Les trois pays du Maghreb semblent avoir une certaine cohésion religieuse, ethnique, culturelle et linguistique couplée avec une diversité de leurs systèmes politiques. L'islam est la religion dominante et l'arabe classique est la langue officielle. Nous avons au Maghreb des vieilles civilisations avec des systèmes éducatifs formels relativement nouveaux issus de la période coloniale. La population du Maghreb est très jeune. Les trois pays doivent consacrer de plus en plus de leurs ressources à l'éducation et aux services sociaux. Le choix de la langue officielle au Maghreb comme partout ailleurs est une question d'ordre politique. Elle est entre les mains des élites et elle est nécessairement influencée par leurs intérêts particuliers. Ces intérêts relèvent de plusieurs dimensions : facilitation de l'occupation de positions de pouvoir par les élites, modernisation, construction de l'État-nation et réhabilitation de l'héritage religieux et culturel après une longue période domination coloniale.

L'objectif principal de cet article est d'analyser et de comparer les expériences linguistiques des trois pays maghrébins. À la dualité structurelle entre français et arabe héritée de la période coloniale s'ajoute à l'heure actuelle en Algérie et au Maroc les revendications de la minorité berbère. Le système éducatif apparaît comme un lieu privilégié où se « règlent » les comptes linguistiques. Si l'arabe classique est requis pour l'école et le système administratif, la relation entre « arabe classique » et « pouvoir » n'est pas automatique et révèle beaucoup de contradictions. Le contexte actuel de la mondialisation va probablement exacerber les tensions existantes entre les trois principales thèses qui animent le débat linguistique au Maghreb: (1) le renforcement de l'arabe comme langue officielle pour cimenter la cohésion nationale, (2) le développement de l'usage des langues étrangères, en particulier le français pour s'insérer pleinement dans les échanges internationaux et (3) la prise en considération des langues nationales minoritaires. La gestion de la question linguistique au Maghreb prédira de la manière dont cette région peut assumer sa multiculturalité potentielle.