Introduction

Suite aux travaux de Heinz Kloss, un des pères fondateurs de ce que certains devaient plus tard appeler glottopolitique, la description de processus d'élaboration linguistique a trouvé une place fixe en sociolinguistique. Le mérite d'avoir vulgarisé les réflexions klossiennes au sein de la Romania et de la philologie romane revient indubitablement à Z. Muljacic, qui s'est attaché, dès les années 1980, à les appliquer à des langues romanes minorées. Toute la recherche entreprise dans ce domaine gravite autour de deux notions proposées par Kloss en 1952 : Ausbau (élaboration) et Abstand (distance). Dans ce courant de la recherche, la perspective comparative est présente dès le début, chez Kloss même, et il n'est donc pas étonnant que ses idées soient à l'origine de nombreuses études visant à éclairer, au moyen de comparaisons, telle ou telle situation de genèse d'une « langue par élaboration » à partir d'une « langue quasi-dialectalisée » , pour ne citer qu'un cas de figure parmi tant d'autres.

D'autres concepts développés par Kloss ont également connu une notoriété internationale, sans pour autant être mis en valeur aussi systématiquement pour des recherches comparatives. C'est ainsi que la « Ausbaukomparatistik » - ou « standardologie comparée » - (cf. Muljacic 1986 : 56) s'est réduite essentiellement à des situations où il n'existe pas (encore) de langue standard, en ne tenant pas compte des situations de pluricentrisme. Celles-ci sont caractérisées par des processus de restandardisation, terme que je propose de réserver à la formation d'une nouvelle variété standard à partir d'une langue standard devenue désuète (ou ressentie comme telle) mais appartenant au même diasystème que celle-ci (cf. Daneš 1988 : 1508).

Pour précieuses qu'elles soient, les études consacrées jusque-là aux langues pluricentriques n'ont guère dépassé le stade de la simple juxtaposition, témoin par exemple l'ouvrage collectif « Pluricentric languages », édité par Michael Clyne en 1992. Sans conteste de grande utilité, les études réunies dans ce volume ne s'inscrivent pas dans un projet de comparaison ni de synthèse globale.

Récemment, Edgar Radtke (1997 : VII) a fait également remarquer la rareté d'études abordant ces processus dans une perspective contrastive : rien de tel à part la monographie de John Earl Joseph (1987).

De ce point de vue, on ne peut que saluer la décision de Didier de Robillard et de Michel Beniamino d'inclure dans le tome 2 du « Français dans l'espace francophone » (Robillard et Beniamino 1996) des travaux consacrés à la comparaison de la francophonie avec l'hispanophonie et l'anglophonie respectivement.

Mais en fait, comment expliquer le nombre réduit d'études adoptant cette orientation? Peut-être faut-il en chercher la raison dans les problèmes méthodologiques. En effet, les données sur lesquelles repose une comparaison standardologique risquent d'être quantitativement et qualitativement hétérogènes. Cela étant, est-on en droit de tenir rigueur à ceux qui ont pris le parti de s'abstenir de travailler dans une optique comparative?

Nous allons voir que dans le cas présent, la base empirique présente également quelques faiblesses, ce qui m'a amené à choisir une formulation prudente pour le titre de cette étude. Aussi ne vise-t-elle pas à entreprendre une analyse diachronique et sychronique fouillée de la situation normative dans le monde hispano- et lusophone, mais tout au plus à fournir quelques éléments censés orienter la recherche future dans ce domaine, en mettant en regard et les aspects historiques et la situation normative actuelle dans ces deux grands espaces linguistiques.

 

Les concepts-clés : standard - norme - norme endogène etc.

L'intérêt pour le phénomène de la diversification de normes linguistiques ne date pas d'hier. Dès les années 1960, des sociolinguistes américains et russes ont abordé ces questions : ceux-ci s'étaient appliqués à compléter la typologie des situations sociolinguistiques et ont créé le terme de variété nationale (cf. Fleischer 1984) pour désigner la modalité d'existence que revêt une langue standard dans un territoire ou pays, ceux-là voulaient décrire la fonction et le statut des langues dans les situations plurilingues. C'est originellement à William A. Stewart (1968) qu'on doit le concept de pluricentrisme. La pluralité des normes a été également évoquée par Coseriu (1980) qui pense que la variation diatopique d'une langue historique s'observe à trois niveaux, celui des « dialectes primaires » (ou historiques; normand, lorrain etc. dans le cas du français; navarro-aragonais, asturien dans le cas de l'espagnol), celui de la langue commune (« dialectes secondaires » ; andalou, variétés de l'espagnol aux Amériques etc; français régionaux) et finalement aussi au niveau de la langue standard, ce qui donne lieu - dans sa terminologie - à des « dialectes tertiaires ».

Si l'on fonde la description sur le concept de langue pluricentrique, définie par Kloss (1978: 66) comme une langue standard dont les différentes modalités géographiques doivent leur existence à la diversité des centres normatifs, on doit d'abord s'entendre sur la signification des termes-clés de ce modèle descriptif, dont standard et norme.

Dans une communauté linguistique monocentrique ou dans les communautés dominantes d'une langue pluricentrique, standard et norme ne posent guère de problèmes, car en règle générale, il s'agit de langues standardisées depuis un certain temps, munies d'instruments de référence (grammaire et dictionnaire normatifs) et dont les locuteurs forment une communauté linguistique au sens où Labov l'entend : en dépit de pratiques langagières variées (= normes objectives), il y a un large consensus quant à la variété la plus prestigieuse, qui n'est remise en question par personne. Celle-ci, qu'on appelle selon les langues et les cultures bon usage, norma, Hochsprache, habla culta, padrão etc., est néanmoins une fiction - ou mieux : un idéal - qui ne correspond au comportement linguistique d'aucun locuteur réel. Elle n'existe pour ainsi dire que sous forme d'approximations ou bien dans les ouvrages de référence.

Généralement, il en va tout autrement des communautés pluricentriques périphériques, caractérisées justement par des incertitudes normatives et par l'absence, dans la plupart des cas, d'un appareil de codification : la norme endogène qui peut s'être formée en concurrence de la norme exogène reste à être explicitée, les locuteurs ne sont souvent pas unanimes à reconnaître l'exemplarité de telle ou telle variété. L'attrait des normes venant de l'extérieur, prestigieuses, en général mieux codifiées et divulguées en exclusivité souvent pendant des siècles, ne disparaît pas du jour au lendemain et contribue fréquemment à maintenir une profonde insécurité linguistique. Les locuteurs, complexés vis-à-vis de la variété qu'ils pratiquent couramment, hésitent, se corrigent, commettent des hypercorrections parce qu'ils perçoivent l'hiatus entre leur propre pratique et les représentations normatives qu'ils ont fait leurs. Dans le cas de l'Amérique hispanophone, Garza (1994 : 344) parle globalement de la « inseguridad en la conciencia metalingüística de muchos de los hispanohablantes de América » ou « de aquellos hispanoamericanos que ante un hablar peninsular sienten cierta incertidumbre de si su propia habla es 'correcta' o no. » Et le lexicographe mexicain Luis Fernando Lara (1996 : 12) s'exprime un peu dans le même sens en évoquant « [...] el sentimiento de 'desvío' que supuestamente padecemos en relación con el español peninsular. ».

Ceux qui interviennent dans une telle situation dans un but d'aménagement linguistique peuvent se servir de plusieurs critères pour saisir ce qui pourrait faire figure de nouvelle variété standard; il s'agit en l'occurrence de rattacher le concept de standard ou de norme à la fonction et/ou au prestige. La première option est ancienne et remonte aux Thèses du Cercle linguistique de Prague : « La distinction de la langue littéraire se fait grâce au rôle qu'elle joue, grâce en particulier aux exigences supérieures qu'elle se voit imposer, en comparaison du langage populaire : la langue littéraire exprime la vie de culture et de civilisation (fonctionnement et résultats de la pensée scientifique, philosophique et religieuse, politique et sociale, juridique et administrative). » (Thèses 1929 : 16; italiques dans le texte).

La deuxième peut être illustrée par la formule choisie en 1977 par l'Association québécoise des professeurs de français pour définir le « français standard d'ici » (= français québécois standard) : c'est « la variété de français socialement valorisée que la majorité des Québécois francophones tendent à utiliser dans les situations de communication formelle » (cité d'après Gagné 1984 : 205). Ici, deux paramètres de variation entrent en jeu pour garantir l'exemplarité : la variation diaphasique (« communication formelle » ) et la variation diastratique (« socialement valorisée »); sur les deux axes la variété en question doit occuper le sommet.

