Introduction

On n'a jamais autant parlé des rapports entre langues, identités et nations au Maghreb que pendant ces deux dernières décennies. Nul doute que cette question revêt une acuité particulière en raison des crises majeures qui traversent le Maghreb et mettent en cause la légitimité d'une affirmation identitaire monovalente.

La minoration linguistique, objet de ce présent texte étant une question problématique, car très investie idéologiquement, il est difficile d'en parler sans se livrer préalablement à un diagnostic glottopolitique fondé essentiellement sur la dialectique de l'un et du multiple. Mais avant d'aller plus loin, je dois rappeler ce qu'on entend, à Rouen, par processus de minoration linguistique. Ce concept que j'ai mis à contribution pour analyser les rapports entre langues maternelles et langues officielles, au Maghreb, est emprunté à Jean-Baptiste Marcellesi qui l'avait formulé comme suit :

Langues minorées (…) réfère au processus de minoration par lequel des systèmes virtuellement égaux au système officiel se trouvent cantonnés par une politique d'état certes, mais aussi par toutes sortes de ressorts économiques, sociaux dans lesquels il faut inclure le poids de l'histoire, dans une situation subalterne, ou bien sont voués à une disparition pure et simple. (1980 : 15)

L'enjeu de la dénomination

La minoration passe-elle d'abord par le besoin de nommer les langues ? L'étude des étiquettes qu'on attribue aux langues constitue un moyen important pour aborder les processus d'identifications et les enjeux complexes qu'ils véhiculent. « L'existence d'une dénomination - écrit H. Boyer - crée un effet d'évidence qui peut se révéler décisif dans la construction d'une catégorie sociale » (1996 : 93). Quelles étiquettes sont-elles employées pour nommer l'arabe tunisien, l'arabe algérien, l'arabe marocain ou le berbère couramment désignés comme « dialectes », et quel fondement épistémologique ou idéologique les sous-tend, sachant que toute étiquette, dans ce contexte, est une prise de position ?

Dans ce contexte maghrébin, où le débat sur les langues suscite souvent les passions, trois remarques sont, me semble-t-il, fondamentales, à savoir :

  • définir une langue n'est jamais simple compte tenu de la complexité, de l'hétérogénéité et de la subjectivité des critères qu'on y emploie ;

  • on peut classer les langues à partir de critères considérés comme imposés par l'évidence, et mesurer ensuite la distance structurelle existant entre elles, avec l'intention de ne considérer comme « langues » que celles qui se distingueront de manière systématique ;

  • il est possible d'observer la structure globale, d'analyser les pratiques langagières et de saisir les contradictions tout en cernant les présupposés idéologiques qui les sous-tendent.

Langue est conçue ici en termes d'usage, et non de système. Dès lors, se contenter du seul critère linguistique pour dire si les variétés maternelles peuvent être considérées comme des langues ou pas me paraît peu pertinent. Quoi qu'il en soit, on ne peut passer sous silence les dimensions socio-historiques, politiques, psychologiques ou épilinguistiques qui sous-tendent tout processus de dénomination linguistique, ce qui permet de relativiser autant que possible l'importance du seul critère linguistique.

Celui qui observe les travaux ayant porté sur la diglossie arabe en Tunisie, par exemple, constate facilement l'abondance des termes utilisés pour désigner les variétés en concurrence. Chaque idiome reçoit tantôt une étiquette tantôt une autre, y compris chez le même auteur. Prenons-en quelques exemples :

  • l'arabe du Coran et de la littérature ancienne est désigné, par W. Marçais (1930), comme arabe « écrit », « régulier », « littéral » ou « classique » ;
  • chez R. Blachère (1975), on trouve « arabe classique » ou « littéral »; pour lui (p.11), la désignation « arabe régulier » est « à bannir » ;
  • sous la plume de S. Garmadi, cette variété est désignée tantôt comme « arabe littéral » ou « arabe classique » (1966), tantôt comme « arabe classique archaïque » (1968).

Pour ce qui est de l'arabe tunisien, on trouve, chez différents auteurs, les désignations suivantes : « arabe parlé », « arabe vulgaire », « arabe dialectal », « al-'amiyya », « dialecte arabe », « langue maternelle », « ad-dârija », « arabe tunisien », « langue courante »...

Nommer une langue c'est certes, en partie, refléter une existence autonome. Mais c'est aussi, d'une certaine manière, mobiliser au service de la domination le pouvoir des mots : donner des noms différents au même système c'est déjà le morceler ; maintenir le même nom à des systèmes différents, c'est les maintenir ou les rendre unifiés. Il serait naïf ici de croire qu'il y a toujours intention consciente ou, en sens inverse, que dénommer est chose innocente ou pratique conforme à la réalité linguistique. (J.-B. Marcellesi, 1981 : 8)

Face à l'hétérogénéité des critères pour désigner les langues, toute démarche dans ce sens doit tenir compte d'une série de facteurs, à savoir le statut fonctionnel, les jugements épilinguistiques, le discours idéologique... Pour R. Lafont (1985 : 121), le travail sur la diglossie « s'est bâti depuis longtemps sur la constatation qu'un fonctionnement diglossique est une 'conscience de diglossie', le plus souvent fantasmatique ».

