Québec, la transmission du français est en baisse puisque elle se faisait à raison de 0,54 en 1996 contre 1,15 en 1971. Castonguay (1996) propose une mesure du taux net de la reproduction linguistique 16 afin de rendre compte de l’effet cumulé de la transmission du français et de la fécondité sur le remplacement des groupes linguistiques francophones d’une génération à l’autre. L’auteur avait estimé que le taux de reproduction naturelle était de 75 % au cours des années 80. L’écart de 21% entre les deux taux relève que l’anglicisation intergénérationnelle est aussi néfaste que la sous fécondité pour l’avenir de la francophonie à l’extérieur de Québec prise dans son ensemble. En outre, la concentration de la population francophone est un facteur déterminant des chances de transmission du français en tant que langue maternelle. Ainsi, le taux de reproduction linguistique est de 0,34 en Alberta en 1996. Habituellement, le transfert linguistique individuel prépare la transmission de l’anglais comme langue maternelle aux enfants. On comprend alors que cette caractéristique soit particulièrement l’apanage des mariages mixtes.

Parallèlement, le phénomène de mobilité linguistique constitue un élément primordial de l’évolution du capital démographique des communautés francophones en milieu minoritaire. De ce fait, Marmen et Corbeil (1999) estiment que le transfert linguistique, soit la tendance à parler le plus souvent à la maison une langue qui diffère de la langue maternelle, est souvent un signe avant-coureur d’un changement futur. La langue parlée le plus souvent à la maison sera donc souvent celle transmise aux enfants en tant que langue maternelle 17. Les transferts linguistiques s’observent généralement au début de la vie adulte et on observe peu de changement après l’âge de 35 ans où les transferts linguistiques se stabilisent entre 35 et 40%. En effet, ces derniers sont en étroite corrélation avec les changements au niveau du cycle de vie. Ceci se traduit donc par l’anglicisation qui commence dès l’enfance, se poursuit durant l’adolescence et prend de l’ampleur au début de la vie adulte quand les hommes et les femmes entrent sur le marché du travail, quittent leur milieu familial d’origine et se marient ou vivent en situation de couple 18. Ainsi, c’est chez les plus jeunes que s’observe le taux de transfert linguistique le plus faible. La hausse la plus marquée survient chez les 20-24 ans et les 25-29 ans, ceci étant attribuable aux facteurs avancés par Lachapelle précédemment. Ainsi, le taux de transferts linguistiques est de 23% chez les jeunes de 15 à 19 ans tandis qu’il augmente à 32% de 20 à 24 ans et à 40% de 25 à 29 ans.

De manière générale, les transferts linguistiques ont augmenté au sein de la minorité francophone hors-Québec depuis 1971. Ainsi, le taux de continuité linguistique 19 était de 0, 64 en 1996 contre 0,73 en 1971 au Canada moins Québec. Ceci est d’autant plus marqué que la concentration de francophones est faible. Le recensement de 1996 a-t-il donc enregistré en Alberta, en Saskatchewan et en Colombie-Britannique trois fois plus de personnes de langue maternelle française que de personnes de langues d’usage française. En Alberta, le taux de continuité linguistique n’était que de 0,32 en 1996.

3. Conséquence démographique : minorisation, dispersion et vieillissement des communautés francophones minoritaires

Depuis 1951, en valeur absolue, le nombre de francophones et d’anglophones augmente 20. Cependant, tandis que la proportion des anglophones augmente quelque peu, celle des francophones baisse. Ainsi, ces derniers représentaient en 1996, 4,5% de la population totale à l’extérieur de Québec contre 7,3% en 1951. De plus, les variations de concentration entre provinces sont considérables. La plupart des francophones habitent le Québec ou les provinces voisines, à savoir le Nouveau-Brunswick et l’Ontario. En Alberta, ces pourcentages sont respectivement de 3,6% en 1951 et de 2% en 1996. En effet, plus d’un tiers des francophones hors-Québec vivent dans des divisions de recensement où ils représentent entre 5% et 39% de la population totale de cette division et un autre tiers dans des divisons de recensement où il représente moins de 5 %.

Le premier grand constat démographique consiste alors dans le fait que la population francophone est peu nombreuse, très minoritaire et dispersée. A cela, il faut rajouter un autre trait caractérisant la francophonie hors-Québec. Tout comme la population des pays occidentaux, celle du Canada vieillit ; c’est-à-dire que les pyramides d’âge deviennent de plus en plus rectangulaires. Les baby-boomers d’après-guerre ne font plus assez d’enfants et l’anglicisation ne cesse de progresser. Ce phénomène est d’autant plus marqué chez les francophones hors-Québec au point de compromettre le renouvellement des générations : les pyramides d’âge s’inversent laissant un espace restreint aux jeunes et ceci continue à s’amplifier. Dans ce contexte, selon Bernard 21, la reproduction des communautés minoritaires francophones est menacée.

4. Contexte d’émergence de l’exogamie : changements sociaux, culturels, idéologiques et démographiques

L’événement décisif qui va permettre à l’exogamie d’apparaître est l’émigration rurale des communautés francophones à partir des années 40. Comme le soutient Bernard 22, le passage d’une société rurale et traditionnelle à une société urbanisée, industrielle et moderne va engendrer un contexte de changements démographiques et écologiques, culturels et religieux, ainsi que sociolinguistiques propices à l’émergence des mariages exogamiques.

Cet auteur explique, en effet, que les Canadiens français passent d’un milieu où ils étaient majoritaires à un milieu où ils deviennent minoritaires 23. Ils quittent les villages et les paroisses dans lesquels toute la vie institutionnelle était organisée en français pour la ville où dorénavant tout se passe en anglais. L’unilinguisme dû au contact restreint avec les autres groupes linguistiques, notamment les anglophones, est peu à peu remplacé par un bilinguisme nécessaire à l’adaptation des mondes du travail, des affaires, de la communication et des services. Dans ce nouvel environnement, le français est souvent relégué à la sphère familiale alors même que les enfants apprennent très vite l’anglais puisque les lois scolaires limitaient alors grandement l’enseignement en français.

On assiste alors au délestage du mode de pensée traditionnel et religieux. D’une société où religion et langue étaient la pierre angulaire de l’identité collective et individuelle et donc à la base des institutions chargées de socialiser ses membres et d’assurer la vitalité ethnolinguistique du Canada français, on passe à une société où francité et bilinguisme deviennent les valeurs centrales de la société. Minorisation, dispersion et bilinguisme constituent le nouvel environnement social et culturel des francophones et sont les trois conditions, d’après Bernard (1994), qui vont permettre l’apparition et l’intensification de l’exogamie.

L’endogamie n’est alors plus une norme, se marier en dehors de son groupe culturel n’est donc plus tabou. En effet, avant ces changements l’exogamie était quasiment impensable car se marier en dehors du groupe c’est-à-dire avec un anglais identifié dans les représentations symboliques au protestantisme, c’était courir le danger de perdre sa culture et sa foi. En ce temps-là, les permissions des parents pour se marier à l’extérieur du groupe étaient difficiles à obtenir et les embûches de l’Église difficiles à surmonter. De plus, le couple exogame risquait la marginalisation et l’exclusion sociale. Dorénavant, l’exogamie conduit à une cohabitation plus engagée, qui permet de vivre une situation de bilinguisme intégral et de réaliser le grand rêve de nombreux francophones qui se définissent par leur bilinguisme et leur appartenance à deux cultures 24.

5. Hausse de l’exogamie

Bernard prévoyait que dans un contexte où les francophones vont se disperser de plus en plus et donc devenir de plus en plus minoritaires, où il persistera une mobilité interprovinciale défavorable, où les transferts linguistiques du français vers l’anglais vont augmenter, où le taux de fécondité demeurera faible et inférieur à la moyenne canadienne et où la pyramide des âges va s’inverser; c’est-à-dire que le nombre de jeunes francophones va diminuer et que les communautés francophones vont vieillir, la montée de l’exogamie est inévitable. D’autres études statistiques font les mêmes prévisions 25

Ceci est confirmé car depuis 1971, l’exogamie ne cesse de se développer, ceci d’autant plus que la concentration des francophones est faible. Ainsi, le taux d’exogamie était de 36% en 1996 à l’extérieur du Québec contre 22% en 1971. En Alberta, où la concentration des francophones est de 2,2%, le taux d’exogamie était de 56,9% en 1986 et de 64% en 1996.

