Introduction

La féminisation linguistique comporte deux volets, généralement dénommés féminisation des titres ou féminisation lexicale, d'une part, et féminisation syntaxique, dite aussi féminisation des textes ou des discours, d'autre part. Ces deux volets diffèrent par les domaines de la langue concernés, par les prises de position qu'ils suscitent, notamment chez les responsables de la politique linguistique, et par la manière dont les pratiques nouvelles s'intègrent dans les habitudes des individus.

La féminisation lexicale met en cause le recours à des termes masculins pour désigner les femmes dans l'exercice de leur profession (Madame le Ministre, le juge, le sénateur, etc.). Au cours des dernières décennies, dans la francophonie du Nord ii, les différentes instances en charge de la politique linguistique ont pris explicitement position en faveur d'une régularisation grammaticale de ces mots, en faveur, autrement dit, d'une désignation systématique des femmes par des étiquettes au féminin, en invoquant comme arguments majeurs le souci d'assurer la visibilité des femmes et de ne pas occulter une part importante de leur identité. Tout à fait majoritaires au Québec, les nouvelles désignations féminines s'intègrent lentement mais sûrement dans les usages des francophones européens.

Quand il est question de féminisation syntaxique ou féminisation des textes - volet sur lequel je porterai mon attention ici -, ce qui est en cause, c'est la manière dont sont désignés des ensembles d'hommes et de femmes. Un certain courant de pensée - répandu surtout au Québec, pionnier dans la francophonie de toutes les actions en matière de féminisation - préconise une modification des usages en remettant en question le principe selon lequel « le masculin l'emporte sur le féminin ». Dans une phrase comme Les chirurgiens ont tenu leur congrès annuel, on conçoit que le terme chirurgien au masculin est généralement associé à une image d'hommes seulement, qu'il masque donc la place que les femmes occupent ou pourraient occuper dans la profession, et la formulation est considérée comme sexiste.

La féminisation des textes dans la francophonie

Les pays de la francophonie nord ont adopté sur cette matière des positions beaucoup moins convergentes que pour la féminisation lexicale et les résistances semblent là-dessus bien davantage prononcées. Ainsi, au Québec, les formulations doubles sont légion, dans les dénominations (Association des professeurs et des professeures, p.ex.), comme dans les pratiques ordinaires de bien des personnes, et notamment des gens de médias (pour chacun et pour chacune d'entre vous...), bon nombre de sociétés et d'administrations ont féminisé leurs textes et en particulier leurs règlements (voir, par exemple, Lamothe 1997iii ), mais ces pratiques, pour nombreuses qu'elles soient, ne sont pas généralisées.

Bouchard, Guilloton et Vachon-L'Heureux (1999 : 15) notent qu'au Québec même, « la féminisation des textes reste un défi ». Si l'Office de la langue française publie, dès le 28 mars 1981, un avis où sont proposés des principes de rédaction qui permettent d'éviter les formes masculines, et s'il s'est engagé dans différentes actions sur ce terrain (voir Bouchard et al., 1999), certaines opinions s'expriment parfois, maintenant, dans cette même institution, selon lesquelles il importerait peut-être de gérer différemment la féminisation des textes selon leur catégorie discursive iv , de réserver un sort linguistique égal aux femmes et aux hommes tout particulièrement dans les règlements, les textes juridiques, les formulaires, les écrits internes à l'administration, par exemple.

En Belgique francophone v, l'arrêté qui accompagne le décret sur la féminisation des titres adopte un point de vue pour le moins prudent sur l'autre volet. On évoquera aussi la position du grammairien et académicien belge André Goosse (1993), acquis à la féminisation lexicale, mais hostile à une féminisation syntaxique systématique… Autre volet auquel l'ouvrage qui fait autorité en France sur cette matière (Becquer, Cerquiglini, Cholewka, Coutier, Frécher et Mathieu 1999) ne consacre que quelques lignes, qui considèrent comme normal l'emploi d'un terme masculin dans les cas visés vi.

Il est difficile de faire une synthèse des décisions politiques prises par les différents cantons suisses, mais quand on examine les positions des personnes chargées, à des titres divers, d'orienter la politique linguistique sur cette question, on note d'importantes divergences entre les points de vue exprimés, par exemple, par De Pietro et Béguelin (1999) et par Thérèse Moreau (1991, 1994).

Les options et les difficultés de la rédaction non sexiste

C'est qu'une rédaction où les ensembles mixtes ne peuvent pas être désignés par des formes masculines, s'accompagne de divers problèmes, de redondance, de référence, d'accord, etc. (De Pietro et Béguelin 1999).

Supposons ainsi un texte rédigé de manière « classique » comme (1).

(1) Les étudiants doivent se choisir un directeur de mémoire parmi les enseignants de la Faculté et ils conviendront avec lui du thème de la recherche et des méthodes qu'ils adopteront. Si certains d'entre eux en ressentent le besoin, ils pourront faire appel à un directeur associé au premier.

Un premier principe de rédaction non sexiste vii pourrait amener à réécrire le texte en une version (2).

(2) Les étudiants et les étudiants doivent se choisir un directeur ou une directrice de mémoire parmi les enseignants et les enseignantes de la Faculté et ils ou elles conviendront avec lui ou elle du thème de la recherche et des méthodes qu'ils ou elles adopteront. Si certains d'entre eux ou certaines d'entre elles en ressentent le besoin, ils ou elles pourront faire appel à un directeur ou à une directrice associé(e) au premier ou à la première.

