Introduction

Cette étude qui participe de la sociologie du langage porte sur les comportements et attitudes linguistiques qui caractérisent, et identifient, les communautés d'Asie du Sud (Inde du Nord, Pakistan et Sri Lanka) établies à Manchester.

La problématique adoptée consiste à analyser le comportement linguistique de ces communautés dans son rapport à l'identité sociale. La description de la situation linguistique des minorités principalement indo-pakistanaises de Manchester se limite essentiellement à percevoir la langue et de son usage en tant que phénomène social. Notre objectif premier est de mieux appréhender la structure de la société, à travers l'exemple de la ville de Manchester et par l'étude des comportements langagiers. Ainsi, les propos qui suivent tiennent davantage de la sociologie du langage que de la sociolinguistique proprement dite. Toutefois, la présente étude qui peut donner lieu à des interprétations psycho-sociales, devrait logiquement être suivie d'analyses de discours de nature sociolinguistique.

La population de Manchester : état des lieux (1994)

Le dernier recensement national date de 1991 et comporte de nombreuses informations quant à la population de la ville de Manchester. En novembre 1994, le « Planning Studies Group » du Conseil Municipal a publié un document intitulé « Ethnic Groups in Manchester » dont sont issus les chiffres qui suivent, qui ont été établis à partir des résultats du recensement de 1991.

1. Communautés ethniques

En 1991, la ville de Manchester compte 438 500 habitants dont 12,6°/° appartiennent à une communauté ethnique autre que la communauté blanche dominante ce qui représente un pourcentage très largement supérieur à la moyenne en Angleterre et au Pays de Galles, soit 5,9°/°. Parmi les communautés ethniques, la population du sous-continent indien (suivie de la communauté afro-caribéenne) est de loin la plus importante, soit 5,4°/° de la population globale de Manchester. Le pourcentage des résidents nés hors du Royaume-Uni est lui aussi beaucoup plus élevé que la moyenne en Angleterre et au Pays de Galles : soit 11,4°/° et 7,3°/° respectivement. Pour ce qui est de la ville de Manchester, 54,7°/° des membres des diverses communautés ethniques réunies sont nés au Royaume-Uni.

2. Répartition géographique dans la ville

Plus de 77°/° de l'ensemble des communautés ethniques vivent dans 13 des 33 circonscriptions de la ville. Plus du tiers de la population des circonscriptions de Moss Side, Longsight, Whalley Range, Cheetham, Hulme et Rusholme situées dans Inner Manchester fait partie des communautés ethniques. Ces données justifient les lieux dans lesquels le questionnaire « Adult Language Attitude Survey » que nous avons élaboré a été distribué.

3. L'arrière plan des flux migratoires en Grande Bretagne et à Manchester

Le recensement de 1991 est le premier à inclure une question relative à l'appartenance ethnique. Il s'agissait de cocher la case correspondant au groupe ethnique d'appartenance, parmi les 9 groupes prédéfinis comme suit : « Black Caribbean, Black African, Black Other, Indian, Pakistani, Bangladeshi, Chinese, Other Asian, Other Non-Asian ».

Un bref rappel historique aidera à mieux appréhender la question de la diversité ethnique dans la ville de Manchester. Une forte immigration en provenance des Caraïbes et du sous-continent indien a eu lieu dans les années 50 et au début des années 60. Les nouveaux venus se sont installés au cœur des villes, où, dans le cas de Manchester tout au moins, ils demeurent aujourd'hui. C'est à la fin des années 60 que l'immigration en provenance du sous-continent indien a été la plus forte. Ces immigrés ont une grande diversité culturelle, religieuse et linguistique que ne reflètent nullement les catégories ethniques du recensement. La première loi visant à contrôler l'immigration en provenance du Commonwealth fut adoptée en 1962. D'autres restrictions furent introduites en 1968 tandis que « The Immigration Act » fut voté en 1971, suivi du « British Nationality Act » en 1981. Ainsi, dans les années 80, l'immigration a largement diminué et la majorité des nouveaux arrivants était le fait du regroupement familial.

Dans les années 60, après les Irlandais (14 551 habitants), les Pakistanais constituent la plus importante communauté ethnique à immigrer à Manchester (6 637 habitants), suivis des Afro-Caribéens (4 909 habitants) puis des Indiens (2 554 habitants).

Manchester est devenue le lieu de résidence d'importantes communautés pakistanaise et indienne principalement concentrées dans trois circonscriptions où 63°/° des habitants appartiennent à une communauté ethnique : Rusholme, Longsight et Cheetham qui sont aujourd'hui les centres d'activité économique, sociale et culturelle de ces populations. Notre questionnaire Adult Language Attitude Survey a été distribué dans ces trois circonscriptions où nos entretiens ont également été réalisés.

Selon le recensement de 1991, le nombre d'habitants d'origine pakistanaise s'élève à 15.360 et le nombre d'habitants d'origine indienne à 4.404. Cette forte disparité numérique explique que la plupart des personnes ayant rempli un questionnaire ou ayant été interviewées font partie de la communauté pakistaine, soit 59 questionnaires sur 67 et 12 entretiens sur 15.