6. Anglicisation des comportements linguistiques

L’exogamie n’est pas pour arranger la situation des francophones. Un des facteurs les plus déterminants des transferts linguistiques est le mariage mixte dans lesquels la langue maternelle du conjoint différente de la sienne peut-être un motif à l’accomplissement d’un transfert linguistique. Dans la plupart des cas, ce transfert se fera en faveur de la langue la plus forte du point de vue institutionnel, le conjoint de langue minoritaire, sachant le plus souvent, parler les deux langues. Il reste néanmoins possible d’effectuer le choix inverse lorsque de la même manière le conjoint de langue majoritaire sait parler l’autre langue.

Ainsi, dans les cas des francophones en mariage exogame, les transferts linguistiques ont toujours tourné autour de 96%. En 1996, 92% des francophones dans ces couples étaient bilingues français-anglais, alors que cette proportion était de 21 % pour les anglophones. Il y a alors plus de chance que la langue d’usage entre les conjoints soit l’anglais que le français. En moyenne, 9 époux sur 10 de langue maternelle française s’anglicisent, parallèlement à 8 épouses sur 10 à l’extérieur de Québec.

Conséquemment, la transmission de la langue française est loin d’être assurée. Les données du recensement de 1996 révèlent que dans les familles où les deux conjoints sont de langue maternelle française, la transmission du français se fait à raison de 93,1% tandis que dans les familles exogames ce chiffre tombe à 21,2% (dont 5% ont le français et l’anglais comme langue maternelles). Or, selon O’Keefe (2001), il faudrait que cette transmission se fasse à raison de 50% dans ce type de famille, pour obtenir des communautés viables et stables d’un point de vue numérique. Encore une fois, dans les provinces où les francophones sont faiblement concentrés, la transmission du français est moindre qu’au Canada moins Québec pris dans son ensemble.

L’analyse des données sur la langue parlée le plus souvent à la maison concernant ce type de famille ne fait qu’aggraver ce tableau. En effet, dans plusieurs provinces, le taux d’anglicisation atteint plus de 90 % et en 1996, 96 % des couples exogames ont déclaré utiliser l’anglais le plus souvent à la maison. Bien que ceci ne veuille pas dire que le français ne soit plus utilisé, la situation s’avère inquiétante quant à la survie des communautés francophones hors-Québec. Au regard de ce qui précède, nous percevons déjà l’enjeu majeur du phénomène de l’exogamie en milieu minoritaire, à savoir l’assimilation linguistique et culturelle qu’elle peut entraîner. Selon Bernard (1994) ces transferts linguistiques entraînent une perte graduelle de la culture française, une plus faible participation à la vie de la communauté, un affaiblissement du sentiment d’appartenance qui, à son tour, amène une détérioration de la solidarité communautaire. Ces facteurs minent la vitalité de la communauté et menacent sa survie 26.

L’exogamie entraîne donc dans une grande mesure l’anglicisation des comportements linguistiques. Dans cette perspective, elle contribue tout comme les autres facteurs démographiques et démolinguistiques à l’assimilation des communautés francophones minoritaires hors Québec. Cependant, ce phénomène a une dynamique complexe dans le cycle de l’assimilation. Comme nous l’avons vu, l’exogamie entretient une forte corrélation avec la concentration des communautés francophones, concentration qui est à son tour corrélative des facteurs démographiques et démolinguistiques généraux (fécondité-migration-transferts linguistiques). Ainsi, ces facteurs provoquent une minorisation des francophones de plus de plus marquée ce qui favorise la montée en force de l’exogamie. Dans ce contexte il est, en effet, plus facile de trouver un conjoint linguistiquement semblable, ceci d’autant plus que dorénavant il y a proximité sociale et culturelle avec l’autre groupe.

L’exogamie s’inscrit donc dans un cercle vicieux, elle est provoquée et provoque à son tour minorisation et anglicisation, elle est, dans une certaine mesure, cause et conséquence de l’assimilation linguistique. La famille exogame ne semble pas pouvoir réussir seule à maintenir le français et donc la culture canadienne francophone hors-Québec. Ceci peut paraître inquiétant quant à leur devenir, surtout quand on sait que 52 % des effectifs scolaires cibles 27 sont issus de familles exogames et que ce chiffre ne cesse d’augmenter. On peut se demander si la famille exogame choisira d’exercer son droit à l’instruction en français quand bien même elle ne semble pas vouloir/pouvoir maintenir le français au sein de sa structure.

Deuxième partie deux : effet des politiques gouvernementales en matière d’éducation sur les tendances démolinguistiques générales et dans la famille exogame 28

Dans un contexte où une langue est minoritaire dans toutes les sphères de la vie quotidienne et donc reléguée à la sphère privée, la famille ne peut que difficilement s’en faire gardienne et ne peut donc pas suffisamment faire vivre la culture qui s’y rapporte. D’autres institutions doivent venir la supporter et la relayer. En effet, depuis la fin des années 70, les politiques gouvernementales ont encouragé l’enseignement du/en français dans les provinces où il était minoritaire. Ainsi, deux types de structures se proposent de délivrer un enseignement en français tant pour les anglophones que les francophones : les écoles bilingues dont la moitié des cours est délivré en français; l’autre en anglais ; et les écoles d’immersion dites aussi mixtes qui originellement sont des programmes destinés à la majorité pour apprendre le français langue seconde ceci par le biais de l’apprentissage d’une matière scolaire, habituellement les sciences sociales, les arts, l’éducation physique, la physique, les mathématiques.

C’est notamment avec la promulgation de l’article 23 de la Charte des droits et des libertés, que les francophones hors-Québec ont pu accéder officiellement à l’enseignement primaire et secondaire en français dans des écoles qui leur sont réservées (là où le nombre le justifie et sous certaines conditions 29). Les enfants de couples exogames sont des ayants droits à l’école francophone et ils en représentent plus de la moitié. Il est donc indispensable que ces enfants fréquentent l’école francophone pour que le français et la culture française puissent être maintenus par le milieu où ils vivent, un milieu minoritaire francophone, par le type de famille dans lequel ils sont socialisés, une famille francophone/anglophone, seul l’appui de l’école francophone pourra assurer à ces enfants un certain niveau de compétence en français. La création des écoles francophones ainsi que la promotion de l’enseignement du français langue seconde en milieu minoritaire francophone a donc provoqué de véritables changements dans le destin de la francophonie canadienne.

1. L’école francophone, l’école de la minorité

De manière générale, l’école francophone en milieu minoritaire francophone au Canada représente, avec la famille, «le pivot de la survivance, les balanciers compensateurs de l’effet du milieu où l’anglais a investi presque toutes les institutions qui encadrent les relations interpersonnelles 30 ». Bernard définit l’école comme étant « tout à la fois un lieu de scolarisation, d’apprentissage de la langue et de transmission de la culture, un lieu de socialisation en regroupant des pairs et un lieu de communalisation qui favorise chez les étudiants le développement des sentiments d’appartenance culturelle et de solidarité communautaire. Trois mandats se dégagent clairement : la scolarisation, la culturation, la communalisation 31 ». Ainsi, l’école francophone a un rôle d’agent de renforcement et de promotion de l’identité culturelle francophone.

Or, dans le contexte où deux langues sont en contact et où l’une d’entre elles est minoritaire par le nombre de personnes qui la parlent, le bilinguisme est favorisé. Quoi de plus représentatif de la dualité linguistique canadienne que le bilinguisme qui en est une conséquence directe à l’échelle individuelle et qui tend même à s’ériger en tant que culture. Ce bilinguisme s'avère être une frontière médiane entre deux états, l'un négatif -assimilation et perte d'une compétence dans une langue- ce que Landry et Allard 32 qualifient de bilinguisme soustractif, l'autre positif -enrichissement ou maintien d'une double compétence- ou bilinguisme additif. Ainsi, seul le développement d’un bilinguisme additif permettrait le maintien de la culture canadienne française à long terme, le bilinguisme soustractif provoquant l’émiettement du sentiment d’appartenance communautaire et même à terme l’acculturation. Idéalement, l’école francophone devrait donc pouvoir permettre le développement d’un bilinguisme additif chez les élèves qui la fréquentent. Mais, en milieu minoritaire, le bilinguisme développé est souvent de nature soustractive du fait de l’omniprésence de l’anglais dans l’entourage socio-institutionnel. Cependant, certains arrivent à développer un bilinguisme additif lorsque scolarisés en français ils parlent cette langue plus de la moitié du temps à la maison. Ainsi, le choix de l’enseignement en français combiné à un certain degré de pratique du français en famille, permettrait le maintien de la langue française et de la culture canadienne française.