Au Maghreb, chaque individu a son point de vue sur les langues qu'ils parle et sur les autres et, partant, exprime son identification ou au contraire sa distance vis-à-vis des pratiques langagières par rapport auxquelles il se situe. La valeur attribuée aux différentes langues en place est, ici, prise au sens de Lafont (Ibid.). Selon ses termes, la praxématique « a repris la démonstration saussurienne sur la valeur pour la critiquer et la remplacer par une théorie du réglage du sens sur un marché social. A la valeur absolue est donc substituée l'articulation d'une valeur d'usage et d'une valeur d'échange. ». On pourrait, suite à ces propositions théoriques, constater que les étiquettes utilisées pour nommer soit l'arabe littéraire, soit les variétés d'arabe maternel fonctionnent parfaitement comme des « praxèmes », définis comme des outils « de la production du sens ». Le praxème que Lafont (1979 : 38) substitue au signe linguistique de Saussure, « a une forme phonologique (un signifiant), mais n'a pas de sens (de signifié) » figé, en dehors de ses usages. « Il produit du sens une fois mis en discours, suivant les programmes qu'il soutient et auxquels il obéit ». Dans une société maghrébine où le sens se règle et se dérègle constamment sur un marché social insécure, la « signifiance », c'est-à-dire « la puissance à signifier » n'est produite que dans l'articulation de « sa puissance, en principe illimitée et de la contrainte d'une acceptabilité sociale » (Ibid.).

On le sait, langue et dialecte sont des concepts idéologiquement connotés, et toute tentative de les distinguer à partir d'un seul critère se heurte à des résultas contradictoires. Pour justifier les désignations « arabe dialectal », « dialecte » ou « dârija », certains font valoir des arguments selon lesquels les idiomes maternels seraient absents des secteurs formels de la vie publique tels l'école, l'administration, la presse, etc. Cela nécessite qu'on y prête plus d'attention : d'une part, ces remarques ne sont pas conformes à la réalité du terrain ; il suffit d'observer certaines situations formelles pour se rendre compte que les langues maternelles y sont plus que jamais présentes ; d'autre part, à supposer que cela soit vrai, l'absence des langues maternelles du secteur formel, qui résulte d'un processus de minoration linguistique historiquement situé, ne peut être érigée en motivation pour les disqualifier et leur dénier la désignation « langue ». Accepter cela, serait justifier la minoration par ses propres effets.

Au nom de quels critères décider du statut culturel et social de chacun des parlers pour les classer ensuite en langues et en dialectes ? - s'interroge L.J. Calvet - Le problème est d'autant moins posé que les linguistes ne se préoccupent pas de classer, ils entérinent une classification antérieure (…). (1974 : 47)

Au Maghreb, le problème est d'autant plus complexe que la variété qu'on baptise « langue » n'est pas la langue nationale, au sens de parlée réellement par le peuple, mais une forme supranationale, réservée à des situations restreintes. « La tendance chez les linguistes n'est pas à la lecture historique des rapports entre les langues, mais plutôt à la rature de l'histoire et au durcissement des positions acquises. La description comme sa théorisation figent les rapports de force existants en rapports de nature, le hasard historique devient nécessité » (Ibid. : 48).

Cependant, il y a ceux pour qui les variétés maternelles sont les véritables langues de la citoyenneté. Pour Yadh Ben Achour (1995), universitaire et juriste tunisien, l'arabe tunisien est, en Tunisie, la vraie langue de la citoyenneté. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, c'est un juriste qui soutient les positions les plus novatrices et audacieuses sur la question linguistique, et non un linguiste.

Selon lui (Ben Achour, 1995 : 100), la question linguistique au Maghreb ne se résume pas à la diglossie fonctionnelle, « l'erreur serait de croire comme certains que la question est une simple affaire de diglossie, de double registre linguistique, comme il en existe partout ». Elle constitue « l'un des problèmes constitutionnels les plus importants des Etats du Maghreb ». « Ceux qui veulent ramener le problème à une simple diglossie simplifient excessivement la question ». Pour lui, entre l'arabe littéraire et l'arabe maternel, « il n'y a pas simplement la distance qui sépare deux niveaux du réel, mais celle qui sépare l'utopie du vécu ». Même celui qui a appris l'arabe littéraire à l'école n'est pas en mesure de le parler sans le lire. « Il peut discourir, non point vraiment parler. Il se met en scène pour pouvoir s'exprimer, il se dédouble deux fois. L'acteur souffre et les auditeurs entendent une déclamation. Celle-ci peut être bouffonne ou tragique. Elle passera rarement comme la respiration ».