Les termes norme endogène et variété nationale sont les deux côtés d'une même médaille, dans la mesure où il s'agit d'un modèle de langue appelé à servir, à des degrés différents, de référent pour le comportement langagier. Le premier renvoie davantage aux représentations et attitudes des locuteurs, le deuxième met l'accent sur l'existence matériel d'un code linguistique en partie différent. Dans ce domaine, il ne faut surtout pas retomber dans l'erreur qui consisterait à vouloir déterminer une variété nationale rien qu'au départ d'une analyse quantitative des différences structurales : d'une part, il est inadmissible de considérer la variation géographique au seul niveau soutenu (Pöll, 2000) en négligeant d'emblée les rapports souvent forts différents qu'entretiennent les variétés standards et variétés non standards dans les diverses sous-communautés; d'autre part, les variétés nationales - tout comme d'autres variétés 2 - sont en premier lieu le produit de représentations, dont dérive leur efficacité.

 

L'histoire externe du portugais et de l'espagnol américains : de la colonisation jusqu'aux nationalismes du XIXe siècle

La compréhension des principes présidant à la formation de nouvelles normes linguistiques et de leurs fonctionnements actuels suppose la connaissance des faits d'histoire externe de la langue : des conditions extérieures telles que l'éloignement géographique de l'ancienne métropole, l'infrastructure administrative, les réseaux de communication, le poids démographique des anciennes colonies par rapport à la mère patrie déterminent en effet l'éclosion ou non de nouvelles identités linguistiques qui sont en dernier ressort le moteur des mouvements centrifuges en matière de langue. Pour mémoire, nous évoquerons brièvement les jalons historiques les plus importants.

1 Brésil

Découvert en 1500, après avoir attribué au Portugal aux termes du Traité de Tordesillas (1494), le territoire du Brésil ne fait l'objet d'efforts colonisateurs qu'à partir des années 30 du XVIe siècle. On distingue, dans l'histoire coloniale du Brésil, habituellement trois périodes :

La première période, qu'on fait commencer en 1532 et qui se termine sur la déroute des Hollandais en 1654, est marquée par le faible contingent de Portugais sur le sol brésilien et, sur le plan linguistique, par l'emploi généralisé de la língua geral, langue franche à base du tupi (langue indigène), codifiée par les Jésuites à des fins d'évangélisation. La deuxième période, qui se termine en 1808 avec l'arrivée de la famille royale fuyant les invasions napoléoniennes, voit le grand essor de l'économie coloniale : au XVIe siècle, la culture de la canne à sucre attire des colons de toutes les régions du Portugal et donne des impulsions à la traite d'esclaves à grande échelle, puis au siècle suivant, c'est la ruée vers l'or et les diamants. A cette époque, il se forme une koiné coloniale à partir des variétés des colons, avec, comme point de convergence, les variétés du centre-sud de la métropole (Teyssier, 1990 : 78). Dans le courant du XVIIIe et au début du XIXe siècle, les premiers témoignages des spécifités du portugais brésilien (désormais : PB) apparaissent. La língua geral tient le pied ferme jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, mais est en perte de vitesse après la réforme du Marquis de Pombal (1757/58) qui fait du portugais la seule langue de l'enseignement.

Avec l'arrivée de la cour royale en 1808, Rio de Janeiro devient la capitale de tout l'empire. A partir de cette époque, la colonie, essentiellement rurale pendant les siècles précédents et en cela différente des colonies espagnoles, s'urbanise : formation d'une élite intellectuelle, accroissement de la population dans les villes du littoral, fondation du premier établissement d'enseignement supérieur (École supérieure de Chirurgie) en 1808, création de la presse la même année (Elia, 1984 : 65).

L'indépendance du Brésil, proclamée en 1822, permet pour la première fois de poser la question de l'émancipation linguistique. Le débat démarre officiellement en 1826, avec l'intervention d'un député exigeant que les diplômes des médecins soient désormais rédigés en « langage brésilien » (Orlandi/Guimarães, 1998 : 10). Le terme courant à l'époque pour désigner le PB est cependant « langue nationale ». Toutefois, le débat ne prendra de l'ampleur qu'une cinquantaine d'années plus tard, lorsqu'une querelle littéraire oppose le romancier brésilien José de Alencar (1829-1877) à la critique littéraire portugaise qui lui reproche de s'être laissé aller à des incorrections grammaticales dans un roman (« Iracema », 1865) célébrant la couleur locale et la culture indigène. Alencar se défend en invoquant le désir, légitime à ses yeux, d'authenticité et de rénovation. A la fin du XIXe siècle, les tendances ne sont cependant pas à la séparation linguistique, mais à l'auto-affirmation par le biais de la valorisation du portugais classique : plus proche de la langue d'un Camões et par là plus pure, la variété brésilienne est tenue pour supérieure au portugais européen (Pinto, 1992 : 26s). Une véritable remise en question du standard exogène se fait attendre et n'intervient que dans les années 1920 et 1930 avec le courant littéraire du Modernisme s'affranchissant des modèles et tendances littéraires classicistes et de leur langue : on assiste à une véritable flexibilisation de la norme qui, dès lors, s'ouvre au langage familier (Elia, 1994 : 567).

 

2 Amérique hispanophone

L'histoire de la colonisation espagnole de l'Amérique se subdivise en trois étapes : la première (étape dite antillane; 1492-1520) voit l'implantation des Espagnols dans les Antilles et sur les côtes de l'Amérique centrale et est caractérisée par l'extinction de la population indigène, ce qui nécessitera, à partir de 1520, l'importation massive de main-d'œuvre esclave. Dans la période qui va de 1520 à 1531, les Espagnols prennent contact avec la culture des Aztèques et détruisent leur capitale Tenochtitlan pour construire sur son emplacement la ville de México, capitale de la première vice-royauté de la « Nouvelle Espagne », fondée en 1535. À partir de 1531, l'expansion coloniale touche l'empire des Incas, peuple qui domine à l'époque de vastes territoires de la cordillère des Andes. Par la suite, les Espagnols pénètrent de plus en plus dans l'intérieur : en 1542, Lima, fondée en 1535, devient la capitale de la deuxième vice-royauté « Nouvelle Castille ». En 1536, Buenos Aires est fondée (nouvellement fondée en 1580, puisque reprise aux Espagnols par les Indiens), en 1537 Asunción (Paraguay), cinq ans plus tard, c'est le tour de Santiago (Chili). Le territoire de l'actuel Vénézuela est d'abord exploité et administré par la famille patricienne des Welser, puis, leur administration ayant failli, Charles V. reprend en main la colonie en 1546. Jusqu'en 1556, la quasi-totalité des possessions espagnoles sur le continent américain est consolidée - ce qui suivra jusqu'au XIXe siècle, marqué par l'indépendance des pays américains hispanophones, c'est l'exploration progressive de régions difficilement accessibles et l'exploitation proprement dite des terres conquises.

Jusqu'en 1770, la Couronne espagnole n'a pas mené de politique linguistique visant la divulgation de la langue; la devise programmatique de la grammaire de Nebrija (1492) - « siempre la lengua fue compañera del imperio » - n'a pas eu de répercussion directe; au contraire, l'objectif principal affiché étant l'évangélisation, les soldats, prêtres et missionnaires établis dans les colonies apprenaient les langues indigènes et en faisaient les véhicules de la parole de Dieu, sous forme de lenguas generales (langues franches). Un brusque changement intervient avec l'ordonnance de Charles III qui entérine le monopole de l'espagnol dans les colonies. Le modèle linguistique à suivre est celui de la mère patrie, où les décennies précédentes ont vu toute une série d'interventions conscientes sur la langue : la Real Academia Española (RAE), fondée en 1713 à l'instar de l'Académie française, publie entre 1726 et 1739 un dictionnaire normatif en plusieurs volumes. En 1741 sort la première édition d'un traité d'orthographe, et la grammaire de l'Académie devait paraître en 1771. Dans les colonies, le désir croissant d'indépendance politique qui se manifeste au début du XIXe siècle va de pair avec une revalorisation de certains traits de l'espagnol américain. Dès 1805/06, une série d'articles parus dans le journal « Diario de México » montre clairement qu'en dehors d'une identité nationale bien à eux les hispanophones d'Amérique commençaient à réclamer également une identité linguistique propre; ce sont au départ deux particularités phonétiques (et phonologiques) - le seseo et le yeísmo 3 - qui se voient investies d'une charge identitaire (Brumme, 1992 : 388).

Au moment des Indépendances, la RAE devient une institution étrangère dont on n'admet que difficilement l'autorité (Guitarte/Torres, 1974 : 318). Le vide normatif demande à être comblé et deux tendances contradictoires se font jour. D'une part, on procède à la création de sociétés savantes de type « Académie » dans le but de préserver la tradition linguistique héritée d'Espagne, d'autre part, un nationalisme linguistique, particulièrement virulent en Argentine, au Chili et au Pérou, émerge et aboutit à des propositions de réformes radicales. Il convient de signaler notamment la réforme de l'orthographe espagnole réalisée au Chili (où elle restera officielle jusqu'en 1927!) sous l'impulsion de Domingo Faustino Sarmiento, écrivain et homme politique argentin. Au milieu du XIXe siècle le nationalisme linguistique est mis en veilleuse pour un certain temps, grâce à la grammaire du philologue vénézolan Andrés Bello (1781-1865). En valorisant certaines particularités de l'espagnol aux Amériques, dans la mesure où elles sont cautionnées par les locuteurs cultivés, la « Gramática de la lengua castellana, destinada al uso de los americanos » (1847) se situe entre le purisme aveugle de ceux qui conjuraient le spectre de la « babélisation » du monde hispanophone et le nationalisme viscéral d'un Sarmiento. Véritable monument de la grammaticographie de l'espagnol, elle évince complètement la grammaire de l'Académie comme instrument de référence :

« [...] Bello's standard of 'educated' correctness were (sic!) observed rather consistently by Spanish-Americain authors of this period. The New-World literati wrote with confidence. They wrote as Americans, without seeking peninsular approval. The intellectual independence of the New World was no longer an issue for discussion » (Milán, 1983 : 129).

