Pour référence :
BOURHIS, Richard Y , LEPICQ, Dominique , SACHDEV, Itesh . 2000.
« La psychologie sociale de la communication multilingue » DiversCité Langues.  En ligne. Vol. V. Disponible à http://www.teluq.uquebec.ca/diverscite

Introduction

La grande majorité des citoyens du monde parlent plus d'une langue et, malgré cela, la littérature scientifique est centrée en grande partie sur l'analyse de la communication monolingue. Par contraste, notre analyse s'attachera principalement à la communication bilingue et multilingue plutôt qu'à la perspective monolingue liée de près ou de loin à l'analyse du locuteur-auditeur « idéal » de Chomsky (1965). Notre objectif est donc de présenter un modèle de communication multilingue axé principalement sur l'alternance codique considérée par beaucoup de chercheurs comme la manifestation la plus fréquente de la communication bilingue et multilingue (Hamers et Blanc, 2000; Romaine, 1995). Dans ce texte, le concept « multilingue » inclura les bilingues et les multilingues, sauf indication contraire. L'accent sera mis sur la perspective intergroupe puisque la communication multilingue, à savoir l'utilisation de deux ou trois langues (ou dialectes) concerne généralement les membres de différents groupes ethnolinguistiques (Giles, Bourhis et Taylor, 1977; Hamers et Blanc, 1982 - Sachdev, I. & Bourhis, R.Y. (2001) Multilingual Communication. In W.P. Robinson et H. Giles (Eds.) The New Handbook of Language and Social Psychology. New York; Wiley).

La compétence linguistique, le désir d'augmenter l'efficacité de la communication et les exigences normatives de la situation sont des facteurs importants qui influencent les choix linguistiques dans le cadre de la communication multilingue (Giles et Coupland, 1991). Il existe en outre maintes recherches qui illustrent le fait que les choix de langues ne sont pas neutres (Bourhis, 1979; Giles et Johnson, 1981; Gumperz et Hymes, 1972; Sachdev et Bourhis, 1990). Quelle(s) langue(s) est (sont) utilisée(s), quand, pourquoi et par qui sont des questions importantes étant donné le rôle crucial que joue la langue comme « indice de l'appartenance ethnolinguistique, expression du patrimoine d'origine et véhicule de la culture » (Fishman 1977 : 25). Par conséquent, l'approche de la psychologie sociale du langage nous servira à intégrer les aspects individuels et collectifs (micro et macro) de la communication multilingue (Bourhis, 1979; Clément et Bourhis, 1996; Giles et al., 1977). Ce survol ne pouvant être exhaustif, les contributions émanant d'autres champs conceptuels et empiriques tels que la sociolinguistique, l'ethnographie de la communication, la linguistique interactionniste, l'anthropologie linguistique et la sociologie du langage ne seront abordées que de façon succincte.

L'alternance codique (AC)

En général, l'alternance codique (AC) multilingue implique « l'usage alternatif de deux ou plusieurs langues dans le même énoncé ou la même conversation » (Grosjean, 1982 : 145; Gardner-Chloros, 1991; Milroy et Muysken,1995; Myers-Scotton,1997). On peut distinguer trois types d'alternance codique. L'alternance codique (AC) dans laquelle deux langues sont employées dans la même phrase est du type : « Have agua please » (Romaine, 1995, p.2). L'alternance codique interphrasique est illustrée par l'exemple : « Now it's really time to get up. Lève-toi. » (Grosjean, 1982, p.114). Enfin, l'alternance codique d'un tour de parole à l'autre apparaît dans l'exemple suivant tiré de Myers-Scotton (1993, p.148). Il s'agit d'une interaction entre père (anglais) et fils (luo).

Père : « Where have you been? »
Fils : « Onyango nende adlu aora,baba » (traduction: « Je suis allé à la rivière, papa. »)

Les recherches portent sur une gamme très large de manifestations d'alternance codique (AC; Cheshire et Gardner-Chloros, 1998; Milroy et Muysken, 1995). Linguistes et sociolinguistes ont débattu la nature et les explications des phénomènes pouvant être classés sous la rubrique : alternance codique (Blommaert,1992; Eastman, 1992; Myers-Scotton, 1997; Poplack, 1980; Romaine,1995). Parmi certaines des questions soulevées, citons : l'emprunt et l'alternance codique relèvent-ils ou non du même type de comportement? L'emprunt est-il ou non une forme d'alternance codique ou vice versa? L'alternance codique et le mélange des codes sont-ils ou non le même phénomène? (Gibbons, 1987; Hamers et Blanc 2000). Qu'est-ce qui distingue l'AC et l'emprunt de l'utilisation de mots d'emprunt isolés? (Eastman,1992; Milroy et Muysken,1995). On s'est efforcé d'identifier les aspects structuraux de l'AC en se basant sur les contraintes linguistiques (Romaine, 1995; Hamers et Blanc, 2000). D'autres chercheurs se sont penchés sur les dimensions de l'AC du point de vue de l'acquisition de la langue maternelle (L1) et d'une langue seconde (L2). Par exemple, des études longitudinales ont examiné l'émergence et l'évolution de l'AC comme stratégie d'acquisition de L1 et L2 chez les jeunes enfants (Grosjean, 1982; Koppe et Meisel, 1995). Les sociolinguistes ont également examiné l'AC du point de vue des « langues en contact » et du choix de langue, souvent dans le cadre de la théorie des « domaines » (Fishman, 1972; Gardner-Chloros, 1991; Milroy et Muysken, 1995).

Facteurs du modèle de communication multilingue

Notre modèle de la communication multilingue englobe des facteurs et des processus socio-psychologiques rarement mentionnés dans la littérature linguistique et sociolinguistique portant sur l'AC. D'une part nous considérons l'AC comme un baromètre de la stratification et du climat des relations intergroupes entre les communautés linguistiques qui se côtoient sur un territoire donné. D'autre part, l'AC peut contribuer à une reformulation des rapports de force entre les locuteurs membres de communautés linguistiques partageant un territoire donné. Selon notre modèle présenté à la Figure 1, trois types de variables sont susceptibles de jouer un rôle dans la communication multilingue :

  • des variables intergroupe reflétant la vitalité des communautés linguistiques en contact;
  • des variables sociolinguistiques liées à la situation de communication;
  • es processus socio-psychologiques.

Dans la suite de ce texte, nous aborderons les facteurs intergroupe suivants : la vitalité ethnolinguistique d'un groupe (Giles et al, 1977; Harwood, Giles et Bourhis, 1994; Landry et Allard, 1994a; Sachdev et Bourhis , 1993), les politiques linguistiques des États ou des régions (Bourhis,1984a, b, 2000) et enfin la stabilité, la légitimité et la perméabilité de la stratification ethnolinguistique (Tajfel et Turner, 1979). Comme le démontre la Figure 1, nous proposons que le contexte intergroupe exerce une grande influence sur l'ensemble des facteurs liés à la situation sociolinguistique. Ces facteurs d'ordre sociolinguistique comportent des contraintes normatives régulant l'utilisation des langues (Gumperz,1982; Myers-Scotton, 1993), ainsi que les réseaux de contacts linguistiques soit au sein des membres de l'endogroupe soit entre des membres de l'endogroupe et de l'exogroupe (Landry et Allard,1994b; Milroy,1980). Ensuite, nous examinerons une variété de processus socio-psychologiques qui jouent un rôle de médiateur en prenant l'individu comme unité d'analyse et tout en tenant compte de l'influence du contexte intergroupe et de la situation sociolinguistique. Les processus socio-psychologiques importants pour la communication multilingue sont l'identification ethnolinguistique (Giles et Johnson, 1981; Sachdev et Bourhis, 1990), la perception et les croyances sur la vitalité ethnolinguistique (Bourhis, Giles & Rosenthal, 1981; Landry et Allard, 1994a), la théorie de l'accommodation communicative (TAC), (Giles, Taylor et Bourhis, 1973; Giles, Mulac, Bradac et Johnson, 1987) et les orientations d'acculturation des minorités et majorités linguistiques (Bourhis, 2000).