Il en déduit (1995 : 102) que l'arabe maternel a le statut constitutionnel d'un « absent », alors que l'arabe littéraire, absent des « lieux de la domesticité », du « commerce », « des loisirs », « se voit octroyer le statut constitutionnel du présent ». L'auteur désigne la situation linguistique comme « celle du présent-absent, de l'absent-présent, du vivant-mort, du mort-vivant ». Les discours produits massivement dans la société qu'il analyse « révèlent en vérité, en même temps qu'une négation de soi, un empêchement organique à aller vers la démocratie ». En édictant dans notre Constitution que l'arabe littéraire est la langue officielle, « on pose une affirmation de soi pour aboutir à une négation ».

Cette position rompt avec les thèses conformistes et traditionalistes et, partant, fait de la question linguistique non pas une simple affaire de diglossie, mais un problème constitutionnel, un vrai enjeu social et politique.

De la même manière, H. Balegh, ardent défenseur de l'arabe tunisien, s'insurge contre ce qu'il appelle « l'Apartheid linguistique » (1998 : 7-8). Il écrit :

Enfin le cénacle de 'Taht Essour'1 vint et ses membres, de fins lettrés, tels Ali Douagi, Abdelaziz Laroui et tant d'autres, abattirent le mur entre l'arabe écrit et l'arabe parlé supprimant ainsi ce qu'on pourrait appeler aussi, le pire des Apartheids, l'Apartheid linguistique… «. » Les très nombreux discours du Président de la République tunisienne, Habib Bourguiba - poursuit-il - étaient en langue arabe tunisienne. Ils auraient fait des tomes et des tomes en cette langue-là parlée mais le lendemain on les trouvait couchés sur le lit de Procuste de l'arabe écrit uniquement avec le changement et la suppression de ce qui a été dit spontanément. (Ibid.)

On ne saurait insister sur la nécessité de dépassionner le débat linguistique au Maghreb, mais, dans un contexte où celui-ci est investi idéologiquement, on est, qu'on le veuille ou non, contrait d'en prendre position. Et c'est là où se pose la question relative au rôle que doit - ou que ne doit pas - jouer le linguiste dans le processus qu'il décrit. Son attitude et son discours s'inscrivent forcément dans la chaîne des représentations idéologiques où se projette le conflit linguistique ; son intervention scientifique représente une pièce importante dans le jeu des représentations sociales. Dans une telle situation, comme l'a montré R. Lafont dans ses travaux sur la diglossie franco-occitane, la démarche du linguiste passe forcément par les représentations du réel pour y dénoncer « subjectivations » et « idéologies ». Le chercheur apparaît à la fois comme « impliqué et désimpliqué : aux yeux de la dominance, comme un militant, à ce titre suspecté ; aux yeux de la militance comme un désengagé suspect ou de tiédeur ou de trahison » (1984 : 7-8).

L'idéologie et les procédures « scientifiques »

La mise en place du processus diglossique au Maghreb s'est accompagnée de productions idéologiques chargées de le faciliter, mais qui, inversement, se produisent et se contrôlent à partir de lui. On peut le rencontrer sous forme de discours historiquement datable se reproduisant à tout moment de l'enquête.

On pourrait rendre compte de ce discours sous forme d'une série d'oppositions, avec toutefois le risque de simplification que court ce genre de présentation.

1. Langue scientifique / langues non-scientifiques

L'une des stratégies de l'idéologie pro-arabe littéraire, pour exclure les langues maternelles - formes langagières minorées - des représentations officielles, consiste à les considérer comme non-scientifiques. Pour les minorer, les adeptes du tout-arabe-littéraire leur dénient toute scientificité potentielle et, partant, le statut même de langue.

On le sait, ces thèses ignorent, voire feignent d'ignorer une vérité historique toute simple, à savoir que le critère de « scientificité » doit être observé en diachronie, sans perdre jamais de vue les potentialités de développement et d'enrichissements dont toute langue est porteuse. L'histoire des langues du monde est riche d'exemples de ce type de démentis : au XVIIIe siècle, on disait bien de l'allemand qu'il n'était pas scientifique, alors qu'aujourd'hui personne ne peut soutenir un tel jugement. De même, le français n'a-t-il pas fait face à l'hégémonie du latin qui, pendant des siècles, fit office de langue scientifique ? Toutes les langues sont « pauvres » à leurs débuts, mais les unes s'enrichissent au fil des temps et les autres végètent, voire disparaissent. Reste à accepter de s'approprier une langue dite « pauvre » pour que celle-ci s'enrichisse de toutes sortes de notions. La scientificité, la pauvreté ou la richesse ne sont point des valeurs intrinsèques d'une langue donnée, mais elles reflètent fidèlement les représentations des locuteurs qui les parlent.