De plus, elle vaut à Bello d'être nommé « membre honoraire » (1851), puis « membre associé » (1861) de la RAE. Par la suite, l'Académie, qui avait toujours cherché à entretenir de bons contacts avec les intellectuels américains, développe sa stratégie de renforcer ces liens en favorisant la création d'Académies associées (Guitarte/Torres, 1974 : 324-326). En dépit des critiques de certains observateurs qui y ont vu le retour à la dépendance intellectuelle et culturelle par rapport à l'ancienne mère-patrie, de nouvelles académies furent créées dans la plupart des pays hispanophones d'Amérique à partir des années 1870. En 1951, lors du Premier Congrès des Académies de la Langue espagnole, un nouveau régime de coopération sous forme d'association a été mis en place pour remplacer la multitude de liens bilatéraux. Cinq ans plus tard, une Commission permanente composée de deux membres espagnols et de trois représentants d'autres pays hispanophones a été créée et fonctionne toujours.

En résumé, on peut donc distinguer grosso modo trois étapes : celle de l'unité (début de la colonisation jusqu'aux Indépendances), celle de la fragmentation ou de la contestation et remise en cause de l'unité (XIXe s.) et finalement la phase du rapprochement (Cahuzac, 1996 : 321s.). Pour les deux dernières, il faut cependant garder à l'esprit que tant la remise en cause que la convergence sont toute relatives, ces étiquettes ne rendant pas compte des attitudes très variées au sein des (sous-)communautés linguistiques concernées.

 

Le pluricentrisme de l'espagnol et du portugais contemporains

Dans son ouvrage déjà cité « Eloquence and Power » , J.E. Joseph a consacré un bref chapitre - deux pages - au phénomène de la pluricentricité; la situation du portugais et de l'espagnol y est décrite en ces termes : « Standard Spanish is [...] polycentric, with individual norms for the continent and for many American countries; Standard Portuguese is bicentric, with a continental and a Brazilian norm » (Joseph, 1987 : 170).

Ce constat - ou mieux : cette hypothèse - nous servira de point de départ pour vérifier le degré de ressemblance, suggérée par la citation, entre la situation du portugais brésilien et les normes de l'espagnol sur le continent américain.

1 Amérique hispanophone

La question est évidemment de savoir comment il faut concevoir et décrire, en conformité avec l'imaginaire linguistique des locuteurs, l'agencement et l'entrelacement des normes linguistiques en Amérique. A quel niveau constituent-elles un système qui permettrait alors de parler soit d'un standard chilien, argentin, péruvien etc., d'un standard des pays du Río de la Plata ou de la zone mexicaine ou bien d'un standard hispano-américain? Il semble bien que les trois niveaux sont pertinents et que, selon la perspective adoptée, il est légitime d'admettre les trois types de normes. Elles correspondent en effet non seulement aux représentations des locuteurs mais aussi, en tout cas pour les premières, à des efforts concrets de codification :

Normes nationales
Tous les pays américains de langue espagnole possèdent une quantité de traits, phonétiques, lexicaux, plus rarement syntaxiques, qui sont dotés de prestige à l'intérieur de leurs frontières étatiques et constituent, avec les formes linguistiques standard non marqués sur le plan diatopique, une exemplarité spécifique. Les différences peuvent être positives (présence d'un trait), négatives (absence) ou fréquentielles. Citons seulement deux exemples : (1) bus au sens d' « autobus » fait partie de l'exemplarité colombienne, mais est absent du standard uruguayen, où l'on désigne le même objet par ómnibus, (2) en Argentine, le voseo 4 envahit même l'écrit formel (Fontanella, 1992a : 150) et évince complètement le tú dans la correspondance personnelle, la publicité et les manuels scolaires (Fontanella, 1992b : 430), en Uruguay il n'a pas le même statut et alterne avec tú (+ formes verbales de la 5e personne; « voseo mixto verbal » ; (Staib, 1993 : 595).

Dans plusieurs pays des linguistes ont manifesté la volonté de voir codifiées les normes endogènes à partir de recherches descriptives, dont celles réalisées dans le cadre du « Proyecto de estudio coordinado de la norma lingüística culta de las principales ciudades de Iberoamérica », projet créé en 1966 pour étudier « el habla culta media (habitual), con referencia a las actitudes formal (habla esmerada) e informal (habla familiar) » dans les grandes agglomérations hispano-américaines et espagnoles (Lope, 1986 : 98). Ainsi, le linguiste chilien Claudio Wagner a proposé l'élaboration d'un dictionnaire complet de l'usage cultivé chilien (Wagner, 1985), projet auquel on n'a pas donné suite 5. A peu près à la même époque, H. Obregón (1987) préconise l'élaboration d'un dictionnaire de l'espagnol standard du Vénézuela. Au Mexique, les efforts ont été couronnés de plus de succès, le premier dictionnaire complet de la variété nationale mexicaine ayant vu le jour dès 1982. En 1996, son auteur a signé un impressionnant « Diccionario del español usual en México » (Lara, 1996).

Normes régionales (ou zonales)
Les normes nationales sont encadrées par des normes régionales qui ont également une efficacité dans l'imaginaire des locuteurs, mais probablement pas au même degré que celles-là. Autrement dit, elles s'apparentent davantage à la vision de norme au sens de ce qui est normal ou perçu comme tel. J. P. Rona est allé encore plus loin en déniant aux normes régionales toute incidence sur le comportement langagier : « Esta clase de norma de grandes regiones no existe, pues [...] desde el punto de vista socio-dialectológico simplemente no actúa. » (Rona, 1973 : 320). N. Cartagena (1997 : 95) a toutefois apporté un bel exemple qui va à l'encontre de cette position puisqu'il illustre très bien la conscience d'une norme couvrant de plus vastes territoires : il cite les traducteurs de Hockett (« A course in modern linguistics ») qui affirment avoir opté pour la variété « que se habla a ambas orillas del Río de la Plata [...] tipo al cual llamaremos 'español rioplatense' » comme langue-cible.

Ni les aires dialectales de l'espagnol en Amérique latine, ni l'extension des variantes géographiques promues au rang d'usage cultivé ne coïncident aujourd'hui exactement avec les états issus des guerres d'indépendance. Pour les variantes soutenues, on relève de larges correspondances au-delà des frontières étatiques, c'est-à-dire que leur distribution permet de postuler de vastes zones qui peuvent englober plusieurs états et/ou aires dialectales (Gauger, 1992 : 517). En effet, les grandes agglomérations urbaines fonctionnent comme centres de rayonnement à la fois pour les pays dont elles sont la capitale et pour les régions ou pays voisins. Selon Gauger (1992 : 518), on peut dégager trois zones avec de grandes villes au centre de chacune : les pays du Río de la Plata avec Buenos Aires, l'Amérique centrale avec pour centre México et la région des Andes où ce sont probablement Bogotá et Lima qui jouent ce rôle. Ces divisions sont largement confirmées par les résultats d'une enquête de dialectologie acrolectale relevant, dans toutes les capitales hispano-américaines, les expressions pour 292 concepts de la vie courante (Moreno de Alba, 1992).

Norme hispano-américaine globale
En dépit de l'évolution historico-politique des pays hispano-américains peu propice à la formation d'une norme hispano-américaine globale (puisque semblable à celle des États-nations européens du XIXe siècle), une telle norme semble se dessiner à l'horizon, du moins dans certains secteurs de la vie.

Avec une certaine prudence - il ne faut pas se tromper sur les objectifs de Bello - la grammaire du maître vénézolan pourrait être considérée comme la première tentative de définir ce que pourrait être une norme couvrant tout le domaine hispano-américain, dans la mesure où elle propose un modèle normalisé de langue cultivée qui s'écarte à de nombreux endroits de celui en vigueur dans la Péninsule ibérique. Il est intéressant de noter que le seseo et le yeísmo ne sont pas évoqués par Bello; dans des travaux antérieurs il les avait vivement condamnés. Elles font aujourd'hui partie de la norme de l'espagnol aux Amériques dans l'imaginaire linguistique des locuteurs américains. Préciser la date à partir de laquelle ces deux traits sont perçus comme standard par l'ensemble des locuteurs américains, indépendamment de la légitimation officielle (consacrée pour le seseo lors du congrès de 1956 de l'Association des Académies), est pourtant une tâche pénible; en dépit du débat du « Diario de México » , il est sans aucun doute exagéré de la reculer au XIXe siècle.