2. La fréquentation scolaire

Bien que la population scolaire cible totale ait diminué de 1986 à 1996, fortement influencée par les tendances démographiques générales que subissent les communautés francophones minoritaires, l’effectif des écoles françaises effectué a augmenté durant la même période passant de 123, 027 à 126, 718 élèves soit de 45,2% à 54,4%. Pour Martel (2001), ceci semble indiquer un processus de francisation structurelle grâce à ces écoles, processus qui ne fait que commencer.

Pourtant, seulement 54,4% des ayants droits exercent leur droit au suivi d’un enseignement en français. L’école francophone reste donc peu fréquentée et plus de la moitié des ayants droits à la scolarité en français sont issus d’unions exogames. Bien que nous ne disposions pas de données sur les effectifs réalisés des écoles francophones selon le type de famille, nous pouvons tout de même penser qu’étant donné que les caractéristiques démolinguistiques des enfants de couples exogames dans l’ensemble, sont loin d’égaler celles des enfants issus de familles endogames 33, le faible taux de fréquentation de l’école francophone soit attribuable au fort taux d’anglicisation des enfants issus de couples exogames. De plus, il est intéressant de constater que les enfants exogames sont 36,9% au Canada hors Québec et 26,5% en Alberta à avoir acquis le français ailleurs qu’à l’école francophone « sans doute dans les écoles d’immersion pour une bonne part 34 ». La famille exogame, contrairement à la famille endogame, ne semble pas pouvoir réussir seule à maintenir le français et donc la culture canadienne francophone hors Québec et opter préférentiellement pour l’école francophone mais plutôt pour un autre type d’établissement et un autre type d’enseignement du français. Ainsi, Levasseur-Ouimet, Mahé, MacMahon et Tardif 35 proposent que l’assimilation massive des francophones dans l’Ouest canadien ne sera renversée, même partiellement, que lorsque les écoles augmenteront leur pourcentage de clientèle provenant de familles exogames et ayant droit à l’éducation en français. 

Si la démographie scolaire change et est très différente de celle des années 80, la promotion du français à travers le système éducatif et surtout les programmes de langue seconde ont crée de nouvelles compétences chez ceux qui en ont bénéficié par rapport aux générations précédentes.

3. Hausse du bilinguisme anglais-français

Depuis 1971 la connaissance du français 36 hors Québec, notamment des personnes ayant une autre langue maternelle que le français, a augmenté et ne cesse de s’amplifier, passant de 4% en 1971 à 7% en 1996. Ceci est attribuable à la hausse du bilinguisme chez les anglophones. Entre 1991 et 1996, le bilinguisme a augmenté, bien que faiblement, dans toutes les provinces sauf au Saskatchewan (Alberta : 6,7%). De plus, le plus fort taux de bilinguisme s’observe chez les anglophones de 10-24 ans avec une pointe chez les 15-19 ans (16%) ce qui laisse présager que cette tendance va continuer à s’intensifier dans la prochaine génération. En effet, le taux de bilinguisme moindre dans les groupes d’âge plus élevé s’explique par la popularité moindre ou encore inexistante des programmes d’enseignement de langue seconde (cours d’immersion ou réguliers) dans les écoles de langue anglaise durant leurs années de fréquentation scolaire.

4. Hausse de la transmission de la langue française

Comparativement à 1971, où 10 % des enfants issus de couples exogames apprenaient le français en tant que langue maternelle, cette proportion s’établissait à 21 % (dont 5% ont les deux langues) en 1996. Or, depuis longtemps, on pensait que la clef de la transmission de la langue maternelle française de génération en génération résidait dans l’utilisation de cette langue par le parent de langue minoritaire. Si cela n’est pas faux, l’engagement et la détermination étant essentiel dans une telle décision, l’environnement linguistique que créent les compétences linguistiques du conjoint de langue anglaise compte pour beaucoup. Ainsi, O’Keefe (2001), à la suite de Lachapelle (1994) qui fut le premier à faire du bilinguisme la variable primordiale de la transmission du français dans les familles exogames, a vérifié cette corrélation à l’aide des données du recensement de 1996 37. Celui-ci analyse que le français a quatre fois plus de chances d’être transmis (enfants de 0 à 18 ans) comme langue maternelle et cinq fois plus de chances d’être la langue parlée à la maison lorsque le conjoint non francophone peut parler cette langue ; de plus, trois quart de ces enfants connaîtront le français contre un tiers dans les familles où le conjoint non francophone ne sera pas bilingue. Autrement dit, selon O’Keefe 38 les enfants de familles exogames où le conjoint non francophone parle français représentent moins du quart des 181, 115 enfants de familles exogames, mais sont majoritaires (54,4%) parmi les 38, 480 enfants dont la langue maternelle est le français.

5. Recul des transferts linguistiques

Cette nouvelle dynamique de la famille exogame et la promotion des écoles francophones ont eu un impact non-négligeable sur certaines caractéristiques démolinguistiques des enfants de couples exogames. Comme l’avance Martel 39, « L’école joue un rôle important dans le maintien de la langue minoritaire de même que, par ricochet, l'influence de la langue de l'école sur la langue parlée à la maison. Ainsi, l'école peut-elle fortement perpétuer la langue à un moment déterminant alors que la famille perd graduellement le rôle de leader et de protecteur de la langue minoritaire. » En effet, lorsque l’on regarde l’évolution de l’indice de la continuité linguistique de 1971 à 1996, nous pouvons constater une hausse de celle-ci chez les 0-9 ans. C’est-à-dire que les jeunes de langue maternelle française ont tendance à déclarer parler le plus souvent français à la maison et donc à ne pas effectuer de transferts linguistiques. En effet, le taux de transferts linguistiques passe de 9 % en 1971 à 11,5% en 1996 chez les 0-9 ans. Bien que la hausse soit relativement peu importante, elle n’est sûrement pas négligeable puisqu’elle pourrait être attribuée à la promotion récente de l’enseignement dans la langue de la minorité francophone qui a bénéficié directement à cette génération et de l’accroissement du bilinguisme au sein de la population non-francophone. Or, la baisse la plus marquée de la continuité linguistique survient dans les groupes d’âge de 20-24 ans et 25-29 ans soit au moment où le jeune a quitté l’école secondaire et abandonne le foyer familial et ce pour diverses raisons : études supérieures, mariage, entrée dans la vie active et se retrouve dans un environnement anglophone dominant.

Troisième partie : des transferts linguistiques

L’article 23 réhabilite donc la légitimité de la dualité linguistique en tant que fondement de la construction du Canada, en la promouvant par l’institution de l’école minoritaire mais aussi en l’intégrant en quelque sorte dans ces effectifs cibles par le biais de l’exogamie ; c’est-à-dire en reconnaissant cette structure sociale aussi bien comme réalité sociale francophone qu’anglophone et en encourageant le bilinguisme comme pratique linguistique et sociale.

Dans le contexte où l’exogamie est pointée du doigt comme étant le facteur de l’assimilation, le choix de la transmission du français comme langue maternelle et comme langue de scolarisation n’est pas neutre, car il est un facteur déterminant du maintien du groupe comme entité distincte. Il existe des facteurs objectifs à la transmission du français, c’est-à-dire une configuration de la structure exogame en quelque sorte « idéale » mais comme le note Martel (2001): « Quant aux parents et aux jeunes, leurs choix et leurs responsabilités sont tout d’abord individuels… Le choix d’une école pour et par le jeune de même que le choix de la langue ou des langues parlées au foyer dépend de nombreux facteurs 40 ». Par exemple, choisir l’apprentissage du français langue seconde dans ce type de milieu est souvent considéré comme une étape vers l’assimilation. Cette décision ne se fait jamais sans risque de perte de la langue et de l’identité pour les parents et détermine en même temps celle de l’enfant. Ces différents choix doivent être conflictuels. L’analyse de ces prises de décision, notamment chez les parents, a fait l’objet de quelques études dont nous proposons de parcourir les principaux résultats.

1. Facteurs influençant la transmission de la langue française et le choix de l’école francophone : sexe du parent francophone

O’Keefe (2001) souligne le rôle que joue le sexe du conjoint francophone dans la transmission de la langue française. Celle-ci se fait à raison de 29,4% dans les familles exogames où le parent francophone est la mère et de 13% lorsque ce dernier est le père. Pour cet auteur, ceci confirme que les femmes continuent de jouer un rôle plus déterminant dans l’éducation des enfants et, par conséquent, dans la transmission de la langue française.