À l'exception des Afro-Caribéens, les minorités ethniques comptent en moyenne plus d'hommes que de femmes, soit 104 hommes pour 100 femmes. L'écart d'un groupe à l'autre est peu sensible : 102 hommes pour 100 femmes parmi les Indiens et 105 hommes pour 100 femmes parmi les Pakistanais. Nous avons réuni 37 questionnaires remplis par des hommes et 30 questionnaires par des femmes et fait 9 entretiens avec des hommes et 6 avec des femmes.

Méthode

Les remarques quant au profil et attitudes linguistiques parmi la communauté indo-pakistaine, et, dans une moindre mesure sri lankaise, qui suivent sont le produit du dépouillement de 67 questionnaires et de 15 entretiens.

Tableau 1. Profil de la méthodologie

  Hommes Femmes Pakistan Inde Sri Lanka
Questionnaires 37/67 30/67 59/67 3/67 5/67
Entretiens 12/15 3/15 12/15 3/15 0/15

Cette répartition par sexe et appartenance ethnique (le Sri Lanka représentant la catégorie « Other Asian », Cf. L'arrière plan des flux migratoires en Grande Bretagne et à Manchester) reflète fidèlement la structure ethnique de la ville de Manchester, ainsi que sa structure socio-économique comme nous le verrons plus loin.

1. L'élaboration et la distribution du questionnaire « Adult Language Attitude Survey »

L'élaboration d'un questionnaire de ce type dépend nécessairement de la problématique adoptée. Dans notre cas, il s'agit de s'interroger quant au rapport entre la langue et la construction identitaire parmi des communautés qui doivent gérer au quotidien leur rapport au même et à l'altérité. Cela implique l'observation du rôle que joue la langue en tant que marqueur d'appartenance à une communauté. Notre étude nous a amené, comme nous le verrons, à conclure qu'il s'agit d'un facteur définitoire essentiel de la notion même de communauté. Alors que bon nombre des membres de la communauté indo-pakistanaise de Manchester (en particulier ceux et celles qui sont nés en Grande-Bretagne), disposent de solutions alternatives afin d'échapper à une forme de discrimination linguistique encore bien vivante parmi la communauté blanche dominante, ils restent attachés à leur langue maternelle qui leur sert de marqueur identitaire. Parmi la population d'Asie du Sud en Grande-Bretagne et à Manchester en particulier, et bien qu'il existe d'autres marqueurs identitaires, tels que la race, les traditions, la religion, la langue demeure le critère d'auto-identification le plus significatif.

Nous avons rédigé notre questionnaire afin d'éviter au maximum toute question susceptible de créer un malaise ou une réticence parmi les membres de la communauté concernée, sans perdre de vue notre objectif, à savoir : examiner le degré d'émergence ou d'érosion de la langue maternelle, facteur essentiel de construction et de reconnaissance de soi par soi et par l'autre. Les points suivants nous ont paru être d'une grande importance bien qu'ils ne soient pas directement analysables de manière approfondie, par le biais d'un questionnaire :

  1. Degrés de compréhension et production orales de la langue de la communauté, conditions d'acquisition de ces compétences :

    • Degrés de compréhension et production de la langue anglaise, conditions d'acquisition de ces compétences ;

    • Degrés de compréhension et production écrites de la langue de la communauté, conditions d'acquisition de ces compétences ;

    • Compréhension et production écrites de la langue anglaise, conditions de ces compétences ;

    • Degrés de capacité à traduire d'une langue à l'autre ;

    • Attitudes linguistiques : quand, où, avec qui choisit-on de communiquer dans la langue de la communauté plutôt qu'en anglais ;

    • La langue en tant que facteur d'intégration socio-professionnelle : à quel point est-il nécessaire de maîtriser la langue de la communauté / la langue anglaise ;

    • Langue et construction identitaire profonde : dans quelle langue « pense-t-on » ses émotions, dans quelle langue rêve-t-on.

Les questions relatives aux attitudes linguistiques n'ont aucunement provoqué de méfiance de la part des personnes interrogées. Elles ont même dans la plupart des cas provoqué de l'intérêt, voire donné lieu à un dialogue débouchant sur un véritable entretien. Inversement, et en dépit du fait que les questionnaires aient été distribués par des membres de la communauté (Cf. remerciements), tous fort appréciés de celle-ci, et que la finalité de l'étude ait été clairement expliquée, les questions personnelles (nom, âge, activité) ont parfois engendré une certaine méfiance : certains (des hommes de manière très majoritaire) ont refusé que leur nom soit écrit sur l'exemplaire du questionnaire les concernant ou de révéler leur âge ou encore leur activité.

Tableau 2. Description de l'anonymité des sujets
  Nombre de noms écrits : 43/67
  Age révélé : 65/67
  Activité révélée : 60/67

Il était initialement prévu que le questionnaire compte 98 questions. Il eut été impossible d'obtenir un nombre raisonnable de questionnaires dûment complétés. Nous avons donc limité le nombre de questions à 41 (Voir Annexe). Certaines sont des questions fermées, d'autres, relatives aux compétences linguistiques nécessitent un choix sur une échelle allant de 1 à 4 ou, dans les termes retenus, de Très Bien à Pas du Tout, d'autres encore sont des questions à choix multiple, d'autres enfin nécessitent que l'on écrive un ou deux mots. Chaque fois que cela s'est avéré nécessaire, les enquêteurs ont aidé les personnes interrogées à lire le questionnaire et ont transcrit leur réponse. Il est clair qu'il était de toute première importance que les personnes interrogées puissent avoir recours à la langue de la communauté pour instruire le questionnaire même si celui-ci est rédigé en anglais. Nous regrettons que les conversations afférentes à l'instruction du questionnaire n'aient pu, à ce stade de la recherche, être enregistrées car elles auraient constitué une banque de données d'intérêt sociolinguistique. Nous estimons cependant qu'il était nécessaire de ne pas brûler les étapes, d'instaurer un climat de confiance préalable à une seconde étape qui consistera à procéder à des enregistrements. (Cf. Introduction). C'est par ailleurs dans le but de prévenir au maximum tout sentiment d'insécurité que nous avons évité toute question relative aux conditions d'immigration en Grande Bretagne ou encore à la fréquence des visites dans le pays d'origine.