2. Langue normée / langues sans norme

C'est le discours récurrent par excellence au Maghreb. Il met l'accent sur l'absence de grammaire dans les langues minorées. Il faut cependant préciser que l'idéologie négatrice des langues maternelles confond délibérément absence de norme et absence de norme codifiée. Supposons que cela est vrai : si telle ou telle variété maternelle ne dispose pas de grammaire codifiée, ce n'est pas parce qu'en tant que système linguistique, elle ne s'y prête pas, mais parce que les intéressés eux-mêmes - les linguistes sont aussi concernés - n'ont rien entrepris dans ce sens. L'absence de grammaire codifiée n'est pas inhérente aux langues maternelles, mais la conséquence d'un processus de minoration historiquement et socialement situé. La codification de leur grammaire ne peut avoir lieu que si les usagers non seulement en sont conscients mais aussi en voient l'utilité. Pour cela, l'argument selon lequel les variétés maternelles ne seraient pas considérées comme langues, parce qu'elles ne disposent pas de grammaires fixées constitue moins un argument solide et susceptible de les discréditer qu'une incitation à la codification de leurs grammaires.

3. Langue haute / langues basses

Ce discours est d'une très forte récurrence. Il s'est développé dans tout le monde arabe en se fondant sur l'opposition langue de prestige / langue de moindre prestige, une notion de base dans le dispositif théorique du modèle ferguso-fishmanien. Il s'agit, en réalité, d'un discours émotionnel fonctionnant dans la plupart des cas sous forme de connotation.

Qualifier deux idiomes concurrents au sein d'une même communauté linguistique, l'un comme « prestigieux », l'arabe littéraire, l'autre comme moins « attrayant », moins « séduisant », l'arabe « dialectal », relève-t-il d'une linguistique sociale qui conçoit la variation comme le propre de toute situation plurilingue ou, au contraire, d'une illusion fantasmatique puisant ses motivations dans des considérations idéologiques historiquement construites ?

Les langues maternelles sont désignées par leurs adversaires comme des variétés de moindre prestige, puisque, dit-on, elles ne disposent pas de grammaire codifiée, ne bénéficient pas d'un héritage littéraire important et ne sont pas les mêmes d'un pays à l'autre, voire d'un locuteur à un autre et, par conséquent, on ne peut les considérer comme des langues à part entière. Il n'est pas nécessaire qu'il faille être linguiste pour comprendre les motivations sur lesquelles repose ce type de discours ; il s'agit plutôt de considérations extralinguistiques que d'arguments linguistiques fiables.

Par ailleurs, certains détracteurs des langues maternelles les considèrent comme des variétés non-prestigieuses, car, selon eux, elles sont exclusivement orales. Sans m'étendre sur cet aspect de la question - je l'ai fait ailleurs (1993, 1997) - je rappelle tout simplement qu'il suffit d'observer le paysage sociolinguistique maghrébin : la presse, les correspondances personnelles, voire certains écrits littéraires pour se forger sa propre opinion. Quant à l'idée selon laquelle ces idiomes sont sujets à la variation régionale ou idiolectale, j'ai montré (Ibid.) que cela ne constitue pas vraiment un argument sérieux, en ce sens que la variation de tous ordres représente l'une des caractéristiques fondamentales des langues vivantes ; c'est le moteur même du changement linguistique. Il n'y a, à mon sens, que les langues mortes qui soient figées ad vitam aeternam.

Cela étant dit, posons maintenant le problème autrement. Si l'on admet, par exemple, que le prestige d'une langue dépendait du nombre de locuteurs qui la parlent, les variétés maternelles seraient incontestablement considérées comme des langues prestigieuses, puisqu'elles sont parlées par la majorité des Maghrébins, contrairement au littéraire. Dans une autre perspective, on pourrait lier le prestige d'une langue à son dynamisme et à sa vivacité dans un espace donné. Vu sous cet angle, les langues maternelles constituent, de par leur usage quotidien et leur dynamisme, les véritables langues de communication et, par conséquent, il serait inadéquat de les considérer comme des variétés « basses », « inférieures » ou « de moindre prestige ». Il faut rappeler aussi qu'une langue dite prestigieuse n'est, dans la plupart des cas, que celle parlées par les groupes socio-politiquement hégémoniques.