Ou bien dans une version (3), avec des formes comportant des barres obliques, des parenthèses ou des traits d'union, formes dont on notera qu'elles sont dépourvues de correspondant oral :

(3) Les étudiant(e)s doivent se choisir un directeur/trice de mémoire parmi les enseignant(e)s de la Faculté et ils/elles conviendront avec lui/elle du thème de la recherche et des méthodes qu'ils/ elles adopteront. Si certain(e)s d'entre eux/elles en ressentent le besoin, ils/elles pourront faire appel à un directeur/trice associé(e) au/à la premier(e).

Il apparaît assez rapidement qu'une application hâtive, non réfléchie, d'un principe d'égalité linguistique entre individus masculins et féminins peut complexifier les textes au point de compromettre parfois leur lisibilité. Les adeptes de la rédaction égalitaire, bien conscients de la difficulté, recommandent d'ailleurs de ne pas rédiger les textes d'abord au masculin pour les « traduire » ensuite en des termes qui ne lèsent pas les femmes, mais de les concevoir dès le départ dans une optique égalitaire, en recourant avec parcimonie aux formulations doubles (les étudiants et les étudiantes) et aux formes sans correspondant oral (étudiant-e-s), mais en utilisant plutôt différents procédés, comme en (4) : nominalisations, passif, termes collectifs, termes épicènes, etc. (Biron 1991, Guilloton et Cajolet-Laganière 1996, Dumais 1998, Lamothe 1991, s.d.).

(4) L'élaboration du mémoire doit se faire sous la direction d'une personne faisant partie du corps enseignant de la Faculté. Le choix de cette personne est laissé à l'appréciation des récipiendaires. C'est avec elle que seront arrêtés le thème et les méthodes de la recherche. En cas de besoin, une deuxième personne peut être associée à la direction.

Si ces principes de rédaction aboutissent à des textes nettement plus acceptables d'un point de vue stylistique, et s'ils évacuent les problèmes de redondance et ceux liés aux doubles formulations et aux formes sans correspondant oral, ils font cependant surgir d'autres difficultés.

1) Pour aboutir à un résultat satisfaisant, l'écriture doit répondre à de multiples exigences : il faut planifier la présentation du contenu, organiser la progression de l'information, être non redondant, clair, précis, explicite, éviter les répétitions de termes, les structures syntaxiques trop complexes, s'assurer de la correction grammaticale et orthographique, gérer la référenciation, etc. Et il est clair que la non-disponibilité des formulations collectives au masculin ajoute une contrainte de plus aux exigences habituelles de la rédaction. Et on peut se demander dès lors si la rédaction dite non sexiste ne risque pas de se traduire par un plus grand clivage encore qu'actuellement entre les gens qui savent rédiger et les autres, et de creuser encore l'écart de ce point de vue entre les catégories sociales, en fournissant les critères d'un élitisme supplémentaire.

2) Les procédés proposés débouchent généralement sur des textes au caractère beaucoup plus abstrait, qui pourraient être associés à une difficulté accrue dans le traitement de l'information. Les travaux réalisés par les psycholinguistes des années soixante et septante ont montré en effet que le recours à des formes passives ou nominalisées, en particulier, se solde par des temps accrus de traitement, interprétables comme des indices d'une plus grande complexité psycholinguistique (Gough 1965 ; Moscato et Wittwer 1978 ; Savin et Perchonock 1965 ; Slobin 1966)

3) Le souci de la rédaction non sexiste se fonde d'abord sur la volonté de rendre les femmes plus visibles. Mais comme certains des principes reviennent parfois à désexiser en fait les textes, on peut se demander si le bénéfice est réel de ce point de vue. Certes, quand au lieu de parler des policiers, on dit les policiers et les policières, on fait bien apparaître que cette profession est exercée également par des femmes. Mais qu'en est-il lorsqu'il est question de la police ?

C'est assurément pour résoudre certains de ces problèmes qu'une chercheuse québécoise, Céline Labrosse (1996), propose une réforme de l'orthographe du français, où, notamment, bien des mots variables aujourd'hui deviendraient épicènes (on écrirait p.ex. subtile, turque, au masculin comme au féminin, sur les modèles de utile, futile, fragile et de basque, énarque, rauque) et où on doterait la langue écrite d'une forme nouvelle de pronoms, illes, et d'une marque de pluriel en -z, à utiliser lorsque sont concernés des ensembles mixtes. L'adoption de cette réforme viii conduirait à une cinquième version du texte de départ :

(5) Lez étudiantz doivent se choisir un directeur ou une directrice de mémoire parmi lez enseignantz de la Faculté, avec qui illes conviendront du thème de la recherche et des méthodes qu'illes adopteront. Si certainz en ressentent le besoin, illes pourront associer une autre personne à la direction du mémoire... Touz devront...

Le texte pourrait enfin connaître une sixième version, où les termes masculins de (1) seraient tous remplacés par des féminins dits génériques, qu'on chargerait de référer aussi bien à des hommes qu'à des femmes.