Un certain nombre des idées qui ont présidé à l'élaboration du questionnaire proviennent d'un travail précédent effectué sur les attitudes linguistiques au Pays de Galles 2 bien que notre point de vue face au bilinguisme ait depuis largement évolué, d'autres sont nées à partir de lectures . Les limites du présent travail sont inhérentes à l'approche sociétale du bilinguisme que l'on a dans une enquête par questionnaire. Il faut bien reconnaître que les réponses obtenues dépendent de la subjectivité des personnes interrogées qui auto-évaluent leurs attitudes et compétences linguistiques en un moment donné.

Afin de faciliter la lecture des questions, nous avons considéré que les personnes interrogées utilisent deux langues au quotidien, la langue la plus fréquemment employée dans leur communauté et l'anglais, tout en sachant que la situation est beaucoup plus complexe et que bon nombre de personnes possèdent et utilisent, dans une moindre mesure, une troisième, voire une quatrième langue. Ainsi, nous avons tenu compte du fait que pour les locuteurs (d'origine pakistanaise dans tous les cas que nous avons rencontrés) d'une variété non-standard de Panjabi, la langue Urdu est utilisée pour toute communication écrite.

2. Les entretiens : méthode et conditions

Nous avons effectué des entretiens dans deux sites publics : « Longsight Library » et « Woodville Ressource Centre » respectivement situés dans deux circonscriptions dans lesquelles les minorités indo-pakistanaises se concentrent : Longsight située au Sud de la ville et Cheetham au Nord. Dans le cas de Cheetham, il s'agissait au départ du quartier juif de Manchester qui est progressivement devenu un des quartiers à très forte concentration indo-pakistaine, économiquement beaucoup moins prospère que Rusholme, voire Longsight 4.

La phase initiale de chaque entretien a systématiquement été l'instruction du questionnaire5 , ce qui a permis de développer certains points, en particulier les points 6, 7 et 8 (Voir « Méthode. L'élaboration du questionnaire ») relatifs à la langue à la maison et la langue au travail, la langue et la construction identitaire au niveau social et personnel.

Les entretiens effectués au « Woodville ressource Centre » l'ont été avec la médiation de traductrices, membres de la communauté Panjabi, Urdu ou Gujerati6 . Nous avons pu, de ce fait, échanger avec des locutrices dont l'anglais n'atteignait pas le niveau de la communication.

Ces entretiens ont fourni des informations qualitatives quant à la situation sociolinguistique qui nous ont permis d'affiner notre problématique, de mieux interpréter les résultats obtenus grâce au questionnaire et de lever certaines ambiguïtés dans les réponses fournies quant au degré de compétence linguistique en particulier, liées au rapport entre la langue telle qu'on la pratique et l'idée que l'on se fait de la norme linguistique7 .

3. Problématique et hypothèses

Nous avons souhaité étudier en quoi le sentiment d'insécurité qui prévaut souvent parmi les membres des communautés linguistiques minoritaires les moins favorisés au plan socio-économique se répercute sur leur comportement linguistique :

  • dévalorisation de la langue de la communauté minoritaire ;

  • attitude prescriptive et normative pour ce qui est de la maîtrise de la langue anglaise ;

  • stigmatisation et dévalorisation des variétés d'anglais les plus marquées comme étant typiquement sud-asiatiques.

Nous verrons aussi en quoi le niveau d'instruction dans la langue 1, en anglais et le statut socio-économique ont une influence sur les pratiques linguistiques.

Certaines remarques faites par des locuteurs interviewés ou simplement rencontrés lors de nos visites régulières à « Longsight Library », dans les restaurants indiens ou pakistanais ou encore dans les petits commerces de quartier, nous ont confortée dans nos hypothèses de départ, comme, à titre d'exemples :

« The way the English and the way we speak, there is a lot of difference, the accent and all…They have better form than us, much nicer. » (épicier pakistanais d'une quarantaine d'années).

« I think the English speak English best. They have a good accent. Everybody else speak English different » (jeune homme d'origine pakistanaise, sans emploi).

Résultats

Nous présentons ci-dessous les résultats obtenus en deux parties : compétences linguistiques et langue de la vie personnelle et du travail, à l'intérieur desquelles nous établissons des sous-parties quand cela s'avère nécessaire 8.

1. Compétences linguistiques : auto-évaluation

Le parcours linguistique de chaque individu, l'histoire de son immigration en Grande-Bretagne ou de celle de sa famille, explique dans une large mesure ses compétences linguistiques en anglais et dans la langue de sa communauté. Nous avons mentionné plus haut qu'aucune question précise n'a été posée quant aux conditions d'immigration.