Comme l'indique la Figure 1, le contexte intergroupe, la situation sociolinguistique et les facteurs socio-psychologiques influencent les variables dépendantes suivantes : le comportement langagier, le multilinguisme et le multiculturalisme additif/soustractif, le maintien, la perte ou la récupération linguistique des communautés ethnolinguistiques. Notre analyse se limitera aux aspects du comportement langagier, surtout ceux liés à l'alternance codique (AC) des interlocuteurs. Éventuellement, le comportement langagier des individus peut avoir une incidence sur le multilinguisme et le multiculturalisme additif/soustractif qui, à son tour, a des répercussions sur le maintien et la perte des langues d'une génération à l'autre au sein d'une communauté ethnolinguistique. Notre modèle dépasse les limites de ce texte et vise à rendre compte des changements linguistiques au niveau macro-sociétal, changements qui peuvent mener soit à la perte d'une langue ou à sa récupération d'une génération à l'autre (Bourhis, 2000; Fishman, 1991). Au niveau micro-sociétal, la tendance à opter pour le maintien de sa langue minoritaire d'origine plutôt que pour l'utilisation de la langue seconde de statut plus élevé au cours d'une conversation reflète non seulement les motivations de l'interlocuteur en tant qu'individu mais peut signaler l'amorce d'un processus de « récupération linguistique » et de regain de vitalité de la langue d'origine. Il faut souligner la nature dynamique du modèle au niveau macro et micro-sociétal, toutes les variables dépendantes pouvant influencer à la fois les processus socio-psychologiques, les variables de contexte intergroupe et la situation sociolinguistique.

Précisons qu'afin d'effectuer une analyse plus succincte des dimensions socio-psychologiques de l'AC, nous écarterons de notre discussion les manifestations de l'AC qui résultent du manque de compétence en L1 ou L2 (Hamers et Blanc, 2000; Dabène et Moore, 1995). En outre, nous limiterons notre analyse de l'AC aux cas de permutation de langues bien que l'AC entre dialectes, styles et registres soit tout aussi importante à la fois sur le plan théorique que dans la pratique sur le terrain (Bell, 1984; Coupland, 1984).

Le contexte intergroupe

On ne peut imaginer que la communication multilingue puisse se dérouler dans un vide sociologique d'autant plus que des rapports de force liés à la démographie, au pouvoir et au statut caractérisent la plupart des relations entre les communautés linguistiques (Giles et al., 1977; Sachdev et Bourhis, 1984, 1987, 1991). Ainsi, certains ont critiqué les recherches sociolinguistiques classiques, arguant qu'elles portaient surtout sur les groupes linguistiques dominants. Néanmoins, il est évident que la communication multilingue se déroule souvent entre locuteurs qui appartiennent à des groupes minoritaires ou majoritaires caractérisés par des inégalités de pouvoir et de statut (Bourhis, 1979; Singh, Lele et Martohardjono,1988). À cet égard, une contribution importante de la psychologie sociale est le concept de vitalité ethnolinguistique (Bourhis et al., 1981; Giles et al., 1977; Harwood et al., 1994; Sachdev et Bourhis, 1993).

  1. La vitalité ethnolinguistique

    La vitalité ethnolinguistique se définit comme la capacité des groupes linguistiques à se comporter et à se maintenir en tant qu'entités collectives distinctes et actives dans les situations de contacts de langues (Giles et al., 1977).

    Trois catégories de variables : la force démographique, le support institutionnel et le statut social contribuent à la vitalité ethnolinguistique des communautés linguistiques (Bourhis et al., 1981). Les variables démographiques ont trait au nombre total des membres d'un certain groupe linguistique et à leur répartition et concentration sur le territoire au niveau urbain, régional ou national. Les variables démographiques incluent en outre les taux d'immigration, d'émigration, d'endogamie et d'exogamie, les indices de fécondité et de mortalité de chacun des groupes linguistiques en contact. Le support institutionnel se définit par le poids de la représentation accordé aux membres des groupes linguistiques au sein des institutions officielles ou informelles et au degré de contrôle qu'ils exercent sur ces institutions, qu'il s'agisse du domaine de l'éducation, de l'administration, de l'armée, de la politique, de l'économie, de la culture ou des média. Les variables de statut concernent le prestige socio-historique, le statut juridique, social et économique des groupes linguistiques ainsi que le statut des langues selon leur diffusion au niveau local, national et international.

    Une combinaison de données statistiques d'ordre sociologique, linguistique, économique et démographique pour chacune de ces dimensions permet d'arriver à une évaluation et à une classification plus ou moins « objective » de la vitalité respective des groupes ethnolinguistiques en contact sur un territoire ou une région administrative donnée (Harwood et al., 1994). Giles et al (1977) ont proposé que les comportements langagiers des locuteurs peuvent être affectés par la vitalité objective des communautés ethnolinguistiques auxquelles ils appartiennent. Par exemple, on pourrait supposer que la langue de groupes qui possèdent une forte vitalité soit l'objet d'attitudes plus positives et déclenche plus d'AC en sa faveur que ce ne serait le cas pour la langue de groupes linguistiques de faible vitalité.

    Les premiers travaux de Giles et al. (1977) portaient principalement sur une analyse objective de la vitalité ethnolinguistique des groupes linguistiques en contact. Par contre, la façon dont les membres des communautés linguistiques perçoivent la vitalité de leur endogroupe et des exogroupes correspond-elle aux analyses de vitalité objectives? Le questionnaire de vitalité subjective (SVQ) a été conçu par Bourhis et al. (1981) pour tenir compte de la perception individuelle de la vitalité endogroupe et exogroupe. En général, les études sur la vitalité subjective ont montré que les individus perçoivent de façon assez fidèle la vitalité ethnolinguistique de leur endogroupe et des exogroupes (Harwood et al., 1994). De plus, les résultats recueillis à l'aide du questionnaire SVQ suggèrent que les locuteurs qui perçoivent la vitalité de leur endogroupe comme étant élevée sont plus enclins à utiliser la langue de leur endogroupe dans un plus vaste éventail de domaines publics et privés que les locuteurs qui perçoivent cette vitalité comme étant plutôt faible (Bourhis et Sachdev, 1984; Sachdev, Bourhis, Phang et D'Eye, 1987).

    Allard et Landry (1986) ont proposé d'élargir la portée du concept de vitalité subjective en arguant que la vitalité fait partie d'un système de croyances reflétant des prédispositions et des orientations individuelles concernant les comportements langagiers. Ces chercheurs adoptent le point de vue que les attitudes et perceptions générales constituent des prédicteurs moins fiables des comportements langagiers que les croyances reliées à des intentions de comportement spécifiques (Ajzen, 1988). Au terme d'un vaste programme de recherches, Allard et Landry ont pu démontrer que la vitalité subjective est un meilleur prédicteur des attitudes et du comportement multilingue si des intentions de comportement concernant la vitalité endogroupe sont incorporées au questionnaire de vitalité subjective (Allard et Landry, 1986, 1994; Landry et Allard, 1994a,b; Landry et Bourhis, 1997). Par exemple, un individu peut percevoir la vitalité linguistique de son endogroupe comme très faible, d'après ses réponses au questionnaire SVQ. Dans un tel cas, les réponses du même individu au questionnaire de vitalité « croyance » (BEVQ) pourraient révéler que cet individu n'a aucune intention de faire quoi que ce soit pour améliorer la vitalité linguistique de son endogroupe sous prétexte que la survie de sa langue endogroupe minoritaire est perdue d'avance. Un autre individu du même groupe minoritaire peut percevoir la vitalité linguistique de son endogroupe comme tout aussi faible selon le questionnaire SVQ. Mais les réponses de cet individu au questionnaire BEVQ pourraient révéler qu'il est prêt à améliorer la vitalité linguistique de son endogroupe y compris à s'investir dans la mobilisation collective pour la survie de son endogroupe face à l'exogroupe dominant. Les perceptions et les croyances concernant la vitalité ethnolinguistique sont des facteurs socio-psychologiques complémentaires dans notre modèle de communication multilingue (Figure 1).