(6) Les étudiantes doivent se choisir une directrice de mémoire parmi les enseignantes de la Faculté et elles conviendront avec celle-ci du thème de la recherche et des méthodes qu'elles adopteront. Si certaines d'entre elles en ressentent le besoin, elles pourront faire appel à une directrice associée à la première.

Dans cet esprit, et pour respecter strictement le principe de l'égalité linguistique, le journaliste britannique John Harris propose que la fonction de renvoyer à des ensemble mixtes soit assurée alternativement par le masculin et par le féminin, avec un changement à chaque tournant de siècle. Une norme de cet ordre est intégrée dans quelques revues féministes militantes, dont les numéros successifs alternent féminin générique et masculin générique (Direction générale de la condition féminine de l'Ontario, s.d., rubrique D).\

Mais sans doute, avant d'examiner quelles solutions il convient d' apporter au problème, serait-il opportun de définir ce qu'est ce problème, d'en mesurer l'ampleur et de localiser les endroits où il paraît le plus aigu. De se demander, autrement dit, dans quelle mesure et dans quelles conditions les termes au masculin sont interprétés comme renvoyant exclusivement à des hommes. C'est précisément à quoi se sont employées quelques recherches récentes ix, portant sur le cas du français.

Les mots soulignés - première expérimentation

En 1997, Lamothe et Moreau (2001) font passer une même épreuve à des sujets québécois et à des sujets belges, à qui elles remettent un feuillet, comportant 32 phrases avec un terme masculin souligné. Les sujets doivent dire si ce mot désigne seulement un ou des hommes, ou s'il renvoie à des ensembles incluant les femmes (on parlera en ce cas d'interprétation mixte ou d'interprétation inclusive). Les auteurs contrastent systématiquement mots au singulier et mots au pluriel, mots dans un emploi générique et mots dans un emploi spécifique.

Pour simplifier la présentation, on ne fera état ici, dans un premier temps au moins, que des proportions recueillies pour la Belgique francophone. Sur les 32 mots, 5 seulement sont interprétés comme mixtes par moins de 50% des sujets. La tendance dominante est donc à lire les masculins comme renvoyant aussi aux femmes. On ne peut toutefois généraliser : on observe une très grande variabilité des réponses selon les items, les moyennes s'échelonnant de 6 à 94%. Une partie importante de cette variabilité est interprétable en termes de catégories d'items. Ainsi, les mots sont davantage interprétés comme mixtes lorsqu'ils ont valeur de génériques plutôt que de spécifiques (80 % contre 70%), plus lorsqu'ils sont au pluriel qu'au singulier, l'effet ne se marquant toutefois que pour les génériques (84% pour 75%), plus aussi lorsqu'ils sont épicènes (lorsque la forme masculine ne se différencie pas de la féminine) que lorsqu'ils sont variables (78% et 70%).

Bien que les auteurs n'aient pas contrasté systématiquement les mots selon qu'ils renvoyaient à des catégories fortement ou faiblement féminisées, les données suggèrent que le contexte sociologique joue un rôle important dans l'interprétation. Ainsi, parmi les taux les plus bas, on a les items avec homme d'église, homme de science, contrôleurs, et techniciens, et dans le groupe des scores les plus élevés, on trouve Américains, Anglais, témoin, professeurs. De même, à contraster les deux items suivants, on peut soupçonner que le contexte linguistique exerce également une influence sur l'interprétation.

  • Les Américains se disent de grands démocrates. (89% d'interprétations mixtes)

  • Actuellement, le Français moyen consomme plus de bière que de vin. (73% d'interprétations mixtes, une partie du déficit de 16% étant imputable sans doute à l'association avec l'alcool.)

Dans ces données toujours, on a des proportions d'interprétations mixtes assez différentes pour trois mots proches, renvoyant à des professions largement féminisées : professeurs, enseignant et instituteurs. Le premier, associé au score le plus haut (93%), remplit quatre conditions favorables à l'interprétation inclusive (c'est un épicène, au pluriel, dans un emploi générique, et dans un contexte neutre) ; enseignant, qui répond à une condition seulement (il est dans un contexte neutre, mais il est variable, singulier et spécifique), attire toutefois plus de réponses mixtes (83%) que instituteurs, qui satisfait pourtant à deux conditions (il est pluriel et générique), mais que seuls 62% des sujets interprètent comme renvoyant aussi à des femmes. Cette distribution laisse supposer que les différentes variables ne pèsent pas du même poids, que certaines sont plus déterminantes que d'autres dans l'interprétation, et c'est précisément cette hypothèse que testera le deuxième travail.

Pour ce qui est des variables associées aux témoins, on observe une différence, sur laquelle on reviendra ultérieurement, entre sujets belges et sujets québécois, les premiers faisant plus d'interprétations inclusives (69% contre 62%). Chez les sujets belges, on note également une différence entre les témoins féminins et masculins (72% et 68%), comme entre les sujets de 35 à 45 ans et ceux de 18 à 25 ans (75% contre 65%), mais les différences ne remettent jamais en cause la manière dont se hiérarchisent les modalités des variables linguistiques (génériques vs spécifiques, pluriels vs singuliers, épicènes vs variables).

Les mots soulignés - deuxième expérimentation

Un deuxième travail expérimental adopte la même procédure que Lamothe et Moreau (2001) x. Les sujets disposent d'un ensemble de phrases comportant un mot masculin souligné, dont ils doivent dire si à leur avis, il renvoie à des hommes exclusivement ou bien à des ensembles mixtes.