4. Langue nationale / langues non-nationales

Dans le discours nationaliste panarabique sur la diglossie, seul le littéraire, symbole de l'unification de la nation arabe, est considéré comme la variété nationale. Nation désigne ici non l'État-nation (Tunisie, Maroc, Algérie, par exemple) mais la « Grande nation » arabe, une supra-nation en quelque sorte. Quant aux autres langues, maternelles dans la majorité des cas, elles ne sont pas considérées comme nationales, mais comme « locales », « dialectales », voire « folkloriques ». Pour les nationalistes arabes, la négativité dans « langue-non nationale » peut s'interpréter aussi comme « langue anti-nationale », en ce sens que la multitude des langues maternelles constitue une entrave à la constitution de la Grande patrie arabe, qui, selon eux, passe aussi (et surtout) par l'unification linguistique. L'idéologie panarabique, portée, comme on vient de le voir, par l'arabe littéraire, véhicule un projet de dépassement des différences nationales où l'État-nation perd toute sa signification pour se fondre dans l'État supranational. Dans ce contexte, il est clair que les diverses variétés maternelles symbolisent la division du monde arabe, division qu'il ne faut pas chercher à accentuer par la volonté de promouvoir ces langues ; d'où d'ailleurs le propos de Moatassime selon lequel celles-ci sont « une multitude de dialectes qui sont souvent autant de variétés qu'il y a de pays ou de régions » (1974 : 644). Dans certains pays maghrébins, l'Algérie, par exemple (cf. Benrabah (1999), les linguistes qui dénoncent le processus de minoration linguistique sont considérés comme des anti-nationalistes, des militants, voire des partisans de « hizb Fransa » (le parti de la France ).

5. Langue du sacré / langues du profane

Je viens de mentionner le discours de l'idéologie panarabique qui dévalorise les langues maternelles et leur dénie la désignation de « langues nationales », mais il convient de signaler aussi une idéologie salafiste (traditionaliste), qui, en plaidant pour le retour aux sources, c'est-à-dire au mythe de l'âge d'or et de l'apogée de la civilisation arabo-islamique, rejoint le panarabisme dans la dévalorisation des variétés maternelles. Cette idéologie invoque inlassablement la fidélité à la langue divine d'une communauté arabe au passé prestigieux. Aux yeux des tenants du discours religieux, l'arabe littéraire ancien, en tant que langue du Coran, est considéré comme une variété sacrée. En tant que telle, il s'agit de la « contempler » et non de la modifier, car on risquerait de la dénaturer. Quand on sait que la grammaire du littéraire a été codifiée au Moyen âge et que depuis, c'est cette même grammaire qui sert de référence aux écoliers, on peut se rendre compte facilement du décalage qui existe entre la dite grammaire et la réalité des pratiques langagières.

Ces problèmes, qui sont inextricablement mêlés, permettent de rendre compte au delà même de la mise en évidence du conflit linguistique au Maghreb d'un contexte où l'idéologie n'est pas seulement ré-interprétation des faits mais durcissement et accélération du processus en œuvre.

Langues et identités au Maghreb

Coupler langues et identités dans un contexte de tensions où l'on voit s'affronter des politiques linguistiques homogénéisantes et des pratiques langagières plurilingues est toujours périlleux tant le risque de dérapage est grand : les mots qu'on en emploie peuvent être porteurs d'excès ; ceux des engagements fanatiques de tous bords.

Comment peut-on concevoir les rapports entre langues et identités au Maghreb ? En quels termes peut-on les dire ? On pourrait les dire dans et avec tous les mots possibles ; aucun mot ne s'impose, aucun ne semble plus approprié qu'un autre, la seule exigence possible consiste à préciser le choix que l'on retient, et sans doute, en respectant les mots que les intéressés eux-mêmes emploient pour se nommer. Mais dans la pratique, les choses se passent différemment, puisqu'on se comporte, tous, comme s'il en était autrement.

Les phénomènes identitaires se gèrent au Maghreb comme un patrimoine national fortement symbolique que chacun investit, selon ses convictions et croyances, de projections imaginaires, voire fantasmatiques. Ils font l'objet d'enjeux divers : on identifie les uns pour les distinguer et les installer dans leurs places, alors qu'on nomme les autres pour les écarter et les destituer de leur rang et donc les marginaliser par rapport aux normes établies.

1. Identité ou identification ?

Le concept d'« identité » ne me semble pas être univoque ; il serait moins problématique d'analyser les rapports entre langues et identités en termes d'identification. L'identité se présente moins comme une entité figée que comme un processus d'identification dynamique et évolutif suivant des critères complexes. Opter pour identification et non pour identité, c'est insister sur le processus et la flexibilité du phénomène identitaire. Un individu pourrait s'identifier comme étant (ou non) membre d'un groupe donné ; cela peut se faire par auto-exclusion, lorsqu'il choisit lui-même de ne pas s'identifier au groupe, ou bien par hétéro-exclusion, quand le groupe refuse d'identifier l'individu comme en faisant partie. Il va sans dire que l'auto-identification est généralement favorisée par l'existence de nombre de stéréotypes construits socio-culturellement tels que la presse, la télévision, le discours officiel, les récits…