Dans tous les cas sauf un, les personnes interrogées attestent avoir une certaine compétence dans deux langues au moins 9 : la langue de la communauté et l'anglais. Seule une femme d'origine pakistanaise, de plus de 60 ans, a déclaré ne pas comprendre l'anglais en dépit du fait qu'elle vit en Grande-Bretagne, à Manchester depuis plus de 30 ans. N'ayant jamais travaillé hors du foyer, veuve depuis peu, elle ne s'est jamais intégrée à la société majoritaire et doit faire appel à une personne de son entourage pour traduire du Panjabi à l'anglais chaque fois que cela est nécessaire. La situation de cette femme, certes extrême, est toutefois révélatrice de la condition socio-économique et linguistique de bon nombre de femmes, d'un âge comparable ou plus jeunes, qui, n'ayant jamais travaillé à l'extérieur et ayant eu des contacts restreints aux échanges avec d'autres personnes de leur communauté, n'ont pas amélioré leur niveau en anglais.

Nous présentons les résultats concernant la maîtrise de l'anglais selon le sexe (Tableaux 3 et 4) et la classe d'âge ci-dessous. Les compétences linguistiques : compréhension orale (CO), compréhension écrite (CE), production orale (PO), production écrite (PE) sont évaluées de 1 à 4, ce qui correspond dans le questionnaire distribué à :

1 = VERY WELL,
2 = QUITE WELL,
3 = NOT VERY WELL,
4 = NOT AT ALL.

Les hommes

Les femmes

Chaque fois que cela s'est avéré possible et ce fut le plus souvent le cas, les questionnaires ont été complétés par les deux conjoints au sein d'une même famille. Avant de commenter les résultats : convergences et divergences entre les personnes de sexe masculin et celles de sexe féminin, présentés dans les tableaux ci-dessus, nous ajouterons quelques précisions quant au statut professionnel des personnes interrogées 10:

  • ouvriers salariés non qualifiés : 8 hommes, 6 femmes ;
  • ouvriers salariés qualifiés : 5 hommes, 8 femmes ;
  • travailleurs indépendants : 11 hommes, pas de femme ;
  • professions libérales, enseignants : 5 hommes, 2 femmes ;
  • chômeurs et retraités : 3 hommes, pas de femme ;
  • sans profession = pas d'homme, 12 femmes ;
  • statut professionnel non révélé : 5 hommes, 2 femmes.

Si nous tenons compte du fait que les hommes de 30 à 40 ans ayant rempli un questionnaire sont deux fois plus nombreux que les femmes appartenant à cette tranche d'âge, nous constatons que celles-ci sont plus nombreuses, et de manière significative, à déclarer ne pas bien maîtriser la langue anglaise, que ce soit au niveau de la compréhension ou de la production, orales ou écrites12 . C'est aussi dans cette tranche d'âge que les femmes sont les plus nombreuses à ne pas avoir d'emploi. Cela nous semble intrinsèquement lié à la structure traditionnelle de la famille indo-pakistanaise en Grande Bretagne dans les classes ouvrières, dans laquelle la femme est responsable de l'éducation des enfants et de la maison, responsabilités auxquelles elle se consacre entièrement13. Le maintien des traditions est très vivement conseillé par la religion musulmane à laquelle appartient la très large majorité des personnes interrogées :

Tableau 5. Adhésion aux religions

  Hommes Femmes
Musulmane 30 23
Sikh 3 3
Hindoue 1 1
Chrétienne 1 1
Religion non révélée 2 2

Les femmes plus âgées, de 40 à 50 ans, ou de 50 à 60 ans, ont souvent une meilleure maîtrise de l'anglais, ce qui nous paraît dû à plusieurs facteurs : leur statut socio-professionnel généralement plus élevé que celui des femmes interrogées plus jeunes 14 , ce qui est en soi lié aux conditions de leur immigration en Grande Bretagne et à la langue dans laquelle certaines d'entre elles ont été scolarisées en Inde ou au Pakistan et aussi au fait qu'elles ont moins d'enfants en bas âge. Que ce soit parmi les hommes ou parmi les femmes d'âge moyen, ou plus âgés, le degré de maîtrise de la langue anglaise ainsi que le degré d'intégration dans la société anglaise dépend beaucoup du niveau d'instruction.

Il nous paraît intéressant de constater que les hommes qui ont un emploi d'ouvrier ou qui travaillent comme petits commerçants, déclarent beaucoup plus volontiers avoir une bonne maîtrise de l'anglais (compréhension et production orales surtout) que les femmes ayant un emploi comparable et, selon toute vraisemblance un niveau d'instruction qui l'est aussi 15. Plutôt que de voir là la manifestation d'un certain machisme, nous y voyons la manifestation d'une forme d'insécurité liée d'une part à la langue et d'autre part au statut socio-professionnel souvent peu valorisant. Ainsi, notre hypothèse de départ selon laquelle les membres des communautés indo-pakistanaises les moins favorisés ont un sentiment d'insécurité quant à leur degré de maîtrise de l'anglais n'est pas invalidée par les résultats obtenus par auto-évaluation. Au cours des entretiens, ce sentiment d'insécurité a très souvent été souligné par des locuteurs ayant déclaré dans le questionnaire avoir une bonne maîtrise de l'anglais. Dans de nombreux cas, les personnes interviewées ont dit avoir un sentiment de culpabilité lié à ce qu'elles qualifient de « poor state of English ».

