Notes

1 Nous avons précédemment défini avec plus de détails (Bulot, 2001a), le champ de la sociolinguistique urbaine, autour de trois pôles d'études inter-reliées qui sont brièvement : l'analyse des discours épilinguistiques visant à marquer l'occupation et l'appropriation de l'espace urbain par des groupes sociaux ; la description des spécificités de la communauté sociale urbaine par la prise en compte des données la caractérisant, et enfin l'approche critique des effets concomitants des discours tenus sur l'espace social et de l'espace social sur les discours.

2 C'est le sens de la citation donnée en exergue à cet article.

3 L'appropriation linguistique des centres-villes par les groupes dominants relève d'une dynamique de référenciation partagée par l'ensemble de la communauté urbaine. Partant lorsque la « (la centralité linguistique) …signifie l'attitude qui consiste à placer en un lieu, pour le cas urbain, la forme de prestige sans pour autant que soit attestée la dite forme. Elle fait montre de la production de l'espace social urbanisé dans une dynamique complexe visant la ségrégation socio-spatiale d'une part et d'autre part la vitalité communautaire à produire de l'unique et de l'identitaire. » (Bulot, 2001c)

4 Les termes citadin, urbain et urbanisé (voir pour plus de précisions dans Bulot, 2001b) renvoient à des niveaux distincts d'analyse du réel, respectivement le premier relève typiquement de l'organisation de la ville constituée, institutionnelle, le deuxième est à rapporter aux divers faits liés aux caractéristiques de la culture urbaine (selon l'École de Chicago notamment, Grafmeyer et Isaac, 1979), le troisième rend compte de la dynamique socio-langagière qui fait se diffuser le modèle culturel urbain et renvoie à l'urbanisation (Rémy / Voyé, 1992) linguistique (Bulot/ Tsekos, 1999).

5 Nous avons récemment proposé une définition synthétique de l'urbanisation qui posait ce double rapport entre modèles : « …le concept (L'urbanisation) renvoie à une dislocation première et située des rapports entre la morphologie urbaine et la fonction sociale des espaces spécifiques d'un point de vue sociologique et, sur les aspects langagiers, à une recomposition complexe des espaces autour de la mobilité spatiale qui agit à la fois sur les comportements et les représentations sociolinguistiques. » (Bulot, 2001a).

6 Il s'agit de l'opération de recherche de l'UMR CNRS 6065 initié en 1998 et intitulée Catégorisation sociale et ségrégation : l'espace social. (resp. Thierry Bulot)

7 En référence à la multidimensionalité des structures spatiales urbaines posée par Colette Cauvin (1999) : il faut considérer les espaces chorotaxiques (en tant qu'espaces de référence, marqués par des attributs objectifs), les espaces fonctionnels (en tant qu'espaces chorotaxiques perçus au gré des mouvements et des actions qui y sont engagés) et les espaces cognitifs (en tant qu'espaces fonctionnels reconnu par un sujet et qui donnent sens à ses actions et -ajoutons-nous- à son identité.

8 Si la ségrégation urbaine est fortement organisée sur l'opposition Rive gauche vs Rive droite, on trouve une fracture urbaine (Bulot, 1999) semblable dans une autre ville du département (Seine-Maritime/ France) : Le Havre est ségrégé sur une distinction ville basse (liée à l'estuaire de la Seine) et ville haute (relative aux débuts du plateau cauchois) ; voir à ce sujet, le mémoire de Brigitte Bauduin (2000).

9 Les formes régionales de français ; en quelque sorte les formes substandard.

10 Compte tenu a) de la répartition socio-spatiale connue des communautés issues de l'immigration (notamment dans l'agglomération rouennaise), et b) du discours tenu sur l'affectation d'un lieu à une façon de parler, du caractère sociolinguistique de la territorialisation.