De nos jours, c'est surtout dans deux secteurs qu'une norme hispano-américaine globale se fait jour. C'est d'abord l'enseignement d'espagnol langue étrangère : l'abandon partiel de la norme péninsulaire dans l'enseignement ELE rend nécessaire la création d'une norme pédagogique non péninsulaire. Or, quelle prononciation choisir? Quelle est la « habla culta » qu'on devra privilégier? Dans la réalité, l'espagnol enseigné aux étrangers fera figure de norme plus ou moins neutre qui élimine les caractéristiques trop marquées 6 , telles que l'aspiration ou la chute du [s] en position implosive et le voseo. Par contre, les caractéristiques phonétiques observées dans toute l'Amérique hispanophone (seseo) ou partagées par l'écrasante majorité des locuteurs (yeísmo) en feront partie. Il en va de même pour le lexique : les américanismes généraux standard 7, c'est-à-dire les lexèmes appartenant à la « habla culta » de tous les pays d'Amérique hispanophone, devront être enseignés. En ce qui concerne la morpho-syntaxe, il n'y a probablement que le tratamiento unificado 8 qui serait admis dans cette norme pédagogique.

Le deuxième secteur, ce sont les médias et les industries du spectacle dont les marchés vont en s'internationalisant : la production de films, de téléséries et d'autres produits médiatiques de grande consommation favorise la divulgation, à l'échelle supra-nationale, d'une variété artificielle et neutre d'espagnol, sorte de commun dénominateur, dépourvu de traits régionaux trop marqués pour être accepté par tous les Hispano-Américains et les Espagnols. Selon Gauger (1992 : 519), c'est à l'espagnol cubain de Miami qu'incomberait le rôle de substrat de cette norme neutralisée.

2 Brésil

Si la norme du portugais européen (« português padrão » ) est bien ancrée géographiquement - ce sont les variétés soutenues pratiquées à Lisbonne et à Coimbra qui font figure de modèle (Woll, 1994 : 388) - la « norma culta » brésilienne est plus difficile à cerner dans ses contours et dans sa localisation sur plan géographique. En effet, le projet NURC - prolongement brésilien du « Proyecto coordenado » (voir supra) - et les analyses réalisées à partir du matériel recueilli ont mis en évidence une grande variation au niveau soutenu (cf. Cunha 1985 : 66). Si l'existence d'une norme standard brésilienne est aujourd'hui en principe incontestée, la physionomie et la portée de cette norme sont peu claires (Gärtner, 1997 : 349). Cela s'explique en partie par le fait que les analyses des spécificités du PB ont visé ou le sous-standard ou un soi-disant « brésilien » formant bloc et opposé en tant que tel au portugais standard européen (désormais : PE). Relativement peu d'importance a été attachée au niveaux de langue ou à l'appartenance à la langue écrite ou parlée des traits différenciateurs relevés 9. Dans notre aperçu, nous tenterons par contre de ne relever que ce qui procède des registres les plus formels (écrits et oraux).

Silveira (1969 : 21s.) énumère les 10 points supposés chauds de la discussion sur la norme du portugais brésilien :

  1. régime des verbes exprimant le mouvement [par ex. chegou em São Paulo]
  2. emploi du pronom lhe (complément d'objet indirect) pour le COD
  3. emploi du gerúndio
  4. emploi de certaines formes verbales (conditionnel, imparfait)
  5. position du pronom objet
  6. emploi de l'infinitif conjugué [par ex. para mim fazer]
  7. accord des formes verbales pronominales à valeur passive
  8. accord du sujet (lorsque les donneurs sont multiples)
  9. divers problèmes de régime (pedir para, hora da aula começar), emploi de certaines prépositions
  10. emploi de ter au lieu de haver (dans les constructions impersonnelles)

Un certain nombre des problèmes évoqués par l'auteur constituent soit des problèmes-fantômes soit des cas résolus aujourd'hui. Les numéros (4), (7), (9) sont à ranger dans la première catégorie puisqu'il s'agit de variantes attestées également au Portugal : l'imparfait qui remplace dans la conversation quotidienne le conditionnel (4) est très courant au Portugal et ne fait l'objet d'aucun discours normatif; l'opposition du type vende-se casas - vendem-se casas est un cas litigieux au Portugal aussi et les exemples cités sous (9) sont attestés également dans l'ancienne métropole. Les points (1), (2) et (6) appartiennent à la deuxième catégorie, puisqu'ils sont clairement bannis d'un usage (écrit) formel au Brésil.

Pour le reste, l'appréciation exigerait un commentaire plus nuancé : des constructions comme está falando « il parle (aspect progressif) » pour está a falar constituent des archaïsmes ayant droit de cité dans la norme brésilienne, l'emploi de ter pour haver (10) dans les constructions impersonnelles (tem muita gente pour há muita gente « il y a beaucoup de gens » ) ne fait pas non plus l'objet de correction et est perçu comme parfaitement normal. Reste, en matière de morpho-syntaxe, la position des pronoms objets et quelques faits mineurs.

L'usage brésilien se caractérise en effet par une plus grande liberté de position dans tous les cas où la variété européenne exige tantôt l'antéposition tantôt la postposition au verbe. A l'oral, le portugais brésilien permet même la position initiale des pronoms clitiques : Me desculpe se falei demais « excusez-moi si j'ai trop parlé » . Du reste, on observe une tendance à la position proclitique, reflet de l'ancienne langue.

En voici quelques exemples de collocation typique de la norme brésilienne; ils sont tirés d'un dictionnaire brésilien très utilisé et officiellement approuvé pour l'enseignement secondaire (Biderman, 1992) :

(1) Você precisa me dar um pouco de tempo (s.v. dar) (PE : ... precisa dar-me ...)
(2) ... a vida da atriz se chocava com os padrões (s.v. decência) (PE : chocava-se)
(3) ... não quer mais se casar com este rapaz (s.v. definitivo) (PE : se quer mais casar)
(4) Um temporal se armava em direção do mar ... (s.v. armar) (PE : armava-se)
On peut classer parmi les divergences grammaticales mineures la préférence du PB pour l'omission de l'article défini devant les noms de personnes et les adjectifs possessifs (les exemples suivants proviennent également de Biderman (1992) :

(5) Meu irmão trabalha na fábrica de massas (s.v. fábrica) (PE : O meu irmão...)
(6) João me desafiou para um jogo de xadrez (s.v. desafiar) (PE : O João desafiou-me ...)

En matière de pragmatique - domaine ignoré par Silveira, tout comme les suivants -, le PB présente la plus grande divergence dans les formes d'adresse : au système à trois articulations du PE (tu - você - o senhor/a senhora) s'oppose un système à deux (você - o senhor/a senhora) en PB.

On ne s'étonne pas que le lexique d'une langue transplantée sur un autre continent présente de nombreuses différences; par rapport à l'usage européen, il s'agit, pour la plupart, d'innovations lexicales. Cette catégorie subsume également les emprunts aux langues indigènes, qui désignent surtout des realia (faune : piranha « piranya » , urubu « vautour » ; flore : jacarandá « palissandre » , abacaxi « ananas » , mandacaru « type de cactus » ; toponymie : Ipanema, Iguaçú, Ceara; éléments de la civilisation des esclaves noirs : senzala « cabane d'esclaves » , samba, moleque « petit garçon » etc.). Les innovations lexicales et sémantiques - ou tout simplement des choix lexicaux divergents - s'enregistrent dans tous les domaines du lexique commun; à titre d'exemples : br. bonde - pt. eléctrico « tramway » , br. trem - pt. comboio « train, chemin de fer » , br. terno - pt. fato « costume pour hommes » , br. açougue - pt. talho « boucher » , br. subjuntivo - pt. conjuntivo; br. sorvete - pt. gelado « glace » , br. garçom - pt. criado « serveur » ; br. inclusive - pt. inclusivamente; br. Ministério de Relações Exteriores - pt. Ministério dos Negócios Estrangeiros, br. AIDS - pt. SIDA; br. cachorro « chien » - pt. cachorro « petit chien » etc. (pour d'autres exemples voir Baxter, 1992 : 27 ; Biderman, 2001).

Au contraire de textes hispano-américains, un texte écrit au Brésil révèle son origine à l'œil nu en raison de règles orthographiques différentes : les divergences, qui apparaissent après l'indépendance du Brésil, ont fait l'objet de nombreuses tentatives de réforme 10 en vue d'une uniformisation depuis le début du siècle dernier, mais jusque-là toutes ont plus ou moins échoué. Le dernier accord en date (1990) attend toujours sa ratification, ce qui fait que les différences continuent d'exister - parfois, les divergences orthographiques vont de pair avec une prononciation différente : (1) br. prêmio [e] - pt. prémio [E]; (2) br. fato [t] - pt. facto [kt]; (3) br. elétrico - pt. eléctrico; (4) br. adotar - pt. adoptar; (5) br. lingüístico - pt. linguístico; (6) br. dezembro - pt. Dezembro; (7) br. julho - pt. Julho.

