Ségrégation et urbanisation linguistique : l'altérité urbaine définie ou « l'étranger est une personne ».

La sociolinguistique urbaine qui se préoccupe notamment de la production et l'organisation discursives des espaces sociaux a à concevoir la ségrégation sous ses deux composantes polarisées : un état nécessaire des relations intra-urbaines et un processus permanent de construction des différents niveaux territoriaux de l'espace urbain. L'article propose d'analyser la tension inhérente entre l'état (s'inscrire dans un système perçu comme donné, comme stable des relations entre les membres de la communauté urbaine) et le processus (être l'instance de discours qui produit, modifie en interaction les représentations de l'espace, des rapports aux lieux, aux langues), autrement dit, d'être dans une logique d'individuation sociolinguistique fondée et fondant la territorialisation.

De ce point de vue, deux types de discours doivent être distingués : ceux relevant spécifiquement de la ségrégation qui visent à mettre en place des frontières, des territoires, des sous-espaces distincts et ceux relevant de la discrimination qui engagent (en appui sur l'espace perçu comme stable) la polarisation sociale des espaces, la spécialisation sélective des lieux qui reviennent aux groupes ségrégés.

En appui sur une théorisation de l'urbanisation linguistique affirmant la primauté de valeur et de fonction de la mobilité dans la culture urbaine pour la production de l'espace social, la recherche actuelle (dont les méthodologies et résultats sont présentés en détails dans cet article) a pour objet de recueillir les catégories descriptives produites par les acteurs d'un espace donné (l'espace rouennais/France) et d'analyser discursivement les attitudes langagières produites dans un tel contexte. Autrement dit, l'objet de l'enquête de terrain engagée sur le site rouennais est de confronter les pratiques ségrégatives urbaines connues avec les dénominations des populations dites et qui se disent étrangères.