On observe, dans les quatre pays de la francophonie nord, une politique linguistique aux lignes très largement convergentes à propos de ce qu'on nomme généralement la féminisation lexicale, c'est-à-dire la manière dont désigner les femmes dans l'exercice de leur profession, les arguments centraux de la position étant qu'il convient d'assurer la visibilité des femmes et de respecter leur identité. On trouve cependant des divergences très nettes en ce qui concerne la féminisation syntaxique, c'est-à-dire la manière dont désigner des ensembles mixtes, comportant des hommes et des femmes.

Les partisans de la féminisation syntaxique posent que les substantifs masculins sont interprétés comme renvoyant préférentiellement à des hommes et occultent donc la place que les femmes tiennent et peuvent tenir dans nos sociétés. Une rédaction non sexiste devrait dès lors éviter les termes masculins (les policiers), dont on récuse le caractère générique, et leur préférer soit des doublets (les policiers et les policières), soit des expressions avec parenthèses ou tirets (les policier-e-s), soit des termes génériques (la police), soit recourir à des nominalisations, des passifs, des tournures impersonnelles, etc.

Il semble toutefois qu'un souci systématique d'éviter les mots masculins génériques se solde par une complexification des tâches d'écriture pour tous, complexification dont il est douteux qu'elle soit à la portée des divers milieux socioculturels qui ont des rapports difficiles avec le langage et en particulier avec l'écriture.

Différentes recherches expérimentales présentées dans ce travail ont tenté de déterminer quelle était la mesure du problème dénoncé par les partisans de la rédaction non sexiste, et ont donc essayé de voir dans quelles conditions les mots masculins sont interprétés comme mixtes (interprétation dite inclusive) ou comme renvoyant à des êtres masculins exclusivement (interprétation exclusive). Il ressort de ces recherches que le caractère inclusif ou exclusif de l'interprétation est fonction d'abord de faits extra-linguistiques, tels que la proportion de femmes présentes dans la catégorie désignée ou les stéréotypes. Lorsqu'on soumet à l'interprétation des termes désignant des ensembles équilibrés sexuellement (p.ex. les adolescents), les déficits d'interprétation mixte sont minimes, et pas toujours au détriment des femmes. On analyse aussi le rôle des caractéristiques linguistiques des termes soumis à l'interprétation : générique vs spécifique, épicène vs variable, singulier vs pluriel.

On conclut par différentes recommandations à la politique linguistique.