Plusieurs recherches se sont intéressées aux processus de construction de l’identité culturelle des francophones hors Québec. Cette approche présuppose que l’individu acquiert les valeurs caractéristiques de sa communauté par la socialisation. Un des concepts qui ressort de ces études est celui de la « production d’ethnicité » pour expliquer comment l’identité ethnique, le sentiment d’appartenance à la communauté et la reproduction culturelle procèdent de la socialisation. L’importance des femmes dans ces mécanismes de construction de la communauté ethnique et par conséquent dans la vie politique effective est rappelée. Cela fait appel au rôle traditionnel de la femme qui est chargée de développer et d’entretenir le lien social de la famille avec l’extérieur.

D’autres recherches, jugées parfois sexistes car adoptant un tel point de vue sur le rôle des parents, placent l’action des femmes et le concept de production d’ethnicité au centre de la reproduction sociale. Dans la lignée de la vision de la femme en tant que membre intégrateur des membres de la famille et donc chargée de l’éducation, ces chercheurs donnent à le femme le rôle de la construction de l’ethnicité et la transmission de la culture minoritaire. Ainsi, si les femmes sont responsables de l’ethnicisation, elles le sont aussi de la non-construction de l’identité. La femme est ainsi perçue comme agente principale de socialisation des enfants et donc comme reproductrice ou productrice de membres de groupes ethniques.

2. Bilinguisme du parent non-francophone

Heller 41 affirme que pour que le mariage mixte puisse devenir un lieu de reproduction de la francophonie, il faut que le français constitue, pour au moins un des parents, sinon les deux, une ressource économique et sociale importante. Il doit représenter une forme de pouvoir et d’épanouissement dans leur propre vie.

Il existe quelques études sur les motivations au suivi d’un enseignement en français, mais les motivations des familles exogames n’y sont pas analysées spécifiquement 42. Ainsi, si l’étude commanditée par le Commissariat aux langues officielles faisait justement de l’exogamie « le facteur démographique le plus percutant sans contredit » du choix de l’anglais comme langue d’enseignement et affirmait qu’elle créait dans sa dynamique plus de facteurs en faveur de ce dernier choix, elle n’a pas centré particulièrement sur cette dernière. Ces études faisaient essentiellement de l’identité culturelle le facteur déterminant du choix de la langue d’enseignement. Tardif (1995) relevait ainsi des motivations, d’une part, de type instrumental, d’autre part, de type identitaire au suivi d’un enseignement en français ; c’est-à-dire que ceux qui vivaient plus en français et qui participaient activement à la vie de la communauté francophone étaient plus nombreux à envoyer leurs enfants à l’école francophone. Landry et Allard (1983) quant à eux insistèrent sur l’importance du facteur « croyance et vitalité ethnolinguistique », qui suffit presque à lui tout seul à expliquer le choix de l’école francophone ou anglophone. Un autre facteur pourtant, caractérisant la crainte des parents que leurs enfants en étudiant en français ne puissent pas être assez compétents en anglais, poussait les parents à inscrire leurs enfants en école anglophone ou d’immersion. Landry et Allard ont nommé ce phénomène « naïveté sociale » car ils ont pu démontrer que ce présupposé n’était pas fondé, les compétences en français se transférant à l’anglais.

Seule une recherche fait état des motivations des conjoints francophones et anglophones à la fréquentation d’une école française par leurs enfants 43. McMahon propose que chez les couples exogames, les motifs premiers du parent anglophone majoritaire pour inscrire l’enfant à l’école française pourraient être différents de ceux du parent francophone minoritaire et ce qui caractérise ces conjoints ou conjointes anglophones (ou allophones), c’est plutôt le souci, d’assurer le bilinguisme de leurs enfants, alors que l’élément francophone du couple se préoccupe de leur transmettre sa culture et son héritage proprement français.

3. Contexte dans lequel s’opèrent les choix individuels 

Comme l’affirme Allaire, « Dans la famille, le couple n’est pas le seul à décider de la continuité et de la discontinuité linguistiques et culturelles. Les enfants ont un rôle important à jouer et exercent volontiers leur droit de décision dans ces domaines. A partir de l’âge scolaire à tout le moins, l’environnement dans lequel ils évoluent les influencent fortement 44 ». D’ailleurs, les statistiques montrent une corrélation entre l’âge auquel s’observe le plus fort taux de transferts linguistiques et le plus fort taux de décrochage de l’enseignement francophone. Ainsi, la baisse la plus marquée de la continuité linguistique s’observe chez les 20-24 ans et 25-29 ans soit, comme l’avait déjà remarqué Tardif (1995), à la sortie de l’école secondaire. Dans un contexte où la scolarité s’allonge, l’entrée dans la vie active se fait plus tardivement, définissant ainsi un stade intermédiaire entre l’adolescent et l’adulte appelé communément post-adolescent ou jeune adulte. Cette période du cycle de vie est déterminante dans la vie d’un individu car elle est placée à la charnière de l’adolescence et de la vie adulte et correspond bien souvent à l’abandon du foyer familial, représentant de ce fait une menace directe pour la sauvegarde du français. Cependant, la problématique reste la même qu’à l’adolescence, l’étudiant se cherche, incertain, s’inscrivant dans une véritable quête identitaire 45. Comme le précise Tardif (1995), pour l’adolescent francophone en situation minoritaire, le groupe linguistique majoritaire lui offre des choix. Choisira t-il de maintenir son identité francophone ou choisira-t-il de taire sa francophonie et de s’assimiler au groupe majoritaire ?

La question est aussi de savoir quelles sont les structures ou les différentes options qui se présentent au sujet pour maintenir son français. Dans un milieu où le quasi-ensemble du milieu socio-institutionnel est en anglais, travailler en français s’avère difficile. De la même manière, rencontrer et épouser un francophone, alors que l’exogamie ne cesse de se développer, devient plus rare. Par le milieu dans lequel il évolue, un milieu majoritairement anglophone, par sa place dans le cycle de vie, stade d’incertitude et de redéfinition identitaire, souvent coupé de sa famille, ayant quitté l’école secondaire francophone, continuer à parler français relève de l’effort. Une structure cependant, l’université, directement accessible au sortir du secondaire, délivre un enseignement en français et pourrait alors permettre à l’enfant issu de famille exogame de maintenir la langue française et la culture francophone.

4. L’exemple de l’université comme structure permettant la continuité linguistique

Il existe, dans l’Ouest canadien, plusieurs types d’agences éducatives dont l’une, l’université, tente plus spécifiquement de s’organiser à l’image des écoles francophones en offrant des services postsecondaires en français avec pour mandat spécifique de répondre aux besoins des francophones. Dans un contexte où les francophones ont désormais un comportement scolaire semblable à celui des anglophones hors Québec et où la scolarité s’allonge, l’université est devenue une porte d’accès à la vie active de plus en plus sollicitée. Certes, peu d’universités francophones existent hors Québec mais la clientèle susceptible de s’y inscrire est assez importante puisqu’elle est tributaire en partie des effectifs réalisés des écoles francophones mais aussi d’immersion. Dans ces conditions, le choix du suivi d’un enseignement universitaire en français peut fortement contribuer au maintien et à la transmission future du français par la place qu’occupe cette agence éducative dans le cycle de vie de l’individu et aider au renforcement de l’identité francophone (Tardif, 1990).

En lien avec cette réalité, il y a quelques obstacles concrets pour les étudiants désirant poursuivre une formation universitaire en français en milieu minoritaire francophone. D’une part, l’université ne peut intégrer en son sein que les personnes qui ont déjà développé certaines compétences en français soient en majorité les personnes ayant été à l’école francophone ou à l’école d’immersion et/ou ayant eu une pratique assez soutenue du français en famille. D’autre part, les institutions postsecondaires francophones sont peu nombreuses hors Québec et plus spécifiquement dans l’Ouest Canadien qui en compte seulement deux et se présentent comme des structures relativement peu développées en comparaison aux universités anglophones ou francophones au Québec. Ainsi, des compétences insuffisantes ou perçues par l’individu comme telle en français, la distance de l’université à fréquenter, le nombre de programmes et de services restreints par rapport aux universités anglophones sont des facteurs inhérents à la structure de l’université de la minorité pouvant faire préférer le choix de l’anglais comme langue d’enseignement à ce niveau de la scolarité. Tout comme l’école francophone dont elle reste en partie tributaire, l’université francophone reste donc peu fréquentée et ceci d’autant plus qu’elle ne bénéficie pas du soutien institutionnel octroyé aux écoles francophones et d’immersion.