1. Méthodologie

Tous les mots soulignés sont cette fois au pluriel, mais on les sélectionne dans différentes catégories, de manière à déterminer l'effet de quatre variables :

  • taux occupationnel : dans une moitié des items, les termes renvoient à des ensembles où les femmes sont aussi nombreuses que les hommes (Américains, adolescents...), dans l'autre moitié, les mots désignent des groupes où l'Office national des statistiques dénombre moins de 20% de femmes (gendarmes, maçons...). On désignera les deux catégories par les étiquettes « Taux occupationnel 50% » et « Taux occupationnel <20% ».

  • contexte : certaines phrases associent le terme souligné à des attributs supposés masculins; il y est question de siffler, de regarder les filles, de sport, de violence, d'alcool... D'autres phrases proposent un contexte neutre. On contraste ainsi, par exemple, Les Américains sont rentrés complètement bourrés, d'une part, et Les Américains collaborèrent activement au travail, d'autre part.

  • épicène vs variable : 50% des mots ont la même forme au masculin et au féminin (gendarme, Asiatiques), 50% sont de forme variable (Américains, maçons).

  • générique vs spécifique : les termes ont valeur de génériques pour moitié, de spécifiques pour l'autre moitié (Les policiers doivent s'entraîner à tirer vs Finalement, les policiers suspects ont été mis en prison).

On a au total 80 phrases, qui se répartissent à raison de 5 par case quand on croise ces quatre variables. Elles ont été soumises à 132 sujets, étudiants en première année à l'École d'interprètes internationaux de Mons (89 filles et 43 garçons, de 18 à 23 ans).

2. Résultats

Les réponses des témoins masculins et féminins ne se différencient guère : les filles font un peu plus d'interprétations mixtes que les garçons (63.2% contre 61.4% ), mais la corrélation entre la réponse des unes et des autres est importante. Aussi ne distinguera-t-on pas les deux catégories de réponses dans la présentation des résultats, dont les tendances principales apparaissent bien dans la figure1.


L'effet le plus important, dans l'interprétation des sujets, est celui du taux occupationnel : on a 80.2% ou 45.1% d'interprétations mixtes, selon que les mots renvoient à des ensembles occupés également par des individus féminins et masculins ou à des catégories où les femmes sont minoritaires. L'analyse de variance indique que cette différence de 35% est significative à .001.

La deuxième variable, celle du contexte, est également associée à une différence importante, voisine de 25% ( O <.001) : les mots dans un contexte neutre recueillent 74.9% d'interprétations mixtes, contre 50.4% pour les mots dans un contexte orienté.

Les variables linguistiques exercent une influence aussi, mais dans une mesure moindre : les épicènes sont interprétés comme mixtes dans 67.1% des cas, les variables dans 58.2%, la différence étant à la limite de la significativité ( O =.079); les génériques attirent 65% d'interprétations mixtes, les spécifiques 60.3%, la différence n'étant pas significative ( O =.316).

L'analyse statistique ne décèle aucun effet d'interaction entre les variables.

Parmi les 5 items où on a une combinaison des modalités favorables à l'interprétation inclusive (« taux occupationnel 50% », « contexte neutre », « épicène » et « générique »), 4 attirent 98% à 100% de telles réponses, le cinquième se situant à 94% xi.

Autrement dit, lorsque les conditions extralinguistiques (telles que les cernent ici les variables « taux occupationnel » et « contexte ») ne discriminent pas les hommes et les femmes, les mots masculins sont interprétés comme renvoyant à des ensembles mixtes. Et ces variables exercent une influence plus décisive que la forme des mots (épicène ou variable) ou leur extension sémantique (générique vs épicène).

Cette prévalence des variables extralinguistiques sur les linguistiques se trouve aussi dans le travail réalisé par Decamps (2001). Les sujets sont invités ici à imaginer qu'ils sont chargés, par l'Office national de l'emploi, de réinsérer les femmes dans la vie professionnelle, et, pour constituer un fichier d'emplois vacants, de sélectionner, dans un ensemble de petites annonces, celles qui concernent des femmes. Que l'annonce soit rédigée sous la forme Engage carreleur (H/F), ou électricien (H/F),ou un ou une garagiste, ou un ou une pilote de course - professions faiblement féminisées, mais déclinées avec une mention explicite concernant la possibilité qu'une femme soit recrutée -, elle est sélectionnée par moins de sujets (66, 72, 72 et 74%), que lorsqu'elle fait appel à des diététiciens (90%), profession très largement féminisée, présentée avec une forme au masculin.

Les mots soulignés - deuxième interprétation

Les travaux précédents connaissent une importante limite : la consigne, le dispositif utilisé, rappellent en permanence que les étiquettes peuvent renvoyer à des femmes. Et on peut supposer que le nombre de réponses inclusives y est sans doute plus élevé que dans la pratique ordinaire du langage. C'est pourquoi on s'est préoccupé de mettre au point un dispositif qui n'attire pas l'attention des sujets sur cette possibilité xii.