  1. Les politiques linguistiques

    Évaluée à un moment précis, la vitalité « objective » des groupes linguistiques peut être considérée comme le résultat des luttes de pouvoir entre les groupes de forte et de faible vitalité ethnolinguistique. De même, le contenu des lois linguistiques portant sur le statut relatif des langues sur un territoire donné reflète l'aboutissement de la concurrence que se sont livrés les groupes linguistiques en contact (Bourhis, 1994b). Dans son analyse des politiques d'aménagement linguistique dans les démocraties occidentales, Bourhis (2000) propose que les groupes dominants peuvent imposer des politiques linguistiques qui se situent le long d'un continuum idéologique allant du pluralisme à un pôle du continuum, en passant par les idéologies civique et assimilationniste au centre, à l'idéologie ethniste à l'autre pôle du continuum. Les minorités linguistiques sont censées se conformer aux valeurs publiques selon le type d'idéologie imposé par le groupe linguistique au pouvoir. Les valeurs publiques sont enchâssées dans les constitutions et les chartes des droits et libertés ainsi que les lois fondamentales qui font partie des codes civil et criminel de l'État. En revanche, les valeurs privées des diverses minorités subissent un sort différent selon l'idéologie dominante de l'État en question.

    Dans les États qui endossent une idéologie pluraliste, les fonds publics subventionnent à la fois la langue et la culture dominante mais peuvent aussi assurer le maintien des langues et cultures minoritaires à l'échelle du territoire national et dans les régions (Bourhis, 1994a).

    Les États relevant de l'idéologie civique permettent aux minorités linguistiques de maintenir leur langue et leur culture tout en refusant de financer cette diversité culturelle à même les fonds publics puisque ce type de différence relève du domaine privé.

    Les États qui adoptent des politiques linguistiques assimilatrices imposent la langue et la culture dominantes à tous les citoyens, souvent au nom d'un mythe fondateur assurant le traitement égal de tous les citoyens, quelle que soit leur origine ethnolinguistique. Selon la logique assimilatrice, seules la langue et la culture du groupe dominant bénéficient du soutien étatique (éducation, administration civile, mass-media) tandis que des politiques de répression plus ou moins transparentes visent la disparition éventuelle des langues régionales et celles des immigrants.

    Les États qui adoptent l'idéologie ethniste tendent à opprimer les minorités linguistiques de façon à les obliger à s'assimiler à la langue dominante et peuvent même exclure du droit à la citoyenneté certaines minorités ethnolinguistiques jugées indésirables ou « incapables » de s'assimiler à la majorité dominante.

    Ces idéologies peuvent être enchâssées dans des lois et règlements adoptés au niveau national, régional et municipal et, dans leur ensemble, peuvent contribuer au climat de tolérance ou d'intolérance à l'égard des minorités linguistiques et culturelles (Bourhis, 2000). Sur le plan des communications multilingues, ce climat peut, à son tour, influencer l'utilisation de l'AC non seulement dans les domaines publics du travail et des services gouvernementaux mais aussi dans les domaines privés comme le foyer et les contacts interpersonnels (Moïse et Bourhis, 1994).

  1. Stabilité et légitimité de la stratification ethnolinguistique

    La stratification des groupes linguistiques de forte et faible vitalité peut être objectivement stable ou instable, légitime ou non, alors que la mobilité sociale d'un groupe linguistique à l'autre grâce au bilinguisme ou à l'assimilation linguistique peut être facile, difficile ou impossible (pour la notion de perméabilité des frontières linguistiques, voir Giles et Johnson, 1981; Tajfel et Turner, 1979). Les politiques linguistiques d'un gouvernement peuvent évoluer pour passer d'une orientation civique à une idéologie pluraliste en fonction de changements démographiques, politiques ou économiques. Il peut aussi arriver que, suite à l'activisme d'une minorité linguistique, la majorité dominante consente à passer d'une politique assimilationniste à une politique civique plus tolérante envers la diversité linguistique. Inversement, face à la montée du nationalisme ethnique de la majorité, les politiques linguistiques peuvent passer d'une orientation civique à une politique assimilationniste visant la disparition à moyen terme des minorités linguistiques.

    Les politiques linguistiques peuvent être considérées comme tout à fait légitimes par les membres de la majorité dominante tout en étant contestées comme illégitimes par les minorités linguistiques visées par ces lois. De même, les membres d'une minorité dont la vitalité objective décroît peuvent ressentir que leur survie linguistique est menacée, ce qui peut les pousser à l'action collective afin d'améliorer leur vitalité dans les domaines liés à la démographie, au support institutionnel et au statut juridique des langues enchâssé dans les lois linguistiques. L'exemple des politiques linguistiques au Québec illustre ce processus de mobilisation collective pour la langue (Bourhis, 1984a, 1994a, 2001).

    Le contexte intergroupe considéré globalement crée un climat social qui influence à la fois la situation sociolinguistique, les processus socio-psychologiques et la communication multilingue. Ainsi, dans un État dont les politiques linguistiques sont surtout assimilationnistes, l'usage de la langue minoritaire en public par les minorités linguistiques peut donner lieu de la part des interlocuteurs de la langue dominante à des commentaires défavorables, à une forme de communication non-verbale dissociative et à un comportement verbal divergent. Ces réactions de la part du groupe dominant sont susceptibles d'être influencées par des processus socio-psychologiques liés à la théorie de l'accommodation communicative (TAC: Giles et al., 1987). Ces réactions seront d'autant plus prévisibles si les orientations d'acculturation du groupe dominant envers les minorités linguistiques sont de tendance ségrégationniste et exclusionniste (Bourhis, 2000). Ceci montre dans quelle mesure les variables du contexte intergroupe et les facteurs socio-psychologiques peuvent se combiner pour prédire l'AC et d'autres types de comportement multilingue.

La situation sociolinguistique

Il y a une trentaine d'années, plusieurs sociolinguistes ont établi des taxinomies de facteurs et de normes pouvant influencer l'alternance codique dans le cadre des communications multilingues (Fishman,1972; Gumperz et Hymes, 1972; Trudgill, 1974). Parmi ces facteurs, on peut citer les caractéristiques des interlocuteurs (sexe, âge, classe sociale) le sujet de conversation, le cadre social de l'échange (formel-informel) et les buts de la communication. Par exemple, des recherches en Israël (Herman, 1961), en Tanzanie (Beardsley et Eastman, 1971) et au Japon (Ervin-Tripp, 1964) ont montré que les bilingues reviennent à leur dialecte ou à leur langue d'origine quand ils discutent de problèmes chargés d'émotivité ou de sujets rattachés au contexte culturel dans lequel ils ont grandi. De même, aux Philippines et au Paraguay, il était de mise d'utiliser l'anglais et l'espagnol quand on faisait la cour à une femme mais, une fois mariés, les couples communiquaient respectivement en tagalog et en guarani (Rubin,1962; Sechrest, Flores et Arellano, 1968).

Dans ces contextes culturels et dans beaucoup d'autres, l'emploi du vernaculaire local était limité à la communication informelle en privé tandis que la langue internationale de prestige (ex. l'anglais, l'espagnol, le français) était le medium de l'intellect et de la communication formelle en public. Des critères situationnels de choix de langue ont également été observés au Maroc (Bentahila, 1983), à Hong Kong (Gibbons, 1987), au Kénya (Myers-Scotton, 1993; Scotton, 1983), en Inde (Pandit, 1979), à Singapour (Platt, 1980) et ailleurs dans le monde (Eastman, 1992; Hamers et Blanc 2000; Milroy et Muysken, 1995). Une variété de situations mentionnées ci-dessus ont été décrites comme diglossiques (Ferguson, 1959; Fishman, 1967) ou polyglossiques (Platt, 1977) dans la mesure où certains codes linguistiques sont spécifiquement réservés aux fonctions formelles de haut statut tandis que d'autres servent de moyen de communication dans les situations privées et informelles.