S'identifier à un groupe, à un peuple ou à une nation n'est pas toujours un processus conscient, en ce sens que l'on ne possède pas forcément les propriétés que l'on s'attribue par auto-identification. Par exemple, nombre d'arabophones revendiquant l'arabe littéraire comme leur langue maternelle bien qu'ils ne le maîtrisent pas bien, voire pas du tout, ce qui montre que la revendication d'une langue n'est pas toujours justifiée par une pratique linguistique réelle. Cette auto-identification ne se fait pas librement mais sous la pression de contraintes multiples, en particulier sous l'influence du discours idéologique. S'assigner soi-même des propriétés ou se voir assigner certaines propriétés par les autres sont deux processus distincts, néanmoins ils interagissent continuellement. Nous parlons en fonction de ce que les autres attendent que nous disions ; nos pratiques langagières sont en fonction de la façon dont les autres nous perçoivent, voire de la façon dont nous attendons qu'ils nous perçoivent. Quelle que soit la nature des processus identificatoires - en situation ou construits historiquement - ils ne sont pas indéfinis, mais soumis continuellement à des modèles de référence dominants.

2. L'identification, un processus évolutif

De même qu'une langue peut exprimer plusieurs cultures, une culture peut s'exprimer dans plusieurs langues. La culture islamique, par exemple, s'exprime dans différents idiomes : arabe, berbère, kurde, persan, wolof... Cela est valable aussi pour la francophonie, laquelle véhicule plusieurs cultures et ne prend sens que dans la mesure où le français est approprié par des locuteurs différents, donnant ainsi naissance à des formes de français différentes. La fonction identitaire d'une langue implique à la fois une diversité des formes et l'appropriation d'une ou de plusieurs formes linguistiques comme marque d'identification, et c'est en cela que l'identité nécessite la diversité : diversité de plusieurs langues différentes et diversité des formes d'une même langue.

Les identités s'expriment, au Maghreb, de diverses manières dans la mesure où chacun a un ensemble de traits (culturels, linguistiques, religieux…) susceptibles de lui donner le sentiment d'appartenir à des entités non exclusivement identiques, mais différentes. Suivant les deux processus d'identification mentionnés plus haut, un Franco-Maghrébin pourrait s'identifier - et il est possible qu'on puisse l'identifier - selon les circonstances, comme arabe, maghrébin, immigré, français d'origine maghrébine… Au Maghreb, les identités se superposent, se croisent, s'opposent et se contredisent : identité arabe, identité islamique, identité berbère et identité francophone sont en perpétuelle interaction. Le Maghrébin a tendance à défendre son identité arabe chaque fois qu'elle est menacée par une culture étrangère ; il revendique son identité berbère chaque fois que l'arabité risque de la menacer et il défend son identité francophone lorsqu'elle se trouve menacée par l'hégémonie anglophone. Lorsque l'arabité est en prise directe avec l'islamité, c'est souvent l'identité arabe qui est mise en avant. Loin d'être statique et figée, l'identité évolue dans l'espace et dans le temps et dépend largement des rapports sociaux qui la déterminent ; lorsque ceux-ci changent, les attitudes à l'égard des variétés linguistiques minorées et les références identitaires qui leur sont liées changeront aussi.

La référence identitaire peut être verticale dans la mesure où un locuteur manifeste son appartenance identitaire en se démarquant de la variété dominante : dans ce cas, l'énoncé « je suis kabyle » signifie « je refuse de parler arabe » et, par conséquent, « je n'accepte pas l'hégémonie culturelle arabe ». A. Mettouchi (1993 : 60) montre que l'identité peut avoir un contenu tautologique. Lorsqu'elle demande à son interlocutrice de lui expliquer ce qu'elle trouve « gênant » dans l'expression « arabo-mulman », l'informatrice répond comme suit : « c'est-à-dire c'est la négation, c'est la négation de l'identité berbère (...) c'est à dire que toi tu n'existes pas quoi ».

La référence identitaire peut être aussi horizontale, lorsque un berbérophone affirme, par exemple, que l'arabe algérien n'est pas sa langue, et inversement, quand un arabophone exclut le berbère de son répertoire linguistique. Les deux langues concernées sont dans des rapports horizontaux, puisqu'il s'agit de deux variétés minorées face au littéraire.

Au Maghreb, lorsqu'il s'agit d'exclure de la référence identitaire des langues telles que le berbère, l'algérien, le marocain ou le tunisien - pour ne citer que ceux-ci - on prétexte que ces variétés ne sont pas des langues mais des dialectes dépréciés. La hiérarchie des langues et, partant, la classification sociale des usagers, s'appuie, à tort, sur la variation linguistique. Par exemple, l'arabe dit rural, qui produit à la place de l'occlusive vélaire sourde [q] (phonème perçu par les dialectologues arabes comme une des marques de l'arabe citadin) une occlusive palatale sonore [g], est souvent stigmatisé par rapport au parler des citadins.