Ainsi, l’université peut alors permettre à la fois de maintenir et de promouvoir le français et la culture française mais aussi contribuer à renforcer des compétences en français chez les anglophones ayant suivi des cours d’immersion et par là accentuer la tendance de la hausse du bilinguisme des anglophones et de la transmission du français dans les familles exogames. Enfin, nous pensons, ceci dans certains cas, que l’université en français par la possibilité qu’elle offre de vivre dans un contexte social plus francophone, et le moment du cycle de vie où elle intervient peut contribuer à intensifier les mariages entre personnes ayant une bonne connaissance du français. En effet, Aunger a découvert que c’est le lieu de rencontre des conjoints et surtout sa nature linguistique qui détermine le mieux le type de mariage 46.

Si dans un premier temps, il est certain que le choix de la langue de la scolarisation est de la responsabilité des parents (ceci étant confirmé par le fait que le droit à la fréquentation d’un établissement francophone soit conféré aux parents) au niveau primaire et secondaire dans la majeure partie des cas, il est dans un dernier temps de la responsabilité du jeune lui-même, notamment dès l’entrée à l’université et même parfois durant le secondaire. En effet, graduellement le jeune prend de l’autonomie par rapport à ses parents et par rapport à ce qui lui a été transmis. Cependant, même si c’est le choix des parents qui semble le plus déterminant dans le maintien de la langue puisqu’il détermine lui-même la possibilité de donner suite à cette transmission, ce dernier choix n’en ait pas moins important puisqu’il peut déterminer par sa place dans le cycle de vie la transmission future de cette langue et l’affirmation de la francophonie de la personne.

Cependant, à ce stade du cycle de vie, c’est-à-dire n’habitant plus avec sa famille et ayant quitté l’école francophone, les possibilités objectives de maintenir son français sont minces, le milieu socio-institutionnel en milieu minoritaire étant presque exclusivement en anglais. Étudier, travailler en français, et trouver un conjoint francophone ne va pas de soi. Le maintien de la langue et de la culture francophone ne peut pas se faire de lui-même, il doit être fait de manière consciente en s’appuyant sur un engagement fort de la personne envers le fait français en général, trait qui sera sûrement en grande partie transmis par le famille et l’école francophone.

Quatrième partie : des concepts d’assimilation linguistique et de vitalité des communautés linguistiques, à celui de bilinguisme soustractif et additif

Le phénomène de l'assimilation linguistique implique le transfert d'une langue qui s'explique par un déséquilibre dans le rapport de force entre deux ou plusieurs groupes ethnolinguistiques. Au Canada, les concepts d'assimilation et de vitalité des communautés sont très liés mais ce dernier est nettement le plus vaste, il englobe celui d'assimilation, purement démographique, en plus d'autres dimensions non démographiques de la vitalité des communautés. L'emploi de l'expression « vitalité des communautés » lorsqu'il est question de communautés linguistiques minoritaires est assez nouveau. Le lien qui existe entre la vitalité d'une langue et celui de la communauté de personnes qui la parlent est évident et indéniable. Les deux notions sont à la fois distinctes et inséparables. Les facteurs qui renforcent la vitalité d'une langue se répercutent inévitablement sur la communauté de langue maternelle.

1. Définition opérationnelle de l`assimilation

Bernard explicite que l’assimilation est l’absorption intégrale d’une personne ou d’un groupe dans la culture d’un autre. La communauté remplace son identité culturelle originale par celle du groupe dominant. Par ailleurs, l’intégration n’implique pas forcément la perte de l’identité culturelle, mais signifie plutôt une insertion sans heurt à la société d’accueil.

Au Canada, l’assimilation se mesure essentiellement par le biais des statistiques qu’utilisent les démographes. Cependant, il existe plusieurs définitions et méthodes de calcul de l'assimilation linguistique témoignant de la complexité du concept d'assimilation. Il n'existe pas de définition consacrée de l'assimilation malgré l'impression qu'en donnent les statistiques. Comme le note O’Keefe 47 cette difficulté vient du fait que « les schèmes d'utilisation d'une langue en contexte minoritaire sont souvent complexes et la coexistence de plusieurs langues fait intrinsèquement partie de la réalité de toute communauté minoritaire ». En effet, à l'intérieur d'un contexte linguistique, on peut examiner un certain nombre de dimensions, notamment la langue apprise pendant l'enfance, la capacité de parler une langue, l'usage réel de cette langue et l'identification à une communauté linguistique particulière. Il vaut peut-être mieux examiner la plupart des données statistiques sur l'assimilation en tant que continuum comportant à la fois le processus et son résultat final. Ainsi, Breton (1999) définit le processus d'assimilation linguistique selon deux étapes dont la première étape consiste en l'apprentissage d'une deuxième langue, alors que l’autre mène à l'abandon de la langue d'origine. Renoncer à une langue signifie que celle-ci devient inutilisée, désapprise et, à la longue, oubliée. Il est rare que ce phénomène se produise au cours de la vie d'une personne, car seule une minorité de gens en arrivent à oublier une langue qu'ils maîtrisaient parfaitement jadis. Il est donc préférable de percevoir l'assimilation linguistique comme un processus se déroulant sur au moins deux générations 48.

2. Mesure de la vitalité des communautés linguistiques

Le concept de vitalité ethnolinguistique est issu de la psychologie sociale mais il est applicable à la sociologie du langage, à la sociolinguistique à la psychologie, à l'éducation et il peut servir autant à l'intégration des aspects macrosociaux que microsociaux dans l'étude des langues en contact.

C'est en 1977 que Giles et al. 49 proposent en premier le concept de vitalité ethnolinguistique en réponse au besoin de circonscrire, d'après eux, un certain nombre de variables structurales pouvant décrire de façon systématique les nombreuses variables situationnelles opérant dans les relations intergroupes sur un territoire donné et influençant la dynamique des contacts intergroupes pouvant aboutir soit à la survivance et au maintien de la langue soit à l'assimilation linguistique et l'acculturation. Ces auteurs ont défini la vitalité ethnolinguistique comme étant le résultat de facteurs structuraux (statut social des groupes, démographie, contrôle et support institutionnels 50) influençant la probabilité que le groupe se comporte comme une entité collective distincte et active en situation de contacts intergroupes.

Selon ce modèle, les communautés ayant une faible vitalité ethnolinguistique auraient tendance à perdre graduellement leur langue et à s'intégrer à la culture et au(x) groupe(s) dominant(s). Inversement, les communautés ayant une forte vitalité ethnolinguistique auraient tendance à maintenir leur langue et à former une entité collective distincte et active au sein de la société. Pour ces auteurs, toute vitalité ethnolinguistique peut être décrite, puis classifiée sur un continuum de vitalité, à partir d'un certain nombre de variables structurales de vitalité. Ainsi, s’agissait-il d’une vitalité « objective » des communautés sur le plan macrosocial établie par des observateurs externes en fonction d'un certain nombre d'indices observables et mesurables.

Cette première tentative de conceptualisation, jugée incomplète et imprécise, a néanmoins inspirée d'autres études notamment d’autres façons de regrouper les variables structurales de vitalité et des concepts apparentés. Celle qui servira d’assise au modèle que nous présenterons plus tard est celle de Prujiner et al. 51. Ainsi, ces auteurs ont emprunté la notion de capital linguistique à Bourdieu (1982). Selon eux, la vitalité ethnolinguistique d'une communauté serait le résultat global du capital linguistique cumulé dans au moins quatre champs, on pourrait alors parler d'une vitalité ethnolinguistique constituait de quatre types de capitaux : capital démographique, politique, économique et culturel. Lorsque deux ou plusieurs groupes linguistiques sont en contact, la vitalité relative de chacun des champs est le résultat d'un « rapport de force » qui se manifeste sur le plan macrosocial (ex : contrôle des institutions) et qui influence l'utilisation de la langue dans les rapports sociaux des membres des différents groupes linguistiques sur le plan microsocial (ex : la langue utilisée au sein d'une institution ou dans le réseau social informel des membres.).

3. Vitalité ethnolinguistique subjective

A leur suite, plusieurs recherches liées à la vitalité « subjective » des membres de communautés linguistiques en contact ont vu le jour dans l’objectif de répondre au besoin d'analyser les représentations cognitives de la réalité sociale qui contextualisent les contacts intergroupes. A l'instar de Moscovici (1972), on a vu l'importance de comprendre comment les représentations cognitives des membres d'une communauté linguistique pouvaient orienter leurs comportements. A la suite de l'élaboration du concept de vitalité ethnolinguistique subjective et de la création du « Subjective Vitality Questionnaire 52 », la recherche sur les représentations cognitives de la vitalité ethnolinguistique a connu un essor et certaines vérifièrent la corrélation entre d’une part, la vitalité objective et la vitalité subjective et, d’autre part, la vitalité subjective et le comportement langagier.