Lorsque, dans une société, s'affrontent deux langues de statut différent, les normes d'usage de ces langues sont souvent régies par une situation de bilinguisme diglossique. Dans les situations diglossiques, les deux langues sont utilisées de façon complémentaire quoique l'une plutôt que l'autre soit utilisée pour des fonctions plus valorisées socialement (Fishman, 1972,1991). En général, c'est la langue du groupe de haut statut qui est utilisée dans les domaines formels, tels que l'administration publique et le domaine du travail (Bourhis, 1991, 1994b). L'usage de la langue du groupe de moindre statut est facultatif et souvent restreint aux domaines plutôt informels tels que le foyer et les communications informelles entre amis (Hamers et Blanc, 2000). Par ailleurs, les résultats obtenus en sociolinguistique montrent que lors de rencontres caractérisées par une situation de bilinguisme diglossique, la langue du groupe dominant s'impose comme étant la plus appropriée pour les communications interculturelles (Bourhis, 1994b; Fasold, 1984). En général, ce sont les membres du groupe de moindre statut qui convergent vers la langue du groupe dominant (Moïse et Bourhis, 1994). Les relations entre la diglossie, l'alternance codique, le bilinguisme et la vitalité ethnolinguistique ont été traitées par Bourhis (1979), Fasold (1984), Hamers & Blanc (2000), Landry & Allard (1994b) et Romaine (1995).

  1. Normes langagières

    Les analyses taxinomiques servant à expliquer l'AC et les choix de langue ont été critiquées en raison de la façon mécanique dont elles envisagent le rôle de l'interlocuteur comme un automate se conformant aux normes langagières. Ces critiques ont amené quelques chercheurs à postuler des normes langagières plus fines dans la régulation du discours telles que les principes de charité (Davidson, 1974) et d'humanité (Grandy, 1973; Grice, 1975). Les sociolinguistes interactionnistes se sont efforcés par la suite d'identifier des stratégies de discours pertinentes pour la communication multilingue basées sur le principe de coopération (Gumperz, 1982; Scotton, 1983). Selon les principes de coopération du discours, le choix de code (AC) est essentiellement guidé par la nécessité d'établir une communication efficace tout en respectant le statut quo des rôles sociaux entre les interlocuteurs (Scotton, 1983). Néanmoins, il est évident que les alternances codiques n'ont pas toujours pour but d'améliorer l'efficacité de la communication (Brown et Levinson, 1980; Giles et al., 1973) et que certains choix langagiers sont motivés par la remise en question des rôles sociaux ou par l'affirmation de l'identité sociale par rapport à l'exogroupe rival.

    S'inspirant de la maxime de coopération de Grice, Scotton (1983) a élaboré son modèle de « markedness » (marquage) pour démontrer que les choix de langue (AC) sont déterminés par la négociation des droits et obligations entre interlocuteurs. Les codes « non marqués » sont choisis lorsque les interlocuteurs s'identifient à leurs positions dans des relations de rôle consensuelles bien définies. Le choix langagier est « non marqué » justement parce qu'il est conforme aux normes d'usage en vigueur pour ce type d'échange. Les choix de codes « marqués », transgressant la norme, servent à renégocier, contester et même à rejeter les rôles pré-définis entre locuteurs. Il faut signaler l'existence d'un cadre normatif sous-jacent à ce modèle de marquage dans la mesure où les locuteurs basent leurs décisions de choix langagier sur les normes consensuelles prévalentes dans la communauté linguistique. Dans une version récente du modèle, Myers-Scotton (1993) a systématisé son approche en distinguant trois « maximes principales » déterminant les choix de code :

    a) la maxime de choix non-marqué;
    b) la maxime de choix marqué;
    c) la maxime de choix exploratoire.

    Les locuteurs qui observent une maxime de choix « non-marqué » utilisent l'AC soit comme choix unique ou dans une séquence de choix au cours d'une conversation ou dans une série de situations avec certains interlocuteurs et certaines interlocutrices. Un exemple d'une séquence d'AC non marqué pourrait être le cas d'un locuteur qui passerait successivement d'une langue à l'autre pour s'adresser à divers individus dans une même situation selon la langue d'origine des interlocuteurs respectifs. Un exemple d'AC en tant que choix unique non marqué peut émerger lorsque des bilingues pratiquent l'AC de façon fréquente et prolongée, parfois à l'intérieur d'une même phrase.

    En revanche, les locuteurs observent une maxime de choix marqué « pour négocier un changement dans la distance sociale entre interlocuteurs, soit pour l'accentuer ou pour l'atténuer » (Myers-Scotton, 1993, p.132). Cette préférence pour les choix marqués est due à diverses sortes de raisons qui vont de l'expression des émotions (colère, affiliation, etc.) à l'affirmation de l'autorité et à la fierté d'appartenir à l'endogroupe linguistique. Enfin, les locuteurs qui observent la maxime de choix exploratoire ne sont pas sûrs des exigences normatives de la situation et sont susceptibles d'utiliser l'AC comme un choix « neutre » ou « non problématique ».

    À la différence des sociolinguistes traditionnels, l'approche de Scotton (1983; Myers-Scotton, 1993) est interactive et peut être considérée comme complémentaire des approches socio-psychologiques discutées dans la suite de ce texte. Cependant, il faut préciser que le statut socio-psychologique de ses maximes n'est pas clair. En effet, dans un premier temps, Myers-Scotton (1993) fait la distinction entre ses maximes principales en se basant sur des exemples d'alternance codique tirés de ses corpus de communication multilingue. Dans un deuxième temps, ces mêmes exemples d'AC sont utilisés pour « prouver » que ces maximes principales se concrétisent bel et bien dans la pratique et qu'elles jouent un rôle déterminant dans le choix des alternances de code dans les communications multilingues. D'ailleurs, les approches attribuant l'AC au fonctionnement de normes situationnelles multiples et concurrentes comportent les mêmes limitations quant à la circularité des explications avancées. Bien qu'en contexte multilingue l'AC puisse être attribuée à des normes ou à des règles sociales, l'alternance codique peut avoir lieu en l'absence ou en dépit d'un cadre normatif (Bourhis, 1979; Giles et Coupland, 1991). Même les situations réglées par des normes n'excluent pas l'existence d'une gamme de comportements langagiers acceptables et l'utilisation du code peut être négociée de façon créative pour définir et redéfinir les normes sociales de façon dynamique (Myers-Scotton,1993; Scotton, 1983; Brown et Fraser, 1979).

    Dans la théorie de Myers-Scotton (1993), les normes ne déterminent pas les choix de langue mais l'alternance codique s'insère dans un cadre normatif de sorte que les normes déterminent le marquage relatif des codes linguistiques. Myers-Scotton suggère en outre que les interlocuteurs sont libres de faire jouer leurs motivations individuelles dans la mesure où tous les choix de codes leur sont ouverts, les interlocuteurs évaluant les coûts et les bénéfices relatifs à la poursuite de leurs objectifs. Il n'en reste pas moins que dans l'approche de Myers-Scotton, l'impact relatif de l'ensemble de ces facteurs est évalué « post hoc » et par inférence à partir de corpus sans vraiment interroger les locuteurs sur le « pourquoi » de leur choix de langue. De plus, il semble douteux qu'un modèle basé sur « l'interprétation du marquage et l'évaluation des conséquences d'un choix précis » (Myers-Scotton, 1993 : 110) cadre bien avec la complexité et la diversité des facteurs motivationnels discutés dans les recherches socio-psychologiques sur la communication multilingue (Giles et al., 1977; 1987).

