Bélice, avec une population de deux cent mille habitants environ, représente un tout petit cas de multilinguisme. Sa langue créole, le bileez kriol, a survécu jusqu'alors en dépit des avantages économiques que l'anglais, langue officielle semblait offrir. On pourrait considérer cette dernière comme la langue-lien entre Bélice et le monde alors que le bileez kriol serait chargé d'assurer les liens internes entre les divers groupes qui composent le pays. Cependant la situation n'est pas aussi simple; en effet, la diversité linguistique de Bélice constitue un cas spécial parmi les cas spéciaux des régions carribéennes où l'on parle des langues créoles. Outre l'anglais et le bileez kriol d'autres langues sont parlées. L'espagnol, en tant que langue maternelle compte le plus grand nombre de locuteurs. Trois langues mayas, le kekchi, le mopan et le maya yucatèque sont également parlées ainsi que le garifuna, langue des garifuna et le bas allemand que les mennonites disent parler et le haut allemand qu'ils utilisent pour prier. D'autre part, les récentes immigrations de Taiwan et de Corée ont eu pour conséquence un nouvel apport linguistique en « langues orientales » que l'on peut observer sur les panneaux publicitaires situés aux marges de la ville de Bélice. Le problème de la diversité, d'un point de vue ethnique est encore plus complexe et c'est à ce niveau que le bileez kriol pourrait jouer un rôle de cohésion sociale plus efficace.

Nous traiterons brièvement dans cet article les origines des langues créoles des Caraïbes et la façon dont elles ont été considérées tant par la société coloniale comme par les chercheurs.

Nous aborderons ensuite les conditions démographiques qui permettent de rendre compte de la complexité sociolinguistique pour expliquer les situations de coexistence du bileez kriol avec l'anglais et l'espagnol. D'autre part, nous comparerons succinctement la manifestation des marqueurs préverbaux de temps, de mode et d'aspect du bileez kriol et d'autres langues créoles. Nous procéderons enfin à la description et à la discussion de quelques fonctions du bileez kriol dans la société bélicéenne, liées aux attitudes des locuteurs pour les comparer à celles qui se manifestent dans d'autres endroits des Caraïbes.