4. Croyances exocentriques et croyances égocentriques

Landry et Allard, bien qu’en accord avec l’utilisation de la vitalité subjective que se font les individus comme instrument de prédiction du comportement langagier, en ont cependant montré une limite : la vitalité ethnolinguistique subjective est définie à partir de la perception de situation existante 53. S'inspirant de la théorie de l'orientation cognitive de H.Kreitler et S.Kreitler (1972, 1976) et du concept de croyance, ils démontrèrent que le questionnaire mesurait des croyances factuelles et exocentriques c'est-à-dire des croyances concernant des caractéristiques des groupes qui sont extérieurs à l'individu et qui n'engagent pas directement ses désirs et aspirations par rapport à l'intégration de son groupe linguistique. Ils ont alors proposé qu'une prédiction plus rigoureuse et précise du comportement langagier ne pouvait être réalisée que par des instruments mesurant davantage les dimensions affectives du comportement langagier, c’est-à-dire des dimensions reliées aux croyances égocentriques des membres d'un groupe linguistique c’est-à-dire aux croyances de la personne par rapport à elle-même comme membre d'un groupe ethnolinguistique : ses caractéristiques, ses aspirations, souhaits ou désirs. Ainsi, les croyances égocentriques constituent une mesure du désir d'intégration de l'individu à la communauté linguistique.

Landry et Allard se sont inspirés des théories des domaines de l’identité sociale et des relations intergroupes (Tajfel, 1982) et de l’apprentissage social (Bandura, 1977) en plus de celle de l’orientation cognitive pour une détermination du concept de croyance, jugée par eux plus pertinentes dans son application au contexte particulier des contacts interlangues et dans la prédiction du comportement langagier. Ainsi, les différentes perceptions que présentent ses diverses théories ont été reprises en tant que croyances par Landry et Allard dans un questionnaire sur les croyances envers la vitalité ethnolinguistique. De ce fait, Landry et Allard ont démontré la supériorité des croyances égocentriques sur les croyances exocentriques dans la prédiction du comportement langagier (et donc de l'assimilation) sans toutefois nier la pertinence et l'utilité des croyances exocentriques tant pour la prédiction du comportement langagier que pour l'analyse de la vitalité subjective des membres. 

5. Modèle de la vitalité ethnolinguistique

Les études de Landry et Allard (voir : 1984, 1985, 1987, 1992, 1996, 1997) indiquent que le degré de vitalité ethnolinguistique d'une communauté est un fort indice de la tendance naturelle d'utiliser la langue maternelle. Selon ces recherches, la tendance vers l'assimilation est très élevée au sein d'une communauté n'ayant aucune vitalité ethnolinguistique. Leur modèle identifie les facteurs qui conduisent à l'utilisation de la langue maternelle et indique sous quelles circonstances le bilinguisme devient additif ou soustractif, c'est-à-dire quelle incidence l'acquisition d'une langue seconde peut avoir sur l'utilisation et la maîtrise de la langue maternelle. Cette problématique est importante dans le cas des francophones hors Québec, compte tenu d'une part, du taux élevé de leur bilinguisme, en effet, l'unilinguisme en langue maternelle est illusoire comme objectif pour les francophones hors Québec. D'autre part, d'après ces auteurs, la question du contact des langues est plus appréhendable sous l'angle de ses deux sortes de bilinguismes que par les termes d'assimilation et de maintien des langues. En effet, le continuum soustractif-additif permet de mieux comprendre le processus continu et dynamique du contact des langues. Ce modèle permet aussi d’analyser ce qui contribue à l’assimilation linguistique des groupes minoritaires.

6. Modèle « globaloanalytique » et systémique

Le modèle macroscopique du développement bilingue est un modèle globaloanalytique dont le concept de vitalité ethnolinguistique est la variable fondamentale et même à la base d'un certain déterminisme social. Selon le modèle théorique, le comportement langagier des individus et leur développement psycholangagier, soit le degré de bilinguisme et la nature additive ou soustractive de ce phénomène sont davantage associés à l'environnement social des individus qu'à leur aptitude ou disposition personnelles. Bien que chaque individu soit capable d'autonomie et soit capable de réagir aux conditions sociales de son milieu, Landry et Allard (1997) font l'hypothèse que pour une population donnée la tendance centrale du comportement langagier et du développement psycholangagier sera largement déterminée par les conditions sociales du vécu langagier, c’est-à-dire ultimement par la vitalité ethnolinguistique des groupes en contact.

Les déterminants du bilinguisme peuvent être compris en fonction d'une relation proximo-distale. Le comportement langagier est étroitement relié à la compétence langagière et aux croyances de l'individu concernant ce qui est approprié dans un contexte donné (niveau psychologique). Cependant, les compétences et les croyances qui orientent le comportement langagier de l'individu auront été graduellement forgées par le vécu langagier de l'individu au sein de son réseau individuel de contacts linguistiques (niveau psychosociologique). À son tour, le vécu langagier sera largement déterminé par vitalité relative des communautés en contact sur le plan macrosocial (niveau sociologique).

Il y a donc une réciprocité entre le social et le psychologique presque inévitable. Le social conditionne le vécu langagier et l'individu devient un miroir du social. Si les causes les plus proximales du comportement langagier sont psychologiques, celles-ci ont été préalablement façonnées par le vécu langagier qui a été tributaire de l'environnement social. Si les variables structurales sur le plan sociologique sont les plus distantes du comportement elles n'en sont pas moins les plus fondamentales puisqu'elles sont à l'origine du processus de socialisation qui guidera le développement psycholangagier. L'individu est impliqué dans le social comme un sous-système dans un mégasystème.

Sur le plan méthodologique, le modèle macroscopique propose d'étudier le vécu langagier, le développement psycholangagier et le comportement langagier des membres d'une communauté en fonction d'un continuum de vitalité ethnolinguistique. En d'autres mots, le modèle propose qu'à l'intérieur d'une même communauté linguistique, les variations dans le vécu langagier sont positivement reliées à l'acquisition des compétences et de dispositions cognitivo-affectives envers l'intégration de la communauté et donc au comportement langagier.

Le modèle théorique identifie trois niveaux d'analyse pour l'étude des contacts langagiers : sociologique (cf. Prujiner et al.), socio-psychologique (qui analyse le vécu langagier des membres d'une communauté linguistique en mesurant leurs contacts avec chacune des langues) et psychologique. Celui-ci referme deux catégories de variables : aptitude/compétence qui représente l'habilité à apprendre et à utiliser une langue et les dispositions cognitivo-affectives qui permettent de considérer la volonté d'apprendre et d'utiliser une langue. Chacune de ces variables renferme plusieurs aspects. L'aptitude/compétence se décompose en compétence orale communicative et en compétence cognitivo-académique. Les dispositions cognitivo-affectives se décomposent en trois types de variables allant du cognitif à l'affectif : croyances exocentriques qui font appel à un processus de comparaison sociale (vitalité actuelle, future, légitimité du groupe linguistique, perception des comportements langagiers des modèles sociaux), croyances égocentriques ou désir d'intégration (valorisation personnelle de l'individu d'une communauté linguistique, souhaits, buts concernant l'intégration de la communauté, sentiments d'appartenance, sentiment d'efficacité propre relatif à la possibilité d'atteindre ses objectifs personnels en intégrant la communauté), identité ethnolinguistique. Le modèle fait l'hypothèse que l'identité ethnolinguistique d'un individu d'une communauté à faible vitalité ethnolinguistique est la composante la plus résistante au processus d'assimilation linguistique, mais que celle-ci pourra se transformer graduellement en une identité mixte, une étape transitoire, vers une identité ethnolinguistique reflétant une forte appartenance à une communauté linguistique dominante.

Le comportement langagier est influencé par les croyances, l’identité, les compétences langagières mais il est aussi parti intégrante du réseau individuel de contacts linguistiques. Les résultats de l'interaction de l'ensemble des variables du modèle théorique peuvent être interprété en fonction du degré de bilinguisme (continuum allant d'unilingue en L1 à unilingue en L2) et en terme d'un bilinguisme additif ou d'un bilinguisme soustractif, celui-ci englobant les aspects linguistiques, cognitifs, affectifs, comportementaux.