  1. Réseaux individuels de contacts linguistiques

Les recherches sociolinguistiques comme celle de Milroy (1980) sur la variation linguistique et la classe sociale en Irlande du nord démontrent l'influence des réseaux sociaux individuels sur les comportements langagiers. De même, sans faire allusion aux normes, Landry et Allard (1990, 1994b) proposent la notion de réseau individuel de contacts linguistiques (RICL), pont conceptuel entre les niveaux sociologique et psychologique dans leur modèle macroscopique des comportements bilingues (Allard et Landry, 1994). Le RICL représente le niveau où s'actualise la majorité des expériences ethnolinguistiques de l'individu. Il consiste de toutes les occasions où les individus peuvent utiliser leur langue maternelle: dans les interactions avec les membres de leur famille, les amis, les voisins, les camarades d'école et les collègues de travail.

Le RICL tient compte aussi de la possibilité d'utiliser la L1 dans le cadre des relations publiques dans les institutions éducatives et culturelles, les gouvernements municipal et national, les commerces, les entreprises, les établissements financiers, les media électroniques et imprimés. Dans les contextes bilingues et multilingues, le RICL inclut les contacts à la fois avec les locuteurs de l'endogroupe et ceux de l'exogroupe. Un niveau élevé de vitalité ethnolinguistique objective débouche sur un RICL endogroupe plus vaste et plus dense, donnant aux membres de l'endogroupe des occasions plus variées d'utiliser leur L1 (Bourhis, 1991). Un groupe ayant une vitalité objective faible aura plus de difficultés à se constituer un RICL endogroupe dense et pourrait avoir moins d'occasions d'utiliser sa langue (L1) à la fois en situation de communication privée et publique. Le rôle de médiateur du RICL entre la vitalité objective d'un groupe, les perceptions subjectives de la vitalité de ce même groupe et l'alternance codique dans les communications bilingues a fait l'objet d'un vaste programme de recherches portant sur les francophones de statut minoritaire au Canada (Landry et Allard, 1994b; Landry et Bourhis, 1997).

Bourhis (1994b) a adapté la notion de RICL à l'étude des communications bilingues au sein de l'administration fédérale du Nouveau-Brunswick, province canadienne officiellement bilingue où les anglophones constituent les deux tiers de la population par rapport à la minorité francophone. Des auto-évaluations de l'utilisation du français et de l'anglais par les fonctionnaires bilingues ont été mises en relation avec la densité de la présence francophone dans l'unité de travail de chaque fonctionnaire. Comme prévu, les résultats montrent que plus la densité des employés francophones est élevée dans l'unité de travail, plus le français est utilisé surtout par les répondants francophones. On constate que la convergence vers le français par les anglophones est systématiquement moins fréquente que la convergence vers l'anglais par les francophones compte tenu de la compétence linguistique en L2 de chaque fonctionnaire et aussi de la densité des francophones dans les unités de travail.

Dans un tout autre cadre, à savoir dans des rencontres anonymes entre passants francophones et anglophones au centre-ville de Montréal, Moise et Bourhis (1994) ont trouvé que 90-100% des francophones faisaient l'effort de converger vers l'anglais en donnant des directions à une passante anglophone tandis que seulement 60-70% des anglophones ont fait l'effort de converger vers le français en donnant des directions à une francophone. Ainsi, même en tenant compte du facteur de compétence linguistique en L2, l'étude démontrait que de 30% à 40% des anglophones choisissaient de maintenir l'usage de l'anglais avec une interlocutrice francophone exprimant une requête en français. Ces résultats ont été obtenus dans des études effectuées en 1977, soit un an après l'adoption de la loi 101, et aussi en 1991, c'est-à-dire après 15 ans d'aménagement linguistique visant à améliorer le statut du français par rapport à l'anglais au Québec (Bourhis, 1984a;1994a; 2001).

Ces études soulignent l'importance des effets de l'interaction entre contexte intergroupe et situation sociolinguistique dans la communication multilingue. En outre, d'un point de vue socio-psychologique, il faut tenir compte du fait que les perceptions et les croyances concernant le contexte intergroupe et la situation sociolinguistique peuvent moduler l'impact de ces facteurs sur les communications multilingues.

Les processus socio-psychologiques

Comme on peut le voir à la figure 1, un certain nombre de processus socio-psychologiques inclus dans divers modèles et conceptions théoriques constituent des médiateurs importants de la communication multilingue. Bien que l'aptitude et la motivation pour l'apprentissage des langues fassent partie du modèle, de tels facteurs ne peuvent être discutés ici (voir Hamers et Blanc, 2000), d'autant que l'étude de l'AC multilingue implique souvent que l'apprentissage des langues secondes est chose faite. Cette section sera consacrée aux processus socio-psychologiques sous-jacents à l'AC. Trois processus socio-psychologiques sont proposés comme médiateurs de la communication multilingue : la théorie de l'accommodation communicative (TAC) (Giles et al., 1973, 1987), la théorie de l'identité sociale (TIS) (Tajfel et Turner, 1979) et le modèle d'acculturation interactif (MAI) (Bourhis, 2000; Bourhis, Moise, Perrault et Senecal, 1997).

  1. Les Théories de l'Accommodation Communicative (TAC)

    Notre discussion de la théorie de l'accommodation communicative (TAC) se limitera à son rôle dans l'explication de l'AC en contexte multilingue (Bourhis, 1979; Giles et Coupland, 1991). La TAC a été proposée en réaction à la tendance normative de la sociolinguistique traditionnelle et cherche à expliquer l'utilisation de la langue en fonction des motivations individuelles, des attitudes, des perceptions et de la loyauté à l'endogroupe. La TAC s'efforce d'expliquer et de prédire l'utilisation de L1 et L2 d'après des processus socio-psychologiques intervenant à la fois au niveau interpersonnel (similarité-attraction) (Byrne, 1969); et au niveau intergroupe (Théorie de l'identité sociale: Bourhis, Giles, Leyens et Tajfel, 1979; Giles et al,1977; Tajfel,1978).

    Dans les contextes multilingues, les individus bilingues peuvent adapter leur comportement langagier en choisissant la langue dans laquelle ils s'adressent à leur interlocuteur. La théorie de l'accommodation communicative (Giles et al, 1977) a permis d'identifier trois stratégies d'adaptation du comportement langagier utilisées lors de rencontres interculturelles:

    • utiliser la langue de son interlocuteur, ce qui constitue un cas de convergence linguistique ;
    • maintenir l'usage de sa propre langue au cours de l'échange. Il s'agit alors d'un cas de maintien linguistique (Bourhis,1979) ;
    • accentuer l'écart entre la langue qu'on utilise et celle de son interlocuteur. On parle dans ce cas de divergence linguistique (Bourhis et al., 1979).

    Ces stratégies peuvent se manifester simultanément à différents niveaux (ex. choix de langue, contenu du discours, style, accent, etc.). Bien que les locuteurs ne se rendent pas toujours compte qu'ils modifient leur façon de communiquer, le niveau de conscience semble plus élevé dans le cas de la divergence et du maintien que dans celui de la convergence (Bourhis, 1983; Street, 1982).

    Les gens convergent habituellement afin d'améliorer l'efficacité de la communication ou en raison d'un besoin conscient ou inconscient d'être approuvé socialement ou de s'identifier à leur interlocuteur. Converger dans la langue de l'autre constitue un excellent moyen de gagner la sympathie de son interlocuteur et donc de faciliter les échanges interculturels. Une étude expérimentale effectuée à Montréal sur la dynamique des comportements langagiers montre que des étudiants anglophones bilingues ont une perception plus favorable d'un francophone bilingue lorsque ce dernier communique avec eux en anglais que lorsqu'il maintient l'usage du français (Giles et al., 1973). Les bilingues francophones qui avaient convergé ont été perçus comme ayant fait plus d'efforts pour réduire les barrières culturelles entre francophones et anglophones que les bilingues qui n'avaient pas convergé. Cette étude a démontré que les anglophones étaient plus enclins à s'adresser en français à un francophone bilingue si ce dernier avait convergé vers l'anglais précédemment au cours de l'échange au lieu de maintenir l'usage du français.