11 Dans l'acception donnée à ce terme en sociolinguistique urbaine - voir : Bauvois et Bulot (1998).

12 En décembre 2001, des entretiens ont été conduits (22 au total) à Rouen ; ils visent à l'évaluation socio-spatiale des populations issues de l'immigration stigmatisée (via des échantillons sonores de personnes issues des migrations extrême-orientales, africaines, maghrébines) par des locuteurs auto-désignés comme EM.

13 Sur l'ensemble de l'opération de recherche qui sert de cadre au présent compte rendu, ce sont 110 questionnaires qui ont été administrés et dépouillés.

14 Pour plus de lisibilité, les données chiffrées sont exprimées en pourcentages, pour marquer notamment qu'il ne s'agit que de tendances et non de résultats statistiques.

15 Les réponses renvoient aux questions (3) et (4) du questionnaire (Figure 1). Les « non » et « oui » sont de fait les réponses fournies (« barré » correspond à une réponse non vide mais semble t il perçue comme impossible ou inadéquate). La mention « Item » reprend la réponse donnée à la question (4). La mention « Origine » reprend en fait les données fournies sur le lieu de naissance des enquêtés (question (14).

16 Lors de la passation, le questionnaire laisse la place aux réponses : c'est pour les besoins de la présentation qu'il est ici restreint au seul texte.

17 Cette liste provient des travaux de Salih Akin (1999) sur le paradigme socio-discursif du terme étranger. Les conclusions d'une étude portant sur des quotidiens nationaux faisaient état d'un usage situé du lexème 'sans-papiers'' et surtout d'une difficulté à cerner le processus même de dénomination quand pour un même terme la polysémie s'engage sur le rapport entre auto-désignation et hétéro-désignation. Ce qui a fait défaut à cette réflexion par ailleurs très pertinente est l'absence de prise en compte des trois vecteurs évoqués dans notre introduction (Urbanisation, socialisation et habitus) : revendiquer une identité ou décrire l'identité d'autrui ne peut se démarquer des pratiques langagières urbanisées.

18 Cette liste de termes correspond à peu de choses près à la réalité migratoire des populations étrangères dans l'agglomération rouennaise. Les proportions ne sont pas justement appréciées (45% de cette population est du continent africain et un tiers de la CEE (Granier G., 1991) mais on retrouve une hiérarchie correcte rapportée aux quantités : l'immigration est maghrébine, africaine (Afrique noire) et portugaise.

19 La question porte sur la perception temporelle et non sur la perception locative des communautés étrangères.

20 Pour reprendre la terminologie de la question.

21 Pour rappel : « Q1 Comment percevez vous le simple terme « étranger » que nous venons d'énoncer ? » et « Q8 Selon vous qui sont ceux qu'on appelle « étranger » en France ».

22 Sachant que la définition naturelle peut être distinguée en quatre (de fait 5) types de définition : « 1.Métalinguistique, 2 dérivationnelle 3. synonymique (ou antonymique), et 4. « de la chose nommée le type 4 revient à distinguer la définition minimale (linguistiquement pertinente mais désincarnée) de la définition stéréotypée (sachant que la stéréotypie permet de construire une représentation effective) ». (Martin R., 1990)

23 Il faut faire la part dans ces réponses de la désidérabilité sociale ; une grande partie de l'échantillon (surtout EN) a souhaité verbaliser, pendant la passation des questionnaires, leur réprobation à questionner un tel sujet , un sujet qui les met en demeure de reprendre une catégorisation qu'elle estimait dévolue au racisme.

24 Au sens où Paul Ricoeur (1990) distingue les deux termes.

25 Au moins pour les villes de la zone d'oïl où la présence de l'étranger est perçue sous l'angle de l'ethnicisation des rapports sociaux.

26 La ségrégation et sa dimension corollaire, la discrimination sont à l'œuvre dans l'espace urbain rouennais avant même tout marquage ethnique des populations.

27 Les valeurs liées à l'urbanité relèvent explicitement de la modernité.