J'ai mentionné précédemment la difficulté de répondre d'un point de vue strictement linguistique à la question si deux variétés génétiquement parentes constituent deux langues différentes ou deux dialectes d'une même langue. Cela est dû au fait qu'il s'agit particulièrement d'attitudes épilinguistiques qui sont avant tout des catégorisations sociales.

Entre, d'un côté, l'algérien, le marocain, le tunisien et, de l'autre, le littéraire, la différence linguistique n'est guère moindre qu'entre le latin et les langues romanes. Pourtant celles-ci ne sont point envisagées comme des dialectes d'une même langue. En paraphrasant Bakhtine, on pourrait dire que les mots n'ont pas en eux-mêmes de sens mais ils font l'objet d'affrontements sociaux autour de leur sens. Toute définition de la langue est le lieu d'enjeux sociaux, et toute catégorisation, quel que soit l'effort que l'on fait pour se construire une objectivité, a en retour des effets performatifs.

3. Maghreb et identité arabo-islamique

Le plurilinguisme du Maghreb a été délibérément passé sous silence que ce soit par les discours politiques officiels qui ont marqué les luttes nationales contre la domination coloniale ou par les prometteurs d'une identité « arabo-islamique » seule, à leurs yeux, légitime qui se doit de transcender toute autre forme de référence identitaire.

Ce processus identitaire qui s'appuie sur la dichotomie arabité / islamité (les Constitutions des pays du Maghreb précisent que l'Islam est religion d'État et que l'arabe (littéraire) est langue nationale et officielle) a eu pour corollaire entre autres la minoration des variétés linguistiques non institutionnelles. La perception négative que l'on a de ces variétés est souvent imputable aux symboles qu'elles véhiculent, à savoir la division, puisque, dit-on, elles constituent une menace contre l'unité et la cohésion de la nation. Il faut souligner ici la confusion maintenue par le discours dominant entre diversité et division : si l'on s'inscrivait dans la dialectique de l'un et du multiple, les langues maternelles symboliseraient plus, à mon sens, la diversité que la division. A travers le discours dominant, on observe une conception de la langue idéalisée et largement renforcée par l'école qui véhicule une idéologie relative à l'intégrité de l'arabe littéraire.

Sans vouloir pour autant déculpabiliser le colonialisme, il faut également dénoncer une aliénation que l'on pourrait dire tiers-mondiste, selon laquelle, toutes les difficultés du Maghreb (retard économique, sous-développement, crise sociale...) sont imputables à la colonisation. Cela, me semble-t-il, tient du démagogique : c'est occulter les faits que de tenir ce genre de discours, mettant systématiquement

l'autre en cause sans s'interroger sur les raisons profondes des problèmes mentionnés plus haut. Il faudra accepter de les traiter avec sérénité même si cela nécessite un diagnostic détaillé, qui, sans doute, ne va pas sans la remise en cause de soi-même. Affirmer que l'identité maghrébine se définit exclusivement par le couple arabité / islamité, c'est délibérément faire un trait sur les autres apports.

4. Maghreb et identité francophone

Parler d'identité francophone au Maghreb n'est pas simple compte tenu des rapports complexes liant la France aux pays nord-africains, en l'occurrence l'Algérie. Au passé colonial pas encore entièrement assumé, s'ajoutent les problèmes de l'immigration qui, en servant de cheval de bataille à l'extrême droite, renforcent nécessairement de part et d'autre de la Méditerranée la tendance au repli identitaire.

Dans un tel contexte quelle est la place du français conçu tantôt comme langue de l'ancien colonisateur tantôt comme langue de l'ouverture sur le monde extérieur et, par conséquent, outil indispensable au développement technologique ? Quel rôle joue-t-il en tant que langue enseignée et d'enseignement ? Quel poids aura-t-il dans un espace maghrébin où l'anglais ne cesse de gagner du terrain ?

On ne peut apporter quelques éléments de réponse à ces interrogations sans faire l'économie de questionnements portant sur la notion même de francophonie. Si par celle-ci, on désigne un ensemble dont l'unité résulterait de cette toujours possible référence au français de France (le français central) minorant les formes qui s'en écartent, cette unité - tout à fait théorique - soulève nombre de difficultés tout en préservant l'idée du français « langue unique ».

Tous les Maghrébins n'ont pas le sentiment de subir les conséquences d'un bilinguisme hérité de la situation coloniale. Au contraire, ils sont en mesure de « maghrébiser » le français, en contribuant à sa re-création et en lui conférant une valeur non plus exclusivement technique mais aussi culturelle. Etre ou ne pas être francophone ne signifie pas parler ou ne pas parler « bien » le français, mais surtout se l'approprier. Le français n'est une marque identitaire que dans la mesure où à terme il se créolisera. Pour devenir réellement une forme identitaire au Maghreb, le français doit s'adapter et se transformer. Il serait alors paradoxal de vouloir à la fois défendre la place du français dans le monde et continuer à mener une politique conservatrice prônant la défense de la norme menacée du sacro-saint bon usage.