1. Méthodologie

Les sujets, 23 étudiants et 23 étudiantes universitaires de19 à 24 ans, ont été priés d'entrer dans la fiction suivante : ils sont dans un État totalitaire, qui procède à des arrestations, des perquisitions, des interrogatoires arbitraires. Un réseau de résistance s'est organisé, dont ils font partie, qui est à même d'intercepter les messages adressés par les autorités à la police, et qui a les moyens de prévenir les personnes en danger. Chaque sujet est responsable de 24 personnes, dont il a la description. Quand il intercepte un message concernant une ou des personnes dont il a la charge, il doit la ou les prévenir, mais, afin de ne pas mettre le réseau en péril, il doit faire vite et n'envoyer de messages qu'à celles qui courent un risque effectif.

Lors de la passation, les sujets disposaient d'un feuillet avec le portrait dessiné de 24 personnes - chaque portrait étant numéroté - et leurs caractéristiques : nom, prénom, âge, nationalité, état civil, profession, appartenance politique, signes distinctifs (diabétique, asthmatique, herboriste...). Toutes les caractéristiques étaient déclinées au masculin pour les hommes, au féminin pour les femmes. Un écran d'ordinateur affichait l'un après l'autre des messages tels que : « Contrôlez les papiers de tous les médecins asiatiques », « Arrêtez tout informaticien communiste », « Expulsez ***, diplomate asthmatique » (les astérisques correspondant à une partie supposée brouillée du message). Tous les messages comportaient un substantif, toujours au masculin, et un adjectif, de forme épicène. L'écran, sous le message, présentait un tableau avec 24 numéros, chaque numéro correspondant à une personne. Le sujet devait cliquer sur le numéro de la ou des personnes qu'il croyait concernées. Le programme enregistrait sa réponse et son temps de réaction.

Chaque sujet a reçu 50 messages, dont 3 items d'essai, et 7 distracteurs. Les 40 messages cibles étaient contrastés entre eux pour les variables suivantes : singulier vs pluriel, épicène vs variable, générique vs spécifique. Ils se répartissaient à raison de 5 items par case (il y avait ainsi 5 messages avec un mot générique, singulier, variable, 5 avec un terme spécifique, pluriel, épicène, etc.). Pour chacune des cases, on a par ailleurs réparti les messages en fonction du sexe des personnes à prévenir et de leur nombre. Ainsi, parmi les 5 items contenant un terme générique singulier variable, 3 supposent qu'on prévienne un homme et une femme (messages mf), un quatrième qu'on avertisse 2 femmes (message ff) et le cinquième 2 hommes (mm). On trouvera le détail de cette répartition dans le tableau I.

2. Résultats

A. La proportion de réponses f et m

S'il y a effectivement une neutralisation de l'opposition de genre dans les termes masculins, s'ils renvoient aussi bien aux hommes qu'aux femmes, comme les messages ont été élaborés en sorte qu'ils s'appliquent à un même nombre d'hommes et de femmes, on doit s'attendre à ce que les sujets fournissent 50% de réponses m et 50% de réponses f (correctes et incorrectes xiii).

On n'est pas loin de cette équipartition, comme on voit dans les deux lignes supérieures du graphe 2. Certes, au total, les sujets préviennent un peu plus d'hommes que de femmes, ont donc une certaine tendance à interpréter les mots comme renvoyant davantage à des hommes qu'à des femmes, mais d'une part, les écarts sont très faibles (sur l'ensemble, 50.3% contre 49.7%), d'autre part, ils ne se traduisent pas toujours par un déficit d'interprétations f : si les termes variables (par exemple, avocat, député) n'attirent que 47.1% de réponses f (contre 52.9% de réponses m), la tendance s'inverse pour les mots épicènes (comme graphiste, scientifique...), puisque 52.2% des réponses consistent à prévenir des femmes (contre 47.8% qui avertissent des hommes).

B. La proportion de réponses erronées

La proportion de réponses f erronées est plus forte que la proportion de réponses m incorrectes (voir les deux lignes inférieures du graphe 2), mais pour être toujours orientées dans le même sens, les différences sont ténues, ici aussi, oscillant entre 0.3 % et 1.6%.

C. Les données correctes observées par rapport aux réponses attendues

Si, toutes variables confondues, on prend pour total le nombre de réponses attendues pour les messages qui pouvaient s'appliquer à des femmes, et on calcule le pourcentage de femmes effectivement prévenues, on a un taux de 94.9%; 5.1% de femmes qui auraient dû être averties ne l'ont donc pas été. Ces proportions doivent être appréciées au regard des 95.5% de réponses correctes observées (et donc des 4.5% d'omissions), lorsqu'il s'agissait de prévenir des hommes. Autrement dit, il y a un déficit de réponses correctes lorsque les termes masculins doivent être interprétés comme renvoyant à des femmes, mais ce déficit est inférieur à 1% par rapport à ce qu'il est lorsque les termes renvoient à des hommes.

On observe un effet des variables linguistiques (voir le tableau II) : comme dans l'un des deux ou les deux travaux précédents, les épicènes attirent davantage de réponses incluant les femmes que les mots variables, les pluriels plus que les singuliers, les génériques plus que les spécifiques. Mais dans la présente recherche, les écarts sont extrêmement ténus, le plus surprenant ici étant sans doute que malgré leur faible ampleur, les différences soient systématiquement orientées de façon inverse pour les réponses f et les réponses m.