Le prestige d'une langue ou la stigmatisation d'une autre tiennent en grande partie à l'évaluation, par autrui ou par eux-mêmes, que les locuteurs font de leur statut social et professionnel. L'insécurité linguistique que nous avons perçue, plus particulièrement parmi les hommes insatisfaits de leur situation professionnelle et économique et parmi les femmes qui ont un faible degré d'instruction, incite les locuteurs à vouloir adopter une « langue uniformisée » qui tend vers celle de la communauté majoritaire. Les jeunes générations et les plus éduqués adoptent une variété d'anglais standard 16 chaque fois que cela s'avère être un facteur de réussite sociale sans pour autant qu'ils nient le rôle fondamental que joue la langue de leur communauté dans leur construction identitaire. Ainsi, les Indo-Pakistanais qui réussissent le mieux au plan socio-économique, semblent développer une double identité linguistique qui leur permet d'être actifs et intégrés dans les deux communautés, d'Asie du Sud et anglaise, qui fonctionnent en parallèle. En revanche, parmi les hommes possédant une maîtrise limitée de l'anglais et qui ne sont pas travailleurs indépendants, petits commerçants, marchands de journaux ou autre, le taux de chômage est élevé, ce qui n'apparaît pas dans notre enquête. Dans ces cas-là, à la discrimination linguistique s'ajoute la discrimination raciale. Toutefois, quelle que soit leur maîtrise de la langue anglaise, les Indo-Pakistanais et les Sud-asiatiques de manière générale, sont perçus par la majorité blanche comme étant tous de couleur, voire d'une même appartenance ethnique, ce qui a des répercussions sur leur évolution linguistique. L'image que la majorité blanche a de leur anglais joue un rôle important dans leur propre construction identitaire :

« We you talk, they can tell »

Or, « they » , les autres ne peuvent que rarement distinguer entre la variété d'anglais de locuteurs Hindi, Panjabi, Tamil, Urdu…etc. Les Sud-asiatiques représentent une vaste communauté indifférenciée, ce qui ne s'explique qu'en partie par le fort degré de parenté linguistique entre certaines langues d'Asie du Sud et qui a, de toute évidence, une forte influence sur l'évolution linguistique de ces populations18 . Dans ce contexte, le maintien des langues communautaires est de toute première importance pour la sauvegarde identitaire. Nous avons observé que parmi les 30 ans et plus, au contact de l'altérité, dans des réseaux transnationaux, la conscience ethnique et linguistique est vive, ce qui assure la survie des langues minoritaires :

« Our culture has a language. I'd say that to be Pakistani and to speak Panjabi is very important. If you donot speak your language well, you cannot be proud. You miss something. 19»

Bien qu'il existe d'autres marqueurs identitaires, le contexte social que nous avons observé est tel qu'il fait de la langue un élément central : la langue anglaise pour ce qui est de la réussite sociale, la langue de la communauté pour ce qui est de l'intégration à deux réseaux sociaux et linguistiques qui fonctionnent en parallèle.

2. Langue et identité : dans la famille, la communauté, la société

Nous ne souhaitons pas présenter les résultats de notre enquête relatifs aux compétences linguistiques (CO, PO, CE, PE) dans la langue 1, langue du foyer et de la famille car notre propos concerne avant tout l'anglais au contact des langues indo-pakistanaises.

Nous parlerons de langue maternelle dans ce qui suit après avoir précisé l'emploi que nous faisons de ce terme : nous considérons que la langue maternelle est la première langue apprise et qu'elle est au moment présent comprise par le locuteur. La langue maternelle est le plus souvent celle qui est parlée en famille dès la petite enfance. Cependant, il existe, au niveau individuel, des situations plus ambiguës : nous citerons le cas d'un Pakistanais que nous avons rencontré pour qui l'anglais a été la première langue au contact d'une mère adoptive anglaise, que son père a, à l'âge de quatre ans, envoyé au Pakistan pour y vivre, en milieu rural où il a passé sa jeunesse jusqu'à l'âge de vingt ans. De nouveau en Grande-Bretagne, ce jeune homme déclare avoir de grosses difficultés car il a « tout oublié de l'anglais ». Ainsi, dans certains cas, la langue apprise la première n'est pas celle qui est la mieux maîtrisée. Au niveau non plus d'individus mais de communautés entières, il peut paraître acceptable de considérer que les membres de ces communautés ont plus d'une langue maternelle. Nous faisons allusion dans le cadre de notre enquête aux locuteurs pakistanais pour qui le Panjabi est la langue maternelle orale et la langue Urdu la langue maternelle écrite.

« Specific languages raised their own problem.s Panjabi was the most difficult of all. Urdu is the high status national language for speakers Panjabi of Pakistani background, and is the usual medium of literacy to the exclusion of Panjabi. » 20

Dans un contexte multilingue comme celui de l'Inde ou du Pakistan, toutes les langues n'ont pas le même statut. Prenons comme autre exemple le cas des locuteurs Katchi pour qui le Katchi est la langue maternelle orale et le Gujerati la langue écrite. Dans bon nombre de cas, ces personnes acquièrent aussi la langue Urdu à l'écrit 21.