Toutefois, cette appropriation identitaire du français n'aboutirait-elle pas, par la multiplication des centres de référence, à rendre la notion même d'unité de la langue française tout simplement caduque ? N'est-ce pas faire la part trop belle au secondaire et à la périphérie aux dépens du centre ? L'examen des pratiques langagières au Maghreb suggère la nécessité de l'appartenance à une francophonie qui ne soit pas subie mais revendiquée au sein de laquelle les Maghrébins sont amenés à marquer leur spécificité.

Langues et nation

Tributaires des recherches en Europe, notamment en France, les travaux portant sur le Maghreb ont exclu de leurs préoccupations les aspects sociaux du plurilinguisme. Deux conceptions de la nation s'opposaient alors :

d'un côté, une conception qui puisait ses références dans la tradition allemande, avec des philosophes tels Herder, Humboldt ou Fichte faisant de la langue le fondement de la culture, du peuple et de l'État ; d'un autre côté, celle de la tradition française qui privilégiait l'acception d'objets idéologiques et de mode de vie. Mais, en réalité, ces deux définitions aboutissaient au même résultat, à savoir la stigmatisation du plurilinguisme. Aussi peut-on dire que c'est le modèle français d'inspiration jacobine qui a été introduit au Maghreb par le biais de la colonisation française. C'est un modèle centralisateur et homogénéisant qui a fait subir aux ex-colonies françaises la même politique linguistique d'inspiration grégorienne, laquelle s'appuyait sur l'équation : une langue = une nation. C'est la même idéologie linguistique qui, en France, avait servi le français contre les langues régionales, langues conçues par les protagonistes de la Révolution française - l'Abbé Grégoire en est un - comme des patois qui « ne sont qu'un reste de barbarie des siècles passés, pour lesquels, on s'empressera de prendre tous les moyens nécessaires pour les faire disparaître le plus tôt possible » 2

Dans ce contexte maghrébin, quel est alors le « tort » des kabyles face aux concepteurs de l'État-nation algérien ? Est-ce parce qu'ils revendiquent la reconnaissance d'une langue autochtone, le berbère, occultée sur son propre territoire ? Est-ce parce qu'ils refusent une assimilation pour le moins appauvrissante ? Est-ce parce qu'ils rappellent aux tenants du tout-arabe que le plurilinguisme maghrébin est millénaire ? Nul doute que ces éléments se conjuguent et s'entremêlent pour rendre l'équation insoluble, car sa résolution dépend de variables complexes.

Affirmer que le plurilinguisme maghrébin est millénaire peut signifier, pour certains, enfoncer une porte ouverte, le rappeler c'est délibérément insister sur une donnée constante même si elle est occultée, à savoir que la diversité du Maghreb est rarement perçue en tant que telle et encore moins comme une richesse. Personne n'ignore l'apport de la civilisation arabo-islamique et son importance dans la constitution de l'identité maghrébine, mais cela ne doit pas occulter les autres apports étranges qui ont contribué à forger cette même identité maghrébine. Depuis l'époque phénicienne, cette région a été le lieu de rencontres de civilisations multiples : différents peuples s'y sont succédé, chacun ayant introduit son idiome même si certains ne sont plus parlés aujourd'hui sur ce territoire. Et ce sont ces rapports multiples qui constituent l'originalité du Maghreb, et, partant, sa diversité.

Conclusion

On aura compris que je n'ai pas cessé d'insister, dans ce texte, sur le fait que l'identité maghrébine est faite d'apports multiples. Est-ce à dire pour autant que le Maghrébin a une double, voire une triple identité ? Absolument pas, car, à mon sens, l'identité ne se dédouble pas et ne compartimente pas non plus, hormis peut-être les cas de schizophrénie. Mais l'identité dont je parle est faite d'appartenances multiples, ce qui est radicalement différent.

Dès lors que le Maghrébin conçoit son identité de la sorte autrement dit, reconnaître et assumer le fait que certains éléments soient liés à la composante arabe, d'autres à la composante berbère ; certains liés à une tradition religieuse, d'autres à un esprit laïque et à une tradition moderne, dès lors qu'il voit en lui même et en son histoire diverses influences et contributions, il sera en mesure de concevoir un rapport différent - serein, devrais-je écrire - avec autrui et avec lui-même.

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Notes

  1. « Taht Essour » est un cercle d'intellectuels tunisiens, en particulier d'écrivains qui avaient adopté presque tous l'arabe tunisien comme langue principale de leurs créations artistiques. Le plus connu parmi eux est incontestablement Ali Douagi.

  2. D'après Le Rapport Lanthenas à l'Assemblée (le 18 décembre 1792), cité par Ferdinand Brunot, 1967, tome IX, p.136.