D. Les temps de réaction

Les sujets mettent un peu plus de temps, en moyenne, pour fournir leurs réponses f correctes que leurs réponses m correctes : 8.17 contre 8.14 secondes. Lorsqu'on répartit les données selon les modalités des variables linguistiques, il apparaît cependant que les différences ne sont pas toujours orientées de cette manière, certaines catégories de réponses m demandant plus de temps que les f correspondantes.

Par ailleurs, pour les réponses f, il faut systématiquement moins de temps pour la modalité de la variable associée au plus grand nombre de réponses correctes : les sujets répondent plus vite pour les items épicènes que pour les variables, pour les génériques que pour les spécifiques et plus vite encore pour les pluriels que pour les singuliers; or, comme on l'a vu, les épicènes, les génériques et les pluriels attirent précisément davantage de réponses f correctes que les items de la modalité opposée. Les temps de réaction, comme le nombre de réponses correctes, suggèrent une différence de complexité dans le traitement de l'information linguistique selon les modalités des variables considérées.

Ces données doivent toutefois être considérées avec prudence. Le dispositif, à dire vrai, ne permettait pas de recueillir des informations très sûres sur le temps nécessaire à l'interprétation des messages. En effet, par exemple, à supposer qu'un sujet parcoure le feuillet des portraits et descriptions systématiquement du haut en bas et de la gauche vers la droite, il prendra moins de temps pour prévenir la personne n° 7 que la n° 19. Et inversement pour un sujet qui procéderait lui de bas en haut. Par ailleurs, tel sujet, qui aurait à prévenir les personnes n° 8 et 14, pourrait, ayant identifié le n° 8, entrer sa réponse avant de poursuivre son examen, tandis qu'un autre pourrait ne fournir ses réponses qu'une fois tout son échantillon passé en revue Ces biais évidents empêchent qu'on tienne les différences pour avérées, et nécessitent la mise en place d'autres dispositifs pour éclairer la question du temps nécessaire à l'interprétation des messages.

Quels conseils à la politique linguistique ?

Si des responsables politiques, préoccupés d'égalité entre les sexes, prenaient le conseil des scientifiques sur l'orientation à donner à la politique linguistique et les interrogeaient en particulier sur l'opportunité de la féminisation syntaxique, quelle réponse pourrait-on leur fournir ?

1° Il y aurait d'abord une recommandation à adresser à la politique tout court : si on veut que les mots masculins soient interprétés comme renvoyant aussi aux femmes, il faut d'abord assurer l'égalité dans les faits et travailler à l'élimination des stéréotypes, qui associent par exemple hommes et alcool, eau de toilette et femmes. Le deuxième travail dont il a été question ici montre bien, en effet, que le taux occupationnel et le contexte exercent un rôle plus décisif sur l'interprétation mixte que les variables linguistiques.

2° Conformément au discours féministe militant, les termes masculins renvoient davantage à des images masculines que féminines, mais la différence est réduite.

3° Même dans l'hypothèse où on n'observerait jamais aucun déficit d'interprétation mixte, si même il n'y avait jamais aucune différence, du point de vue référentiel, entre d'une part les enseignants et d'autre part les enseignants et les enseignantes, il y en aurait toujours une du point de vue symbolique. Adopter la deuxième formulation, c'est en effet marquer qu'on considère comme légitimes les revendications des femmes pour une plus grande visibilité, et c'est manifester sa sympathie au militantisme féminin.

4° Si les décideurs politiques penchaient pour une réforme linguistique, et incitaient à une féminisation systématique des textes, ils devraient être attentifs aussi aux faits suivants :

  1. Dans les données de Lamothe et Moreau (2001), les sujets québécois font moins d'interprétations mixtes que les sujets belges. La différence tient sans doute au fait que les premiers ont à leur disposition un plus grand nombre d'étiquettes variables (professeure), dont on a vu, dans les trois travaux présentés, qu'ils sont moins susceptibles d'une interprétation mixte que les épicènes. Les sujets québécois ont par ailleurs été exposés à beaucoup plus de formulations doubles que les francophones européens. Or, si plutôt que d'enseignants, on parle systématiquement d'enseignants et d'enseignantes, on spécialise le terme enseignants dans sa valeur masculine, et on réduit la possibilité que le genre de l'étiquette soit neutralisé (Lamothe et Moreau 2001, Vandendorpe 1995/2001). Une réforme linguistique qui condamnerait le recours à des étiquettes masculines pour désigner des ensembles mixtes d'individus n'aurait donc de sens que si on était sûr qu'elle soit adoptée partout, dans les différents pays de la francophonie, dans le langage oral comme dans l'écrit, dans les textes tant administratifs que journalistiques ou littéraires, etc. Sinon, on court le risque qu'au lieu d'assurer la visibilité des femmes, on les rende au contraire parfois moins visibles.
  2. La rédaction non sexiste se traduit par une complexification certaine des tâches d'écriture. Proscrire le recours à des étiquettes masculines pourrait avoir des effets élitistes, dont les milieux sociaux qui ont des rapports difficiles avec le langage pourraient faire les frais. Peut-on considérer qu'il y a un bénéfice sociétal général à assurer une meilleure visibilité des femmes dans certains cas - mais certains cas seulement - alors que l'on crée dans le même temps un autre type d'exclusion ?
  3. Un raisonnement analogue peut être tenu à propos du coût, en termes de traitement de l'information, lié à certains des mécanismes linguistiques utilisables pour contourner les formes masculines (nominalisations, passivations, etc.) : la société - hommes et femmes - risque de perdre d'un côté le gain qu'elle réaliserait peut-être de l'autre.
  4. Il n'est pas sûr que tous les procédés préconisés pour la rédaction non sexiste assurent davantage la visibilité des femmes que les formulations au masculin, en particulier le recours à des termes collectifs du type police ou magistrature. Si tel est bien le cas, on peut craindre que la féminisation des textes ne satisfasse pas à autre chose qu'aux exigences d'un langage politiquement correct xiv.