    La convergence peut refléter une motivation à optimiser les bénéfices en minimisant les coûts (Homans, 1961; van den Berg, 1986). En général, la convergence est perçue plus favorablement si on l'attribue aux intentions du locuteur plutôt qu'à des contraintes externes reliées à la situation sociale (Simard, Taylor et Giles, 1976). En outre, la convergence langagière est susceptible d'accroître la compréhension mutuelle (Triandis, 1960), la prévisibilité des comportements (Berger et Bradac, 1982) et l'implication personnelle (LaFrance, 1979).

  2. La Théorie de l'Identité Sociale (TIS)

    Conformément à la théorie de l'identité sociale (TIS) de Tajfel et Turner (1979, 1986), la TAC explique des cas de maintien et de divergence linguistique en se basant sur les désirs des locuteurs de se différentier positivement de leurs interlocuteurs, membres d'exogroupes rivaux (Giles et al., 1977). Les recherches intergroupe utilisant la TIS comme cadre conceptuel ont montré que les comportements dissociatifs tels que la discrimination renforcent l'identification à l'endogroupe et contribuent à l'identité sociale positive des membres de ce groupe (Gagnon et Bourhis, 1996; Perreault et Bourhis, 1998). De plus, les membres du groupe dominant de statut élevé ont tendance à être plus enclins à la discrimination que les membres du groupe subordonné de faible statut (Bourhis, Gagnon et Moïse, 1994; Sachdev et Bourhis, 1987, 1991).

    En contexte multilingue, la langue constitue un indicateur fiable de catégorisation ethnolinguistique « nous vs eux » et est souvent considérée comme la dimension la plus importante et la plus valorisée de l'identité sociale des groupes linguistiques (Giles et Johnson, 1981; Sachdev et Bourhis, 1990; Le Page et Tabouret-Keller, 1985; Tabouret-Keller, 1997). Quand la langue devient la dimension de l'identité sociale par excellence, la divergence linguistique entre les locuteurs peut servir à affirmer l'identification à l'endogroupe, peut contribuer à une identité sociale positive et peut servir à accentuer et perpétuer les différences interculturelles.

    Au niveau strictement inter-individuel, le maintien et la divergence linguistique peuvent être utilisés en tant que comportement dissociatif lorsqu'on n'aime pas son interlocuteur en tant qu'individu. Par ailleurs, un locuteur peut avoir recours à ces mêmes stratégies afin de se démarquer d'une communauté linguistique rivale ou par désir d'affirmer son identité de groupe face à un individu membre de l'exogroupe (Bourhis, 1979; 1985). Ainsi, une étude expérimentale effectuée en Belgique a montré que la divergence peut être perçue et utilisée comme une stratégie de dissociation intergroupe par rapport à un interlocuteur membre d'un exogroupe rival (Bourhis et al., 1979). Cette étude a mis en présence des étudiants membres de la communauté linguistique flamande et un francophone de la ville de Bruxelles. Lors d'une situation expérimentale en laboratoire de langues, l'audition par des étudiants flamands de menaces ethniques proférées par le francophone dans une langue neutre (l'anglais) a déclenché chez les Flamands une volonté de se démarquer psychologiquement de l'interlocuteur. Tous les auditeurs flamands ont exprimé leur vif désaccord avec les opinions du locuteur francophone qui prétendait que le flamand était une langue de moindre valeur culturelle et économique que le français en Belgique. Les étudiants qui avaient été avertis dès le début de l'expérience des sentiments négatifs du locuteur bruxellois à l'égard de la cause linguistique flamande ont exprimé leur désaccord en utilisant le flamand plutôt que l'anglais dans plus de la moitié des cas. La réaction de divergence linguistique par le recours au flamand était encore plus marquée lorsque le francophone a choisi d'exprimer ses opinions ethniques anti-flamandes dans sa propre langue, le français. La divergence langagière du locuteur bruxellois a entraîné une divergence réciproque de la plupart des étudiants flamands qui exprimèrent leur désaccord en flamand. Les étudiants flamands qui ont eu un comportement divergent se caractérisaient par leur volonté d'affirmer leur identité flamande, ainsi que par le fait qu'ils éprouvaient des sentiments négatifs à l'endroit du locuteur francophone. Ces résultats montrent bien que la divergence langagière peut être utilisée comme une stratégie de communication qui traduit à la fois la dissociation intergroupe et la volonté d'affirmation de l'identité collective d'une communauté linguistique face à une menace identitaire (Bourhis et al, 1979).

    La corrélation entre appartenance de groupe et AC a aussi été mise en valeur dans des études qui ont identifié des cas de divergence dans des conditions de contact interethnique non menaçantes. Par exemple, selon Lawson-Sako et Sachdev (1996), des requêtes en arabe ou en français adressées par un enquêteur africain à des piétons arabes en Tunisie ont abouti à une plus grande divergence linguistique (réponses en français à une requête en arabe et vice versa) que des requêtes émanant d'un Européen ou d'un Arabe. De toute évidence, le degré d'identification à l'endogroupe est un médiateur important pour déterminer le comportement d'alternance codique.

    La plupart des recherches portent sur les réponses convergentes et divergentes qui sont basées sur le comportement linguistique réel. Cependant, un certain nombre de recherches ont montré que la convergence et la divergence ne sont pas toujours déterminées par le comportement linguistique réel de l'interlocuteur mais par ce qu'on imagine être la langue d'origine de son interlocuteur ou son style (voir Giles et Coupland, 1991; Giles et al. 1987; Hewstone et Giles, 1986). Par exemple, Beebe (1981) a effectué une étude chez des enfants bilingues (chinois et thai) d'origine chinoise interviewés par un locuteur du thai standard qui était d'origine soit chinoise ou thai. Les répondants adoptaient plus souvent des variantes phonologiques chinoises avec l'interviewer chinois qu'avec son collègue thai, même si en réalité tous les deux parlaient le thai standard. Ces résultats suggèrent que la présence d'un interviewer de l'endogroupe contribue à « déclencher » la loyauté ethnique des répondants, les incitant à converger vers le stéréotype linguistique de l'endogroupe. Sachdev et Bourhis (1990) concluent que le fait de converger conformément aux stéréotypes de l'endogroupe corrobore les principes de la théorie de l'auto-catégorisation (Turner, Hogg, Oakes, Reicher et Wetherell, 1987). Il convient d'évoquer à ce propos la théorie de l'identité « localisée » de Clément et Noels (1992; 1994) selon laquelle le fonctionnement de l'alternance codique est conditionné par la saillance de l'identité linguistique qui varie en fonction des communications privées ou publiques.

  3. Le Modèle d'Acculturation Interactif (MAI)

    Les changements d'identité ethnolinguistique et leur répercussion sur le comportement langagier incluant l'AC peuvent être reliés au processus général d'acculturation (Bourhis, 2000). L'acculturation est le processus de changement bidirectionnel qui se produit lorsque deux groupes langagiers distincts se trouvent en contact soutenu l'un avec l'autre. Le modèle d'acculturation interactif cherche à intégrer au sein du même cadre théorique les composantes suivantes :

    1) les orientations d'acculturation adoptées par la majorité linguistique dominante envers les minorités linguistiques;
    2) les orientations d'acculturation adoptées par les minorités linguistiques;
    3) les relations interpersonnelles et intergroupe qui sont le produit de combinaisons entre les orientations d'acculturation     des minorités linguistiques et celles de la majorité linguistique dominante.
    L'interaction entre les orientations d'acculturation des membres de la majorité linguistique dominante et celles des minorités linguistiques détermine si les relations qui en découlent sont de type harmonieux, problématique ou conflictuel (Bourhis, 2000; Bourhis et Bougie, 1998).
    Au sein de la majorité linguistique de forte vitalité, les adeptes de l'orientation intégrationniste désirent que les minorités adoptent la culture et la langue de la majorité dominante tout en soutenant le support institutionnel des langues et cultures minoritaires. Dans l'optique de l'orientation assimilationniste, les membres de la majorité linguistique s'attendent à ce que les minorités linguistiques renoncent à leur langue et à leur culture d'origine au profit de la langue et de la culture de la majorité dominante. Au sein de la majorité linguistique, les ségrégationnistes tolèrent que les minorités nationales et les immigrants conservent leur langue et leur culture d'origine pourvu que ces minorités demeurent à l'écart dans des quartiers ou régions séparés de la majorité.