Ainsi, dans un contexte idéal, l'individu qui atteindrait, un haut degré de bilinguisme additif :

- aurait un haut niveau de compétence en langue maternelle et en langue seconde tant au plan de la communication interpersonnelle qu'au plan cognitivo-académique ;

- maintiendrait son identité ethnolinguistique et manifesterait des attitudes et croyances positives envers les deux langues ;

- ferait une utilisation généralisée de sa langue maternelle sans diglossie, c’est-à-dire sans que celle-ci soit vouée à des fonctions sociales restreintes.

7. Modèle des balanciers compensateurs

Comme le soutiennent Landry et Allard (1995), si le développement langagier de l'élève est largement socialement déterminé, c'est qu'il est le résultat d'un processus de socialisation qui est vécu non seulement à l'école mais aussi dans son milieu familial et dans le milieu socio-institutionnel. Il importe alors d'analyser les effets de la scolarisation mais aussi de les distinguer le plus possible de ceux de la famille et de l'environnement social. La question que se posent les auteurs est : l'école française, la famille peuvent-elles contribuer au développement d'un bilinguisme additif?

Le modèle des balanciers compensateurs s'adressent à l'une des principales objections ou craintes de l'école française chez les parents francophones minoritaires, soit celle que leurs enfants ne soient pas suffisamment compétents en anglais s'ils sont scolarisés en français, ce que les auteurs conceptualisent sous le terme de naïveté sociale. Les parents francophones semblent peu conscients des effets soustractifs de l'anglais comme langue dominante dans le milieu social et ne réalisent pas que les compétences acquises en langue première sur le plan cognitivo-académique se transfèrent avantageusement à la compétence cognitivo-académique en langue seconde. De fait, le transfert interlangue se fait davantage d'une langue minoritaire vers une langue dominante que vice-versa en raison des fortes pressions sociales pour l'apprentissage de cette dernière. Le modèle des balanciers compensateurs regroupe en trois milieux de vie l'ensemble des contacts linguistiques en langue première (L1) et en langue seconde (L2) d'un jeune d'âge scolaire : le milieu familial, le milieu scolaire et le milieu socio-institutionnel.

Lorsque l'enfant provient d'un milieu ethnolinguistique à très forte vitalité, comme c'est le cas pour les anglophones des provinces anglophones du Canada, le milieu familial et le milieu socio-institutionnel sont presque entièrement dominés par la langue première de l'enfant, ce qui lui assure l'apprentissage et le maintien de sa langue maternelle. Seul le milieu scolaire, par des programmes intensifs de langue seconde, permet à l'enfant d'acquérir un certain degré de bilinguisme. Parce que la langue première est très protégée et même promue par le milieu familial et le milieu socio-institutionnel, ce bilinguisme est de type additif. L'enfant semble ne subir aucune perte en langue première. En raison du transfert inter-langue (L2-L1 dans ce cas), l'élève anglophone scolarisé en français apprend à lire et à écrire l'anglais avec un minimum de scolarisation dans cette dernière.

Pour l'élève qui provient d'une communauté linguistique à faible vitalité, le modèle fait l'hypothèse que le bilinguisme de type additif sera davantage favorisé lorsque la scolarisation sera entièrement en langue première et que le milieu familial encouragera également l'utilisation de la langue première. En d'autres mots, le milieu scolaire et le milieu familial agissent comme balanciers compensateurs pour contrebalancer la dominance de la langue seconde dans le milieu socio-institutionnel, ce qui permet de multiples occasions pour l'apprentissage de cette dernière.

L'hypothèse centrale de ce modèle est donc que les élèves francophones dans un contexte de faible vitalité ethnolinguistique de la langue française auront un rendement en anglais aussi élevé lorsqu'ils sont scolarisés en français que lorsqu'ils sont scolarisés surtout ou complètement en anglais. Le bilinguisme additif est ainsi toujours davantage assuré par la valorisation de la langue la plus faible sur le plan communautaire. Ce même principe, par exemple, explique pourquoi les élèves francophones minoritaires issus d'un mariage exogame ont un bilinguisme nettement plus additif lorsqu'ils sont scolarisés en français et qu'ils parlent le plus possible le français à la maison.

● Conclusion

Notre revue de la littérature montre que la plupart des recherches scientifiques pointent vers l’assimilation linguistique des francophones hors Québec et surtout dans l’ouest canadien.  Une population décroissante, peu nombreuse, très minoritaire et dispersée semble proliférer. De plus, le bilinguisme semble mieux représenter la nouvelle situation francophone où l’exogamie est incontournable. Chez le couple exogame on remarque une anglicisation importante du conjoint ou de la conjointe francophone entraînant donc la non transmission de la langue française.

L’apparition de l’exogamie et son intensification ont bouleversé la démographie scolaire canadienne qui ne compte plus désormais une majorité de francophones «pure souche». Cependant, il est donc certain que la promotion de l’enseignement en français a eu une influence positive sur la situation sociodémolinguistique des francophones hors Québec, notamment chez les familles exogames, et que celle-ci ne fait que commencer. Cependant, son action ne semble pas avoir un effet durable au-delà de sa fréquentation alors même qu’il s’agit de l’ultime moment où le jeune prend une autonomie par rapport aux parents et porte donc l’entière responsabilité de perpétuer son héritage francophone, ce qui semble ne pas être fait dans la majeure partie des cas. De plus, l’école francophone reste peu fréquentée. D’une part la famille exogame, n’assurant pas souvent la transmission de la langue française en tant que langue maternelle ne créée pas les conditions qui lui permettent de choisir l’école francophone pour ses enfants. D’autre part, ce dernier choix ne semble pas être en général privilégié, la famille exogame lui préférant d’autres types d’agences éducatives, notamment celles délivrant un enseignement du français langue seconde. L’université francophone semble toutefois être une réponse au maintien de la langue et la culture francophone en milieu minoritaire.  Mais encore ici il existe de nombreux obstacles semblables aux niveaux primaire et secondaire parmi lesquels on dénombre une fréquentation restreinte dans les universités francophones et un nombre limité d’institutions. 

Le fardeau de la transmission de la langue française semble toujours rester entre les mains de la mère francophone au sein de la famille exogame. C’est une lourde responsabilité qui peut donc entraîner des conséquences néfastes lorsqu’il n’y a pas transmission de la langue et de la culture française. Il est donc important, croyons-nous, que les pères tiennent compte de cette réalité afin d’équilibrer des responsabilités quant à la transmission de la langue et de la culture francophone. Mais, comme nous l’avons souligné antérieurement, le choix de continuer à étudier ou bien à vivre en français reste entre les mains de l’enfant exogame même et ce choix est souvent complexe et conflictuel à cause des nombreuses possibilités autant sociales que scolaires qu’offre le milieu majoritaire anglophone. L’université francophone pourrait lui offrir une chance de continuer à vivre sa francité mais ce choix demeure problématique à cause des limites mentionnées antérieurement.

Il s’avère que l’exogamie est un phénomène éminemment social. Sa seule existence démographique ne pourrait entraîner et faire conclure à l’assimilation. L’exogamie n’est pas un facteur en soi de l’assimilation linguistique et culturelle des communautés francophones minoritaires. Comme Landry et Allard l’ont conclu : ce n’est pas la structure exogame qui détermine la maintien de deux langues et de deux cultures mais la dynamique sociale au sein du foyer 54. De plus, le maintien de la langue n'est possible que par l'entremise d'un bilinguisme additif pour la grande majorité des minorités francophones. Ce bilinguisme est actuellement à tendance soustractive. Il reste à déterminer si le bilinguisme additif est uniquement l'apanage des membres du groupe majoritaire ou si celui-ci est un objectif réalisable chez les communautés francophones minoritaires.