5° Si les responsables de la politique linguistique, faisant la balance entre les risques prévisibles et les bénéfices escomptables d'une réforme, considéraient que les premiers l'emportent sur les seconds et demandaient d'autres conseils, on pourrait leur suggérer de préconiser plutôt, chaque fois que c'est possible, l'emploi de termes épicènes (scientifique plutôt que chercheur, comptable plutôt que trésorier; spécialiste plutôt qu'expert, militaire plutôt que soldat, auxiliaire plutôt qu'adjoint, etc.), et les pluriels, dont les recherches indiquent qu'ils se prêtent davantage à l'interprétation mixte.

6° Point de détail, qui concerne sans doute plus certaines cultures que d'autres, pour décrire le phénomène linguistique observable par exemple dans La fille, sa mère et son père étaient contents, on peut dire, comme Vaugelas (1655 : 381) : « parce que le genre masculin est le plus noble, il prévaut tout seul contre deux féminins ». Ou bien, comme l'ont appris des générations d'écoliers, « parce que le masculin l'emporte sur le féminin ». On pourrait aussi dire : « parce que quand le masculin voisine avec le féminin, il est émasculé ». Mais il est bien clair qu'aucune de ces « descriptions vx » n'est neutre idéologiquement et que chacune est de nature à provoquer des crispations. Dans le discours des personnes qui prônent la féminisation syntaxique, on note d'ailleurs qu'une certaine partie de l'argumentation se développe à partir d'une réflexion amère sur le principe « le masculin l'emporte sur le féminin », qui de toute évidence est resté au travers des oreilles et des représentations de bien des femmes. Et on peut se demander si ce n'est pas dans cette mauvaise description métaphorique que s'enracine pour une bonne part la question de la féminisation des textes. Il y aurait donc lieu d'évacuer ce principe, ou tout autre analogue, des descriptions grammaticales, particulièrement de celles qui sont transmises dans l'enseignement. Il s'agirait d'une réforme très ponctuelle, qui ne suppose pas une refonte des habitudes linguistiques quotidiennes et que devrait intégrer un nombre très limité de personnes (les grammairiens, les enseignants de langue). Elle aurait donc beaucoup de chances de succès.

7° Enfin, un autre point, plus général, implique aussi l'enseignement de la langue : les débats qui entourent la féminisation linguistique - qu'elle concerne à présent les titres ou les textes - révèlent souvent que bien des personnes n'ont à leur disposition qu'une culture linguistique indigente sous divers rapports : entre les jugements fondés sur un pseudo-critère d'euphonie « La juge, ça sonne mal », l'idée que la polysémie est une pathologie de la langue (« Pour désigner la femme auteur d'un rapport, on ne peut pas utiliser rapporteuse, qui a déjà un autre sens »), ou l'opinion que l'identification de la norme est une prérogative de la seule Académie française, etc., on voit affleurer une culture qui se borne pour l'essentiel à reproduire divers stéréotypes (Becquer et al. 1999, Mathieu 1999, Moreau 1999), sans accueillir de réflexion personnelle, sans faire de place à une analyse des faits de langue et de société xvi, sans examiner si la logique des raisonnements tenus sur certains points de la langue vaut pour tous les cas analogues xvii. Il y aurait donc assurément lieu de repenser autrement la philosophie même et les objectifs des enseignements de langue, qui gagneraient sûrement à se préoccuper moins de la transmission de l'une ou de l'autre doxa, que de la confronter aux faits, accessibles à tous. Ce serait peut-être dans ce cadre qu'on pourrait soumettre aussi à la réflexion l'idée que les mots masculins renvoyant à des humains ne désignent jamais que des humains masculins.

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Notes

  1. Ce texte a été initialement publié dans Revue Parole, 20, 2001, 287-314. Il est reproduit avec la permission de l'auteure et de la revue.

  2. Pour une synthèse concernant la situation au Québec, voir Bouchard, Guilloton et Vachon-L'Heureux (1999); pour la Suisse : De Pietro et Béguelin (1999); la France : Mathieu (1999); la Belgique francophone : M.-L. Moreau (1999). On trouvera une bibliographie dans Dumais (1990) et Lamothe (1991).

  3. Les manuels scolaires furent également rédigés dans cet esprit, de même que certains ouvrages de référence. Ainsi, Le français au bureau de Guilloton et Cajolet-Laganière (1996) (voir Guilloton et Cajolet-Laganière, 1997). En octobre 2001, sur les 36 sites identifiés par Altavista en réponse à la question « rédaction non sexiste », 32 sont canadiens, québécois pour la plupart. La préoccupation n'est pas que francophone : le même moteur de recherche liste 1334 titres pour « non sexist language ». Dans la majorité des cas, il s'agit d'institutions qui appellent à rédiger de façon neutre, ou signalent qu'elles l'ont fait ou exposent les principes d'une telle écriture.