De plus, une langue peut être nommée différemment selon le contexte :

« A given mother tongue may well be called in various ways depending on the ethnic, religious and other affiliation of the person who claims it. » 22

Dans un tel contexte plurilingue, le recours à une langue plutôt qu'à une autre ne saurait être dissocié de la situation de communication : différentes langues et différentes variétés d'une même langue peuvent être utilisées par une même personne dans une situation différente ou encore dans une même situation mais à des fins différentes.

Les résultats auxquels nous sommes parvenue nous renseignent quant aux liens entre la maîtrise de la langue maternelle orale ou écrite et la maîtrise de l'anglais. Si nous sommes en mesure de mieux appréhender le contexte social et culturel dans lequel l'anglais et le Panjabi, l'Urdu…coexistent, nous n'apprenons rien quant à ces langues proprement dites. Nous traiterons dans un premier temps du rapport entre le niveau d'alphabétisation en langue maternelle et le niveau de maîtrise de l'anglais puis, dans un second temps, du rapport entre langue de la famille et langue du travail.

En guise d'introduction aux résultats qui suivent, nous soulignerons l'importance de la langue maternelle dans le développement des enfants des familles en situation minoritaire. Il ne faudrait pas penser trop hâtivement qu'il faille réduire l'usage de la langue maternelle, de la famille, et y voir un handicap pour le développement linguistique et cognitif des enfants. En fait, une meilleure communication entre parents et enfants dans la langue maternelle de la famille entraîne pour ces derniers, les adultes de demain, un meilleur développement cognitif. Les parents qui transmettent la langue de la communauté ont un rôle particulier et valorisant, quel que soit leur statut au sein de la société dominante.

Ce sont des « parents-éducateurs « responsables de la passation d'un savoir linguistique et culturel qui fera de leurs enfants bilingues ou plurilingues des êtres capables de gérer l'interaction entre les langues et les cultures dans lesquelles ils ont une inscription identitaire. Ainsi, nous préférons le terme « interaction linguistique » à celui, très utilisé d'alternance codique afin de conceptualiser les langues en contact comme faisant partie d'un continuum. Nous y voyons même l'émergence d'un code bilingue ou plurilingue syncrétique incluant toutes les manifestations du contact inter-langues et inter-cultures.

« …language choice among bilingual speakers must be seen as an instance of practical social action. As an instance of social action, language alternation among bilingual speakers must be assumed to be orderly… « 23

La langue de l'individu bilingue est de son fait : elle répond à des besoins pragmatiques et s'adapte à la situation de communication, au lieu, au sujet, au nombre et à la qualité des participants :

« More specifically, it is to see language choice among bilinguals as an orderly activity that speakers accomplish while talking…..Therefore, language choice must be assumed to be informed by some scheme of interpretation with respect to which speakers themselves make sense of their different acts. It is that scheme which, as I have already said, I refer to as the medium of a conversation. In other words, the medium of a conversation can be seen as a social norm in the ethnomethodological sense. » 24

Le code (au sens de « médium ») de la conversation bilingue est le produit du contact inter-langues et a ses propres normes :

« …the medium of a bilingual conversation need not correspond to one language, to the grammarian's notion of language. It may also be bilingual. « 25

Alphabétisation en langue maternelle et maîtrise de l'anglais 26.

À quelques exceptions près sur lesquelles nous reviendrons, force est de constater que le degré d'alphabétisation en anglais est proportionnel au degré d'alphabétisation en langue maternelle. La classe d'âge et l'époque nous semblent expliquer les écarts que nous venons de mentionner : parmi les 40 - 50 ans, nous constatons un degré d'alphabétisation en anglais quelque peu en retrait par rapport au degré d'alphabétisation en L 1 : il s'agit d'immigrés ayant été scolarisés en Asie du Sud dans leur langue maternelle. Inversement, la population plus âgée, ayant été scolarisée en anglais, a parfois un degré d'alphabétisation plus faible en L 1, la langue maternelle n'ayant été qu'une matière scolaire parmi d'autres. Parmi les femmes, de 20 à 30 ans, nées en Grande-Bretagne et scolarisées en anglais, on constate un degré d'alphabétisation en L 1 plus faible que parmi la population masculine du même âge. Nous sommes tentée par deux interprétations qui se complètent plus qu'elles ne s'opposent : une volonté de s'écarter des normes culturelles et linguistiques traditionnelles de la part de ces femmes qui évoluent dans des communautés dominées par les hommes, ou encore, l'expression d'un certain monopole de la culture et des traditions, linguistiques et autres, par la gente masculine.

Au cours des entretiens réalisés, nous avons pu constater que les membres des communautés indo-pakistanaises les moins à l'aise en anglais, oral ou écrit, réagissaient le plus souvent très négativement aux formes perçues par eux comme déviantes par rapport à la « norme standard » chez d'autres qu'eux-mêmes. Cette attitude très normative et critique nous semble due à un besoin de calmer leur propre sentiment d'insécurité linguistique.

Langue de la famille et langue du travail.

Les habitudes linguistiques diffèrent en fonction du statut socio-professionnel. On relève quelques constantes :

  • La langue maternelle est beaucoup plus employée en famille que l'anglais quel que soit le statut socio-professionnel

  • Le recours aux deux langues L 1 ou l'anglais ou encore au « code bilingue « en famille est beaucoup répandu parmi les femmes, toutes catégories professionnelles confondues, que parmi les hommes. Ce constat renforce les hypothèses interprétatives énoncées selon lesquelles l'anglais favorise la « révélation identitaire » des femmes, pour ne pas dire leur émancipation, au sein de leur famille, de leur communauté 28.