Le domaine de la prononciation est celui où les contours de la norme brésilienne restent les plus flous. Relevons pour le moment ce qui est commun à la quasi-totalité des locuteurs brésiliens 11 (norme statistique) : conservation du timbre des voyelles prétoniques, non-centralisation de -a en position finale et réduction de -e dans la même position à [i], vocalisation de -l final. Encore dans le domaine du consonantisme, il convient de relever la palatalisation de [t] et [d] devant [i] (cidade « ville » [sidadJi], tio « oncle » [tSiu]) dans une grande partie du Brésil et l'articulation de /s/ et /z/ en position implosive : la prononciation palatale (« chiamento » ) est considérée comme typique de Rio de Janeiro mais s'observe également dans d'autres régions du pays (régions littorales surtout). A l'exclusion du « chiamento » , la prononciation de Rio de Janeiro a été déclarée correcte pour le chant lors du « Primeiro Congresso da Língua Nacional Cantada » (Anais, 1938); presque vingt ans plus tard, le « Primeiro Congresso Brasileiro da Língua Falada no Teatro » (1956; Anais, 1958) accepte les deux variantes 12. C'est en général la variété de Rio de Janeiro, ancienne capitale avant que le siège du gouvernement ne soit transféré à Brasília en 1960, qui bénéficie du plus grand prestige. Les variantes de Rio ne se sont pourtant pas imposées dans tout le Brésil, ni même dans les médias.

Ajoutons que la plupart des phénomènes grammaticaux mentionnés comme appartenant aux registres formels - et d'autres encore - sont proposés explicitement comme norme pédagogique dans l'enseignement tant du portugais langue maternelle que du portugais (brésilien) langue étrangère (Bierbach, 1998).

 

Attitudes et représentations : le poids des normes endogènes en Amérique hispanophone et la position de la RAE

Jusque-là nous n'avons guère évoqué les représentations de la norme chez les locuteurs hispano-américains et brésiliens. Le recensement des enquêtes menées dans ce sens fait apparaître un grand déséquilibre entre les deux langues : s'il existe un certain nombre de sondages visant à éclairer l'imaginaire linguistique des locuteurs hispano-américains, la langue portugaise semble un terrain presque entièrement en friche à cet égard.

Dans le domaine hispanophone, nous disposons des enquêtes de Alvar (1981, 1982, 1983) pour le Guatemala, le Puerto Rico et Santo Domingo respectivement, de celle de Alvar/Quilis (1984) sur Cuba, de Solé (1992) pour l'Argentine et, plus récemment de l'enquête de Bentivoglio/Sedano (1999) sur les attitudes vis-à-vis de plusieurs variétés de l'espagnol, y compris la péninsulaire.

Les résultats de ces enquêtes sont assez hétérogènes, fait imputable pour une bonne partie aux différentes conditions de terrain, à l'échantillon et aux dispositifs et conceptions des enquêtes. Dans les grandes lignes, les diverses enquêtes de Alvar ont mis au jour un grand prestige de la norme péninsulaire; ainsi, au Guatemala deux enquêtés sur trois attribuent plus de prestige à norme péninsulaire 13 (Alvar 1981 : 398), à Cuba les enquêtés sont 60,5 % à privilégier celle-ci (Alvar/Quilis, 1984 : 237), à Santo Domingo ce taux est encore de 50 % (Alvar, 1983 : 229). À Puerto Rico pourtant, seulement 34,2 % des enquêtés souscrivent à ce point de vue (Alvar, 1982 : 8).

Les parties de l'enquête de Solé qui nous intéressent le plus ici sont (a) les questions ayant trait aux instances de codification et (b) celles visant à révéler le prestige attribué à la variété standard argentine et à la variété standard péninsulaire. Quant aux instances de codification, une majorité des enquêtés (79 %) pensent que c'est à la « Academia Argentina de Letras » que doit incomber la compétence de légiférer en matière linguistique, contre seulement 8 % qui préféreraient que cette compétence relève de la RAE (Solé 1992 : 802). Les opinions au sujet du prestige sont également assez claires, quoique un peu mois nettes : placés devant l'alternative d'accorder plus de prestige à la norme péninsulaire ou à la norme argentine, les enquêtés privilégient légèrement leur propre norme (40 % accordent plus de prestige à la norme argentine, contre 39 % pour qui la norme péninsulaire est plus prestigieuse). Lorsqu'il s'agit d'établir une hiérarchie des pays hispanophones (sans l'Argentine) selon la qualité de la langue, les enquêtés mettent au premier rang l'Espagne (40 %), suivie de la Colombie (13 %), du Mexique (10 %) et du Pérou (7 %).

L'enquête la plus récente (Bentivoglio/Sedano, 1999) a mis au jour des attitudes convergentes quant à la valorisation de la propre variété, mais divergentes en ce qui concerne le prestige attribué à l'espagnol péninsulaire. Les auteures avaient invité 110 témoins appartenant aux couches cultivées (bacheliers et diplômés d'université) de la ville de Caracas et 100 individus madrilènes (de même niveau de formation) à évaluer différentes variétés d'espagnol en termes de qualité et de prestige. Nous nous bornerons à une brève synthèse des résultats :

  1. Interrogés sur la variété dans laquelle un message extraterrestre devrait être formulé, 26 % des Caraquiens choisiraient la leur; la variété de Buenos Aires vient en deuxième position (14 %), suivie de celle de Bogotá (13 %). Seulement 2 % choisiraient l'espagnol de Madrid. Du côté des Madrilènes les choix sont plus clairs, ils sont 74 % à préférer la leur.
  2. Quand on leur demande de décider laquelle des variétés proposées est la plus harmonieuse, 24 % des Caraquiens optent pour la leur, 30 % pour celle de Bogotá. Les habitants de Madrid favorisent leur propre variété (24%) et attribuent la deuxième place à celle de Séville/Las Palmas (28 %).
  3. Devant le choix d'une variété unique pour tout l'espace hispanophone, 38 % choisiraient la leur, 16 % optent pour la variété de Bogotá; aucun témoin ne mentionne l'espagnol de Madrid. Les Madrilènes sont 74 % à voir leur espagnol assumer ce rôle.
  4. Quelle est la variété préférée pour doubler les films en langue étrangère? 58 % des témoins de Caracas optent pour la leur, personne d'entre eux ne mentionne l'espagnol de Madrid, tandis que cette variété est préférée par 83 % des Madrilènes.

Dans le deuxième volet de l'étude, les témoins ont été invités à identifier différents spécimens de parole enregistrés; il s'agissait de sept variétés différentes. Après quoi, on leur demandait de les évaluer en termes de goût personnel (« me plaît/ne me plaît pas »). Dans la tâche d'identifier les différentes variétés, les Caraquiens atteignent des scores qui dépassent largement ceux des Espagnols, du moins en ce qui concerne l'identification des variétés hispano-américaines et l'espagnol de Madrid (reconnu par 80 % des témoins). Quant à l'appréciation esthétique, les données recueillies dans ce deuxième volet ne diffèrent pas sensiblement de celles du premier volet : pour l'essentiel, les Vénézolans favorisent leur propre variété (25 %) et celle de Bogotá (33 %); chez eux, l'espagnol de Madrid ne remporte que 7 % des voix.

Comment interpréter globalement ces données? Il ne semble pas qu'on puisse se ranger d'emblée à l'avis de Gauger (1992 : 518) qui constate aucun complexe d'infériorité chez les Hispano-Américains et qui affirme même qu'ils considéreraient leur propre usage comme neutre et l'espagnol péninsulaire comme déviant. A l'autre extrême de l'éventail des opinions sur la question se trouve E. Coseriu qui observe dans l'hispanophonie un scénario où l'espagnol péninsulaire garde tout son prestige, ce qui entraînerait, entre autres, l'accomodation des locuteurs hispano-américains : « Un hispanoamericano culto, si sabe que tal o cual expresión es peculiar de su país o de su región [...], la evita al hablar en el nivel panhispánico (aun en Hispanoamérica) y emplea en su lugar la expresión propia del español de España, que considera de uso general » (Coseriu, 1990 : 74). A en croire Coseriu, il existerait dans l'imaginaire linguistique des locuteurs de l'espagnol une supra-norme qui correspond grosso-modo à la norme péninsulaire 14. Dans cette optique, l'espagnol est une langue essentiellement monocentrique qui s'ouvre, au niveau national, aux régionalismes.