    En effet, les ségrégationnistes évitent les contacts avec les minorités de crainte d'affaiblir ou de « contaminer » l'intégrité et l'authenticité de leur propre langue et culture majoritaire. Enfin, les exclusionnistes non seulement ne tolèrent pas le maintien des langues minoritaires mais estiment que les minorités représentent une menace étant donné qu'elles ne pourront jamais s'assimiler culturellement ou linguistiquement à la majorité linguistique. Comme certains assimilationnistes, les exclusionnistes cherchent à instituer des règlements étatiques (lois linguistiques) qui réduisent le statut des langues minoritaires et en proscrivent l'usage officiel dans l'éducation, les mass-média, l'administration civile et le monde du travail (Bourhis & Marshall, 1999). En raison de leur position de forte vitalité et de leur contrôle sur l'appareil étatique, les majorités linguistiques sont en mesure d'exercer une plus grande influence sur les orientations d'acculturation des minorités linguistiques que l'inverse.

    Selon le MAI, les minorités linguistiques de faible vitalité n'endossent pas toutes les mêmes orientations d'acculturation (Bourhis et al, 1997). Les intégrationnistes cherchent à maintenir des traits importants de leur identité linguistique et culturelle d'origine tout en adoptant la langue et la culture de la majorité dominante. Les minorités qui adoptent une stratégie assimilationniste cherchent à abandonner leur propre identité linguistique et culturelle au profit de la langue et de la culture dominantes. Par exemple, les assimilationnistes pourraient décider de ne pas utiliser leur langue d'origine à la maison et de faire scolariser leurs enfants dans la langue dominante plutôt que de les envoyer dans une école de langue minoritaire. L'orientation séparatiste se caractérise par le désir de maintenir tous les traits de l'identité minoritaire y compris la langue et la culture d'origine tout en rejetant des aspects importants de la langue et de la culture dominante. Souvent, l'orientation séparatiste gagne l'adhésion des minoritaires qui se sont sentis trop longtemps exclus des institutions publiques (gouvernement) et privées (entreprises) contrôlées par la majorité linguistique dominante. La marginalisation caractérise les membres de la minorité qui rejettent à la fois leur propre langue d'origine et celle du groupe dominant, se sentant rejetés par les deux et souffrant d'anomie. Membres potentiels de groupes linguistiques dominants ou minoritaires, les individualistes refusent d'être assignés à un groupe et préfèrent traiter l'autre en tant qu'individu plutôt que comme membre d'une catégorie sociale ou d'un groupe linguistique.

    Selon le MAI, les intégrationnistes, qu'ils appartiennent à des groupes de forte ou faible vitalité, seront probablement des bilingues additifs, plus enclins à l'alternance codique pour exprimer leur identité biculturelle ou plurielle (Bourhis, 2000). En revanche, chez les assimilationnistes de faible vitalité, le bilinguisme en L1 et L2 risque d'être transitoire et soustractif, menant à l'unilinguisme en L2 à moyen terme (Hamers et Blanc, 2000). Il y a de fortes possibilités que les assimilationnistes aient recours à l'alternance codique conformément aux normes langagières diglossiques favorisant l'usage de la langue de prestige du groupe dominant dans la plupart des communications multilingues. Quant aux séparatistes de la minorité linguistique et aux ségrégationnistes de la majorité dominante, ils auront tendance à diverger dans les échanges communicatifs intergroupe. Les ségrégationnistes et les exclusionnistes de la majorité linguistique n'hésiteront pas à diverger dans les échanges avec les membres des minorités linguistiques; ils seront moins portés à se conformer aux normes sociolinguistiques de la bienséance interculturelle (principes de charité et d'humanité) et peu susceptibles de converger en adoptant la langue ou quelques expressions linguistiques du groupe minoritaire. Selon le contexte culturel considéré, il est possible d'arriver à des prédictions plus fines concernant le type d'AC utilisé en fonction de l'orientation d'acculturation des locuteurs membres des groupes de faible et de forte vitalité linguistique (Bourhis, 2000).

    Les prédictions concernant les stratégies de communication des individualistes et des marginalisés sont moins évidentes. Les membres des minorités marginalisées de faible vitalité seraient aliénés de la culture et de la langue de l'endogroupe et de l'exogroupe et enclins à adopter des stratégies d'AC plutôt imprévisibles ou exploratoires. Les locuteurs dont l'orientation est individualiste sont susceptibles d'utiliser l'AC de façon moins prévisible dans la mesure où les individus ayant de telles orientations préfèrent interagir avec les autres en tant qu'individus plutôt qu'en tant que membres des catégories endogroupe vs exogroupe. On peut qualifier ces individualistes de caméléons linguistiques; leur utilisation de l'AC reflète des influences multiples incluant les motivations personnelles, l'adhésion aux normes sociolinguistiques et/ou la sensibilité aux besoins linguistiques et psychologiques de leur interlocuteur en tant qu'individu.

    Il faut souligner que les orientations d'acculturation décrites ci-dessus ne constituent pas des différences de personnalité essentialistes mais reflètent plutôt l'impact cumulatif de facteurs reliés à la fois aux différences de personnalité et au contexte intergroupe dans lequel se déroulent les communications multiculturelles. Nous proposons que les orientations d'acculturation, l'identité sociale, les processus d'accommodation langagière, les perceptions de la vitalité ethnolinguistique forment un noyau de facteurs psychologiques qui affectent la communication multilingue. Dans l'ensemble, ces facteurs socio-psychologiques peuvent jouer un rôle médiateur qui influence les comportements langagiers dans les communications multilingues (figure 1). Les comportements langagiers y inclus l'AC, le contenu du discours et la communication non-verbale se manifestent dans les limites de l'échange interculturel au niveau interpersonnel et influencent le climat de la communication multilingue. Le multilinguisme et le multiculturalisme de nature additive ou soustractive sont l'aboutissement à long terme de la combinaison des effets des variables prédictives (médiatrices) et du comportement langagier de chaque individu. A plus long terme, les effets cumulatifs de toutes les variables mentionnées jusqu'à présent peuvent aboutir au maintien intergénérationnel de la langue d'origine ou au transfert linguistique (perte ou revitalisation). Ceci peut être évalué en examinant l'évolution de la connaissance et de l'utilisation des langues L1 et L2 au fil des décennies en se basant sur les recensements officiels et sur la transmission intergénérationnelle des langues minoritaires et majoritaires (Bourhis, 1994a, 2001; Fishman, 1991; Sachdev, 1998).


Quelques pistes de recherches et conclusion

Le survol des recherches évaluant l'impact des approches socio-psychologiques sur la communication multilingue souligne la richesse des contributions de ces théories et l'utilité du cadre qu'elles fournissent à la compréhension des phénomènes de l'AC (Bourhis, 1979; Giles et Coupland, 1991; Hamers et Blanc, 2000). Notre objectif a été de tenir compte de variables de niveau macro-sociétal incluant les politiques linguistiques officielles, tout en intégrant conceptuellement des variables médiatrices telles que les orientations d'acculturation. L'intégration théorique de ces niveaux d'analyse offre la possibilité d'arriver à un modèle plus englobant de la communication multilingue.