  • L'anglais demeure la langue du travail des plus instruits, intégrés aux deux systèmes culturels et linguistiques qui fonctionnent en parallèle.

Les petits commerçants de Rusholme nous ont permis d'approcher le code bilingue au cours de cette enquête. Nous ferons à ce sujet quelques remarques qui seront approfondies au plan phonologique comme au plan morphosyntaxique à l'issue d'enregistrements conversationnels à venir. Le discours des commerçants bilingues s'exprimant en anglais que nous avons pu observer fait apparaître de manière très récurrente le phénomène d'autocorrection. Nous avons également remarqué qu'avant qu'une erreur lexicale soit commise, les locuteurs signalent le plus souvent leur difficulté par une hésitation, une pause, une répétition. Si la conversation a lieu dans un groupe essentiellement bilingue, le locuteur en difficulté peut avoir recours à un mot de « l'autre langue ». Dans ce cas, seule la présence d'un monolingue fait apparaître qu'il y a passage d'une langue à une autre :

« The language switched to is not named and no translation process is undertaken. « 29

Dans les cas de l'alternance codique que nous avons relevée, bien qu'un élément lexical d'une langue autre que celle de son environnement linguistique immédiat apparaisse, les locuteurs ne signalent pas le changement de code par un marqueur d'hésitation. Nos observations confirment la conclusion de Joseph Gafaranja :

« In this paper, I have described the search for the mot juste as a conversational phenomenon and shown that it results from the fact that conversation is organized step by step. I have also shown that speakers have a variety of methods they use to get around it. Two of those methods are medium repair and other-language repair. The two methods, although used to address the same interactional issue, are oriented to by participants themselves as different. In medium-repair, speakers themselves orient to the element used as an instance of deviance from the medium they are using… In other-language repair, on the other hand, faced with the problem of the mot juste, the speaker draws on to his/her other language without any orientation to the activity as an instance of deviance from current medium. The other-languageness of the element goes unnoticed whether the repair takes place within the same turn or whether it occurs turn-externally. » 30

Au cours des entretiens effectués, nos interlocuteurs se sont montrés très ouverts et aimables et n'ont pas changé de langue dans le but de nous exclure 31 . Lorsque les plus performants d'entre eux en anglais l'ont fait - nous préciserons ci-dessous quels ont été les facteurs déclenchants - il nous est apparu clairement et pour simplifier qu'il y a deux temps distincts dans un acte locutoire : le temps de la réflexion et le temps de l'élocution proprement dite. Or, il est possible que ces deux temps ne se réalisent pas toujours dans le même médium pour un bilingue :

Figure 1 32

Thinking ====> Speaking

Monitoring ====>Directing

The arrangement of directing operations in linguistic interaction


« The mental separation of « thinking for speaking « and » monitoring and directing « operations, revealed through the alternation of languages…, is depicted in Figure 1, which expresses the double mental load on « monitoring and directing « : It is involved both in the planning ahead of the utterance, and in the actual realization of » speaking « and its situational and interactional effects. » 33

Tableau 9. Description de l'alternance codique
  L 1 chez un commerçant bilingue 34 Anglais chez un commerçant bilingue L 1 et anglais chez un commerçant bilingue L 1 langue des rêves Anglais langue des rêves L 1 et anglais langues des rêves
Hommes/37 20 4 13 23 5 7
Femmes/30 14 1 15 17 4 8

3. « Language awareness » ? : conclusion

Nous voyons dans l'emploi possible et très répandu, dans toutes les circonstances de la vie, des langues minoritaires sud-asiatiques, une attitude ambivalente de la part des communautés en présence, majoritaire et minoritaires. Les pratiques linguistiques sont investies par des relations de pouvoir dont les individus ne sont pas nécessairement conscients. Si le maintien des langues minoritaires nous paraît essentiel à la construction identitaire, l'acquisition et la maîtrise de la langue anglaise nous paraissent également importantes pour la construction de l'identité sociale au sein de la société britannique. Pour qu'il y ait respect de l'altérité, intégration et véritablement enrichissement culturel réciproque, l'apprentissage d'un anglais « non marqué » s'impose afin de promouvoir, dans une société multiculturelle, l'égalité des chances pour tous. Cependant, et comme il est souhaitable d'éviter de stigmatiser toute forme d'anglais « marquée », que ce soit au plan social ou de l'appartenance ethnique, c'est surtout en langue écrite et pour des raisons pragmatiques que bien des progrès sont à réaliser. Il ne faut pas que l'anglais « non marqué » devienne l'unique variété de langue « convenable » et que tout autre sociolecte ou ethnolecte soit stigmatisé. Faire en sorte d'élever « la norme » de tout un chacun ne revient pas à abaisser ou marginaliser les variétés d'anglais les plus « marquées » .37

Dans le but de faciliter les échanges interethniques et de ne pas céder aux préjugés linguistiques, la prise de conscience linguistique en L1 comme en anglais nous semble nécessaire. Il faudrait sensibiliser l'ensemble de la société aux phénomènes de variation linguistique, non seulement géographique, mais aussi historique et sociale, ainsi qu'à la question de « l'inégalité linguistique » et du rapport entre l'anglais standard et les langues minoritaires.