Telle est à peu près la position actuelle de la RAE qui est en effet de plus en plus encline à respecter les variétés non péninsulaires en en tenant compte dans ses efforts de fournir les critères de correction linguistique. Lebsanft (1998, 261) parle dans ce contexte d'une norme alimentée par le pluricentrisme et illustre ce point de vue par des exemples d'ordre phonétique (légitimité reconnue au seseo et au yeísmo), orthographique (tendance à respecter l'orthographe adoptée par les pays hispano-américains pour les emprunts), morphosyntaxique et lexicographique. Les plans morphosyntaxique et lexicographique méritent des remarques plus détaillées : en ce qui concerne la codification de la morpho-syntaxe, la grammaire de Alarcos Llorach (1994), publiée sous les auspices de la RAE, affirme reconnaître l'existence de plusieurs « normas cultas » , mais n'arrive pas à démontrer les rapports qu'elles entretiennent avec la norme pan-hispanique (Lebsanft, 1998 : 266). L'analyse de González de Sarralde (1997, : 105s.) a en plus relevé d'apparentes contradictions. Ainsi, si le loísmo, c'est-à-dire une variante grammaticale qui passe pour être typiquement hispano-américaine, est seul recommandé, le voseo est présenté comme un « uso diferente » qui ne semble pas mériter d'explications quant à ses différents types et statuts sociolinguistiques.

Dans le domaine du lexique, on constate non seulement que le nombre d'américanismes (généraux et spécifiques de tel ou tel pays) admis à figurer dans son dictionnaire (DRAE) est monté en flèche - une comparaison de la 19e (1970) avec la 21e édition (1992) le prouve (Lebsanft, 1998 : 270) -, mais qu'elle admet, depuis l'édition de 1992, qu'il existe des espagnolismes 15 : 12 définitions de lexèmes portent la marque diatopique « Esp. » , signalant de la manière que ces acceptions ne font pas partie de l'espagnol universel 16. Cela signifie que désormais un mot d'usage général en Espagne ne fait pas nécessairement partie de la supra-norme (cf. Lebsanft 1998 : 270) que l'Académie est officiellement autorisée à définir. Ce pas en avant mériterait effectivement le qualificatif de révolutionnaire, si la pratique du marquage correspondait à l'intuition des locuteurs non péninsulaires. Or, il est plus que probable que, d'un point de vue hispano-américain, de nombreux espagnolismes échappent au marquage. Citons, à titre d'exemple, ordenador « ordinateur » , qui ne prend pas de marque diatopique bien qu'il soit d'usage généralisé en Espagne et inusuel en Amérique hispanophone, où l'on préfère computador(a). En conséquence, il est quelque peu prématuré de conclure, comme le fait Lebsanft (1998 : 271), à l'abandon définitif, de la part de l'Académie, d'un modèle de supra-norme pan-hispanique 17 basée sur la norme péninsulaire.

 

Et le Brésil dans tout cela ? (en guise de conclusion)

Comme nous l'avons déjà dit, des enquêtes semblables n'existent pour ainsi dire pas pour le portugais, ni au Portugal, ni au Brésil. Faut-il expliquer cet état de chose par les évolutions différentes de la linguistique dans ces pays ou s'agit-il d'un simple hasard dû peut-être à des goûts personnels d'une génération de chercheurs? Je ne pense pas que l'un et l'autre chef d'explication ne soient pertinents et formulerai plutôt l'hypothèse suivante : tant l'existence d'enquêtes menées dans les pays hispanophones - et plus encore : l'hétérogénéité de leurs résultats - que l'absence d'études de ce type en lusophonie (et ailleurs) sont le reflet de la situation (socio-)linguistique dans ces pays. Si tel était le cas on pourrait conclure à un relatif équilibre au niveau des différentes normes dans la lusophonie, alors que le pluricentrisme du monde hispanophone serait davantage asymétrique.

En effet, il semble bien que la norme du portugais brésilien a une assise plus solide que les normes nationales de l'espagnol aux Amériques, c'est-à-dire que le référent linguistique - pour reprendre un terme du linguiste québécois J.-D. Gendron (1986) - est davantage un référent interne : le Brésilien soucieux de correction linguistique n'a pas besoin de chercher l'étalon de l'autre côté de l'Atlantique, l'Hispano-américain n'est pas dans la même situation et ne saurait ignorer la référence offerte par la RAE.

Si par le passé les avocats d'une norme unique pour le portugais n'ont pas manqué (par ex. Melo, 1971), il est aujourd'hui devenu illusoire de prôner l'unité de la norme du portugais, malgré les incontestables convergences au niveau formel écrit. La position modérée dans ce domaine est représentée aujourd'hui par la « Nova Gramática do Português Contemporâneo » de L. F. Lindley Cintra et Celso Cunha; le collectif luso-brésilien se propose de « mostrar a superior unidade da língua portuguesa dentro da sua natural diversidade » et donne « uma acurada atenção [...] às diferenças [...] sobretudo às que se observam entre a variedade nacional europeia e a americana » . (Cunha/Cintra,7 1990 : XIVs.)

En dépit de nombreuses critiques adressées à la RAE - l'intellectuel hispano-américain qui se respecte se doit de dénoncer le soi-disant impérialisme linguistique de cette institution ... - celle-ci reste un facteur important pour assurer une certaine unité à la norme de l'espagnol. Rien de tel en lusophonie : il n'existe aucune institution normative commune qui puisse se faire fort d'assumer le rôle que la RAE joue dans les pays hispanophones pour les raisons historiques que nous avons évoquées. Dans la lusophonie, les activités normalisatrices communes restent épisodiques et sont depuis sa création en 1996 un des objectifs de la « Comunidade de Países de Língua Portuguesa » (CPLP).

Le pluricentrisme du portugais constitue donc un bel exemple de la diversification de la norme sans que cela entraîne nécessairement une « babélisation » , tant il est vrai que l'intercompréhension entre Portugais et Brésiliens est totale au niveau soutenu. Par ailleurs, une enquête menée en 1983 auprès de 653 témoins brésiliens appartenant à toutes les couches sociales pour connaître leur auto-catégorisation linguistique a clairement démontré que la majeure partie des locuteurs brésiliens - au moins 85 % - ont une conscience assurée de parler portugais ou une variété de portugais (Pinto, 1992 : 14).

Reste à déterminer dans quelle mesure nous avons affaire à un pluricentrisme symétrique ou asymétrique, au sens où Clyne (1993 : 3-4) entend ces termes. Le cas des normes de l'espagnol ne fait aucun doute : la norme de l'espagnol péninsulaire reste dominante dans le mesure où elle est mieux codifiée et fournit la base d'une norme supra-nationale 18. Quant à la diffusion (comme langue étrangère) l'espagnol hispano-américain échappe pourtant au sort auquel sont vouées bien des variétés dominées. C'est surtout aux Etats-Unis, mais aussi en Europe, que la norme-cible de l'enseignement ne coïncide pas avec le modèle de la RAE. Au point de vue attitudinal, le prestige accordé aux variétés hispano-américaines est avant tout un prestige latent, à moins que les locuteurs de la variété dominante ne les rejettent pas carrément dans l'enfer dialectal. S'il y a accomodation, elle est uni-directionnelle et se fait, paraît-il, de façon privilégiée vers la variété péninsulaire.

La situation du portugais est bien différente à cet égard : non seulement le portugais brésilien possède des instruments de codification - mentionnons pour le lexique les dictionnaires « Aurélio » (Ferreira, 1999 ; 11975) et « Houaiss » (2001) -, il est aussi pleinement assumé par les locuteurs. Dans l'enquête précitée, une partie insignifiante des locuteurs évoque une différence de qualité entre le portugais brésilien et le portugais de Portugal. Dans une conversation avec un Portugais, il est inconcevable qu'un locuteur brésilien s'efforce de se rapprocher du modèle linguistique de son interlocuteur ou de le rejoindre.

Cela ne signifie pas pour autant que l'on est en présence d'un pluricentrisme symétrique. Le scénario mérite peut-être le qualificatif de bi-asymétrique, car les attitudes typiques des locuteurs de variétés dominantes se notent dans les deux communautés : la norme brésilienne est partiellement remise en cause par les locuteurs portugais et vice versa. Dans une bien moindre mesure, cette situation caractérise aussi le rapport entre les variétés nationales de l'Amérique hispanophone et la péninsulaire.


Références

ALARCOS Llorach, Emilio. 1994. Gramática de la lengua española. Madrid : Espasa Calpe.

ALVAR, Manuel. 1981. Español, castellano, lenguas indígenas (Actitudes lingüísticas en Guatemala sudoccidental, in GECKELER, Horst et al. éds., Logos Semantikos. Vol. 5. Berlin/New York/Madrid : de Gruyter/Gredos, pp. 393-406.

ALVAR, Manuel. 1982. Español e inglés. Actitudes lingüísticas en Puerto Rico, Revista de Filología Española LXII, pp. 1-38.

ALVAR, Manuel. 1983. Español de Santo Domingo y español de España : análisis de unas actitudes lingüísticas, Lingüística Española Actual V, pp. 225-239.

ALVAR, Manuel et QUILIS, Antonio. 1984. Reacciones de unos hablantes cubanos ante diversas variedades del español, Lingüística Española Actual VI, pp. 229 - 265.

ANAIS do Primeiro Congresso da Língua Nacional Cantada, São Paulo. 1938.