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● Notes

  1. Hormis le Nouveau-Brunswick qui est une province officiellement bilingue et le Nunavut, province attribuée aux autochtones et Québec, bien sûr, province francophone.
  2. Hamers, J. et M.Balnc (1983). Bilingualité et bilinguisme, Bruxelles : Mardaga.
  3. Les principaux facteurs démographiques attribués à la baisse de la proportion des francophones sont une immigration en défaveur de ceux-ci, une fécondité faible et le vieillissement de ses membres compromettant le renouvellement des générations.(voir Bernard, 1997 ; Marmen et Corbeil,1999 ; O’Keefe, 2001 ; Martel, 2001)
  4. Notamment une hausse du bilinguisme chez les anglophones, une hausse de la transmission du français comme langue maternelle et le recul de l’âge des transferts linguistiques.
  5. Bernard, R (1997). « Les contradictions fondamentales de l’école minoritaire ». Revue des sciences de l’éducation, Vol XXIII (3), 509-526. p.517-518
  6. Bernard, 1997 ; Castonguay, 1996 ; Lachapelle, 1994 ; Landry et Allard, 1997 ; Heller et Levy, 1992a, 1992b, 1992c, 1993 ; Heller, 1994 ; O’Keefe, 2001 ; Marmen et Corbeil, 1999 ; Martel, 2001.
  7. Landry et Allard, 1997.
  8. Ceci est sûrement dû à la priorité d’une part d’analyser les enjeux de la formation d’un tel couple dans la problématique générale de l’assimilation et d’autre part au caractère récent des politiques d’instruction en français qui ne permettent que maintenant d’en mesurer leur impact sur les enfants issus de ces couples.
  9. Allaire, 1995.
  10. Heller, M. (1994).
  11. Marmen, L et Corbeil, J-P (1999). Martel, A (2001). O'Keefe, M (2001.)
  12. Dans la société traditionnelle et rurale d’avant 1940-1960, l’Eglise catholique, pilier de la communauté francophone, encourageait ses membres à «procréer »  dans le cadre de sa mission de peuplement de l’Ouest. La famille et l’Eglise jouaient un rôle central dans la survivance et l’épanouissement de la langue et de la culture française afin de réaliser la mission divine.
  13. Les catégories démolinguistiques sont la langue maternelle, la langue la plus souvent parlée à la maison, la connaissance des deux langues, la première langue officielle parlée…
  14. Précisons que souvent, hors Québec, les immigrants allophones apprennent l’anglais en tant que deuxième langue. D’ailleurs, cette tendance a été encouragée par les politiques en 1987 en Alberta. Le ministre Horsman annonçait à cette date que le gouvernement offrirait la possibilité aux étudiants d’apprendre le français et un nombre considérable de langues, cependant les immigrants seront encouragés à apprendre l’anglais ceci seulement « pour être à l’image du vaste patrimoine culturel de l’Alberta ».
  15. La reproduction naturelle se calcule en divisant la fécondité francophone actuelle d’environ 1,6 pour le Canada hors-Québec par le seuil de remplacement de 2,1.
  16. On divise le nombre d’enfants de langue maternelle française âgés de 0 à 9 ans par le nombre d’adultes de langue maternelle françaises âgés de 25 à 34 ans. L’écart moyen entre ces deux groupes est de 25 ans, à peu près l’espace d’une génération. Le remplacement des générations est assuré lorsque la taux est supèrieur ou égal à 1. Castonguay, op cit. p12.
  17. Marmen et Corbeil, opus cit. p. 74
  18. Réjean Lachapelle, La politique des langues officielles et la situation du français hors Québec, avril 1991. Inédit. Cité dans O’Keefe (2001), opus cit.
  19. Cf note 16 de l’introduction 
  20. L’identité linguistique se détermine statistiquement par la langue maternelle soit la langue apprise en premier lieu à la maison dans l’enfance et encore comprise au moment du recensement.
  21. Bernard, R. (1994). p.514-515.
  22. Bernard, R (. Opus cit.).
  23. Ceci s’applique notamment aux provinces où les communautés francophones étaient déjà minoritaires. Les changements de milieu de vie seront moins décisifs dans les provinces majoritaires du Québec et du Nouveau-Brunswick.
  24. Bernard (1994), opus cit. p.7
  25. Martel, 2001, Castonguay, 1996 et Lachapelle, 1994.
  26. Bernard, opus cit. p.10.
  27. Les effectifs scolaires cibles désignent les enfants des ayants droits à l’école francophone. Cette population cible est définie ainsi par l'Article 23 de la Charte canadienne des droits et des libertés :
    Deux critères obligatoires :
    • citoyen canadien
    • parent d'au moins un enfant
    Un au moins de ces critères :
    • le français est la première langue apprise et encore comprise d'un des parents
    • un des deux parents a été instruits au primaire en français
    • un autre enfant a été instruit en langue française     
  28. Cf. Chap I, partie 1.
  29. Cf. note 17
  30. Bernard, 1997. p.509
  31. Bernard, R. (1992)
  32. Landry et Allard (1997).
  33. Martel, 2001. Opus cit.
  34. Martel, 2001. Opus cit.
  35. LEVASSEUR-OUIMET, F ; MAHE, Y ; MACMAHON, F ; TARDIF, C (1999), L’éducation dans l’Ouest canadien, In J-Y. Thériault, Francophonies minoritaires au Canada, L’état des lieux, Les Editions d’Acadie, 1999. p 486.
  36. Au recensement, la connaissance du français et-ou de l’anglais est déterminée au moyen d’une question sur la capacité de soutenir une conversation dans l’une de ces langues ou dans les deux. Il convient de souligner que les données provenant de cette question porte sur la connaissance de la langue et non sur son utilisation.
  37. Cf. Annexe
  38. O’Keefe (2001). Opus cit. p.54-55
  39. Martel, 2001, opus cit. p.47
  40. Opus cit. p.45.
  41. Heller, M. (1994).
  42. Commisariat aux langues officielles, Motivations en ce qui a trait aux choix scolaires chez les parents ayants droits hors Québec. Rapport préparé par le réseau Circum inc.-Ottawa : ministre des Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, 1999.

    Landry, R. et Allard, R. (1985). Choix de la langue d’enseignement : une analyse chez des parents francophones en milieu bilingue soustractif, Revue canadienne des langues vivantes, 44, 480-500

    Tardif, C. (1995). Variables de fréquentation de l'école secondaire francophone en milieu minoritaire.  Revue des sciences de l'éducation, XXI (2), 311-330.
  43. MacMahon, F. (1994)
  44. Allaire, 1995. Opus cit. P.146
  45. Erikson, E. (1972).
  46. “The variable from our study that best explains the difference between these two marriage types (endogamy and exogamy) is the place where the French speaker first met his (or her) future spouse. Among those who married another French speaker, some 88.9 percent first met their spouse in a place where French was the main language spoken ; by contrast, among those married a non-french speaker, only 18.4 percent met in a place where French was the main language. The specific place, is, in itself, relatively unimportant; its influence depends on its linguistic charcater and its degree of integration.”  (page 75-76). Aunger, E (1993).
  47. O'KEEFE, M (2001) P.5.
  48. Cité dans O’Keefe . Opus cit.
  49. Giles. H ; Y.Bourhis, et D.M Taylor. (1977).  
  50. Ainsi, les auteurs ont tenté d'analyser le concept de vitalité en fonction des facteurs suivant :
    • le statut social des groupes lié à une série de variables de prestige (économique, social, sociohistorique, linguistique).
    • la démographie c’est-à-dire au nombre de membres d'un groupe et leur répartition sur un territoire, le taux de fécondité, la mortalité, l’immigration, l’émigration, l’endogamie et l’exogamie.
    • le contrôle et le support institutionnel associés à chacun des groupes qui renvoient à la mesure dans laquelle un groupe linguistique est représenté de façon formelle et informelle dans les divers établissements d'une nation, d'une région ou d'une communauté.
    L'interaction de ces facteurs crée alors le contexte social et socio-institutionnel dans lequel s'installe la dynamique des relations intergroupes.
  51. Prujiner,A.,D. Deshaies, J.F Hamers, M. Blanc, R. Clément et R. Landry. (1984).
  52. Voir : Bourhis, R., H. Giles, et D. Rosenthal (1981).
  53. Comme le notent Landry et Allard : « l’expérience vécue de ces “réalités objectives” contribue à créer, chez toute personne, un ensemble de croyances ou de perceptions beaucoup plus variées face aux comportements langagiers dans le cas de contextes où les minorités n’ont pas la même langue maternelle que les membres du groupe majoritaire. » p.19. Etudes des relations entre les croyances envers la vitalité ethnolinguistique et le comportement langagier en milieu minoritaire francophone. Réal landry et Rodrigue landry.
  54. Selon le modèle macroscopique du développement bilingue et celui des balanciers compensateurs de ces auteurs, l’enfant issu de couple exogame ne pourra atteindre un bilinguisme de type additif que si, allant à l’école francophone, le français est la langue parlée la moitié du temps ou plus à la maison. La différence avec un enfant issu de famille endogame sera alors inexistence au plan de la compétence langagière. L’enfant subit ainsi un déterminisme social mais aussi une détermination sociale par l’école francophone. Cf. Deuxième partie Chap.II.