  4. Le point apparaît en filigrane dans le texte de Bouchard, Guilloton et Vachon-L'Heureux (1999 : 24).

  5. « ...il est recommandé que l'on veille à éliminer les formulations sexistes et à assurer au mieux la visibilité des femmes. Pour assurer cette visibilité, il est recommandé de ne pas abuser de l'emploi générique des noms masculins. Toutefois, ceux-ci ne doivent pas être perçus comme désignant nécessairement des hommes (ex.: les étudiants sont inscrits d'office aux examens). L'emploi de formes féminines ne doit cependant pas nuire à l'intelligibilité des textes ni à leur lisibilité. Dans cet ordre d'idées, il est recommandé que l'on n'abuse pas des formulations écrites qui n'ont pas de correspondant oral (ex.: l'étudiant(e), l'étudiant-e, l'étudiant/l'étudiante, l'instituteur-trice) et que l'on fasse un emploi prudent des termes abstraits (ex.: le lectorat pour les lecteurs ou les lectrices) » (Service de la langue française et Conseil supérieur de la langue française 1994 : 18-19).
    On évoquera aussi la position du grammairien et académicien belge André Goosse (1993), acquis à la féminisation lexicale, mais hostile à une féminisation syntaxique systématique .

  6. « Si l'on évoque un ensemble d'individus, on suppose qu'il y a parmi eux des hommes [...] et des femmes [...], on se sert alors du masculin, qui assure la neutralisation grammaticale. C'est l'emploi très fréquent du masculin pour traduire le générique pluriel [...] : Tous les hommes sont mortels. Cette ville compte vingt mille habitants.[...]. Au singulier [...si] on vise [...] un concept, une notion, sans réalisation particulière ou spécifique, le masculin, qui neutralise l'opposition des genres, est également requis : Les Droits de l'Homme et du Citoyen. Un soldat français. [...] on ne suivra pas certaines habitudes francophones qui consistent à décliner les fonctions selon le sexe : Recrutement d?un ou une attaché(e) parlementaire dès lors que la généricité de la fonction est visée » (Becquer et al., 1999 : 37).

  7. J'adopte, avec les formules écriture ou langage ou rédaction non sexiste la terminologie généralement employée dans le domaine, sans toutefois endosser l'opinion que la désignation d'ensembles mixtes au moyen de formulations masculines comporte du sexisme.

  8. Suivant en cela la position de Céline Labrosse, la Fédération des professionnelles et professionnels salarié-es et des cadres du Québec a changé sa dénomination, en 1998, au profit de « Fédération des professionèles - Confédération des syndicats nationaux » (La Presse, 9 janvier 1999)..

  9. Pour l'anglais, la question se pose essentiellement à propos de la manière dont sont interprétés les pronoms he, they, et les termes comme chairman, mankind... On pourra se reporter à Ehrlich et King (1994), Gastil (1990), Hamilton (1998), Kosroshahi (1989), Mackay et Fulkerson (1979), Martyna (1980), Switzer (1990), Todd-Mancillas (1981).

  10. Les données ont été recueillies et traitées par José-Maria Cordero-Sanchez (2000).

  11. Il contient le terme dentiste. L'image que les sujets se font de la proportion de femmes dans la profession n'est sans doute pas actualisée.

  12. Le matériel de l'expérimentation a été mis au point par Leclercq (2000), qui a également recueilli et traité les données.

  13. Lorsque, par exemple, un message parle d'avocats communistes, on considère que les sujets fournissent une réponse erronée lorsqu'ils avertissent une avocate dont la description dit qu'elle est écolo, ou lorsqu'ils préviennent un informaticien communiste, ou - le cas ne s'observe que 7 fois - quand ils se trompent sur les deux caractéristiques, prévenant une architecte écolo. Même erronées, ces réponses nous informent sur la possibilité que les mots masculins soient interprétés comme référant à des femmes.

  14. C'est aussi le point de vue de Vandendorpe (1995/2001).

  15. On aura noté qu'on quitte en fait le terrain de la description, qui devrait se borner à identifier la forme utilisée, et qu'on tente de justifier un mécanisme qui participe de l'arbitraire linguistique. Il vaudrait mieux mettre le phénomène en rapport avec ceux qu'on observe lorsqu'on compte (vingt, vingt-et-UN, vingt-deux...), dans les verbes impersonnels (IL faut, IL est agréable de...), dans la reprise pronominale des adjectifs, ou des complétives (Déçues, elles LE seront certainement. On peut LE dire), etc.

  16. Si l'Académie est vraiment la seule autorité en matière de langue, comment expliquer que si peu de personnes consultent prioritairement son dictionnaire ?.

  17. Certains ont par exemple soutenu que la première de la classe renvoyait à l'élève qui se classait en tête non pas des garçons et des filles de sa classe, mais en tête des seules filles, sans voir que le raisonnement conduirait par exemple à dire que lors de rendez-vous amoureux, la fille arrive donc nécessairement toujours la première. D'autres estiment que vice-recteur doit être employé tant pour les femmes que les hommes puisqu'ils peuvent être appelés à suppléer le recteur. Si on rallie à cette logique, il faudra alors appeler le vice-rectrice l'homme adjoint à une rectrice !