ANAIS do Primeiro Congresso Brasileiro de Língua Falada no Teatro. Realizado em Salvador, no quadro das comemorações do X aniversário de criação da Universidade da Bahia, de 5 a 12 de setembro de 1956. Rio de Janeiro : Min.da Educação e Cultura, 1958.

BAXTER, Alan N. 1992. Portuguese as a pluricentric language, in CLYNE, Michael, éd. Pluricentric languages : differing norms in different nations. Berlin/New York : Mouton de Gruyter, pp. 11-43.

BENTIVOGLIO, Paola et SEDANO, Mercedes. 1999. Actitudes lingüísticas hacia distintas variedades dialectales del español latinoamericano y peninsular, in PERL, Matthias et PÖRTL, Klaus, éds. Identitad cultural y lingüística en Colombia, Venezuela y en el Caribe hispánico. Actas del II Congreso Internacional del CELA. Universidad de Maguncia, 23 - 27 junio de 1997 Tübingen : Niemeyer, pp. 135-159.

BIDERMAN, Maria Tereza Camargo. 1992. Dicionário contemporâneo de português. Petrópolis : Vozes.

BIDERMAN, Maria Tereza Camargo. 2001. O Português Brasileiro e o Português Europeu : identitade e contrastes. Revue belge de philologie et d'histoire, 79/3, pp. 963 - 975.

BIERBACH, Mechthild. 1998. Padrão e subpadrão em gramáticas e obras didáticas da língua portuguesa no Brasil, in GROSSE, Sybille et ZIMMERMANN, Klaus, éds. 'Substandard' e mudança no português do Brasil. Frankfurt : TFM, pp. 489-526.

BRUMME Jenny . 1992. Spanisch : Sprachbewertung/Lingüística y valoración. LRL VI/1, pp. 379-396.

CAHUZAC Philippe. 1996. Badumes, standards, normes. La situation en Amérique hispanique. La Bretagne linguistique 10, pp. 309-318.

CARTAGENA, Nelson . 1997. Zur Problematik der Standardisierung tertiärer Dialekte : das schwere Erbe der spanischen Sprach-, Sozial- und Einwanderungspolitik in Kolonialamerika. In MATTHEIER, Klaus et RADTKE, Edgar, éds. Standardisierung und Destandardisierung europäischer. Nationalsprachen Frankfurt etc : Lang, pp. 87-102.

CLYNE, Michael. 1993. Die österreichische Nationalvarietät des Deutschen im wandelnden internationalen Kontext. In MUHR, Rudolf, éd. Internationale Arbeiten zum österreichischen Deutsch und seinen nachbarsprachlichen Bezügen. Wien : Hölder-Pichler-Tempsky, pp. 1-6.

COSERIU, Eugenio. 1977. 'Historische Sprache' und 'Dialekt'. In GÖSCHEL Joachim et IVIC Pavle et KEHR, Kurt, éds. Dialekt und Dialektologie. Ergebnisse des internationalen Symposions 'Zur Theorie des Dialekts'. Marburg/L. 5. - 10. Sept., Wiesbaden 1980, pp. 106-122.

COSERIU, Eugenio. 1990. El español de América y la unidad del idioma. In Facultad de Filología/Universidad de Sevilla, éd. I simposio de filología iberoamericana. Sevilla, 26 al 30 de marzo, Zaragoza : Pórtico, pp. 43-75.

CUNHA, Celso. 1985. A questão da norma culta brasileira. Rio de Janeiro : Tempo Brasileiro.

CUNHA, Celso et CINTRA, Luis F. Lindley. 1990. Nova Gramática da Língua Portuguesa. Lisboa : Sá da Costa.

DANEŠ, František. 1988. Herausbildung und Reform von Schriftsprachen. In AMMON, Ulrich, DITTMAR, Norbert et MATTHEIER, Klaus J., éds. Sociolinguistics/Soziolinguistik. An International Handbook of Science of Language and Society. Vol. 2. Berlin/New York : de Gruyter, pp. 1506-1516.

DICIONÁRIO HOUAISS DA LÍNGUA PORTUGUESA. Rio de Janeiro : Ed. Objetiva, 2001.

ELIA, Sílvio. 1984. Aspects sociolinguistiques du portugais du Brésil. In BOUVIER, Jean-Claude, éd. Actes du XVIIe Congrès international de linguistique et philologie romanes. Vol. 5 Aix : Université de Provence, pp. 61-72.

ELIA, Sílvio. 1994. Portugiesisch : Brasilianisch. O português do Brasil. LRL V/1, pp. 559 - 575.

ESTRELA, Edite. 1993. A Questão Ortográfica. Reforma e Acordos da Língua Portuguesa. Lisboa : Notícias.

FERREIRA, Aurélio Buarque de Holanda. 2001. Novo Aurélio Século XXI : o dicionário da língua portuguesa. 3a edição totalmente revista e ampliada. Rio de Janeiro (1975).

FLEISCHER, Wolfgang. 1984. Zum Begriff 'nationale Variante einer Sprache' in der sowjetischen Soziolinguistik. Linguistische Arbeitsberichte. 43, pp. 63-73.

FONTANELLA de Weinberg, María Beatriz. 1992a. El español de América. Madrid : Mapfre, 1992.

FONTANELLA de Weinberg, María Beatriz. 1992b. La estandardización del español bonaerense. In LUNA TRAILL, Elizabeth, éd. Scripta philologica in honorem Juan M. Lope Blanch. Vol. II. México : Universidad nacional autónoma de México, pp. 425-437.

GAGNÉ, Gilles. 1984. La norme du français dans les écoles du Québec. In BIBEAU, Gilles, éd. L'éducation et le français au Québec. Actes du Congrès Langue et société au Québec : Tome IV. Québec : Éditeur officiel du Québec, pp. 201-220.

GARZA, Cuarón Beatriz. 1994. Sobre el sentir del español americano. Divergencias en la conciencia lingüística en Europa y América. In ALONSO, Alegría, GARZA, Beatriz et PASCUAL, José A. éds. II Encuentro de lingüistas y filólogos de España y México. Salamanca 1991. Salamanca : Junta de Castilla y León/Ediciones Universidad, pp. 331-346.

GÄRTNER, Eberhard. 1997. Entstehung und Entwicklung der europäischen und der brasilianischen Varietät des Portugiesischen. In BRIESEMEISTER, Dietrich et SCHÖNBERGER, Axel, éds. Portugal heute. Politik - Wirtschaft - Kultur. Frankfurt/M. : Vervuert, pp. 335-352.

GAUGER, Hans-Martin. 1992. Sprachbewußtsein im spanischen Lateinamerika. In REINHARD, Wolfgang et WALDMANN, Peter, éds. Nord und Süd in Amerika. Gemeinsamkeiten - Gegensätze - Europäischer Hintergrund. Vol. 1, Freiburg : Rombach, pp. 506-520.

GENDRON, Jean-Denis. 1986. Existe-t-il un usage lexical prédominant à l'heure actuelle au Québec? In BOISVERT, Lionel, POIRIER, Claude et VERREAULT, Claude, éds. Lexicographie québécoise. Bilan et perspectives. Québec : Presses de l'Université Laval, pp. 89-101.

GONZÁLEZ DE SARRALDE, Alicia. 1997. Die Real Academia Española im Verhältnis zu den tertiären Dialekten des Spanischen. In MATTHEIER, Klaus et RADTKE, Edgar, éds. Standardisierung und Destandardisierung europäischer Nationalsprachen. Frankfurt etc : Lang, pp. 103-109.

GUITARTE, Guillermo L. et TORRES Quintero, Rafael. 1974. Linguistic Correctness and the role of the Academies in Latin America. In FISHMAN, Joshua A. éd. Advances in Language Planning. The Hague/Paris : Mouton, pp. 315-368.

JOSEPH, John Earl. 1987. Eloquence and Power. The Rise of Language Standards and Standard Languages. London : Francis Pinter.

KLOSS, Heinz. 1978. 1952. Die Entwicklung neuer germanischer Kultursprachen seit 1800. Düsseldorf : Schwann.

LARA, Luis Fernando. 1996. Diccionario del español usual en México. México : Colegio de México.

LEBSANFT, Franz. 1998. Spanische Sprachkultur : Monozentrisch oder plurizentrisch. In GREULE, Albrecht et LEBSANFT, Franz, éds. Europäische Sprachkultur und Sprachpflege. Akten des Regensburger Kolloquiums, Oktober 1996. Tübingen : Narr, pp. 255 - 276.

LOPE Blanch, Juan M. 1986. El estudio del español hablado culto. Historia de un proyecto. México : Universidad nacional autónoma de México.

LOPE Blanch, Juan M. 2002. De nuevo sobre españolismos léxicos. In PÖLL, Bernhard et RAINER Franz, éds. Vocabula et vocabularia. Études de lexicologie et de métalexicographie romanes en l'honneur du 60e anniversaire de Dieter Messner. Francfort, etc. : Lang, pp. 221 - 229.