Notre analyse s'est limitée principalement à l'alternance codique (AC) et exige des raffinements conceptuels, notamment en ce qui concerne les complexités multi-factorielles sous-tendant la communication multilingue. La construction empirique de plusieurs aspects du modèle reste à faire, surtout en ce qui a trait aux facteurs qui ont été négligés dans le passé comme les politiques linguistiques officielles et les orientations d'acculturation (Bourhis, 2000). En outre, en dépit du fait que les résultats tendent à confirmer l'utilité des données sur la vitalité ethnolinguistique pour mieux comprendre un éventail de questions sociolinguistiques (Harwood et al., 1994; Landry et Allard, 1994b), peu d'études ont examiné les relations entre la vitalité ethnolinguistique et l'alternance codique. Cette lacune socio-structurelle doit être comblée en mettant sur pied des études de terrain incluant des groupes linguistiques dont la vitalité varie systématiquement (cf. Landry, Allard et Bourhis, 1997). Ces recherches sur le terrain seraient bénéfiques au domaine des relations intergroupe puisque l'AC multilingue représente un phénomène de contact intergroupe où le choix de langue est inextricablement lié à l'affirmation identitaire et à la négociation du statut et du pouvoir intergroupe (Bourhis et al., 1994). Une telle perspective est nécessairement dynamique dans la mesure où elle est axée sur la façon dont les vitalités objective et subjective, les prémisses idéologiques des lois linguistiques, les orientations d'acculturation et autres caractéristiques des groupes dominants affectent celles des groupes dominés et vice versa (Bourhis, 2000).

Les déterminants de l'alternance codique multilingue ne sont pas seulement multi-factoriels mais sont aussi censés interagir de façon dynamique tout au long de la communication, bien que peu d'études aient examiné cette question de façon systématique. Par exemple, Genesee et Bourhis (1982,1988) ont trouvé que malgré l'importance de considérations normatives dans l'évaluation des choix de langue (français-anglais) dans les tours de parole initiaux de clients et de commis dans les magasins de Montréal et de la ville de Québec, les processus d'accommodation communicative (TAC) jouaient un rôle crucial dans l'évaluation des choix de langue (AC) dans les tours de parole subséquents. Les futures études de l'AC devront inclure un point de vue séquentiel dans l'analyse de la communication multilingue (Bourhis, 1985; Lawson-Sako et Sachdev, 1996). L'analyse synchronique de la plupart des recherches précédentes sur l'AC doit être complétée par des études de terrain et de laboratoire qui adopteront une perspective diachronique, comparant des comportements langagiers sur des périodes de temps plus ou moins longues.

Dans une reprise de l'étude de terrain de Moise et Bourhis (1994) avec des passants montréalais, Amiot et Bourhis (1999) ont trouvé que c'est seulement en 1997 que 100% des piétons anglophones faisaient l'effort de converger vers le français avec l'interlocutrice francophone qui leur demandait des directions en français. Dans les études de 1977 à 1997, entre 95% et 100% des piétons francophones ont fait l'effort de converger vers l'anglais pour fournir des directions aux passantes anglophones qui avaient formulé leur requête en anglais. Dans les études des années 1977 et 1991, les choix de langue entre les piétons francophones et anglophones comportaient des connotations identitaires et symboliques, reflétant la rivalité intergroupe entre la minorité anglophone et la majorité francophone de Montréal (Bourhis, 1984a, 1994a; Moise et Bourhis, 1994). Les résultats de 1997 suggèrent qu'après vingt ans d'application, les lois linguistiques en faveur du français ont eu l'effet désiré, c'est-à-dire qu'elles ont amélioré le statut du français et accru son utilisation par rapport à l'anglais même dans une situation de communication privée non ciblée par la loi entre individus anonymes (Bourhis, 2001; Lepicq et Bourhis, 1994). Le fait qu'à la fois les anglophones et les francophones convergent pour s'adapter à leurs besoins linguistiques respectifs suggère que de tels échanges interculturels se vident progressivement de leur contenu symbolique de rivalité intergroupe pour devenir plus neutres et plus fonctionnels, en terme d'efficacité communicationnelle.

Ces études expérimentales confirment l'utilité des recherches diachroniques à long terme sur l'alternance codique en contexte multilingue. Examinons maintenant quelques autres questions ayant une pertinence conceptuelle et méthodologique spécifique pour l'étude de l'AC en psychologie sociale de la langue.

Contrairement aux études en sociolinguistique, la plupart des recherches en psychologie sociale ont défini l'alternance codique comme une permutation se produisant à la frontière plutôt qu'à l'intérieur des tours de parole. Les résultats de quelques études expérimentales portant sur l'alternance codique à l'intérieur des tours de parole confirment qu'il s'agit d'un code linguistique distinct et autonome ayant sa propre signification sociale, psychologique et culturelle dans le cadre de la communication multilingue (Bentahila, 1983; Gibbons, 1987; Hamers et Blanc, 2000). Par exemple, les résultats de Lawson et Sachdev (2000) montrent que l'AC arabe-français à l'intérieur des tours de parole pouvait être utilisée en Tunisie pour la communication intra-ethnique mais non inter-ethnique. L'utilisation de l'AC à l'intérieur des tours de parole avec les membres de l'endogroupe sert probablement à concilier la dualité sociolinguistique arabe-français d'une façon coopérative, non-conflictuelle en rapprochant le statut socio-éducatif (via le français) et la solidarité (via l'arabe tunisien). Éventuellement, les études socio-psychologiques basées sur l'utilisation de l'alternance codique (langue, dialecte, accent) contribueront à améliorer notre compréhension de la communication multilingue.

En dépit du fait que « l'alternance codique constitue une forme tout à fait normale et répandue d'interaction bilingue » (Muysken, 1995 : 177), les dimensions attitudinales de l'alternance codique ont rarement été étudiées de façon systématique (par contre voir : Genesee et Bourhis, 1988; Lawson et Sachdev, 2000; Romaine, 1995). Quelques études ont enregistré des attitudes ambiguës dans la mesure où les utilisateurs de l'alternance codique peuvent être accusés soit d'incapacité à parler les deux langues correctement ou de prétention ou de snobisme (Bentahila, 1983). Dans la communauté penjabi en Grande-Bretagne, Romaine (1995) a pu observer un conflit entre le statut de mots anglais considérés comme prestigieux dans un discours punjabi et la condamnation d'emprunts qui nuisent à la pureté de la langue punjabi (Agnihotri, 1998). Dans d'autres territoires comme à Hong Kong, l'alternance codique cantonais-anglais est considérée comme un compromis entre des attitudes traditionnelles représentées par la variété locale (cantonais) et l'occidentalisation représentée par la langue de l'ex-colonisateur britannique (Gibbons, 1987). En fait, d'après Gibbons (1987) l'alternance codique à Hong Kong possède une certaine forme de prestige implicite (Trudgill, 1974). Étant donné l'ambivalence à l'égard de l'alternance codique, il n'est pas surprenant que plusieurs recherches révèlent une asymétrie entre les attitudes envers l'AC et le comportement d'alternance codique observé sur le terrain (Bourhis, 1983; 1984a; Lawson et Sachdev, 2000).

Dans ce texte, nous avons présenté l'ébauche d'un modèle de communication multilingue axé sur l'alternance codique. Bien que ce modèle en soit à un stade exploratoire, il peut servir de cadre heuristique aux futures recherches. Une de nos principales préoccupations consiste à combler l'écart entre les phénomènes de niveau macro-sociétal d'une part et les phénomènes de nature micro-sociolinguistique et socio-psychologique d'autre part (Bourhis, 1979, 2000). Cependant, des analyses telles que celle que nous venons de présenter pour l'étude de l'AC rappellent que l'intégration de diverses disciplines comme la psychologie sociale du langage, l'ethnographie de la parole, la sociolinguistique interactionniste, la pragmatique et l'analyse du discours demeure un défi à relever pour l'ensemble des chercheurs dans ces domaines connexes. La tâche se fait nécessaire et urgente étant donné les effets de la mondialisation qui rendent les contacts multilingues et multiculturels la règle plutôt que l'exception dans les mégalopoles de la planète. L'étude de l'alternance codique comme phénomène durable de la communication multilingue implique la co-existence des langues minoritaire et majoritaire sur un même territoire national, régional ou urbain. L'alternance codique constitue une forme de communication interculturelle qui implique la tolérance et la valorisation du pluralisme linguistique tout en évitant les crispations identitaires des nationalistes unilingues et puristes ou des mondialistes hégémoniques.


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