« …the covert effect of the affirmation of the cultural authority of standard English is the containment of minority languages and regional forms of English. » 38

Une plus grande maîtrise de l'anglais standardisé ainsi qu'un positionnement critique face à la norme linguistique devraient permettre aux locuteurs de minorités ethniques une plus grande affirmation de leur bilinguisme et de leur identité, linguistique ou culturelle :

« However, when the socio-historical conditions are stacked more in their favour, people may sometimes feel confident and safe enough to challenge the conventions. They may not accept it when someone doesn't attempt to pronounce their name properly ; they may request certain information in a language other than English ; they may code-switch with monolingual friends without feeling guilty ; they may use non-standardised forms of English in writing and demand that they are recognised as acceptable. These are difficult social actions, because they are likely to be dismissed as self-important, inflexible, rude, ignorant, wrong. But if we don't try just occasionally, to contribute to change, it may never happen. » 39

Nous avons vu que c'est en langue écrite que les difficultés se font le plus souvent sentir. Apprendre à se dire par écrit - dans différentes variétés de langue - implique plus que l'apprentissage de formes écrites et de processus psycholinguistiques mis en œuvre. Cela implique aussi un regard différent sur soi, la possibilité de réviser son propre discours qui ne s'inscrit plus seulement dans l'instantanéité. C'est aussi devenir actant et plus seulement récipiendaire.

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Annexe : « Adult language attitude survey »

SURNAME (optional) :
FIRST NAME :
SEX :
MINORITY COMMUNITY LANGUAGE /MOTHER TONGUE : Gujerati/Hindi/Panjabi/Urdu/Other :
RELIGION : Christian/Hindu/Muslim/Sikh/ Other :
OCCUPATION :

  1. Did you start speaking the language of the community in England ? Yes/No
  2. Did you start speaking the language of the community at home ? Yes/No
  3. What language did your mother mostly speak to you when you were a young child ? Gujerati/Hindi/Panjabi/Urdu/ Other :
  4. What language did your father mostly speak to you when you were a young child ? Gujerati/Hindi/Panjabi/Urdu/Other :
  5. What age were you when you first started speaking the language of the community ? Please write out in number :
  6. What age were you when you first started speaking English ? Please write out in number
  7. How well would you say you understand the language of the community ? Very well/Quite well/Not very well/Not at all
  8. How well would you say you understand English ? Very well/Quite well/Not very well/ Not at all
  9. How well would you say you speak the language of the community ? Very well/Quite well/Not very well/Not at all
  10. How well would you say you speak English ? Very well/Quite well/Not very well/Not at all
  11. How well would you say you write the language of the community ? Very well/Quite well/Not very well/Not at all
  12. How well would you say you write English ? Very well/Quite well/Not very well/Not at all
  13. Do you ever have someone interpret for you ? Yes/No
  14. If Yes, what relationship do you have with that person ? Please write out :
  15. Do you ever receive letters written in the language of the community ? Yes/No
  16. Do you ever write lists/notes/messages/personal letters in the language of the community ?Yes/No
  17. At home what language do you use ? English/Community language/Both
  18. Who do you mostly use the community language with ? Please write out :
  19. How well do these people know English ? Very well/Quite well/Not very well/Not at all
  20. In what language does the mother in your household (it may be yourself) speak to babies under two years of age ? Only or mostly in community language/Only or mostly in English/Both equally
  21. Has anybody in the family ever taught the children of the household any songs or rhymes ?Yes/no
  22. If Yes, in what language was it ? English/Community language/Both
  23. Do you know of any classes in this city inside or outside school where children are taught the language of the community ? Yes/No
  24. If Yes, have any of the children in your household been to any of these classes ? Yes/No
  25. Do you need to be able to speak the language of the community to do your work ? Yes, it is essential/Yes, it helps/No
  26. Do you need to be able to write the language of the community to do your work ? Yes, it is essential/Yes, it helps/No
  27. Do you need to be able to speak English to do your work ?Yes, it is essential/Yes, it helps/No
  28. Do you need to be able to write English to do your work ? Yes, it is essential/Yes, it helps/No
  29. Outside your home and work, what language do you mostly use ? English/Community language/Both/Other :
  30. When you take part in the activities of religious groups, what language do you mostly use ? English/Community language/Both/Other
  31. When you take part in the activities of social clubs, what language do you mostly use ? English/Community language/Both/Other
  32. When you take part in family gatherings, what language do you mostly use ? English/Community language/Both/Other :
  33. Do you ever see films including video tapes in the language of the community ? Yes/No
  34. Do you ever go to a shop where the shopkeeper or assistant speak the community language ? Yes/No
  35. If Yes, what language do you speak with them ? Only community language/Mostly community language/Equally community langauge and English/Mostly English/Only English
  36. Do you ever consult a doctor who can speak the language of the community ? Yes/No
  37. If Yes, which language do you use with him/her ? Only community language/Mostly community language/ Equally community langauge and English/Mostly English/Only English
  38. Can you translate from the community language into English ? Yes/No
  39. Can you translate from English into the community language ? Yes/No
  40. To express sentiments, emotions or sensations, what language do you mostly use ? Community language/English/Both/Other :
  41. What language do you dream in ? Community language/English/Both/Other :