MELO, Gladstone Chaves de. 1971. A unidade da língua-padrão. Boletim da Sociedade de Língua portuguesa, 22, pp. 2-16.

MILÁN, William G. 1983. Contemporary Models of Standardized New World Spanish : Origin, Development, and Use. In COBARRUBIAS, Juan et FISHMAN, Joshua A. éds. Progress in Language Planning. Berlin/New York/Amsterdam : Mouton, pp. 121-144.

MORENO DE ALBA, José G. 1992. Léxico de las capitales hispanoamericanas : propuesta de zonas dialectales. Nueva Revista de Filología Hispánica. 40, 2, pp. 575-597.

MORENO DE ALBA, José G. 1996. Sobre la posible ejemplaridad panhispánica del español de América. In ARJORA, Marina et al. éds. Actas del X Congreso Internacional de la Asociación de Lingüística y Filología de la América Latina. México : UNAM, pp. 872-876.

MULJACIC, Žarko. 1986. L'enseignement de Heinz Kloss modifications, implications, perspectives. Langages. 83, pp.53-63.

NOLL, Volker. 1999. Das brasilianische Portugiesisch. Herausbildung und Kontraste. Heidelberg : Winter.

OBREGÓN Muñoz, Hugo. 1987. Nota en torno a la elaboración de un diccionario del español estándar de Venezuela. Anuario de Lingüística Hispánica. Valladolid, 3, pp. 143-159.

ORLANDI Puccinelli, Eni et GUIMARÃES, Eduardo. 1998. La formation d'un espace de production linguistique. La grammaire au Brésil. Langages, 130, pp. 8-27.

PINTO Pimentel, Edite. 1992. A língua escrita no Brasil. São Paulo : Ática.

PÖLL, Bernhard. 2000. Plurizentrische Sprachen im Fremdsprachenunterricht am Beispiel des Französischen . In BÖRNER, Wolfgang et VOGEL, Klaus, éds. Normen im Fremdsprachenunterricht. Tübingen : Narr, pp. 51 - 63.

RADTKE, Edgar. 1997. Einleitung. In MATTHEIER, Klaus et RADTKE, Edgar, éds. Standardisierung und Destandardisierung europäischer Nationalsprachen. Frankfurt, etc. : Lang, pp. VII - IX.

ROBILLARD, Didier et BENIAMINO, Michel, éds. 1996. Le français dans l'espace francophone. Description linguistique et sociolinguistique de la francophonie. Vol. 2. Paris : Champion.

RODRIGUES, Ayron Dall'Igna. 1968. Problemas relativos à descrição do português contemporâneo como língua padrão no Brasil. In Actas do Primeiro Simpósio Luso-Brasileiro sobre a língua portuguesa contemporânea. Coimbra, 41 - 60.

RONA, José Pedro. 1973. Normas locales, regionales, nacionales y universales en la América española. Nueva Revista de Filología Hispánica. 22, pp. 310-321.

SCOTTI-ROSIN, Michael. 1983. 'El español fuera de España' als didaktisches Problem. Neusprachliche Mitteilungen, 36, pp. 153-158.

SILVEIRA, Olmar Guterres da. 1969. Norma gramatical brasileira. In II Simpósio de língua e literatura portuguesa de 15 a 27 de janeiro de 1968. Rio de Janeiro : Edições Gernasa, pp. 17-22.

SOLÉ, Carlos A. 1992. Actitudes lingüísticas del bonaerense culto. In LUNA TRAILL, Elizabeth, éd. Scripta philologica in honorem Juan M. Lope Blanch. Vol. II. México : Universidad nacional autónoma de México, pp. 773-822.

STAIB, Bruno. 1993. Der sprachnormative Diskurs in Hispanoamerika im 19. und 20. Jahrhundert. In SCHMITT, Christian, éd. Grammatikographie der romanischen Sprachen. Akten der gleichnamigen Sektion des Bamberger Romanistentages, 23.-29.1.1991. Bonn : Romanistischer Verlag, pp. 583-602.

STEWART, William A. 1968. A sociolinguistic typology for describing national multilingualism. In FISHMAN, Joshua A., éd. Readings in the Sociology of Languages. The Hague/Paris/New York : Mouton, pp. 531-545.

TEYSSIER, Paul. 1976. Manuel de langue portugaise: Portugal-Brésil. Paris : Klincksieck.

TEYSSIER, Paul. 1990. História da Língua Portuguesa. Lisboa : Sá da Costa.

THÈSES, du Cercle Linguistique de Prague. 1929. Travaux du Cercle Linguistique de Prague 1, pp. 5-29.

THOMPSON, R. W. 1992. Spanish as a pluricentric language. In CLYNE, Michael, éd. Pluricentric Languages. Differing Norms in Different Nations. Berlin/New York : Mouton de Gruyter, pp. 45-70.

WAGNER, Claudio. 1985. Propuesta de un diccionario normativo. Revista de Lingüística Teórica y Aplicada. Concepción, Chile, 23, pp. 133-137.

WOLL, Dieter. 1994. Portugiesisch : Sprachnormierung und Standardsprache. LRL V/1, pp. 382-398.

 


Notes

  1. À quelques petites modifications près - mise à jour de la bibliographie, correction de quelques fautes typographiques, etc. - le texte qu'on va lire reprend intégralement une étude parue dans un numéro thématique («Les langues pluricentriques», coord. Christian Delcourt et Rudolf Muhr) de la Revue belge de philologie et d'histoire 79/3 (2001).

  2. Je pense tout particulièrement au «français populaire» ou aux variétés discrètes que les locuteurs reconnaissent dans un continuum post-créole.

  3. Neutralisation de /s/ et /Q/ en faveur de /s/ et de /á/ et /j/ en faveur de /j/.

  4. Emploi de l'ancien pronom personnel de la 5e personne vos, avec - selon les régions - les formes verbales de la 2e ou de la 5e personne ou bien avec des formes verbales hybrides dérivées de cette dernière. Dans l'usage péninsulaire, vos tombe en désuétude à la fin du Moyen Age et est remplacé par la forme renforcée vosotros.

  5. Communication personnelle de Claudio Wagner.

  6. Ce qui correspondrait à l'analyse de Thompson (1992, 49), qui constate que la variété proposée aux apprenants aux États-Unis s'apparente au «upper-class Bogotá Spanish».

  7. Il n'est pas facile de quantifier cette partie du lexique hispano-américain; Scotti-Rosin (1983, 156), par exemple, pense qu'il ne dépasse pas les 200 mots.

  8. Emploi de ustedes tant pour le traitement formel que pour le traitement informel.

  9. Voir par exemple Teyssier 1976 et, récemment, la grande synthèse de Noll 1999.

  10. Pour un bref historique des «acordos ortográficos» voir par ex. Estrela 1993.

  11. Une vision globale des différences phonétiques entre les deux variétés, tous niveaux de langue confondus, nous est donnée par Teyssier 1990, 80 - 84.

  12. Les autorités brésiliennes responsables de l'éducation se sont appuyées explicitement sur les déclarations des deux Congrès lorsqu'elles recommendent aux enseignants de respecter «a pronúncia normal brasileira» (cf. Rodrigues 1968, 50).

  13. La question était posée en ces termes: «¿Es preferible su forma de hablar o la mía?». On voit bien que cette méthode - la variété de l'enquêteur servant de terme de comparaison - ne satisfait pas aux exigences méthodologiques d'une enquête sociolinguistique sérieuse.

  14. A la lumière d'une enquête réalisée auprès d'informateurs mexicains, Moreno de Alba (1996) a considérablement nuancé ce constat en mettant en évidence que si le choix s'arrête sur un lexème de l'espagnol péninsulaire la raison n'en est pas forcément que le locuteur reconnaît d'emblée une exemplarité pan-hispanique à la norme péninsulaire.

  15. A noter que le terme d'españolismo (au sens de «particularité de l'espagnol d'Espagne») ne figure pourtant pas à la nomenclature du dictionnaire, ni dans l'édition de 1992, ni dans celle de 2001.

  16. Ce chiffre doit être ramené à ses proportions véritables: dans l'édition de 1992, il s'oppose à 6.232 entrées (ou sous-entrées) qui prennent une marque diatopique régionale du type «Asturias», «Navarra» ou «Baleares» et 13.758 entrées (ou sous-entrées) portant une marque diatopique hispano-amércaine (soit générale, soit du type «Bolivia» ou «Venezuela»).

  17. Une analyse, même superficielle, de la dernière édition du DRAE (222001) corrobore ce point de vue: les espagnolismes épinglés par Lope Blanch (2002) dans l'édition de 1992 (par exemple: constiparse «acatarrarse, resfriarse»; michelín «pliegue de gordura que se forma en alguna parte del cuerpo», tapa «pequena porción de algún alimento que se sirve como acompañamiento de una bebida») apparaissent toujours sans marque diatopique.

  18. Il est significatif que le matériel informatique de Microsoft destiné aux marchés hispanophones s'appuie sur le dictionnaire de la RAE.